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La montée des néo-nationalismes en Europe

27 octobre 2009, par David Soldini

Intervention à l’Université f’automne des Fédéralistes de Rhône-Alpes 2007

Un politologue ou un sociologue aurait sans doute pu expliquer ce phénomène bien mieux que moi… Comment se définissent les nouveaux groupes d’extrême droite ? Quels sont les liens aujourd’hui entre les discours social et national ? Quelle est la distinction entre le nationalisme et le patriotisme ?…

Je ne peux naturellement pas me substituer à eux et répondre à ces nombreuses questions. C’est donc en simple militant politique fédéraliste que je vais m’exprimer, laissant à d’autres spécialistes le soin de définir et expliquer cette nouvelle évolution de nos sociétés. Ainsi, c’est dans une perspective exclusivement politique que j’aborderai cette question douloureuse. En réalité, il s’agit ici de définir, de tracer les contours, d’appréhender les nouvelles métamorphoses de notre ennemi !

C’est avant tout en essayant de définir ce que nous sommes -ou plus précisément ce que je suis- que je propose d’approcher cet ennemi. Quelle est la spécificité du fédéralisme par rapport aux autres idéologies ?

Trop souvent le fédéralisme est confondu avec une vision exclusivement vouée à l’objectif unitaire européen. Il s’agirait alors d’aborder la politique « en plus grand ». Pourtant, de nombreuses autres idéologies se caractérisent par cette volonté de s’adresser à un ensemble plus grand que la nation. Il ne s’agit nullement d’une spécificité du fédéralisme. Parfois le fédéralisme est confondu avec une forme de localisme. Pourtant souvent, le localisme, qu’il soit régionaliste ou autre se confond avec des formes de nationalisme.

En définitive, le fédéralisme c’est avant tout la recherche d’un équilibre. Il s’agit de s’interroger sur le meilleur niveau possible de gouvernance, définir le point d’équilibre entre l’autonomie ou la liberté et l’autorité. Il n’existe naturellement aucune transcendance, aucun mythe, susceptible de résoudre cette question pratique.

Il s’agit là d’un trait caractéristique du fédéralisme : la distinction entre la question de l’identité et la question politique. Le fédéralisme peut également être présenté comme une redéfinition de la question identitaire : qui sommes nous ? A quelles collectivité(s) appartenons nous ? Par rapport à quoi / à qui devons nous définir nos droits et nos devoirs ?

Le fédéralisme se caractérise des autres idéologies politiques car il n’offre aucune réponse a priori à ces questions. Le fédéralisme apparaît comme une méthode qui n’est pas conditionnée par une « fin » fixée à l’avance. Ainsi, il est évident pour les fédéralistes aussi européens soit-ils que tout ne se résout pas par l’Europe.

Le nationalisme, c’est précisément l’inverse. C’est une idéologie fondée sur une transcendance, sur une vérité a priori. Pour le nationalisme, il existe donc un lien étroit entre la question politique et un aspect de notre identité (la langue, le territoire, la religion, la couleur de la peau…). Cette identité est hégémonique et attractive. Tout le reste s’efface au profit d’une seule et unique appartenance fondée sur un critère qui est dès lors mythifié.

De cet exclusivisme identitaire découle une croyance politique (c’est le propre du nationalisme politique) : tous les problèmes peuvent être résolus par un seul pouvoir organisé autour de la collectivité unique. Il s’agit en quelque sorte de la reproduction du modèle familial traditionnel : l’enfant doit tout à ses parents. Le nationalisme apparaît comme un infantilisme politique. Ce caractère simpliste constitue paradoxalement sa force principale.

Chaque fois que l’homme a peur, qu’il se sent menacé, qu’il redoute la crise, il s’infantilise et recherche des solutions simplistes. Il faut alors s’armer de bonne volonté pour résister au simplisme et respecter la complexité qui caractérise la personne humaine et le réel et qui doit donc être au cœur de la politique. Aujourd’hui le chômage, l’impuissance politique, la peur de l’avenir, des changements, des mutations sociales et sociétales alimentent de nouveau le démon nationaliste. Il change de visage -certains groupes d’extrême droite prônant une unité européenne nationaliste et fondée sur une introuvable identité, l’extrême gauche abandonnant définitivement les rêves internationalistes et unissant inéluctablement la question sociale et la question nationale- mais sa nature reste identique.

Pour résister à cette vague de fond il faut permettre aux citoyens de sortir de l’infantilisme politique. Cela dépend naturellement de l’éducation mais aussi des choix sociétaux et politiques proposés, des discours politiques et médiatiques, de l’environnement culturel… A tous les niveaux, il faut s’employer à casser définitivement le mythe. C’est donc une bataille politique, idéologique et culturelle.

Toutefois, le fédéralisme ne prône pas une totale révolution culturelle. Il vise simplement le progrès de la connaissance, de la liberté et la promotion du débat public démocratique. En somme, il œuvre au progrès de l’émancipation humaine. Cela peut paraître simple, banal, et pourtant c’est sans doute le combat le plus difficile : Etre libre vis-à-vis des dogmes et parfois aussi vis-à-vis de nous-mêmes et de nos croyances.


David SOLDINI
Vice-président de l’UEF – France