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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Anatomie de la paix &#8212; Post scriptum</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Emery-Reves-Anatomie-de-la-paix-Post-scriptum</link>
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		<dc:date>2013-10-04T21:04:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emery Reves</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s la publication de ce livre aux &#201;tats-Unis, la premi&#232;re bombe atomique explosait sur Hiroshima. Elle mit fin &#224; la Seconde Guerre mondiale. Mais ce fut une fin qui ne causa ni joie ni soulagement. Elle provoqua &#224; la place la peur de la guerre atomique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'ann&#233;e 1945 de l'&#232;re chr&#233;tienne ait produit la bombe atomique &#224; des fins militaires et la Charte de San-Francisco &#224; des fins politiques, c'est l&#224; un paradoxe qu'auront &#224; m&#233;diter les historiens de l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
De (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Emery-Reves-" rel="directory"&gt;Emery REVES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s la publication de ce livre aux &#201;tats-Unis, la premi&#232;re bombe atomique explosait sur Hiroshima. Elle mit fin &#224; la Seconde Guerre mondiale. Mais ce fut une fin qui ne causa ni joie ni soulagement. Elle provoqua &#224; la place la peur de la guerre atomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'ann&#233;e 1945 de l'&#232;re chr&#233;tienne ait produit la bombe atomique &#224; des fins militaires et la Charte de San-Francisco &#224; des fins politiques, c'est l&#224; un paradoxe qu'auront &#224; m&#233;diter les historiens de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes parts, des suggestions sont faites pour &#171; mettre hors la loi &#187;, &#171; abolir &#187;, &#171; contr&#244;ler &#187; ou &#171; tenir secr&#232;te &#187; cette incroyable force de destruction. Apr&#232;s plusieurs mois de d&#233;bats entre savants, hommes d'&#201;tats, industriels et journalistes, il semble que l'on peut convenir des faits suivants :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 1) &#224; pr&#233;sent et dans l'avenir imm&#233;diat on ne peut pr&#233;voir aucune d&#233;fense s&#251;re contre la destruction atomique,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 2) dans tr&#232;s peu d'ann&#233;es, plusieurs nations fabriqueront des bombes atomiques,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 3) la bombe atomique n'est que l'aspect destructif de la physique nucl&#233;aire et les recherches en vue d'utiliser l'&#233;nergie atomique &#224; des fins industrielles constructives peuvent et doivent &#234;tre poursuivies sans rel&#226;che,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 4) le contr&#244;le international des recherches atomiques ou de la fabrication des bombes atomiques est impraticable parce que :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; a) dans les pays capitalistes un tel contr&#244;le est contraire aux pratiques et aux usages de la libre concurrence,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; b) dans les pays totalitaires un tel contr&#244;le serait illusoire,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; c) ce n'est que si les &#201;tats-nations s'accordent mutuellement une libert&#233; compl&#232;te d'espionnage industriel et militaire (chose &#224; peine concevable) qu'un tel contr&#244;le pourrait &#234;tre effectif,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; d) aussi longtemps qu'existe le danger de guerre entre les &#201;tats-nations, plusieurs gouvernements, sinon tous, s'efforceront d'emp&#234;cher les organismes internationaux o&#249; sont repr&#233;sent&#233;s les &#201;tats ennemis &#233;ventuels d'inspecter et de contr&#244;ler leurs laboratoires et leurs industries. Toute grande puissance fera toujours le maximum pour l'emporter dans le domaine de la science militaire. La production de la bombe atomique dans des r&#233;gions &#233;loign&#233;es de l'Ouest am&#233;ricain, de la Sib&#233;rie, du Sahara, de la Patagonie, dans des usines souterraines n'importe o&#249;, ne pourra jamais &#234;tre efficacement contr&#244;l&#233;e si, en d&#233;pit de leurs engagements, les gouvernements des &#201;tats-nations respectifs d&#233;cident de garder le secret. Tout contr&#244;le efficace, la surveillance des armement et des recherches pr&#233;supposent la collaboration sinc&#232;re et cordiale des gouvernements des &#201;tats-nations. Si cela &#233;tait possible, il n'y aurait ni danger de guerre ni besoin de contr&#244;le. Mais l'avenir ne peut reposer sur une pure hypoth&#232;se, la cause r&#233;elle de nos difficult&#233;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que l'on reconna&#238;t l'impossibilit&#233;, ou du moins la difficult&#233; insurmontable d'un contr&#244;le international efficace de la recherche scientifique et de la production industrielle, la question suivante se pose : un tel contr&#244;le est-il n&#233;cessaire ou m&#234;me d&#233;sirable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne aux &#201;tats-Unis n'a peur des bombes ou des fus&#233;es atomiques fabriqu&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat-nation souverain des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me aucun citoyen sovi&#233;tique n'a peur des bombes atomiques ou autres armes destructrices fabriqu&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat-nation souverain de l'Union des R&#233;publiques socialistes sovi&#233;tiques (URSS). Mais le peuple des &#201;tats-Unis a le sentiment que les bombes atomiques fabriqu&#233;es en URSS repr&#233;sentent pour lui un danger &#233;ventuel, et le peuple sovi&#233;tique &#233;prouve le m&#234;me sentiment &#224; l'&#233;gard des bombes atomiques fabriqu&#233;es aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu'aucune bombe atomique, qu'aucune arme con&#231;ue par le g&#233;nie de l'homme n'est dangereuse en elle-m&#234;me. Les armes ne deviennent dangereuses que lorsqu'elles sont entre les mains d'autres &#201;tats souverains que le n&#244;tre. Il s'ensuit que la source ultime du danger n'est pas l'&#233;nergie atomique, mais l'&#201;tat-nation souverain. Le probl&#232;me n'est pas technique, mais purement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la pr&#233;vention d'une guerre atomique est le probl&#232;me de la pr&#233;vention de la guerre, ni plus ni moins. D&#232;s que la guerre &#233;clate et que les nations se battent pour leur existence, elles utilisent n'importe quelle arme concevable pou remporter la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration de l'&#233;nergie atomique et l'horrible cauchemar de la guerre atomique ont s&#233;rieusement intensifi&#233; le d&#233;bat sur le gouvernement mondial. Beaucoup de gens ont chang&#233; d'id&#233;es du jour au lendemain, la Charte de San Francisco leur parut p&#233;rim&#233;e et incapable de faire face au probl&#232;me cr&#233;&#233; par la bombe atomique. Sans doute, cette d&#233;couverte r&#233;volutionnaire en physique nucl&#233;aire n'a en rien modifi&#233; la n&#233;cessit&#233;, aujourd'hui imp&#233;rative pour plusieurs d&#233;cennies, d'organiser la soci&#233;t&#233; humaine selon une loi universelle. Mais elle l'a incontestablement dramatis&#233;e et l'a fait para&#238;tre plus urgente aux millions de personnes d&#233;bonnaires qui avaient besoin d'une explosion atomique pour les &#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau fait physique n'a en rien chang&#233; la situation que traite ce livre. Bien qu'il ait &#233;t&#233; &#233;crit et publi&#233; avant l'explosion de Hiroshima, rien en lui n'aurait &#224; &#234;tre exprim&#233; diff&#233;remment s'il avait &#233;t&#233; &#233;crit apr&#232;s le 6 ao&#251;t 1945.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a qu'une m&#233;thode pour cr&#233;er la s&#233;curit&#233; contre la destruction par la bombe atomique. C'est la m&#233;thode qui donne aux &#201;tats de New York et de Californie (non producteurs de la bombe atomique) la s&#233;curit&#233; de ne pas &#234;tre balay&#233;s de la surface de la terre par les &#201;tats du Tennessee et du Nouveau Mexique (producteurs de la bombe atomique). Cette s&#233;curit&#233; est r&#233;elle. C'est la s&#233;curit&#233; donn&#233;e par un ordre l&#233;gal souverain pour tous. En dehors de cela, toute s&#233;curit&#233; n'est qu'illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effray&#233;s par les effets de cette force nouvelle, beaucoup de savants qui ont lib&#233;r&#233; l'&#233;nergie atomique nous avertissent des dangers qui se produiront si plusieurs &#201;tats souverains poss&#232;dent des armes atomiques et ils r&#233;clament le contr&#244;le par le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce que le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies sinon &#171; plusieurs &#201;tats souverains &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la r&#233;alit&#233; du Conseil de s&#233;curit&#233; hors de la r&#233;alit&#233; des &#201;tats-nations souverains qui le composent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe si le Secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res de l'URSS et le secr&#233;taire du Foreign Office de sa Majest&#233; britannique se r&#233;unissent en tant que membres du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU ou en dehors de cette organisation en une &#171; conf&#233;rence des Ministres des Affaires &#233;trang&#232;res &#187; ? Dans l'un et l'autre cas, ils ne sont que les repr&#233;sentants attitr&#233;s de trois &#201;tats-nations souverains en d&#233;saccord ; dans l'un et l'autre cas, les d&#233;cisions finales d&#233;pendent de Washington, de Londres et de Moscou. Ces repr&#233;sentants ne peuvent que signer des accords ou des trait&#233;s et ils n'ont pas le pouvoir de cr&#233;er la loi applicable aux individus de leurs &#201;tats-nations respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ceux qui se rendent compte du caract&#232;re inad&#233;quat de l'organisation de San Francisco ont le sentiment que les peuples ne doivent pas &#234;tre d&#233;sillusionn&#233;s, que leur foi dans l'organisation ne doit pas &#234;tre d&#233;truite. Si cette foi n'est pas justifi&#233;e, elle doit &#234;tre d&#233;truite. Il est criminel de tromper les peuples et de leur apprendre &#224; se reposer sur de faux espoirs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les diffuseurs path&#233;tiques de l'ONU font valoir qu'elle est tout ce que nous avons, que nous devons &#234;tre pratiques et partir de ce que nous avons. Suggestion raisonnable. Il n'est gu&#232;re possible de partir d'ailleurs que de l&#224; o&#249; nous sommes. Si un homme a la rougeole, quels que soient ses projets, il doit partir avec la rougeole. Mais cela ne veut pas dire que la rougeole est un &#233;tat agr&#233;able et qu'il ne pourrait pas faire mieux ses affaires sans la rougeole. Le seul fait d'avoir quelque chose ne donne pas automatiquement &#224; cette chose de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Charte de San Francisco est un trait&#233; multilat&#233;ral. Cela et rien d'autre. Chaque partie peut se retirer au moment o&#249; elle le d&#233;sire et la guerre seule peut forcer les &#201;tats membres &#224; remplir leurs obligations en vertu du trait&#233;. Pendant des milliers d'ann&#233;es, l'homme a donn&#233; aux trait&#233;s entre puissances souveraines d'innombrables chances de prouver qu'ils peuvent pr&#233;venir la guerre. Mis en pr&#233;sence de la possibilit&#233; d'une guerre atomique, nous ne pouvons nous fier &#224; une m&#233;thode qui a fait mis&#233;rablement faillite des centaines de fois et n'a jamais r&#233;ussi une seule fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re condition de la paix est de comprendre que cette m&#233;thode ne peut jamais pr&#233;venir la guerre. La loi et la loi seule peut amener la paix parmi les hommes, mais jamais les trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'arriverons jamais &#224; un ordre l&#233;gal en amendant un syst&#232;me de trait&#233;s. Pour comprendre la t&#226;che qui nous incombe, il faudrait lire et relire dans chaque maison et dans chaque &#233;cole les d&#233;bats passionn&#233;s de Hamilton, Madison et Jay &#224; Philadelphie, en 1781. Ils ont d&#233;montr&#233; que les articles de la Conf&#233;d&#233;ration (bas&#233;s sur les m&#234;mes principes que les Nations unies) ne pouvaient pr&#233;venir la guerre entre les &#201;tats, que l'amendement de ces articles ne pouvait r&#233;soudre le probl&#232;me, que les articles de la Conf&#233;d&#233;ration devaient &#234;tre &#233;cart&#233;s et une Constitution nouvelle r&#233;dig&#233;e et adopt&#233;e, &#233;tablissant un gouvernement f&#233;d&#233;ral ayant pouvoir de l&#233;gif&#233;rer, d'appliquer et d'imposer la loi aux individus des &#201;tats-Unis. C'&#233;tait alors l'unique rem&#232;de et c'est &#233;galement l'unique rem&#232;de aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle critique de l'ONU peut choquer ceux qui sont convaincus que l'ONU est un instrument propre &#224; maintenir la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue de San Francisco n'est pas un premier pas vers un ordre l&#233;gal universel. Passer du trait&#233; &#224; la loi constitue un seul pas, une seule op&#233;ration et il est impossible de la d&#233;composer en parties ou fractions. La d&#233;cision doit &#234;tre prise et l'op&#233;ration effectu&#233;e d'un seul coup. Il n'y a pas de &#171; premier pas &#187; vers le gouvernement mondial. Le gouvernement mondial est le premier pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains remarquent paternellement : &#171; Mais c'est l&#224; de l'id&#233;alisme. Soyons r&#233;alistes, donnons &#224; l'organisation de San Francisco la possibilit&#233; de travailler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'id&#233;alisme ? Et qu'est-ce que le r&#233;alisme ? Est-il r&#233;aliste de croire que les trait&#233;s -que l'on a maintes et maintes fois essay&#233;s et qui ont toujours fait faillite- vont maintenant op&#233;rer miraculeusement ? Et est-il id&#233;aliste de croire que la loi -qui a toujours r&#233;ussi partout et quand elle a &#233;t&#233; appliqu&#233;e- continuera d'op&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que nos ministres des Affaires &#233;trang&#232;res ou les chefs de nos gouvernements se r&#233;unissent et d&#233;cident de ne pas d&#233;cider, se h&#226;tent d'ajourner, s'engagent &#224; ne pas contracter d'engagements, les h&#233;rauts officiels proclament triomphalement &#224; l'univers : &#171; Voil&#224; un commencement plein d'espoir. C'est le premier pas dans la bonne direction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes toujours au commencement... Nous ne continuons jamais, jamais nous n'ex&#233;cutons, n'achevons ni ne concluons. Nous ne faisons jamais un second pas ni -Dieu nous en garde !- un troisi&#232;me. Notre vie internationale se compose d'une suite infinie de commencements qui ne commencent pas, de premiers pas qui ne m&#232;nent nulle part. Quand nous lasserons-nous de ce jeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'une extr&#234;me importance d'examiner ces choses dans leur vraie perspective. Nous devons repousser les exhortations des r&#233;actionnaires qui disent : &#171; Bien s&#251;r, le gouvernement mondial est le but final. Mais nous ne pouvons l'atteindre maintenant. Nous devons proc&#233;der lentement, pas &#224; pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement mondial n'est pas un &#171; but final &#187; mais une n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate. En fait, il s'impose depuis 1914. Les convulsions des d&#233;cennies r&#233;volues sont les sympt&#244;mes clairs d'un syst&#232;me politique mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le but final de nos efforts doit &#234;tre la solution de nos probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux. Ce que deux milliards d'hommes et de femmes veulent r&#233;ellement sur cette mis&#233;rable terre, c'est assez de nourriture, l'am&#233;lioration du logement, du v&#234;tement, des soins m&#233;dicaux et de l'&#233;ducation, plus de jouissance de la culture et un peu de loisir. Tels sont les buts r&#233;els de la soci&#233;t&#233; humaine, les aspirations des hommes et des femmes ordinaires dans tous les pays. Nous tous pourrions avoir ces choses. Mais nous ne pourrons en avoir aucune si tous les dix ou vingt ans nous nous laissons entra&#238;ner par nos institutions &#224; nous massacrer les uns les autres et &#224; d&#233;truire nos richesses naturelles. Un syst&#232;me mondial de gouvernement n'est que la premi&#232;re condition pour atteindre ces buts sociaux et &#233;conomiques &#224; la fois pratiques et essentiels. Ce n'est nullement un but lointain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que le passage du syst&#232;me de trait&#233; &#224; un ordre l&#233;gal s'op&#232;re ind&#233;pendamment des Nations unies ou au sein de l'ONU, peu importe. Pour amender la Charte de San Francisco -si c'est la route que nous choisissons- nous aurons &#224; la r&#233;crire si fondamentalement pour obtenir ce que nous d&#233;sirons, que rien ne demeurera du document, sinon les deux premiers mots : &#171; Chapitre permier &#187;. Le changement doit se faire dans nos esprits, dans nos conceptions. D&#232;s que nous savons ce que nous voulons, peu importe que la r&#233;forme soit ex&#233;cut&#233;e au sommet de la Tour Eiffel, sur les bancs du Yankee Stadium ou sur le seuil de l'assembl&#233;e des Nations unies.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pierre d'achoppement pour transformer la Ligue de San Francisco en une institution gouvernementale est la conception fondamentale de la Charte exprim&#233;e &#224; la premi&#232;re phrase du second chapitre : &#171; Les membres sont les &#201;tats &#187;. Cela fait de la Charte un trait&#233; multilat&#233;ral. Aucun amendement du texte ne peut rien y faire, tant que la base elle-m&#234;me ne sera pas chang&#233;e de telle sorte que l'institution soit en relation directe non pas avec des &#201;tats, mais avec des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, disent les d&#233;fenseurs de la Charte, le pr&#233;ambule d&#233;clare : &#171; Nous, les peuples&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que quelqu'un publie une proclamation commen&#231;ant ainsi : &#171; Nous, empereur de Chine&#8230; &#187; cela ferait-il de lui l'empereur de Chine ? Cet acte l'enverrait probablement plut&#244;t dans un asile d'ali&#233;n&#233;s que sur le tr&#244;ne de Chine. &#171; Nous, les peuples&#8230; &#187; -ces mots symboliques du gouvernement d&#233;mocratique- ne conviennent pas &#224; la Charte de San Francisco. Leur usage dans le pr&#233;ambule est en contradiction totale avec tout le reste, et seuls les historiens pourront d&#233;cider s'ils ont &#233;t&#233; employ&#233;s par ignorance ou par mauvaise foi. La simple v&#233;rit&#233; exige que &#171; Nous, les peuples &#187; du pr&#233;ambule de la Charte soit lu plus exactement ainsi : &#171; Nous, les Hautes Parties contractantes&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection la plus courante de toutes est cette assertion absurde de tant d' &#171; hommes publics &#187; : &#171; Les peuples ne sont pas encore m&#251;rs pour une f&#233;d&#233;ration mondiale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander comment ils le savent. Ont-ils jamais eux-m&#234;mes pr&#233;conis&#233; la f&#233;d&#233;ration mondiale ? Croient-ils eux-m&#234;mes en elle ? Se sont-ils jamais efforc&#233;s d'expliquer aux peuples ce qui provoque la guerre et quel est le m&#233;canisme de la paix dans la soci&#233;t&#233; humaine ? Apr&#232;s avoir compris le probl&#232;me, les peuples ont-ils rejet&#233; la solution et d&#233;cid&#233; qu'ils ne voulaient pas la paix par la loi et le gouvernement, mais pr&#233;f&#233;raient la guerre par la souverainet&#233; nationale ? Tant que cela n'aura pas eu lieu, personne n'a le droit de pr&#233;tendre qu'il sait ce que les peuples sont pr&#234;ts &#224; accepter. -Les id&#233;aux paraissent toujours pr&#233;matur&#233;s- jusqu'&#224; ce qu'ils deviennent p&#233;rim&#233;s. Chacun a parfaitement le droit de dire qu'il ne croit pas dans le gouvernement f&#233;d&#233;ral mondial et qu'il ne le veut pas. Mais sans avoir la foi en lui et sans l'avoir tent&#233;, personne n'a le droit d'anticiper sur la d&#233;cision des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains hommes d'&#201;tat disent qu'il est criminel de parler de la possibilit&#233; d'une guerre entre les sph&#232;res russe et anglo-am&#233;ricaine. Ce n'est qu'une opinion. Je crois, moi, qu'il est criminel de ne pas en parler. Personne n'a jamais sauv&#233; la vie d'un malade en refusant de faire le diagnostic de son mal ou d'essayer de le gu&#233;rir. Les peuples du monde doivent comprendre les forces qui les poussent vers le prochain holocauste. Cela n'a rien &#224; faire avec le communisme ou le capitalisme, avec l'individualisme ou le collectivisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'in&#233;vitable conflit entre des souverainet&#233;s non int&#233;gr&#233;es qui sont en contact. Nous pourrions mettre un communiste &#224; la Maison-Blanche ou &#233;tablir la d&#233;mocratie jeffersonienne la plus pure en Russie, et la situation resterait la m&#234;me. Si une organisation de gouvernement mondial ne peut &#234;tre &#233;tablie &#224; temps par la persuasion et le consentement, aucun miracle diplomatique n'emp&#234;chera l'explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pr&#233;cipiter vers un cataclysme parfaitement &#233;vitable est indigne d'hommes raisonnables. Des centaines de millions d'&#234;tres civilis&#233;s, pleins de bonne humeur, amis de la musique et de la danse, des peuples laborieux qui pourraient collaborer en paix et jouir de la vie au sein d'une seule souverainet&#233;, sont comme des esclaves encha&#238;n&#233;s de leurs &#201;tats-nations souverains et, guid&#233;s par la crainte et la superstition, ils sont pouss&#233;s les yeux band&#233;s dans une guerre insens&#233;e. Aucun effort de n&#233;gociation, de &#171; bonne volont&#233; &#187; ou de bonne pens&#233;e, ne changera rien. Seule une compr&#233;hension claire par les peuples de ce qui les pousse vers ce conflit pourra amener sa suppression et la gu&#233;rison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle chance avons-nous de cr&#233;er un gouvernement mondial avant la prochaine guerre ? Pas beaucoup. -Supposons que nous rendions le probl&#232;me clair aux peuples d&#233;mocratiques- est-il probable que la Russie sovi&#233;tique accepte la proposition d'entrer avec nous dans une organisation gouvernementale commune ? Je crois que la r&#233;ponse sera non. Est-il possible ? Peut-&#234;tre. Mais l'alternative -une nouvelle guerre mondiale aboutissant &#224; la destruction de toutes les libert&#233;s individuelles et au r&#232;gne d'un &#201;tat totalitaire, soit le n&#244;tre soit celui de la Russie- c'est une perspective qui ne permet pas d'h&#233;siter au sujet de l'action &#224; entreprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre, l'horrible guerre entre les deux groupes de nations souveraines domin&#233;es par les &#201;tats-Unis et l'URSS doit &#233;clater, que ce soit au moins la guerre civile. N'allons pas &#224; la bataille pour des bases, des territoires, pour le prestige, pour des fronti&#232;res. Combattons au moins pour un id&#233;al. La fin d'un tel combat doit automatiquement terminer les guerres entre nations et donner la victoire &#224; la f&#233;d&#233;ration mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; que nous devons constamment avoir &#224; l'esprit en luttant pour la paix est clairement exprim&#233;e par Alexandre Hamilton dans son Federalist n&#176; 6 : &#171; Esp&#233;rer le maintien de l'harmonie entre plusieurs &#201;tats ind&#233;pendants et voisins, ce serait perdre de vue le cours uniforme des &#233;v&#232;nements humains et aller contre l'exp&#233;rience des si&#232;cles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire prouve combien Hamilton avait raison et combien avaient tort ces &#171; partisans du premier pas &#187; qui pensaient que le peuple am&#233;ricain pourrait prosp&#233;rer et vivre en paix sous une l&#226;che conf&#233;d&#233;ration d'&#201;tats souverains. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, si les habitants de Mars ou d'une autre plan&#232;te descendaient soudain sur la Terre et mena&#231;aient de nous conqu&#233;rir, toutes les nations de notre petit monde se coaliseraient imm&#233;diatement. Nous oublierions toutes nos ridicules querelles internationales et nous consentirions avec joie &#224; nous mettre sous une m&#234;me loi, rien que pour survivre. Sommes-nous certains que l'utilisation sans frein et nationale de l'&#233;nergie atomique, l'apocalypse d'une guerre atomique mondiale, ne constituent pas une &#233;gale menace &#224; notre civilisation et &#224; l'humanit&#233;, une menace qui nous oblige imp&#233;rativement de nous &#233;lever au-dessus de nos conflits inter-nationaux p&#233;rim&#233;s et d'organiser politiquement la soci&#233;t&#233; humaine de telle sorte qu'une guerre mondiale atomique puisse &#234;tre &#233;vit&#233;e ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons tr&#232;s peu de temps pour emp&#234;cher la prochaine guerre et arr&#234;ter notre glissement vers le totalitarisme. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une requ&#234;te populaire irr&#233;sistible devrait &#234;tre formul&#233;e dans chaque pays le plus t&#244;t possible. Et quand, dans deux ou plusieurs pays, les peuples auront clairement exprim&#233; leur volont&#233;, le processus de f&#233;d&#233;ration devra commencer. Naturellement, si tous les peuples du monde &#233;taient persuad&#233;s simultan&#233;ment, ce serait la solution id&#233;ale. Mais un tel &#233;v&#233;nement est improbable. Le processus doit commencer le plus t&#244;t possible, m&#234;me avec un minimum de deux pays, parce qu'aucun argument ne peut rivaliser avec la force persuasive &#233;norme des faits. Il est absolument certain qu'une fois que le processus d'int&#233;gration inter-nationale aura commenc&#233;, son attraction sera si grande que des nations de plus en plus nombreuses y adh&#233;reront jusqu'&#224; ce que, finalement, par la force des &#233;v&#233;nements, nous arrivions &#224; un gouvernement f&#233;d&#233;ral mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous d&#233;sirons sinc&#232;rement un ordre l&#233;gal mondial, si nous abordons de plein c&#339;ur le probl&#232;me de cr&#233;er des institutions gouvernementales qui permettraient aux diff&#233;rents groupes nationaux de continuer d'organiser leurs vies &#224; leur gr&#233; dans le domaine religieux, culturel, social et &#233;conomique, qui les prot&#233;geraient, par la loi, de l'intervention des autres dans leurs affaires locales et nationales, nous n'avons aucune raison de supposer que la Russie refuserait obstin&#233;ment sa participation. Si, &#224; aucune condition, elle ne veut se joindre &#224; nous, laissons-lui la responsabilit&#233; de sa d&#233;cision. Mais ne faisons pas d&#233;pendre notre propre action de la conduite hypoth&#233;tique d'autrui. Avec un tel manque de foi, avec un tel manque de courage, aucun progr&#232;s n'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons &#234;tre aussi parfaits dans notre poursuite de la paix que Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill et Joseph Staline le furent dans leur poursuite de la victoire pendant la guerre. Ils n'ont pas dit : &#171; Construisons une centaine d'avions, gagnons une petite bataille, contentons nous de cela et attendons &#187;. Ils ont brandi les &#233;tendards et, quand ils eurent proclam&#233; que nous voulions une victoire compl&#232;te, totale, une capitulation sans conditions dans le plus court d&#233;lai, des centaines de millions d'entre nous les suivirent avec enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous voulions la bombe atomique, nous n'avons pas dit que c'&#233;tait &#171; impossible &#187;, &#171; impraticable &#187;, &#171; non r&#233;aliste &#187; , nous n'avons pas dit que &#171; les peuples n'&#233;taient pas pr&#233;par&#233;s &#224; cela &#187;. Nous avons dit : nous voulons cela, nous avons besoin de cela et nous l'aurons. Et nous nous sommes mis tous &#224; y travailler avec le plus extr&#234;me &#171; perfectionnisme &#187;. Nous avons construit des villes enti&#232;res, employ&#233; deux cent mille ouvriers, d&#233;pens&#233; deux milliards de dollars et achev&#233; en moins de quatre ans l'&#339;uvre d'un demi-si&#232;cle. Le r&#233;sultat de ce perfectionnisme a &#233;t&#233; un r&#233;sultat parfait. L' &#171; impossible &#187; est devenu r&#233;alit&#233;, l' &#171; impraticable &#187; a explos&#233; au-dessus d'Hiroshima et le &#171; non r&#233;aliste &#187; a amen&#233; ce que nous voulions : la Victoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun probl&#232;me humain n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;solu par une autre m&#233;thode que le perfectionnisme. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons obtenir la paix -entreprise beaucoup plus ardue et m&#234;me plus h&#233;ro&#239;que que la guerre- si nous devenons tous brusquement modestes et si nous nous contentons de ce que l'on se pla&#238;t &#224; consid&#233;rer comme un &#171; premier pas &#187;, et si, au m&#233;pris de tout le pass&#233;, nous nous ber&#231;ons de l'espoir sans espoir que quelque chose peut maintenant survenir, ce qui serait comme l'a dit justement Hamilton &#171; perdre de vue m&#233;conna&#238;tre le cours uniforme des &#233;v&#233;nements humains &#187;. Nous n'aurons jamais la paix si nous n'avons pas le courage de comprendre ce qu'elle est, si nous ne voulons pas la payer &#224; son prix et si, au lieu de travailler &#224; sa r&#233;alisation avec la plus extr&#234;me &#233;nergie, nous avons la l&#226;chet&#233; de nous r&#233;signer nous-m&#234;mes &#224; subir le syst&#232;me impraticable dont nous avons h&#233;rit&#233; et qui nous r&#233;duit tous &#224; l'esclavage. [...]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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