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Les Fédéralistes et l’exil

6 mai 2014, par Christian Moos

Chers amis fédéralistes ! Nous sommes convaincus de notre but. Nous luttons pour une véritable fédération européenne. Nous avons besoin d’une union fédérale. C’est ce que nous réclamons. Nous la voulons maintenant ou, du moins, le plus tôt possible. Nous demandons aux leaders européens de se mettre d’accord sur une nouvelle Convention. Et pour assurer une large représentation et une plus grande participation nous demandons l’inclusion de la société civile européenne, des ONG et de ses citoyens. Nous croyons encore à l’approfondissement de ce qui a été déjà commencé à s’user sur les bords. Nous pensons que nous pouvons stopper cette dérive en accélérant notre rythme et notre vitesse. Cependant nous sommes les témoins d’une désaffection massive vis-à-vis de l’idée européenne, des valeurs mêmes que nous autres, fédéralistes, partageons et chérissons. Sans aucun doute nous devons nous accrocher à notre rêve, mais, ceci étant dit, nous devons vraiment réaliser ce que est en train de se passer.

Regardons en face la dure réalité. Un résultat possible de la série de crises dont nous avons été les témoins depuis que la chute de la banque Lehman Brothers a frappé nos rivages européens, n’est rien moins que la fin du projet d’intégration européenne tel que nous le connaissions. Le déclin socio-économique dans différents pays européens est si profond, je le crains, qu’il a un potentiel susceptible d’endommager les fondations mêmes de notre maison européenne. « L’économie stupide », était le slogan de la victoire aux élections présidentielles américaines en 1992. Je crois fermement que l’avenir de l’Union européenne (UE) dépend, en grande partie, de la simple vérité exprimée dans ces quelques mots. « C’est l’économie stupide ». Le chômage de masse, sans précédent, qui frappe les jeunes, avant tout, plus un déclin économique minent la légitimité du projet européen qui est basé, comme il l’a toujours été, en premier lieu et avant tout sur le succès économique. Le processus d’intégration européenne était centré sur l’établissement du marché commun et sur la liberté économique qui le sous-tend et la prospérité qu’il engendre. Par conséquent, son acceptation dépend de sa performance.

Croyons-nous réellement que nous pouvons construire une union politique sur un terrain aussi glissant ? L’idée d’une union politique n’est pas nouvelle, et elle a déjà connu plusieurs morts consécutives. La naissance d’une Europe politique avait avorté avant même les Traités de Rome, en 1954, quand la Communauté européenne de défense (CED) n’a pas réussi à obtenir la majorité devant l’Assemblée nationale française. L’Union monétaire recherchée au début des années 1970, c’est un point intéressant, a été abandonnée à la suite de la première crise pétrolière et du choc économique des vagues qu’elle avait provoquées. En, 1999, nous avons finalement introduit l’euro, et 14 ans plus tard la Banque centrale européenne (BCE) doit poursuivre des politiques fortement controversées en introduisant des mesures peu orthodoxes pour assurer la survie de l’eurozone, ou du moins son intégrité.

Pendant que tout cela se produit, le chômage de masse et l’appauvrissement sont en train de créer des conditions de trouble et d’agitation politiques pour les élections, dans les rues et sur les places de nos villes européennes. En observant le développement de cette tragédie, nous réunissons ici les derniers hommes et femmes qui se dressent, qui tiennent à leur foi véritable et qui développent, des idées à long terme pour la création d’une nouvelle union fédérale. Et, pourtant, sommes-nous tellement dans l’erreur ? Cela dépend. Nous avons tort si nous ignorons réellement ce qui se passe autour de nous. Nous avons tort si nous croyons pouvoir réussir quelque chose en restant là à chanter tranquillement nos cantiques et nos gospels. Est-il censé de prêcher aux convertis ? Nous sommes enfermés dans une belle salle du Parlement européen, sans être perturbés par les mécréants. Nous ne sommes plus en contact avec le monde extérieur ? Peut-être n’avons-nous pas tort, si nous profitons de cette occasion pour nous concentrer sur ce qui doit réellement être fait. Nous avons besoin de redéfinir et de redessiner le projet européen à la lumière de ses défauts indéniables. Il nous faut dépasser, surmonter cette concentration primaire sur l’économie, nous devons vaincre le déficit démocratique et rééquilibrer la division des pouvoirs entre les niveaux de gouvernance de l’Europe. L’Europe a besoin de proposer à ses citoyens un réel choix électoral. Et le Parlement européen est la clé de ce système. Bon, alors, quels sont les enjeux ? L’échec du projet européen, qui est aujourd’hui une véritable possibilité, signifierait la fin déterminée de la liberté de l’Europe, de sa richesse et de son bien-être pour les générations à venir.

Si le projet européen échoue effectivement nous verrons des Etats et des sociétés en échec, en panne, en Europe. Pour l’éviter il ne suffit pas de continuer à réclamer « plus d’Europe », car c’est d’une Europe plus intelligente et plus convaincante dont nous avons besoin. Elle doit être plus démocratique et avec un Parlement européen plus fort, et un gouvernement européen qui dépende du Parlement européen, avec une implication, une responsabilité des parlements nationaux qui soit plus grande. Cette nouvelle Europe doit être moins technocratique et plus respectueuse de la séparation des pouvoirs qui est essentielle pour l’équilibre intérieur du système européen à différents niveaux. Mais, avant toute chose, nous avons besoin de plus de responsabilité et de plus de solidarité en Europe – L’une ne va pas sans l’autre. Ce ne sera qu’à ce moment là que nous pourrons dépasser, vaincre la crise.

L’idée européenne n’aura un avenir prospère que si elle implique une vision authentique de l’Europe, c’est-à-dire la « poursuite du bonheur » (Pursuit of Happiness) comme c’est inscrit dans la Déclaration d’indépendance des treize Etats (américains) qui cherchaient à établir une fédération. Je cite : « Nous tenons ces vérités pour évidentes, que les hommes sont créés égaux, et qu’ils ont reçu de leur Créateur certains Droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur. Les Gouvernements sont établis parmi les Hommes, pour garantir ces droits et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le Peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau Gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant dans les formes qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la Sécurité et le Bonheur ».

La guerre entre les nations européennes peut, encore, rester impensable, mais la guerre civile, le chaos et l’anarchie peuvent régner là où l’ordre public ne peut pas être maintenu face à des générations perdues de personnes sans travail et qui n’ont aucun espoir d’amélioration de leur situation économique. A présent, la situation continue à se détériorer. Nous pourrions avoir à survivre dans une sorte de diaspora, dans un exil fédéraliste. Il se peut que nous ayons à être patients et endurants jusqu’à ce qu’un jour nous assistions à la réalisation d’une Constitution européenne fédéraliste. Mais, ne soyons pas naïfs. La majorité des Européens, dans la situation actuelle, ne partagent pas notre rêve fédéraliste. Ce qui nous est demandé aujourd’hui, c’est de parler aux citoyens européens et d’essayer de maintenir en vie les idéaux qui sont nécessaires pour une intégration européenne.

Une République européenne a besoin de républicains et d’un large soutien de ses citoyens. Et nous n’obtiendrons cela, que s’ils ont des emplois, de l’espoir et la sécurité…« L’économie stupide ».

Bien sûr, notre Union est basée sur bien plus que sur la seule économie, mais la crise du chômage actuelle doit être résolue en premier lieu. La révolution doit venir « d’en bas », pas « d’en haut ». Serrons nos rangs mais ne fermons pas les yeux. Restons conscients de la différence entre le monde tel qu’il devrait être et tel qu’il est réellement. Cessons de planer trop haut dans des rêves et descendons sur la terre pour le labeur dur et ardu d’assurer et de réaliser le projet de paix européen.


Christian Moos

Secrétaire général de l’Europa Union Deutschland, section allemande de l’UEF Europe

Article publié en commun avec The Federalist Debate - Turin

Traduit de l’anglais par Joseph Montchamp – Lyon