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Europe et société

3 juillet 2008, par Jean-Pierre Gouzy

S’il n’existe pas de Fédération sans Etat fédéral, il n’existe pas, non plus, de fédération sans société fédérale, « à hauteur d’homme ».

Si, en vertu des traités communautaires, les Etats-nations ont fini par accepter l’existence d’une citoyenneté européenne, la nationalité de nos pays d’origine ne s’accompagne pas pour autant de la reconnaissance d’une nationalité européenne.

Si, d’autre part, le Traité de Rome instituant la Communauté économique a, dans son article 138, admis la nécessité d’une « Assemblée » élue au suffrage universel direct, devenue « Parlement européen », la « procédure uniforme » alors prévue dans les textes pour donner toute sa portée à l’élection demeure aujourd’hui encore ignorée. Pour ce motif, les partis européens (type PSE, PPE, etc.) sauvent les apparences en manifestant leur existence, mais ne constituent toujours pas vraiment des centres de pouvoir réels. Ces centres continuent à dépendre des seuls états-majors nationaux et, comme nul n’est sensé l’ignorer, de règles du jeu strictement nationales.

Si, enfin, l’Union européenne dispose d’un budget européen, son montant –de l’ordre de 0,9 à 1 % du PIB– reste dérisoire, par rapport aux budgets centraux des fédérations existantes : entre 15 et 25 % de leur PIB.

L’Union européenne, quant à elle, demeure –au cœur d’une mondialisation accélérée– un objet politique mal identifié dont les contours ne se précisent qu’à pas comptés dans une sorte de guimauvation. Nos systèmes stato-nationaux perdurent pratiquement à leur guise. Bien qu’il aient accepté de déléguer certaines de leurs prérogatives « souveraines » à des institutions communes, ils n’ont manifestement pas pris encore clairement conscience d’un fait pourtant essentiel : l’étape de l’unité européenne est liée à une époque donnée de la saga de l’homo sapiens des temps modernes.

La réalisation, in abstracto, d’une communauté pleinement démocratique, capable de décider en Europe et d’agir comme telle dans l’agencement planétaire, n’a de sens que si elle ne survient pas trop tardivement au regard de l’évolution historique, pour rendre les services qu’on est en droit d’attendre d’elle. C’est pourquoi, il nous faut aujourd’hui, plus que jamais, rattraper le retard que nous avons pris sur l’histoire. Le mythe des « Etats-Unis d’Europe », quel que soit le nom dont on l’affuble, répond à un fondamental besoin de changement de dimension mais aussi de contenu. Par changement de dimension, nous entendons : aménagement de l’espace d’intégration grâce à un changement des mesures qui permettent d’exécuter les choses. Par changement de contenu, nous entendons : changement des relations qui composent la réalité européenne présente et nous permettent de la décrire dans toutes ses échelles, tous ses aspects, tous ses paliers en profondeur.

La vraie rupture, en effet, ne se situe pas entre telle ou telle majorité de politique nationale axée sur le « centre-droit » et telle ou telle autre majorité de même nature axée sur le « centre gauche », même si ces glissements ne sont pas sans conséquence ; elle réside, avant tout désormais, dans les choix institutionnels et sociétaux appelés à caractériser le cours d’une intégration européenne considérée dans son ensemble. Puisque, pour nous, c’est seulement, au niveau européen que les grands problèmes engendrés par la révolution technologique, commenceront à devenir solubles.

Autrement dit, le processus de fédéralisation de l’Europe est un processus global destiné à générer un modèle spécifique de services d’intérêt général de développement durable et de démocratie participative organisée à tous les échelons de la vie sociale : local, régional, communautaire comme dans le champ des activités citoyennes.

L’Europe n’atteindra sa pleine signification que si elle devient synonyme d’épanouissement d’une société avancée susceptible de représenter l’anticipation d’un nouvel ordre mondial. Ce à quoi nous devons nous employer sans relâche et ce pourquoi nous devrions nous organiser en conséquence. Il n’est pas inutile de le rappeler à l’approche des débats qui s’instaureront lors du prochain rendez-vous supranational des fédéralistes européens, prévu ce prochain mois d’Octobre à Paris mais aussi dans la perspective du renouvellement en Juin 2009 du Parlement européen confronté aujourd’hui à un défi majeur, celui d’un redressement de la participation électorale pour élargir et renforcer sa propre légitimité.

A bon entendeur, salut !