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Spinelli, un visionnaire, un bâtisseur

10 juin 2008, par Pier Virgilio Dastoli

Pier Virgilio DASTOLI Ancien Secrétaire général du Mouvement européen international et porte-parole du Forum permanent de la société civile. Ancien chef de cabinet d’Altiero Spinelli au Parlement européen Universitaire. Directeur du Bureau de la Commission européenne à Rome Texte publié à l’origine sur le site de l’AFSL, Action Fédéralisme - « Socialisme & Liberté »

« Altiero Spinelli aurait célébré son centième anniversaire. Il était né à Rome le 31 août 1907 mais ses origines étaient du sud de l’Italie en partie des Pouilles et en partie des Abruzzes. Etant adolescent à l’arrivée du fascisme et ayant été éduqué par son père aux valeurs de la démocratie et de la solidarité, il a bientôt décidé d’engager son combat politique dans le camp des jeunes communistes où il devenu rapidement un des dirigeants. Il était passionné plus par les questions de société que par l’idéologie du parti dont sa sympathie pour Gramsci et son opposition à Bordiga. Jeune étudiant en droit, il a été arrêté en 1927 par la police de Mussolini, condamné par le Tribunal Spécial et envoyé en prison pour 16 ans. Ses intérêts culturels et sa vision de la vie l’ont amené à s’éloigner de la dure discipline idéologique du parti communiste et c’est ainsi qu’il en a été expulsé en 1937. Dès cette année et jusqu’à 1943, le fascisme l’avait envoyé aux confins dans la petite île de Ventotene où sa formation culturelle s’est concentrée notamment sur les textes économiques de Luigi Einaudi et les textes politiques des fédéralistes anglais et américains. Comme Jean Monnet à Alger, il était arrivé en 1941 à la conviction que la démocratie aurait gagné sur le totalitarisme mais que la paix aurait été solide sur le continent à la condition de transformer les relations entre les nations en un système fédéral. Depuis lors, le Manifeste de Ventotene, écrit avec Ernesto Rossi, est devenu un texte fondamental pour toute réflexion sur les raisons qui sont à la base de l’unification européenne. Altiero Spinelli est entré à juste titre dans le Panthéon des Pères de l’Europe avec Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Alcide De Gasperi, Paul-Henri Spaak en apportant au processus d’intégration sa contribution originale. A l’occasion de son centième anniversaire, il faut rappeler en premier lieu le rôle d’éducateur qu’il a joué avec la fondation en 1943 et l’animation du mouvement fédéraliste permettant ainsi à des milliers des jeunes de s’engager pour les valeurs de la liberté et de la démocratie ainsi que le rôle de penseur et de formateur avec la création de l’Institut des Affaires Internationales. La partie la plus importante de son action et de sa pensée est celle qu’il a laissée au sein des institutions européennes. En tant que membre de la Commission européenne de 1970 à 1976, il a conçu et mis en œuvre les premiers éléments de politiques communes qui sont aujourd’hui au centre de l’action de l’Union européenne : l’environnement, la recherche, l’industrie, la culture. En tant que député européen de 1976 à 1986, il a amené l’Assemblée à assumer un rôle quasi-constituant en adoptant à une très large majorité le projet de traité instituant l’Union européenne. Sans ce projet, aucun progrès vers une intégration européenne plus démocratique et plus efficace n’aurait été possible puisque toute les révisions des traités depuis l’Acte unique jusqu’à celle qui est aujourd’hui sur la table de la CIG se sont inspirées des éléments fondamentaux du travail accompli en 1984 par le Parlement européen : le principe de subsidiarité, le partage de compétences entre l’Union et les Etats, la hiérarchie des normes, le pouvoir de codécision, le renforcement du rôle de la Commission, les droits fondamentaux et la citoyenneté européenne, l’intégration différenciée... Ainsi, nous devons rendre aujourd’hui un hommage convaincu et reconnaissant au visionnaire et au bâtisseur en nous engageant à poursuivre son action sur la voie de la démocratie européenne ».