Presse fédéraliste

Une Europe Unie dans un monde uni

Accueil > Fédéchoses > Numéro 151 — 2011/03 > Pourquoi, l’Union européenne, malgrè tous ses problèmes, demeure un modèle (...)

Printemps arabe, Union européenne, Moyen-Orient, paix, intégration régionale…

Pourquoi, l’Union européenne, malgrè tous ses problèmes, demeure un modèle pour le monde arabe

mars 2011, par Abdulaziz Sager

Quelquefois les Européens oublient un peu facilement le succès considérable de l’Union européenne (UE). Après tout, l’UE a uni un continent qui était autrefois cruellement divisé ; elle a amélioré ses propres défenses et elle a commencé à s’exprimer d’une seule voix sur les questions internationales. Le fait même que l’intégration de l’UE ait apporté la prospérité et la croissance structurelle aux Etats membres explique pourquoi le Conseil de coopération du Golfe (CCG) -groupe composé de Bahrein, du Koweit, de Oman, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis- l’utilise souvent comme un modèle.

En ce qui concerne les membres du CCG la grande réussite de l’Europe a été la paix et la stabilité politique instaurées dans le sillage de la seconde guerre mondiale. Des incarnations antérieures de l’UE, telles que la Communauté euroipéenne du charbon et de l’acier et la Communauté économique européenne, ont créé la sorte de stabilité que les pays du Golfe souhaitent ardemment.

Dans les quarante dernières années, les pays du golfe -ceux du CCG plus l’Iran, l’Irak et le Yemen- ont basculé d’une crise de sécurité à l’autre. La Révolution iranienne a été suivie de la guerre Iran-Irak qui, à son tour, a mené à l’invasion du Koweit par l’Irak… Les pays du Golfe ont eu à faire face à une série de défis, allant du terrorisme à l’instabilité politique, aux tensions en Irak et aux ambitions nucléiares de l’Iran. Et l’intérêt international ne fait qu’aviver les malheurs de ces pays en se mêlant de leurs affaires. La seconde invasion de l’Irak conduite par les Etats-Unis avait fait sauter le couvercle de tensions sectaires et ethniques qui couvaient depuis longtemps. Les attaques terroristes dans le pays restent monnaie courrante et le retrait des forces de sécurité américaines risque de mettre en relief les lignes de faille qui jsuque là restaient masquées. Les conflits, les luttes intestines en Irak ont été un triste rappel de ce que beaucoup savaient déjà ; l’élimination de Sadam Hussein ne serait pas la recette d’une paix instantanée.

Outre le problème de l’Irak, les pays du Golfe s’inquiètent des ambitions nucléaires de l’Iran qui peuvent déclencher une course aux armements ou, pire, une frappe préventive des Etats-Unis ou d’Israël. Les membres du CCG savent que l’Iran et l’Irak ont besoin d’accords de sécurité globale pour leur permettre d’avancer vers une plus grande stabilité. Mais, ni l’Iran ni l’Irak ne sont d’humeur à construire des ponts et cela fait d’un accord multilatéral de sécutrité dans le Golfe un rêve bien lointain. L’Iran et l’Irak ne devraient pas en porter toute la responsabilité, les membres du CCG n’ont fait que des efforts bien tièdes pour le multilatéralisme et dans les débats entre les pays du CCG, celui-ci est rarement mentionné.

Dans une situation qui paraît souvent sans espoir, la stabilité à long terme créée par l’UE, l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (OTAN) et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) offrent un encouragement dont nous avons grand besoin. En Europe, les ennemis historiques ont été capables de laisser derrière eux leur passé pour construire des relations pacifiques.

Les pays du Golfe pourraient un jour faire de même, mais seulement s’ils ont un cadre commun de sécurité. L’UE représente de nombreuses façons la sorte de modèle auquel les membres actuels du CCG aspirent. La capacité de l’UE de permettre aux pays de croître au niveau national tout en les encourageant à travailler pour des buts communs de sécurité, est particulièrement séduisante.

Bien entendu les homes politiques du Golfe savent qu’il n’y a pas de panacée pour les maux de la région et que les institutions européennes ne peuvent pas être directement imitées dans un contexte politique différent. Les buts sécuritaires dans le Golfe devraient progresser grâce à des étapes coopératives modestes par lesquelles les pays du CGG prendraient progressivement le contrôle des problèmes de sécutité de la région. Les pays du CGG devraient être encouragés par leur capacité à coopérer sur les questions économiques et leur gestion combinée de la production et du prix du pétrole. Sur les matières économiques et de sécurité la motivation d’une coopération doit venir de l’intérieur de la région et non pas de l’extérieur du Golfe. Et tous les pays doivent être concernés par ces matières, y compris l’Irak, l’Iran et le Yémen.

Dans ce contexte il est encourageant que l’Europe ait commencé à porter un intérêt stratégique au Golfe. Les responsables politiques européens savent que les troubles et l’instabilité politique de la région peuvent avoir des répercusssions globales. Bien que l’Europe ne remplace pas les Etats-Unis en tant qu’influence militaire prédominante dans la région, elle peut beaucoup apporter. Elle peut soutenir des interactions entre différentes régions et monter des mécanismes constructifs susceptibles de régler des conflits potentiels. Le renouveau d’intérêt de l’Europe est une autre opportunité pour les pays du Golfe d’observer l’intégration européenne et d’en tirer des leçons.

Sur de nombreux points spécifiques l’UE a déjà formé la pensée du CGG en matière d’intégration. Le CGG a établi des partenariats qui ont une ressemblance frappante avec les accords de l’UE. Il a établi une union douanière en 2003, un marché comun en 2008, et, malgré certains obstacles il pourrait introduire une monnaie commune dans un avenir relativement proche.

Ces projets ont besoin du soutien de l’UE. Par exemple les Etats du CGG sont divisés sur certains aspects de la monnaie commune et ne peuvent pas se mettre d’accord sur des dates convenables pour son introduction. L’expérience de l’UE avec l’euro pourrait montrer la voie tout en montrant avec clarté les difficultés dont il faudrait se méfier. L’UE devrait également renforcer le cadre UE-CGG en apportant les institutions occidentales comme l’OTAN et la CSCE. Il conviendrait enfin qu’elle s’occupe de l’impasse concernant l’accord de libre commerce entre l’UE et le CGG (FTA). Si cet accord finisssait par aboutir, ce serait la confirmation de l’engagement de l’UE dans le Golfe.

Travailler avec le CGG apporterait à l’UE une plus grande influence sur la politique et la sécurité dans le monde arabe. L’Europe a déjà relevé des défis concernant la sécurité et elle est bien adaptée pour s’occuper de nouveaux problèmes, comme l’insécurité militaire, l’instabilité politique et la criminalité transnationale. Mais la coopération entre l’UE et le CGG ne réussira que si l’UE essaye de compléter les accords existants et non pas de leur en substituer d’autres. De cette manière l’UE peut devenir plus qu’un simple modèle pour les peuples du Golfe.


Abdulaziz SAGER
Président du Gulf Research Center - Dubai.

Article publié sur le numéro de l’été 2010 de Europe’s World et repris en commun avec The Federalist Debate - Turin

Traduit de l’anglais par Joseph MONTCHAMP - Lyon