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France : cul de sac (sécuritaire) ou pente dangereuse ?

septembre 2010, par Ulrich Bohner

Depuis 8 ans, l’actuel Président de la République française est, à différents titres, responsable de la sécurité des personnes habitant la France. Malgré les promesses répétées, les adoptions de différentes lois après chaque crime ayant ému l’opinion publique, la politique du tout répressif, dite aussi du kaercher, n’a pas permis de progresser vers l’objectif pourtant légitime, de la sécurité des personnes.   Car, la crise aidant récemment, on a feint d’ignorer que des progrès significatifs ne pourront résulter que de politiques préventives bien réfléchies, notamment dans les domaines suivants : l’éducation scolaire et extrascolaire, les structures culturelles et sociales (notamment associatives), les structures d’accueil et d’intégration pour les groupes fragilisés (notamment les migrants et les jeunes, souvent sans emploi), des structures d’intégration pour ceux qui sont dépendants de la drogue, des aides à des programmes d’urbanisme luttant contre la ghettoïsation, des mesures d’insertion pour les personnes sortant de prison, et, pourquoi pas, des polices de proximité. Dans tous ces domaines, l’État s’est progressivement désengagé, conduisant souvent à la fermeture ou à la réduction des services concernés, à la destruction du lien social indispensable au bon fonctionnement d’une société, au bénéfice du tout-répressif ; qui a désormais atteint ses limites.

Rares sont les sujets sur lesquels on peut observer un timide retour en arrière, comme celui de la police de proximité pour laquelle on s’efforce de trouver de nouvelles dénominations. Pour le reste on va de gesticulations inefficaces, à des promesses impossibles à tenir (surtout si la France veut rester un État de droit) et à des textes législatifs hâtifs qui risquent d’être inapplicables, ou, encore pire, dangereux pour les libertés publiques. Que penser des parents en prison pour ne pas avoir empêché les actions de leurs enfants, des peines plancher pour toutes sortes de délits (alors que l’on connaît le caractère criminogène des prisons actuelles), de la déchéance de la nationalité française pour ceux qui l’auraient acquise récemment ? Va-t-on vers un « délit de faciès » désormais reconnu ? Ces Français « récents », et les étrangers a fortiori, devront-ils porter un signe distinctif pour qu’on les reconnaisse de loin ?   Mais, il y a pire… Récemment, la rhétorique présidentielle (et la politique du Ministre de l’Intérieur) s’en est prise aux gens du voyage, et plus particulièrement au peuple rom, intégré en France depuis des siècles, et de nationalité française, dans la majorité des cas. Avons-nous déjà oublié que des centaines de milliers de Roms ont péri dans les camps de concentration nazis, victimes d’un génocide planifié, au même titre que les Juifs, avec les mêmes méthodes de rafles et de déportation, soutenues activement par le régime de Vichy ? Certes, on ne veut les déporter, pour le moment, que vers la Roumanie ou quelques autres pays européens. Mais, il ne faut pas oublier que dans ces pays, aussi, ils ont fait, au fil des siècles, l’objet de pogromes et de persécutions.

Avec ces politiques et ces annonces, nous nous retrouvons sur une pente dangereuse. Le Président prend le risque de réveiller la « bête immonde » qui sommeille au fond de chacune de nos nations, il prend le risque de favoriser le glissement de l’opinion vers un nouveau fascisme. Cette rhétorique, cette gesticulation, en s’en prenant aux groupes les plus fragiles, les Roms, les Français d’immigration récente, les jeunes (des quartiers difficiles ?) a tendance à les livrer à la vindicte populaire, à justifier, aux yeux du public, la haine raciale, au lieu de promouvoir l’égalité de tous les Français, la justice sociale, l’insertion des jeunes et des chômeurs dans notre société, l’intégration des migrants, qu’ils soient français ou étrangers. Après tout, le Président lui-même, n’est-il pas français de nationalité récente ?

Il faut espérer que les Français dans l’ensemble ne sont pas prêts à s’engager sur cette pente dangereuse. Il faut espérer aussi que le pays compte des institutions assez solides pour barrer la route à des dérives intolérables. Sur certains dossiers, le Conseil constitutionnel, dont les pouvoirs ont été récemment renforcés, semble en effet bien inspiré. Il a ainsi souligné la nécessité de réformer fondamentalement un des éléments les plus critiqués (et les plus critiquables) du système judiciaire français, la « garde à vue ». Une lueur d’espoir ?