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L’état de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR)

13 mai 2010, par Fernando Iglesias

La véritable histoire de l’UNASUR a commencé au 3e Sommet des Présidents sud-américains tenu dans la ville péruvienne de Cusco en décembre 2004, où l’UNASUR a été fondée par un accord entre les Présidents des principaux pays. Un an plus tard, en septembre 2005, à Brasilia, les responsables de la Communauté des nations d’Amérique latine définissent quelques objectifs prioritaires sur l’agenda, parmi lesquels la compréhension politique entre les peuples latino-américains et l’intégration économique de la région, l’association des Etats membres du Mercosur et de la Communauté andine des nations (CAN) et la nécessité d’intégrer le Surinam, le Guyana et le Chili afin de garantir l’union intégrale des peuples d’Amérique du sud. Le second Sommet de l’UNASUR qui s’est déroulé le 9 décembre 2006 a marqué le pas fondamental vers la fondation de l’UNASUR, fondée durant le premier Sommet latinoaméricain de l’énergie sur l’île de Margarita.

L’UNASUR a été conçue, comme spécifié dans l’article 3 de son Traité constitutif, pour construire « …selon une méthode participative et de consentement, un espace d’intégratiuon et d’union dans les domaines culturel, social, économique et politique parmi les peuples, donnant la priorité au dialogue politique, aux politiques sociales, à l’éducation, à l’énergie, aux infrastructures et à l’environnement, parmi d’autres, dans le but d’éliminer l’inégalité socio-économique, l’intégration sociale et la participation des citoyens, le renforcement de la démocratie et la réduction des asymétries, le renforcement de la souveraineté er de l’indépendance de ses Etats membres ».

Pour comprendre l’état reel du processus d’intégration régionale en Amérique du sud, nous pouvons la comparer avec l’histoire de la fondation de la première union régionale dans le monde, et de celle la plus avancée, l’Union européenne. En fait, de même que le MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguy et Uruguay) rappelle la génèse de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), constituée par six pays au Traité de Paris de 1951, la création de l’UNASUR, qui comprend toutes les nations sud-américaines, rappelle -par sa dimension et ses objectifs- la création de l’Union européenne. En outre, si l’on considère ses dimensions, ses fonctions de contrôle de l’environnement, de défense des droits humains, de prévention des conflits et de promotion générale des différents processus multidimensionnels d’unité régionale de l’Amérique latine, le Parlement latino-américain, qui comprend aussi le Mexique et les pays de l’Amérique centrale, pourrait être assimilé à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Ainsi, l’Amérique du sud montre une superposition de divers niveaux d’intégration qui est -dans une certaine mesure- similaire à celui existant en Europe mais, qui, en même temps, est plus complexe car aucune de ces initiatives n’a atteint un développement complet. Le MERCOSUR, et son équivalent andin, la CAN, n’ont encore réalisé ni une réelle union douanière ni un marché de libre circulation commerciale. Leurs parlements n’ont pas encore dépassé le statut d’assemblée parlementaire consultative et leurs cours d’arbitrage n’ont pas de pouvoirs effectifs. Le long conflit entre l’Argentine et l’Uruguay sur l’installation d’usines de pâte de cellulose sur la rive orientale du fleuve Uruguay a montré l’incapacité du Parlement du MERCOSUR à établir une législation commune de l’environnement. De plus, le fait que ce conflit soit dorénavant de la compétence de la Cour internationale de La Haye, montre l’inexistence de tribunaux régionaux adéquats et fiables. Bien sur, ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres.

Simultanément, l’irruption de l’UNASUR met en scène un scénario complexe. Pour vous le figurer, vous devez imaginer que la CECA et l’Union européenne coexistent temporairement. La dimension selon laquelle l’UNASUR a été définie, qui est difficilement encleinte aux développements institutionnels et trop centrée sur les aspects financiers, d’infrastructure et de défense, amène de nouveaux doutes sur l’avenir de l’intégration régionale. Ce n’est pas un accident. Dans tout un chacun des projets (je veux dire le MERCOSUR, la CAN, l’UNASUR, et le Parlement latinoaméricain -Parlatino), les gouvernements sudaméricains ont démontré être très friands de la rhétorique de l’unité, mais peu disposés à la rendre réelle. Il n’y a pas, à cet instant, une décision forte et commune de la mener à terme en payant les coûts inévitables dans ces questions, en particulier, l’abandon de l’illusion de la souvenaineté nationale absolue. Le résultat de ce balancement entre les proclamations enflammées pour l’unité et l’intégration te les résolutions politiques minimales pour les rendre réelles, a été tout à la fois la capacité de lancer de nombreuses initiatives mais aussi l’incapacité évidente d’en mener une seule à son terme.


Fernando IGLESIAS
Universitaire et député au Parlement argentin et au Parlement latinoaméricain. Fondateur de Democracia Global, Movimiento pro la Uniòn Latinoamericana y el Parlamento Mundial. Conseil mondial du WFM. Buenos Aires - Publié en commun avec The Federalist Debate - Turin

Traduit de l’anglais par Jean-Francis BILLION - Lyon