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Trump et l’Europe

12 janvier 2017, par Jean-Pierre Gouzy

Depuis le jour de l’An 2017, l’Union européenne (UE) est présidée par la lilliputienne République de Malte, c’est-à-dire le plus petit de ses Etats-membres (311 km2) qui, en vertu du Traité de Lisbonne, en a hérité statutairement jusqu’à la fin du mois de juin. Comme l’Ile de Chypre, Malte est devenue membre de l’UE en maintenant son appartenance au Commonwealth britannique. Par ailleurs, le calendrier politique veut que la Grande-Bretagne préside à son tour l’Union pendant le second semestre de l’année en cours. Situation baroque quand on sait qu’en vertu du Brexit, Teresa May a fait savoir en octobre dernier qu’elle comptait lancer la procédure de divorce avec l’Union dans le courant du prochain mois de mars.

L’UE n’aura pas seulement à se pencher, au cours des temps qui viennent, sur l’une des plus difficiles négociations de son histoire. Elle devra aussi affronter parallèlement une série de questions majeures (en commençant par les problèmes que ne manqueront pas de lui poser l’exubérance et l’imprévisibilité du nouveau Président des Etats-Unis après sa prise de fonction le 20 janvier, au nom du slogan « America first », pendant sa campagne électorale.

Trump est, en effet, apparu comme un personnage ébouriffant faisant volontiers son miel des excès de langage dont il s’est montré prodigue, mais sans pour autant se laisser assimiler à un clown, comme il a su en convaincre l’électorat fédéral. Son gout prononcé pour la « Realpolitik » transparait dans ses propos, qu’il s’agisse de prendre systématiquement le contre-pied d’Obama ou de se vouloir isolationniste, en tant que leader de la superpuissance mondiale, ou champion d’un protectionnisme qui s’est déjà traduit dans la « zone Pacifique » par l’abandon du Traité de Libre-échange (TIP) conclu par son prédécesseur avec les pays asiatiques, à l’exception notable de la Chine. Celle-ci s’est d’ailleurs réjouie immédiatement d’un renoncement susceptible de lui permettre d’instaurer un partenariat économique régional dont elle serait, cette fois, le pivot. Le projet de Partenariat « transatlantique pour le commerce et l’investissement » d’autre part en cours de négociation (TTIP), parait destiné à un sort comparable. Sino-sceptique, climato-sceptique, Trump est aussi un eurosceptique, comme il l’a montré en applaudissant l’annonce du succès obtenu par le Brexit Outre-manche.

Bref, les Européens vont devoir faire face à un « partenaire » imbuvable, mais incontournable, chaque fois que des intérêts économiques, politiques ou stratégiques majeurs seront en cause. Un partenaire, de plus, qui cultive sa proximité avec les éléments les plus durs de la droite européenne. Trump, sans aucun doute et sans tarder invitera ses alliés européens à s’assumer désormais sur le plan de la défense, notamment dans le domaine budgétaire, laissant par ailleurs clairement entendre que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est devenue « obsolète ». C’est un des points clefs de son programme, même si on ne perçoit pas quel nouvel organisme pourrait se substituer dans le contexte actuel à l’OTAN dont les Américains assurent, à eux seuls, près de la moitié de la charge et contrôlent plus de la moitié des infrastructures.

De plus et surtout quels sont les pays européens prêts à accepter les transferts significatifs de souveraineté aujourd’hui nécessaires à la mise en service d’une nouvelle organisation militaire intégrée pour faire preuve d’efficacité, sans être technologiquement, budgétairement, politiquement dépendante des Etats-Unis ? Faute d’en avoir la volonté suffisante, les Européens n’ont cessé de tourner en rond autour de ces dilemmes fondamentaux. Féderica Mogherini, Chef de la diplomatie de l’UE, a déjà proclamé urbi et orbi qu’il ne pouvait être question de « créer une armée européenne » ; la seule chose qui puisse s’envisager étant celle d’une « coopération plus effective ».

De son côté, comme a tenu à nous le faire savoir Robert Fico qui « présidait », au nom de la Slovaquie, le Conseil européen lors du deuxième semestre 2016, le mal- être européen appelle à « moins d’intégration » au motif que « plus d’intégration mettrait en danger les identités nationales » ! Dans ces conditions, les avertissements du quarante-cinquième président des Etats-Unis risquent de n’être, au moment où il se prépare à assumer sa charge, que des avertissements de « Trump l’œil », malgré les déclarations et les pratiques de Poutine qui a, pour l’instant, toutes ses faveurs. On peut donc se demander de quoi l’Europe pourra se montrer encore capable à l’occasion du soixantième anniversaire des Traités de Rome, le 25 mars prochain. Car, il faudra bien, au delà des congratulations de circonstance, évoquer les incertitudes de l’avenir dans la foire d’empoigne mondiale, deux mois après que le propriétaire de la Trump Tower se soit installé dans le bureau ovale de la Maison blanche.