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Un peu de lecture fédéraliste

Alex Zanotelli : Europe des marchés ou Europe des peuples ?

30 avril 2011, par Luigi Giussani

Alex Zanotelli - Europa dei mercati o dei popoli ? (Europe des marchés ou Europe des peuples ?) - éd. EMI - Bologne (Italie), 2008

Alex Zanotelli, connu comme Père Alex Zanotelli, est un prêtre de soixante-dix ans appartenant à la Communauté missionnaire des Comboniens : il a été missionnaire au Soudan pendant treize ans, ensuite directeur et réformateur de la revue Nigrizia, puis, une fois encore, missionnaire, pour plus d’une décennie, dans les quartiers pauvres du Korogocho, dans les faubourgs de Nairobi ; il travaille maintenant dans une communauté, à Naples, où les toxicomanes trouvent refuge.

Inspirateur et fondateur de plusieurs mouvements italiens visant à créer des conditions de paix et de justice sociale, il s’est toujours distingué par ses initiatives concrètes et même par ses propositions extrémistes prises pour la défense des couches les plus pauvres de la population et en faveur de la diffusion d’une culture de paix et de droit des peuples.

Dans le volume en revue, il part d’une lettre, envoyée par le Groupe européen de réflexion aux Communautés comboniennes en Europe, intitulée « Quelle Europe ? », où l’on peut lire : « En partant du débat sur la dite Constitution européenne, nous avons essayé de comprendre quelle Europe est en train d’être construite, selon quels critères et sur quels chemins elle avance, et quelles sont les dynamiques internes du projet européen ». L’objectif déclaré est de susciter une analyse en profondeur du « projet Europe » et d’arriver à « une réponse évangélique et prophétique qui contribuera à créer une nouvelle prise de conscience du sujet ».

L’auteur rappelle, d’une manière concise et claire, les différentes étapes de la construction de l’Union européenne (UE), en partant du Manifeste de Ventotene, défini comme « la Bible de l’Union européenne », jusqu’au début de 2007, quand l’UE a compris 27 États avec 500 millions d’habitants. Il définit comme « simplement extraordinaire » le progrès de l’Europe vers l’unité, et souligne le « progrès prodigieux » qui a permis de maintenir la paix sur le continent et de favoriser son développement économique. Dans les chapitres suivants : « L’Europe, colosse économique », « Concentration d’entreprises », « Les défis de l’élargissement », « Traité ou constitution ? » , « Les politiques de l’Union », « De la démocratie à une dictature bienveillante », « La stratégie de Lisbonne et le processus de Barcelone », « L’Europe et l’Afrique sub-saharienne », « Le déficit démocratique », « La forteresse Europe », « Désordre mondial / Ordre européen ? », « Une mission unique », « Noces d’Or », il fait une analyse intéressante, éclairée et courageuse, tout en en citant et tout en en utilisant souvent d’autres, de maints aspects de l’UE ; il souligne le caractère principalement économique de la nouvelle Europe et les aspects militaires de ses liens avec l’OTAN, en observant qu’« avec le Sommet de Prague en 2002, elle a accepté la guerre préventive ».

Il se demande : «  Vers quel but l’UE va–t-elle ? L’Europe des marchés, l’Europe aux mains des puissances économiques et financières ? Ou bien l’Europe des peuples ? L’Europe forteresse qui repousse les ‘barbares’ à ses frontières ou bien une Communauté accueillante où la primauté est donnée aux individus, aux êtres humains, en tant que son principal capital  » Il mène à bien une analyse du « Traité constitutionnel », produit de la Convention constituante, le compare à la Constitution italienne et note que des questions importantes en sont absentes, telles que la souveraineté populaire, la dimension sociale du travail, aucune indication sur les investissements publics, le droit à l’eau, le droit à la paix et le rejet de la guerre. « Nous sommes loin, remarque-t-il, du grand désir de paix exprimé par les peuples contre la guerre en Irak sur les places publiques de l’Europe.  » Un jugement sévère est exprimé sur la politique méditerranéenne de l’UE et envers l’Afrique subsaharienne, politique qu’il considère comme conçue en fonction de l’intérêt économique de l’Europe et inadéquate pour soutenir le développement de ces populations.

Souvent des remarques sont faites au sujet du déficit démocratique, des conséquences ruineuses de certaines directives politiques et de situations de fait, et, cependant, il souligne «  l’énorme pas en avant fait par l’Europe ». Il n’y a pas d’analyse du déficit institutionnel, mais un chaleureux appel adressé aux forces missionnaires et aux Eglises pour qu’elles s’engagent à soutenir « l’agenda des institutions européennes ».

Le livre s’achève par quelques suggestions aux Communautés comboniennes et une invitation à réfléchir à leurs activités liées aux questions traitées dans le livre.


Luigi GIUSSANI
Membre du MFE et du Conseil du WFM - Milan
Article publié en commun avec The Federalist Debate

Traduit de l’anglais par Jacques CHAUVIN - Paris