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Le PSE doit présenter un candidat à la présidence de la Commission européenne

25 janvier 2009, par Valéry-Xavier Lentz

Le congrès du Parti des Socialistes Européens réuni à Madrid le lundi 1er décembre a adopté un manifeste en vue des prochaines élections européennes. Toutefois, aucun candidat n’a été à ce jour désigné pour s’opposer à la reconduction du président de la Commission européenne actuelle.

Le manifeste du PSE est issu d’une démarche participative au niveau européen faisant appel notamment aux outils d’internet afin d’impliquer les adhérents. Sous le titre "Les citoyens d’abord : Une nouvelle direction pour l’Europe" (PDF, 203 Ko), il détaille soixante propositions pour l’Union européenne.

Selon Poul Nyrup Rasmussen, ancien premier ministre du Danemark et président du PSE a déclaré : “Notre manifeste présente aux électeurs un choix clair entre le PSE et nos opposants. Un choix clair entre une Union européenne progressiste où les Etats membres travaillent ensemble pour endiguer la crise économique et du climat au service de tous les citoyens en Europe et une Europe conservatrice qui met notre avenir dans les mains du marché.

On ne peut naturellement que se féliciter de l’adoption de ce manifeste qui comporte de nombreux points positifs pour les partisans de la construction européenne, notamment le souhait de voir le traité de Lisbonne entrer en vigueur, et qui a été pris comme référence par la nouvelle direction du Parti socialiste français.

Toutefois les citoyens de l’Union se reconnaissant dans la gauche démocratique ne peuvent aujourd’hui que se sentir perplexes.

En effet, on ne peut être que fort dubitatif en parcourant les termes du manifeste adopté : "une nouvelle direction pour l’Europe", choisir entre "une Europe progressiste" et "une Europe conservatrice", placer "le peuple d’abord". Et tout ceci, naturellement... avec le candidat de la droite !

Car le plus surprenant est que le Parti des Socialistes Européens semble de facto soutenir la reconduction du sortant, le conservateur José-Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne en ne proposant aucun candidat pour lui succéder.

Deux chefs de gouvervement socialistes, l’espagnol José Luis Rodríguez Zapatero et le portuguais José Sócrates ont annoncés à Madrid leur appui à cette hypothèse, comme l’avaient fait avant eux de nombreux gouvernements de droite, dont le président de la République française Nicolas Sarkozy.

Fait accompli ?

Cette attitude du PSE (que le blog Eurojunkie qualifie de "lacheté") ne peut que semer le doute dans l’électorat car en acceptant le fait accompli plus de six mois avant l’élection européenne, les "responsables" sociaux-démocrates européens envoient un signe particulièrement négatif en avalisant la désignation du nouveau président de la Commission avant que qui que ce soit n’ait eu l’occasion de voter.

L’Establishment européiste, comme trop souvent, ouvre grand la porte aux partis nationalistes en les laissant se présenter, de manière artificielle, comme la principale force d’opposition au niveau du débat public européen. Au mieux, c’est vers l’abstention massive que l’on pousse ainsi l’électorat de gauche. Si certains avaient une volonté délibérée de saboter l’élection européenne, le moment du choix démocratique sur les orientations de l’Union, ils n’auraient guère fait mieux.

Toutefois la contestation gagne. Les Verts semblent ainsi vouloir faire du rejet de M. Barroso l’un de leur thème principal de campagne. C’est ce qu’en dit Daniel Cohn-Bendit, lequel est rejoint par l’ancien ministre des affaires étrangères de RFA, Joschka Fischer, lequel accuse le sortant d’incompétence. Par ailleurs plusieurs blogueurs, dont l’auteur de ces lignes, ont lancés un début de campagne "Tout sauf Barroso" pour tenter de lancer le débat. Un groupe Facebook la relaie.

Il ne fait guère de doute que les raleurs seront de plus en plus nombreux à l’approche des élections. En attendant les électeurs de gauche continueront à se poser la question : "À quoi sert le PSE ?" Margot Wallström a désormais bien du mal à répondre à cette question (entretien video chez Eurojunkie).

Fort heureusement de nombreux socialistes sont conscients que cette situation est intenable. L’ancien ministre aux affaires européennes Pierre Moscovici, le souligne sur son blog dans un post intitulé "Et pendant ce temps là... le PSE travaille" consacré à l’adoption du manifesto.

Il y déclare : "Il reste une inconnue : derrière quel nom de Président de la Commission le PSE s’engagera-t-il ? La question, soigneusement évitée lundi, devra, selon moi, être posée de nouveau en février 2009. On sait que les partis européens veulent peser dans la nomination du Président de la Commission. Ils le feront d’autant plus facilement que, préalablement à leur victoire, ils appuieront une candidature, qu’il serait alors difficile – et impossible si le Traité de Lisbonne entre en vigueur – pour les Etats membres d’ignorer. Nous ne pouvons pas, ne devons pas, accepter la fatalité d’une reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Car ce Président, profondément conservateur, est dans ses tripes réfractaire à toute idée de régulation. Après s’être accordé sur les idées, le PSE doit maintenant se choisir un visage pour incarner son combat aux futures élections. Dois-je préciser que j’approuve la méthode ?"

C’est afin de soutenir ce points de vue que les militants fédéralistes ont interpelés les participants à la rencontre de Madrid du PSE. Ils ont recueillis le soutien de nombreuses personnalités sans que pour autant le PSE ne prenne la peine à ce jour de se donner un candidat. Il ne reste qu’à espérer un sursaut pour que l’élection européenne puisse donner lieu à un débat de meilleure qualité.


Texte également publié par Le Taurillon ; version actualisée d’une réaction à chaud, « A quoi sert le PSE ? », parue initialement sur le blog Publius