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Interview de Jean Tellechea, tête de liste « Euskadi Europan »

Le Parti Basque en campagne dans le Sud Ouest

31 août 2009, par Stéphane du BOISPEAN

Dans le cadre d’une campagne d’interview des têtes de liste aux élections européennes, Le Taurillon a rencontré Jean TELLECHEA, tête de liste d’Euzko Alderdi Jeltzalea - Parti Nationaliste Basque, présent en Pays Basque français (Iparralde) depuis 1996. Nous avons décidé de reproduire ce texte sachant que Fédéchoses ne soutient pas la stratégie de présenter des candidats fédéralistes de manière autonome aux élections. Toutefois les propos de Jean TELLECHEA ne peuvent qu’intéresser notre revue qui a toujours soutenu le combat des formations autonomistes démocratiques, souvent réunies en France dans la Fédération Régions & Peuples Solidaires (R&PS). Le PNB qui a des liens traditionnels avec R&PS ayant cette fois décidé de faire cavalier seul, contrairement à ses autres composantes qui ont fait listes communes avec Europe Ecologie ; à souligner à ce sujet la brillante élection de François ALFONSI, porte parole de R&PS et 2° le la liste Europe Ecologie dans le Sud Est, au Parlement européen. Election dont Fédéchoses se félicite.

Q.Est ce que vous pouvez nous présenter rapidement votre parti,EAJ-PNB, et nous dire quel est le sens de votre candidature en Pays basque français ?

R. LePNBest l’un des plus vieux partis démocratiques d’Europe. Fondé en 1895, c’est le parti qui a obtenu l’autonomie au Pays basque espagnol avant la Guerre civile et qui a mené la résistance contre le franquisme. Sa trajectoire irréprochable et démocratique en a fait depuis la fin de la dictature espagnole, le parti majoritaire du Pays basque sud. En Pays basque français, sa présence est aussi ancienne, mais plus discrète.

LePNBn’est présent aux élections que depuis une quinzaine d’années. Il compte des adjoints et conseillers municipaux dans plusieurs villes et villages. C’est aussi un parti profondément européen, dont les dirigeants ont été co-fondateurs desNouvelles Équipes Européenneset de la démocratie chrétienne européenne. Son slogan était déjà… en 1932, « Euzkadi Europan », le Pays basque en Europe. Notre parti compte un euro-député à Strasbourg et devrait conserver ce siège au titre du Pays basque espagnol. Notre candidature, côté français, est donc hautement symbolique. Être présent, le même jour, de part et d’autre de la Bidassoa, pour un rendez-vous aussi important que l’élection européenne.

Q.Vous avez signé le pacte desJeunes Européens, vous engageant notamment à faire l’intégralité de votre mandat si vous êtes élu, et à être assidu. On reproche souvent aux partis de faire peu de cas du Parlement européen, de ne pas le prendre au sérieux. Que faites vous pour échapper à ces reproches ?

R. Toute initiative en faveur d’un approfondissement de la construction européenne, sur un modèle fédéral, démocratique et pluraliste, ne peut que retenir notre soutien. On parle beaucoup de la Commission, mais on oublie le rôle prioritaire de la plus grande assemblée démocratique du monde, le Parlement européen. Le Parlement doit être au centre du pouvoir démocratique dans l’Union, pour assurer la représentation des citoyens, des peuples et des territoires.

Évidemment, le Pacte desJeunes européensrépond à cette attente. Il donne du sens à celles et ceux qui croient, comme nous, que l’Union peut encore évoluer dans le bon sens.

Q.Depuis la fin de la seconde guerre mondiale,EAJ-PNBa fait partie des cercles fédéralistes européens. Est ce que vous vous considérez toujours comme « fédéralistes » ? Que proposez vous sur le plan institutionnel pour faire avancer l’Europe pendant la prochaine législature ?

R.Comme je le disais précédemment, lePNBest un vieux compagnon de route de la construction européenne. Pour nous, qui représentons l’un des plus vieux peuples d’Europe et l’un des plus modernes d’un point de vue économique et social en même temps, l’Union ne peut être que fédérale. Mais selon un fédéralisme qui ne s’arrête pas aux États. Le fédéralisme institutionnel doit être intégral : de bas en haut, dans une logique de subsidiarité et de délégation de pouvoir, depuis les régions et les pouvoirs locaux, c’est à dire, les territoires et les peuples.

A l’échelle européenne, nous plaidons pour une véritable constitution, organisant la séparation des pouvoirs, avec un pouvoir législatif autour du Parlement, élu sur des territoires de proximité, y compris des circonscriptions trans-nationales (Pays Basque, Catalogne…), un pouvoir exécutif autour de la Commission, responsable devant le Parlement, et un pouvoir judiciaire, déjà existant autour de la CJCE.

Q.Quels sont les deux dossiers législatifs prioritaires à vos yeux, et quels sont les propositions de votre liste sur ces questions ?

R.La réforme de la PAC, tout d’abord, car l’Union est l’organisation la plus interventionniste au monde dans ce domaine, mais sur un modèle qui a perdu ses vertus initiales et qui produit aujourd’hui trop d’effets pervers (productivisme, agonie des petites exploitations, inégalité des aides financières, OGM…).

L’harmonisation fiscale et sociale ensuite. L’Union doit se doter d’une Charte sociale et donner à l’emploi et à la solidarité (pas seulement territoriale mais aussi sociale et inter-générationnelle) une place prépondérante dans la construction européenne. Le tout-marché, le tout-concurrence ne peut plus être l’alpha et l’oméga de l’Union.

Et nous insistons sur l’effort que l’Union doit faire sur la formation, l’innovation, la recherche, pour que le développement et le progrès restent des moteurs de la croissance dans une perspective durable et respectueuse de l’environnement.

Q.Pour vous le Président de la Commission européenne doit-il être issu de la majorité politique du Parlement européen ?

R.Dans le schéma démocratique que j’ai présenté, ça me semble être une évidence. Question de responsabilité politique ! Mais le choix majoritaire n’empêche pas de perpétuer la culture du consensus qui règne sur les grandes questions institutionnelles au sein du Parlement. En tout cas, si responsabilité il doit y avoir, ce sera devant le Parlement, et non pas devant le Conseil européen ou les Etats !

Q.Le Pays basque est malheureusement associé à l’image de la violence et d’un conflit qui dure depuis des décennies. Pouvez vous rappeler l’analyse et la position de votre parti sur cette question, et nous dire en quoi l’Union européenne peut aider à la résolution de cette situation ?

R.LePNBest un parti viscéralement opposé à la violence, dont il a lui-même trop souffert, sous le franquisme mais aussi, à certains moments, de la part d’ETA.

Pour lePNB, une solution policière et judiciaire ne pourra suffire seule. Depuis 40 ans, on le saurait. La lutte contre le terrorisme d’ETAdoit s’accompagner de la main tendue, sinon à l’organisation clandestine, du moins à son aile politique, qui représente peu ou prou 8 à 15 % de la population du Pays basque espagnol. L’Etat espagnol s’entête à illégaliser la « gauche indépendantiste ». C’est une voie sans issue, politiquement et démocratiquement.

Casser le thermomètre n’a jamais fait tomber la fièvre… et encore moins l’infection.

ETAdoit faire le premier pas, c’est incontestable. Comme l’IRAa eu le courage de le faire en Irlande du nord. Mais il faut aussi du courage politique : le dernierlehendakari, c’est à dire président du gouvernement autonome basque -Juan José Ibarretxe- avait proposé une feuille de route. Elle a été torpillée à la fois parETAet par le Gouvernement espagnol.

L’Europe, et tout particulièrement le Parlement, doit permettre d’aborder toutes les questions politiques, sans tabou, dans le respect des différences, et hors du sillon tout tracé des intérêts étatiques. De nombreux députés, de sensibilités différentes, peuvent aider à tendre des ponts, basques, français, espagnols, irlandais, bretons, de droite, de gauche, indépendantistes ou régionalistes…

L’Europe ne peut ignorer son territoire le plus européen, sa langue la plus ancienne, son peuple le plus tourné vers le monde.

Q.Une des propositions importante de votre liste est la création d’une « eurorégion » basque. En quoi cela consiste-t-il sur le plan institutionnel, économique ou culturel ?

R.L’euro-région basque, c’est l’autre nom d’une réalité qui a pour nom…

Euskadi ! Un territoire qui partage identité, langue, culture communes. Mais aussi un destin commun, pour ses étudiants, pour ses entreprises, ses infrastructures, son agriculture. Nous voulons donner corps et voix à cette région de dimension européenne, sans rupture, sans violence, sur des projets d’avenir. L’Europe doit être le cadre institutionnel de cette euro-région basque, de 3 millions d’habitants, de Bilbao à Bayonne, de Pamplune à Mauléon.

La première étape de cette euro-région, reconnue par l’Union, serait une circonscription commune et unique pour la prochaine élection des députés européens. Un acte symbolique à la hauteur de nos ambitions et de notre engagement « europtimiste » !


vendredi 5 juin 2009 par Stéphane du BOISPEAN