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Sauver l’Union européenne !

décembre 2011, par Henri Paraton

Henri Paraton

Membre du groupe Construction européenne de Attac Rhône - S’epxrime ici à titre personnel

Il est préférable de parler de l’Union européenne (UE), plutôt que de l’Europe, car leurs périmètres sont différents.

Tout d’abord une remarque : de même que les Français accusaient l’euro d’être trop fort pour leur permettre d’exporter, alors qu’Allemands et Néerlandais y arrivaient (pourquoi ?), nous accusons maintenant les agences de notation d’être à l’origine de tous nos maux !

Comme diraient nos amis anglo-saxons « don’t shoot the messenger ! »

Même si nous pouvons leur reprocher d’appartenir à des groupes financiers qui se sont servis des agences de notation pour nous « fourguer » leurs « subprimes » en faisant croire que c’était aussi bon que des emprunts d’Etat (dettes souveraines), leurs notations actuelles de la situation financière de nos pays ne semblent pas déplacées.

En fait la situation de la France et celle des pays européens dont la notation a été dégradée est grave, voire catastrophique, et ce n’est pas en cassant le thermomètre que nous ferons baisser la température.

Quelles sont les causes de cette situation ?

Elles sont multiples, parmi celles-ci nous pouvons citer :

  • baisse des impôts des citoyens les plus riches ;
  • crise de solvabilité des fonds de pension ;
  • extrême diversité des situations des Etatsmembres de la zone euro ;
  • laxisme des divers gouvernements concernés, y compris des gouvernements français et allemand (épisode peu reluisant de la mise entre parenthèses des accords de Maastricht, en 2005) ;
  • crise des prêts hypothécaires (« subprimes »), provoquée par la guerre en Afghanistan et en Irak ;
  • construction inachevée de la zone euro.

La baisse des impôts des citoyens les plus riches

Cette politique, issue de la pensée libérale, développée par Milton Friedman, et mise en oeuvre par le Président Reagan, aux Etats-Unis, et le Premier Ministre britannique, Margaret Thatcher, a été initiée, en France, sous la Présidence de Jacques Chirac, et a connu des sommets avec la Présidence de Nicolas Sarkozy.

C’est à qui endettera le plus et le plus vite la France. Il est vrai qu’en période faste, la gauche, au début des années 2000, a donné le mauvais exemple en compensant par des baisses d’impôts, les déficits moindres que prévus, sous la pression de la droite qui criait : « la cagnotte, la cagnotte ».

Toujours est-il qu’avec la baisse des taux d’imposition des plus riches, leur bouclier fiscal (porté de 60 à 50 %, en 2007) et la multiplication des niches fiscales, en leur faveur, toutes ces mesures ont contribué à creuser le déficit de l’Etat et de la Sécurité sociale (SS) et à accroître, de façon catastrophique, l’endettement de la France qui est très supérieur à celui de l’Espagne, pays actuellement attaqué.

De 2007 à 2012, l’endettement de la France augmenterait de plus de 500 milliards d’euros (82 % de notre PIB, à fin 2010), quand celui de l’Espagne n’atteindra 77,4 %, qu’en 2016.

Le développement rapide du chômage, dû aux mesures d’austérité, qui ne peut qu’aggraver les déficits des comptes de la SS et de l’Etat.

Dans le même temps les statistiques semblent indiquer que les ménages les plus riches continuent de s’enrichir et le gouvernement, qui a décidé de faire donner des « cours de morale » à l’école, ne semble pas désireux de mettre sérieusement à contribution ceux qui pourraient aider la France à se désendetter.

La crise de solvabilité des fonds de pension

Enivrés par la hausse permanente de 10 % par an des valeurs boursières, jusqu’au début des années 2000, les dirigeants des fonds de pension anglo-saxons se sont gavés de « bonus » et ont généreusement distribué des dividendes plus que confortables à leurs actionnaires. La crise des NTIC (dot.com) qui a fait chuter les Bourses de 50 %, en septembre 2000, a entraîné la quasi insolvabilité des fonds de pension anglo-saxons. Une fois la chute survenue la question pour eux était : comment faire face à leurs obligations vis-à-vis de leurs souscripteurs ?

Les capitaux restants ne le leur permettaient plus. Il fallait donc pressurer les entreprises dont ils détenaient des actions, pour leur faire « cracher » 15 à 20 % de dividende.

Cela a provoqué des vagues de licenciements avec pour objectif de réduire les frais de personnel afin d’accroître les résultats. L’effet secondaire de ces licenciements fut l’accroissement de la charge de travail des salariés encore en place qui purent faire des heures supplémentaires, pour partie, mais surtout subirent des cadences infernales qui se traduisirent, entre autres, par des suicides.

Et puis la crise des « subprimes », en 2008, a fait chuter les valeurs mobilières, remettant, à nouveau, en question la solvabilité des fonds de pension, problème que les promoteurs de ces retraites par capitalisation évitent d’évoquer.

Que font les gouvernements pour aider les fonds de pension ? Ils décrètent que le système de retraite actuel (qu’il soit par capitalisation ou répartition) n’est plus viable, nous sommes priés de les croire, et qu’il convient de retarder l’âge de départ à la retraite.

Cela accroît les résultats des entreprises et laisse plus de temps aux fonds de pension pour essayer de retrouver une certaine solvabilité, d’autant qu’entre temps ils sont passés des « prestations définies » (les futurs retraités savent ce qu’ils vont gagner et le fonds de pension est responsable), aux « cotisations définies » (le fonds de pension n’est aucunement responsable du résultat et le futur retraité ne sait absolument pas ce qu’il va percevoir).

Mais en ce qui concerne les retraites par répartition, sa viabilité dépend de la démographie (elle est bonne en France), de la durée de vie de la population concernée (elle est supposée s’accroître de façon importante en France, mais ces « projections » devraient être révisées tous les 5 ans pour être valables), du niveau de chômage / activité (la remontée catastrophique du chômage, en France qui revient à 10 %, niveau atteint en 2000, quand le Président de la République, Jacques Chirac décida de supprimer le service militaire, renvoyant plus de 300.000 jeunes dans leurs foyers) et du montant des cotisations versées (rôle néfaste des suppressions de cotisations sur les heures supplémentaires ; l’Etat a-t-il les moyens de les compenser ?).

L’extrême diversité des situations des Etats-membres de la zone euro

Si l’Allemagne et les Pays-Bas exportent massivement et ont un excédent commercial très important, que ce soit avec leurs partenaires de l’UE ou avec le reste du monde, d’autres pays, comme la France, l’Espagne, l’Italie et la Grèce ont des déficits excessifs de leurs balances commerciales, tant vis-à-vis des autres pays de l’UE que vis-à-vis du reste du monde.

L’Allemagne a basé son économie sur les machines-outils et l’industrie mécanique de façon plus générale ; les Paysbas sont plutôt dans le négoce et la transformation des produits agricoles ; la Grèce travaille dans le tourisme ; la France essaie de faire un peu de tout : tourisme, agroalimentaire, agriculture, automobile, aviation, électronucléaire ; mais sans être considérée comme la meilleure dans aucun de ces domaines. Leurs organisations sociales : poids et rôle des organisations syndicales, et leurs politiques économiques et sociales sont très différentes.

C’était ce que craignaient les signataires du Traité de Rome de 1957 qui, entre autres, dans l’article 3 g) demandaient « l’application de procédures permettant de coordonner les politiques économiques des Etats membres et de parer aux déséquilibres dans leurs balances des paiements » et h) : « le rapprochement des législations nationales dans la mesure nécessaire au fonctionnement du marché commun ».

Le laxisme des gouvernements

En 2005, en dehors de toute crise européenne ou autre, les gouvernements français et allemand ont refusé l’application, à leur encontre, des sanctions prévues par le Traité de Maastricht pour les pays qui ne respectaient pas les critères et, plus spécialement les 3 % maximum de déficit budgétaire (Etat et SS ensemble).

Ceux-là même qui en période favorable ne respectaient pas le critère de 3 %, voudraient le porter à 0 % même en période de crise...

Par ailleurs tout se passe comme si, au lieu de gouverner, dans l’intérêt de tous leurs concitoyens, les gouvernements et, singulièrement, le gouvernement français, se faisaient dicter leur politique par les milieux d’affaires, en général, et financiers, en particulier. « Gouverner, c’est prévoir », dit-on, en l’occurrence, non seulement le gouvernement français n’a rien prévu, mais il a laissé faire, ce qui est très « libéral », mais aussi une preuve flagrante d’incompétence, car réagir à chaud, une fois dans la crise, s’avère difficile, surtout si l’on doit obtenir l’aval de 16 ou 26 autres pays.

A moins, comme diraient les cyniques qu’il ait volontairement laissé se dégrader la situation pour pouvoir « sauver la France » en vendant les « bijoux de famille », en l’occurrence les services publics.

La crise des prêts hypothécaires (subprimes)

Nombre de ménages américains empruntaient à taux variable, avec une hypothèque, pour l’achat de leur maison et de nombreux autres objets : électroménager, voiture,... les taux d’intérêt, étaient très bas, aux Etats- Unis, en 2000.

La guerre d’Irak, qui a suivi celle d’Afghanistan, provoquée par les attentats du 11 septembre 2001, si elle a enrichi certains Américains, entre autres les actionnaires d’Halliburton, a ruiné les Etats-Unis. Du coup, le dollar s’est mis à se dévaluer par rapport aux autres devises, rendant excessivement coûteux les échanges des Etats-Unis avec le reste du monde.

La Réserve fédérale a relevé les taux d’intérêt et les Américains, dont les taux d’intérêt étaient indexés à ceuxci, se retrouvèrent excessivement endettés et en faillite. Et c’est ainsi que des millions de ménages ont vu leur maison saisie et se sont retrouvés à la rue.

Cela aurait pu rester un problème américain si des banques européennes ne s’étaient trouvées, elles aussi, à prêter sur le marché immobilier américain et si les banques, de toutes nationalités, n’avaient cherché à faire passer par la « titrisation » le « mistigri » aux acheteurs de valeurs mobilières, entre autres, européens, à qui les agences de notation ont garanti la qualité de ces investissements qui, à l’usage, se sont avérés « pourris » (junk bonds).

La construction inachevée de la zone euro

Jacques Delors et les concepteurs de l’euro pensaient que les critères de Maastricht : 3 % maximum de déficit et endettement maximum de 60 % du PIB étaient nécessaires, mais pas suffisants. Il fallait aussi un gouvernement fédéral et une politique économique commune avec convergence des critères sociaux.

Réunis au sein d’un même Etat (fédéral), ces pays, si divers, pourraient se compléter et une politique économique et financière adaptée leur permettre de vivre ensemble, dans de bonnes conditions, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Les dirigeants des divers pays membres de l’UE ont failli à la tâche que leur avait confiée le Traité de Rome de 1957.

En effet son article 2 stipule : « La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques des Etats membres, de promouvoir un développement harmonieux des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une expansion continue et équilibrée, une stabilité accrue, un relèvement accéléré du niveau de vie et des relations plus étroites entre les Etats qu’elle réunit ».

En conclusion

Nous pouvons dire que le changement d’orientation de l’UE, par rapport au Traité de Rome de 1957, est une catastrophe pour les peuples des pays membres. Les principes énoncés aussi bien par le Projet de Traité constitutionnel que par le Traité de Lisbonne sont des leurres.

Par exemple le principe de « concurrence libre et non faussée », qui revient comme un « leitmotiv » est bafoué quand le gouvernement français et l’organisme de régulation exigent qu’en France EDF vende, à perte, son électricité à des sociétés commerciales pour leur permettre de concurrencer le fournisseur historique.

Pourquoi ces sociétés ne vendent-elles pas soit ce qu’elles produisent (mais peut-être ne produisent-elles rien ?) soit ce qu’elles achètent, sur le marché, au prix du marché ? De même le gouvernement français force la SNCF à abandonner ses créneaux les plus chargés au profit de la concurrence. Vous avez dit concurrence ?

Par ailleurs nous pouvons lire dans l’hebdomadaire libéral britannique The Economist que le Premier Ministre britannique David Cameron se prépare à subventionner la réindustrialisation des îles britanniques (la dévaluation de la livre sterling, par rapport à l’Euro ne leur suffit plus). Mieux encore, le Royaume-uni et The Economist s’opposent à la mise en place de règles de concurrence, par la Commission de Bruxelles, entre les Bourses européennes, c’est-à-dire entre la City et Francfort... Qui disait que les Britanniques étaient les défenseurs du libéralisme économique et de la « concurrence libre et non faussée » ?

Et si, pour sauver l’Union européenne, nous commencions par appliquer les principes du Traité de Rome de 1957 ?