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Le travailliste Gordon Brown soutient le libéral Barroso : oh my god (...)

15 avril 2009

Fabien CAZENAVE

Ancien rédacteur en chef du Taurillon. Membre de l’UEF Ile-de-France

Article publié récemment sur Taurillon.org

Gordon Brown, Premier ministre travailliste du Royaume uni, a déclaré soutenir la candidature de José Manuel Barroso (PPE et considéré comme très libéral) pour un nouveau mandat en tant président de la Commission européenne. Certains se contenteront de remarquer qu’il s’agit d’une nouvelle particularité britannique qui voit des « socialistes » soutenir un « libéral ». C’est surtout un retour en force des États contre les velléités d’indépendance du Parlement européen (PE).

Le Président de la Commission a reçu, lundi 16 mars à Londres, le soutien « très clair » du Premier ministre britannique en vue d’un second mandat à ce poste. « Je veux dire de façon très claire que nous le soutiendrons (…) lors de l’élection du prochain président », a indiqué Brown, à l’issue d’entretiens avec l’intéressé, ajoutant : « Il a fait un excellent travail ».

Début mars, le président français, Nicolas Sarkozy, s’était montré plus ambigu, en suggérant d’attendre l’issue du second référendum en Irlande, au plus tôt en septembre, avant de désigner le patron de la future Commission. Les 27 envisagent en principe de fixer leur choix en juin, à l’issue du scrutin européen. Le coup de pouce de Brown tombe donc à pic pour Barroso, à l’aube d’une campagne qui s’annonce délicate pour lui.

Un coup de force institutionnel des États

Dans le Traité de Lisbonne, il est indiqué que le Président de la Commission sera élu par le PE sur proposition des Etats membres. Les partisans d’une Europe politique ont ainsi sauté sur la brèche pour réclamer aux partis politiques européens de présenter un candidat aux élections européennes pour se poste. L’idée est la suivante : « si les Etats ne suivent pas le choix du parti majoritaire au PE en choisissant un autre candidat, leur proposition ne sera pas suivie ». Déjà en 2004, cette règle « dans l’esprit » avait été utilisée pour mettre Barroso à la tête de la Commission et éviter qu’un candidat du centre ne soit choisi.

L’année dernière, Sarkozy s’était déclaré favorable à la solution d’un nouveau mandat pour Barroso, suscitant l’émoi parmi les associations pro-européennes. Or, cette nouvelle déclaration de Brown a un unique but : montrer que ce sont les Etats qui décident, quelque soit la couleur politique du personnage. Le PE n’aurait donc plus son mot à dire durant les élections et la nomination de Barroso serait déjà « actée ».

Pour une campagne des Européennes personnalisée

Or, nous manquons dans cette campagne d’un véritable enjeu visible pour les électeurs. Les travaux du PE sont injustement mal suivis par les médias nationaux. Ceux-ci ne s’intéressent qu’à la sphère nationale en attendant la constitution d’un hypothétique espace public européen. De plus, la manière dont est nommée le Président de la Commission le rend d’autant plus loin des citoyens :

- nous ne savons pas quelles sont les tractations et leurs enjeux ;

- nous ne savons pas quand cela se décide, puisqu’il est nommé sans concomitance avec les élections européennes.

Voilà un enjeu qui serait plus clair pour les citoyens : si nous votons pour l’UMP, on vote pour Barroso. Voilà peut-être la raison pour laquelle l’UMP ne fait pas une trop forte campagne ? Peur du contre-buzz ?

Quoiqu’il en soit, il est très regrettable que Brown brouille ainsi encore un peu plus les enjeux de cette élection européenne. Ce n’est pas en disant « quoique vous votiez, cela ne changera rien » que nous pourrons inciter les citoyens à aller se déplacer voter pour les élections européennes du 7 juin 2009 !