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À propos de la fédération mondiale

Le concept bahá’í de fédération

juin 2009, par Didier Colmont

Les 24 et 25 octobre 2009, l’AFEEB (Association Francophone Européenne d’Etudes Bahá’íes) organise dans la ville de Luxembourg le colloque « Perspective bahá’íe d’un ordre mondial », avec la participation de plusieurs conférenciers fédéralistes [1].

Ni secte ni syncrétisme, la Foi bahá’íe est une religion indépendante, au même titre que l’islam, le christianisme et les autres grandes religions [2] et a déjà été présentée dans les colonnes de Fédéchoses. Fondée en 1844 en Iran, cette religion compte aujourd’hui plus de cinq millions de fidèles présents dans plus de 100 000 localités à travers le monde, faisant de la Foi bahá’íe la deuxième religion la plus répandue géographiquement, derrière le christianisme [3]. Ce fait témoigne de l’attachement de ses adeptes à l’idéal d’une citoyenneté mondiale.

La particularité de cette religion est en effet qu’elle enseigne à ses adeptes une foi sans faille en l’unité de l’humanité, qui se traduirait, dans le futur, par la création d’une fédération mondiale, d’un gouvernement mondial et d’un tribunal doté d’une force de police internationale. Cette conception explique la proximité idéologique des bahá’ís et d’un nombre important de fédéralistes (dont l’auteur de ces lignes, à la fois fédéraliste européen, fédéraliste mondial et bahá’í) et leur collaboration aux niveaux local, national, ou international, en particulier au sein des ONG dotées d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC).

J’aimerais développer ici le concept bahá’í de fédération. Pour cela, j’emprunterai quelques éléments à un texte de Simon van Pamel, présenté à l’occasion du colloque « Emergence de l’unité européenne » [4].

Dès le XIXe siècle, les Ecrits bahá’ís insistaient sur la nécessité d’une structure de pouvoir à l’échelle de la planète. Ainsi, Bahá’u’lláh, fondateur de la Foi bahá’íe, écrivait [5] : « Le temps doit venir où sera universellement ressentie et manifestée l’impérieuse nécessité d’une vaste assemblée d’hommes représentant le monde entier. Les rois et dirigeants de la Terre devront la constituer […]. »

Plus tard, ’Abdu’l-Bahá, fils de Bahá’u’lláh, précisait [6] : « […] il faut instaurer la paix universelle. Pour y parvenir, devra être institué un Tribunal suprême, représentatif de tous les gouvernements et de tous les peuples ; les problèmes, tant nationaux qu’internationaux, devront lui être soumis, et tous devront appliquer les décrets de ce Tribunal. Si un gouvernement ou un peuple quelconque ne, s’y conformait pas, alors que le monde tout entier se dresse contre ce gouvernement ou ce peuple. »

« […] les Assemblées nationales de chaque pays et de chaque nation, c’est-à-dire les Parlements, doivent élire deux ou trois personnes considérées comme les plus éminentes de chaque nation, bien informées des lois internationales et des relations intergouvernementales, et connaissant bien les besoins essentiels de l’humanité à notre époque. Le nombre de ces représentants doit être proportionnel à celui des habitants de chaque pays. L’élection de ces âmes choisies par l’Assemblée nationale, c’est-à-dire le Parlement, doit être ratifiée à la fois par la Chambre haute, le Congrès et le cabinet, ainsi que par le président ou le souverain, afin que ces personnes puissent être les élus de toute la nation et de son gouvernement.

Le Tribunal suprême sera composé de ces personnes et toute l’humanité y aura ainsi sa part, car chacun de ces délégués est entièrement représentatif de son propre pays. Lorsque le Tribunal suprême rendra un jugement sur un problème international, soit à l’unanimité, soit à la majorité, le plaignant n’aura plus aucun prétexte pour se plaindre et le défendeur aucun motif d’objection. Dans le cas où l’un quelconque des gouvernements ou des nations commettrait des négligences, ou des manœuvres dilatoires dans l’exécution de la décision irrévocable du Tribunal suprême, les autres nations s’élèveront contre ce gouvernement ou ce pays, car tous les gouvernements et tous les pays du monde sont les défenseurs de ce Tribunal suprême. »

En 1931, Shoghi Effendi, responsable de la communauté bahá’íe à cette époque, écrivait [7] : « Une formule de super-Etat mondial devra nécessairement être élaborée, Super-Etat en faveur duquel toutes les nations du globe devront, de leur plein gré, abandonner : toute prétention à faire la guerre, certaines de leurs facultés à lever des impôts et tous droits de maintenir des armements, à part ceux requis pour la sauvegarde de l’ordre à l’intérieur de leurs souverainetés respectives. Un tel Etat devra comporter dans le cercle de ses prérogatives et de ses attributions : un pouvoir exécutif international capable d’imposer son autorité suprême et irrésistible à tout membre récalcitrant de la communauté des Etats du monde ; un parlement mondial dont les membres seront élus par les peuples de leurs pays respectifs, avec confirmation subséquente de leur élection par leur gouvernement ; un tribunal suprême dont les sentences seront obligatoires, même au cas où les parties intéressées n’auraient pas volontairement consenti à soumettre leur cas à un examen. Ce super-Etat sera une communauté mondiale dont les barrières économiques auraient été à jamais supprimées et où la dépendance réciproque du capital et du travail sera explicitement reconnue, les clameurs du fanatisme et des luttes religieuses calmées pour toujours, et la flamme de l’animosité raciale à jamais éteinte. Un seul code de lois internationales, issu du jugement respecté des représentants fédérés du monde, disposera pour ses sanctions de l’immédiate intervention coercitive des forces combinées des unités fédérées. Le super-Etat sera une communauté mondiale dans le sein de laquelle l’ardeur capricieuse du nationalisme militant aura été convertie en une conscience stable du droit de cité mondial. »

Simon van Pamel précise que l’objet d’un tel super-Etat mondial est de mettre en œuvre un principe de fédéralisme par association, dans lequel des compétences sont attribuées à un Etat fédéral par des Etats fédérés, les compétences résiduelles appartenant à ces derniers. Les compétences de ce super-Etat pourraient donc être limitées, du moins dans un premier temps, à certains domaines bien déterminés.

Simon van Pamel remarque, par ailleurs, que la structure de cet Etat fédéral mondial reposera sur une collaboration tantôt organique, tantôt fonctionnelle. La collaboration organique s’exprimera par l’élection au suffrage universel direct ou indirect (via les parlements nationaux par exemple) des membres du parlement mondial par les populations des nations fédérées, avec ratification de cette élection par les gouvernements. Elle pourra également impliquer une représentation au sein des organes fédéraux, non seulement des gouvernements des Etats fédérés, mais également, selon la règle proportionnelle, des peuples habitant sur les territoires de ces Etats. La collaboration fonctionnelle s’exprimera, par exemple, par l’élaboration d’un code de droit international, dans l’adoption d’un principe d’intervention coercitive des forces des Etats fédérés en cas de nécessité ou dans la création d’un droit de citoyenneté mondiale.

La marche vers un super-Etat mondial, tel que décrit ci-dessus, est encore longue et ne pourra se réaliser que par étapes. A ce titre, j’aimerais conclure par une citation datant de 1911 d’Abdu’l-Bahá, qui semble donner raison à ceux d’entre nous qui donnent la priorité à la mise en place d’une fédération européenne : « […] un continent qui est pleinement uni unira de la même façon tous les autres continents. »


Didier COLMONT
Responsable des Fédéralistes mondiaux - Paris


[1Pour plus d’informations sur le colloque, son programme et sa logistique, contacter Didier Colmont.

[2William S. Hatcher : La foi baha’ie, un humanisme contre les fanatismes, in Le Monde diplomatique, juin 1999.

[3Encyclopedia Britannica Book of the Year, 2003.

[4Simon van Pamel : De l’Etat national à l’Etat fédéral, le concept bahá’í de fédération : variations sur le thème de l’unité dans la diversité, Actes du colloque « Emergence de l’unité européenne » sous le patronage du Ministère des affaires culturelles du Grand-Duché du Luxembourg, Association Européenne Francophone pour les Etudes Bahá’íes, novembre 1990.

[5Bahá’u’lláh : Extraits des écrits de Bahá’u’lláh, éd. Maison d’Éditions Bahá’íes, Bruxelles, 2e édition, 1979.

[6’Abdu’l-Bahá : Extraits des écrits d’Abdu’l-Bahá, éd. Maison d’Éditions Bahá’íes, Bruxelles, 1983.

[7Shoghi Effendi : Le but d’un nouvel ordre mondial, éd. Maison d’Éditions Bahá’íes, Bruxelles, 1980.