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Union africaine, Union européenne et réforme de l’ONU

27 février 2008, par Guido Montani

Le débat sur la réforme de l’ONU pourrait produire des résultats importants, peut-être même révolutionnaires, en ce qui concerne la construction d’un nouvel ordre international fondé sur les principes de la démocratie.

Les initiatives les plus intéressantes proviennent de l’Afrique et de l’Europe, où le processus d’intégration à l’échelle continentale a déjà construit des institutions supra-nationales.

Les participants au sommet de l’Union africaine (UA) à Abuja, au début du mois de février 2005, ont décidé de créer une commission de 15 Ministres des affaires étrangères pour présenter au Secrétaire général de l’ONU, (à lépoque) Kofi Annan, des propositions de réforme du Conseil de sécurité pour le compte de l’UA. Sur ce sujet, le Président sud-africain, Thabo Mbeki, a soutenu que l’élargissement du Conseil ne peut se faire sans la concession du droit de veto aux nouveaux membres. Puisque les cinq membres permanents actuels -soutient Mbeki- disent vouloir conserver le droit de veto, alors les nouveaux membres devront disposer du même droit. Sur le fond, l’UA s’oppose au fait qu’il y ait des membres de catégorie A, avec droit de veto, et des membres de catégorie B, privés de pouvoirs. Cette prise de position de l’UA représente un solennel avertissement pour les Européens. L’Union européenne (UE), en effet, n’a le courage de revendiquer ni sa propre présence unitaire au Conseil de sécurité, et encore moins un droit de veto. La lâcheté européenne s’explique, en partie, par le fait que la France et la Grande-Bretagne ne veuillent pas renoncer à leur veto national, en partie par le fait que l’Allemagne prétende devenir un « grand » en entrant au Conseil de sécurité et, en partie, par la peur révérencielle habituelle envers le gouvernement des Etats-Unis, que les Européens n’osent pas défier ouvertement en se mettant sur le même plan qu’eux. Malgré cela, la politique mondiale est en train de pousser des forces différentes vers une même direction.

A la réunion du G7, les propositions des Européens pour le lancement d’un plan d’aides consistant pour l’Afrique ont été torpillées par les Etats-Unis. Le plan européen est justifié par la nécessité de rejoindre les objectifs que l’ONU (les Etats-Unis compris) a approuvé, c’est-à-dire la diminution de moitié de la pauvreté dans le monde d’ici 2015. La Grande-Bretagne a approuvé le lancement d’une IFF (International Financial Facility) qui permettrait de doubler les aides d’ici à 2015. La France a proposé, elle, une étude (Rapport Landau) pour une taxe mondiale (sur les voyages internationaux, sur les carburants polluants, sur les capitaux, etc.) qui pourrait permettre, si réalisée, d’atteindre le même objectif.

Après le refus des Etats-Unis, les Européens pourraient décider de lancer leur propre initiative -celle anglaise et française sont complémentaires- au moins sur le plan européen. Le président du Conseil européen de l’époque, le Luxembourgeois Claude Juncker a déclaré : « Nous attendons une proposition de la Commission, qui est d’accord : donc, le Conseil des ministres pourra l’approuver ».

Il pourrait s’agir d’une taxe très faible, comme le prélèvement d’un euro sur chaque billet d’avion. Cependant, cela représenterait un premier pas concret dans la direction appropriée : une taxe européenne de solidarité pour le développement durable des pays les plus pauvres du monde. Si les Européens voulaient être cohérents avec eux-mêmes, ils devraient rattacher à ce plan de solidarité eurafricain celui de la réforme de l’ONU. L’UE et l’UA pourraient décider d’entrer ensemble au Conseil de sécurité, pour commencer à construire un ordre mondial fondé sur la coopération inter-continentale, puisque la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie représentent déjà des sub-continents. UE et UA pourraient aussi renoncer au droit de veto, à condition que tous les autres y renoncent.

Ceci nécessiterait une réforme encore plus radicale de l’ONU (comme la transformation de l’Assemblée générale en Parlement des peuples). Mais dans une phase où on remet sur la table les vieilles règles du jeu, il faut avoir le courage de regarder loin devant. Un gouvernement européen décidé à faire entendre le point de vue européen dans le monde pourrait s’approprier ces orientations. Hélas, l’Europe n’a pas de gouvernement capable d’agir. La politique extérieure est la compétence des gouvernements nationaux qui sont idiotement ambitieux et vaniteux. Unis, les Européens pourraient changer le destin du monde. Divisés, ils finiront par subir les décisions des pays les plus forts et en premier lieu des Etats-Unis.


Traduction de l’italien par Florent BANFI - Paris

Article publié dans Le Taurillon