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Après la Conférence des Nations unies à Cancun

juin 2011, par Monica Frassoni

Le début d’une nouvelle année est le moment parfait pour se donner des objectifs et établir des priorités pour les 12 mois à venir.

Pour 2011, au moins deux buts seront inclus dans la liste prioritaire. Trouver le moyen de réussir le COP 17 à Durban en Afrique du Sud et éliminer tous les « si » et les « mais » qui ont caractérisé les deux dernières années de négociations sur le climat. Et pour montrer concrètement ce que signifie la lutte contre le changement climatique viser un nouveau modèle de développement, moins intense dans ses ressources et dans ses émissions et qui finalement sera le plus efficace pour nous sortir de la crise économique et sociale actuelle. A nul autre moment qu’aujourd’hui, il est nécessaire de lier la priorité de réduction essentielle des émissions responsables du changement climatique à une proposition possible d’un nouveau modèle de développement « vert », celui que les Nations unies ont défini comme le New Deal vert.

La Conférence sur le changement climatique organisée par les Nations unies à Cancun, au Mexique, du 29 novembre au 10 décembre 2010, représente, au dire de certains, plus un sauvetage du processus de négociation dirigé par l’ONU, qu’une véritable avancée dans la lutte contre le changement climatique. Cependant, les deux aspects ne peuvent pas être séparés parce que, en dehors du cadre de l’ONU, il est impossible de coordonner les actions nécessaires pour diminuer les émissions à l’échelle planétaire et atteindre les buts ambitieux énumérés dans les accords de Cancun qui, cependant, ne sont pas encore contraignants.

Des pas en avant

Considérant les résultats décevants de la Conférence de Copenhague à la fin de 2009 et les disputes à la veille de la Conférence de cette année, il n’était pas très réaliste de s’attendre à ce qu’on puisse avoir des accords contraignants signés à Cancun ; le Japon et la Russie n’étaient pas disposés à discuter des engagements sur le Protocole post-Kyoto (signé en 1997 et qui vient à expiration en 2012) ; la Chine, les Etats-Unis et l’Inde n’étaient pas d’accord sur la nature obligatoire des buts et sur les contrôles à mettre en oeuvre pour assurer leur application ; le Président américain Obama était bloqué par la nouvelle majorité républicaine à la Chambre des Représentants qui s’oppose à des limitations trop étroites des émissions. Avec des prémices de cette espèce, on peut déjà considérer comme positif le fait qu’aucun des participants n’ait abandonné la table des négociations avant la fin de la conférence, en particulier grâce à la vigoureuse présidence du Ministre mexicain des Affaires étrangères, Mme Patricia Espinosa. Cependant, surtout dans le domaine environnemental, le temps presse et, si à la Conférence de l’ONU prévue pour l’an prochain à Durban, en Afrique du Sud, on n’arrive pas à un accord sur l’extension du Protocole de Kyoto, les progrès enregistrés à Cancun seront inutiles.

Pour le moment, cependant, on peut noter trois résultats positifs. Le premier concerne l’approbation d’un mécanisme de financement pour les pays en voie de développement qui vise à la conservation de leurs forêts qui s’appelle Réduction des émissions dues à la déforestation et dégradation des forêts - (REDD-Plus) ; si l’on considère que la déforestation est responsable de l’accroissement de 15 à 20 % des émissions, ce n’est pas un résultat négligeable. Il n’est pas encore clair si ces fonds seront directement attribués à des pays particuliers, ce qui rendrait le contrôle plus facile, ou à des projets individuels, ce qui serait une solution plus complexe par rapport aux contrôles. Un second résultat positif est l’engagement ferme des participants d’instituer un fond d’aides aux pays en voie de développement pour la réduction des émissions et surtout pour les aider à s’adapter au changement climatique. Les montants précis n’ont pas été rendus publics, même si les pays développés ont confirmé les engagements signés à Copenhague l’année dernière : 30 milliards de dollars tous les ans de 2012 à 2020 ; mais, comme nous l’avons dit, ces chiffres n’apparaissent pas dans l’accord final signé à Cancun. Cet argent devrait être géré par la Banque mondiale, un choix qui n’a pas reçu une approbation unanime, en particulier du côté des ONG.

Finalement, le troisième résultat positif concerne l’accord préliminaire d’effectuer des inspections pour vérifier les réductions d’émissions dans des pays individuels et l’engagement de créer un comité pour étudier les moyens de transférer les technologies de réduction d’émission des pays industrialisés aux pays en voie de développement ou aux pays moins développés. Sur ce point, le changement d’attitude de la Chine a été significatif, car initialement elle était opposée aux inspections considérées comme une violation de la souveraineté nationale. Cependant les deux questions méritent d’être réexaminées avec attention.

Le climat n’attend pas

Sur le problème central des gaz à effet de serre, en revanche, aucun progrès nouveau n’a été enregistré à Cancun. Dans les conclusions de la Conférence, les décisions pour la réduction des émissions, qui avaient été prises par les pays industrialisés à Copenhague en 2009, ont été incluses. Néanmoins, ce sont des engagements pris sur la base du volontariat qui n’étaient pas inclus dans les accords officiels signés il y a un an. De plus, la distance entre ces engagements et ce qui serait nécessaire pour contenir le réchauffement global au dessous de 2° Celsius dans les décennies à venir, reste encore considérable, aussi bien pour les pays développés que pour les économies émergentes : d’après les experts, en fait, sur la base d’engagements unilatéraux pour la réduction des émissions, tels qu’ils sont actuellement, la température pourrait s’élever de 3,2° C d’ici 2050 avec potentiellement des conséquences dévastatrices pour l’environnement.

Finalement, il manque un programme clair sur la façon d’atteindre une acceptation d’un accord post-Kyoto en vue de la Conférence de Durban l’année prochaine, que chacun considère comme le vrai test pour l’adoption, en particulier par les grands pays pollueurs et dans les régions plus pauvres, d’engagements véritablement significatifs. Michel Jarraud, Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (WMO) a été clair à Cancun : 2010 a été l’année la plus chaude depuis 1850 (les maxima ont été atteints pendant l’été russe où, pendant 33 jours, les températures ont été de 7 degrés C au dessus de la moyenne).

Une évaluation finale de la Conférence de Cancun sera seulement possible lorsque les décisions qui seront prises à Durban en 2011, et les choix que les pays concernés (en particulier l’UE) seront capables de faire dans les mois suivants, pourront être évalués : restaurer le dialogue dans la négociation est certainement important, mais cela ne sera utile que si des décisions effectives sont prises pour faire face au plus grand défi lancé à l’humanité dans les années qui viennent.


Monica FRASSONI
Ancienne parlementaire européenne et Coprésidente du groupe des Verts-ALE au Parlement européen - Ancienne Secrétaire générale de la JEF Europe

Publié en commun avec The Federalist Debate - Turin

Traduit de l’anglais par Joseph MONTCHAMP - Lyon