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Il y a 30 ans nous avons publié : L’extrême-droite et l’Europe

avril 1973, par Jean-Francis Billion

Extraits d’un article publié dans le numéro 2 de Fédéchoses paru peu après le mois d’avril 1973 comme cela apparaît dans le texte1. Fédéchoses, dès sa création, a pris une position d’opposition frontale à l’extrême-droite, et n’a cessé en parallèle (et tout en soutenant les revendications autonomistes, politiques et culturelles) de dénoncer toute dérive ethniste et toute collusion entre fédéralisme et (néo) nazi-fascisme.

(…) En France après la défaite du Front national aux législatives, ces Messieurs se posent des questions stratégiques. Le troisième Congrès national d’Ordre nouveau a été sur ce sujet moins animé que l’on aurait pu l’espérer, mais il faut dire qu’il aurait été préparé par nombre de démissions et d’exclusions. Il a finalement décidé de poursuivre le jeu électoraliste aux côtés du FN et de Jean-Marie Le Pen.

Conscient du score dérisoire qui a été réalisé, d’autres éléments de cette famille politique veulent entraîner leurs camarades (sic !) sur d’autres chemins : ceux de la lutte pour l’Europe unie, pour la défense des minorités ethniques… tout en dénonçant les Etats nationaux comme ennemis publics numéro un (ou presque). Articles de J.N. Borgerot-Boiret dans Notre Europe (n° 134), de Robert Sollier dans L’Action européenne (n° 10). Dans L’Action européenne, n° 10, G.A. Amaudruz (adjoint du Colonel Fonjallas, chef du fascisme suisse) tire les conclusions logiques de cette défaite et de ces analyses : « … Les forces d’opposition (nationale) peuvent, jusqu’à un certain point, se rassembler sur un projet négatif, leur unité ne tiendra pas. Elles peuvent, en outre, se référer à l’idée de l’intérêt national : la diversité des interprétations d’un principe trop général et partiellement dépassé par la création de blocs de 200 à 800 millions d’habitants, s’opposera à un front solide et efficace. En revanche, elles progresseront, à coup sur, en postulant l’idée force des dix prochaines années : l’unité européenne. Sérieusement : face aux fédéralistes européens et aux divers partis parlementaires, qui ne veulent pas la réaliser, qui la préconisent sous les structures pourries de la ploutocratie actuelle… ».

De son côté François Duporat (récemment exclu d’Ordre nouveau, actuellement rédacteur en chef de L’Action européenne) écrivait déjà, dans la revue Défense de l’Occident (n° 91 – 92, octobre et novembre 1970) : « Pour la première fois aussi, l’idée d’une internationale des nationalistes cesse d’être une utopie… Loin des chauvinismes locaux, les nationalistes européens sentent intimement que la victoire de la Révolution européenne passe par l’adoption du slogan, paradoxal à première vue, ‘Nationalistes de tous les pays, unissez vous !’ ».

(…) La crise au sein d’Ordre nouveau (principal composant militant du Front National) couvait depuis plusieurs mois, l’échec des élections législatives n’a fait que l’aggraver (…) Déjà une scission d’ON a redonné naissance au Front des étudiiants nationalisles ; des militants nombreux (Patrice Juneau, une partie du GUD) ont rejoint le groupe du journal Impact (Mouvement solidariste français, Secours européen, Groupe d’action de la jeunesse…) ; un groupe interne d’ON édite un nouveau mensuel Révolution nationaliste… (Certains) risquent de se laisser tenter par les sirènes Amaudruz, Pierre Clémenti (fondateur en 1934 du Parti français national collectiviste, rédacteur d’un journal collabo et anti-sémite Mon pays libre en 1941, responsable de la Légion des volontaires français…), R. Debbaut (ex-rexiste et Waffen SS, responsable du NOE et du Mouvement social belge…), Yves Jeanne (ex-responsable pour l’Algérie du Mouvement social européen créé après la fin de la guerre et ayant eu pour responsable Maurice Bardèche, beau frère de Brasillac) ; ces braves gens au pedigree chargé, sont les éditeurs de L’Action européenne, des Courriers du Continent, de Notre Europe, de Le Devenir européen… Toutes ces personnalités, tous ces responsables nationaux européens sont regroupés, plus ou moins bien, au sein d’une organisation internationale (néo)nazie : le NOE, quelle que soit leur appartenance en France : Comités d’action européenne, Fédération d’action nationale et européenne, Front de libération national européen, Fédération Lutte du peuple.

Le NOE (Oh merveille) se réunit on ne peut plus librement en France à intervalle régulier (1 et 2 avril 71 à Lyon avec les représentants d’une quinzaine de pays ; 14 et 15 avril 1973 à Paris où la France est représentée par P. Clémenti, L. Colas, F. Duprat, Marc Fredriksen, Jean Van Eecke… (Cf. L’Action européenne, n° 10).

L’on ne peut que s’étonner que Marcellin et ses sbires, habituellement si bien renseignés, ne soient jamais au courant de telles réunions d’anciens notables nazis et consorts (surtout dans la bonne ville de Touvier) : Nouvel ordre et Nouvelle société, blanc bonnet et bonnet blanc ?

Tant que l’extrême-droite se bornera à « sauter sur sa chaise comme des cabris en criant : la France, la France, la France » (air connu) elle ne sera pas bien dangereuse (Restauration nationale, Œuvre française, Nouvelle action française…).

Tant qu’elle se bornera à des professions de foi nazies, elle ne sortira pas, heureusement, de cercles restreints de fanatiques des fours crématoires (…)

Le danger est que l’extrême-droite, étant donnée la crise de l’Etat et l’impossibilité dans laquelle se trouvent les différentes classes politiques nationales de se saborder, ne peut que se renforcer si elle se décide à s’adresser, non plus à la classe politique, mais aux masses.

A l’heure actuelle, le terrain de la lutte pour l’unification européenne est largement inoccupé et il le restera tant que les forces du mouvement ouvrier, Parti communiste français en tête, n’auront pas réellement saisi (mais cela peut être plus rapide que nous ne saurions l’espérer) l’importance primordiale de la Fédération européenne dans la lutte pour le socialisme humain, dans la lutte contre les impérialismes complices (soviétique et américain, Ndlr).

En exploitant les traditionnelles surenchères anticapitalistes, la lutte anti-centraliste, le racisme latent… et le mot d’ordre d’indépendance (ou de décolonisation) européenne, les forces extrémistes de droite ne peuvent que progresser.

Nous ne pouvons nous taire, ni rester indifférents, face à ces progrès.

De même que nous ne pouvons regarder sans bouger, ce que les guignols de la Nouvelle action française (monarchistes populaires) ont fort bien nommé le scandale de Nouvelle école.

En effet, depuis sa création en 1968, le Groupe de recherche et d’études sur la civilisation européenne (GRECE), et la revue proche de lui, Nouvelle école, propagent des idées fort proches de celles des nazillons du groupe Europe-Action disparu en 1966.

Les responsables sont les mêmes, seulement ils ont pris de l’âge et de la bouteille, oubliés les égarements de jeunesse, trouvé du fric et décidé de « faire du scientifique ».

Par ailleurs, ils ont découvert un certain nombre d’imbéciles, ou espérons-le plutôt d’étourdis, notamment dans le courant fédéraliste, pour cautionner moralement l’opération.