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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Le f&#233;d&#233;ralisme, source de malentendus - Plaidoyer pour la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Le-federalisme-source-de-malentendus-Plaidoyer-pour-la-Federation-europeenne</link>
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		<dc:date>2021-04-25T10:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Jouvenat</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans le d&#233;bat public sur la construction europ&#233;enne, &#233;voquer le f&#233;d&#233;ralisme s'av&#232;re p&#233;rilleux. Par ignorance ou mauvaise foi, le terme est le plus souvent utilis&#233; comme repoussoir. Personnalit&#233;s politiques, journalistes et citoyens agitent alors le spectre d'un nouveau super-&#201;tat qui s'imposerait aux &#201;tats-nations, voire les absorberait. Les Fran&#231;ais en particulier, impr&#233;gn&#233; d'esprit jacobin, ne peuvent concevoir une gouvernance diff&#233;rente de celle de l'&#201;tat traditionnel unitaire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-188-Mars-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 188 - Mars 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH128/arton758-cc811.jpg?1733271328' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='128' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le d&#233;bat public sur la construction europ&#233;enne, &#233;voquer le f&#233;d&#233;ralisme s'av&#232;re p&#233;rilleux. Par ignorance ou mauvaise foi, le terme est le plus souvent utilis&#233; comme repoussoir. Personnalit&#233;s politiques, journalistes et citoyens agitent alors le spectre d'un nouveau super-&#201;tat qui s'imposerait aux &#201;tats-nations, voire les absorberait. Les Fran&#231;ais en particulier, impr&#233;gn&#233; d'esprit jacobin, ne peuvent concevoir une gouvernance diff&#233;rente de celle de l'&#201;tat traditionnel unitaire, centralisateur et bureaucratique. Ils s'imaginent ainsi une &#171; Europe &#187; toute puissante, intervenant sur tout, une d&#233;rive d'autant plus pr&#233;occupante que le pouvoir serait encore plus lointain que celui de Paris. Perte de souverainet&#233; garantie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le langage f&#233;d&#233;raliste est en partie responsable de cette confusion. Le terme &#171; supranational &#187; est souvent utilis&#233; pour d&#233;signer le niveau sup&#233;rieur d'une gouvernance multi-niveaux, alors que s'agissant de f&#233;d&#233;ralisme il serait moins anxiog&#232;ne de parler tout simplement de &#171; niveau f&#233;d&#233;ral &#187; pour le diff&#233;rencier des autres niveaux, national, r&#233;gional et communal. De m&#234;me, les militants f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens, m&#233;contents d'une gouvernance qu'ils consid&#232;rent trop intergouvernementale et soucieux de promouvoir un v&#233;ritable pouvoir communautaire, parlent fr&#233;quemment d'institutions &#171; ind&#233;pendantes des &#201;tats membres &#187; ou &#171; autonomes &#187;, donc s'affranchissant des intrigues diplomatiques. Une terminologie certes conforme &#224; la th&#233;orie f&#233;d&#233;raliste, mais il serait sans doute plus p&#233;dagogue, pour &#233;voquer le niveau f&#233;d&#233;ral, de parler d'institutions qui lui sont propres, distinctes de celles des &#201;tats membres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'est vraiment le f&#233;d&#233;ralisme
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le principe de base est pourtant largement connu : &lt;strong&gt;union dans la diversit&#233;&lt;/strong&gt;. Il s'agit donc d'unir, non d'unifier. Une f&#233;d&#233;ration est une union de communaut&#233;s politiques ind&#233;pendantes rassembl&#233;es autour d'objectifs communs, mais qui conservent leur caract&#232;re distinct dans d'autres buts. Les entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es conservent leur autonomie constitutionnelle, dans la seule limite des objectifs et principes fondamentaux de la f&#233;d&#233;ration, tels qu'ils ont &#233;t&#233; librement consentis ; elles se r&#233;servent encore et surtout le droit de d&#233;cider ensemble de la r&#233;vision du pacte f&#233;d&#233;ral, selon les modalit&#233;s qu'elles auront d&#233;finies. La f&#233;d&#233;ration n'est donc &lt;strong&gt;pas attentatoire &#224; l'identit&#233; nationale&lt;/strong&gt;. Une f&#233;d&#233;ration n'existe pas par elle-m&#234;me, elle est l'&#233;manation des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es. Sans elles, elle dispara&#238;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pacte f&#233;d&#233;ratif est un acte volontaire par lequel les parties conviennent d'une r&#233;partition des pouvoirs entre les &#233;tages de l'architecture f&#233;d&#233;rale. Il n'y a pas de &lt;strong&gt;d&#233;possession de pouvoirs&lt;/strong&gt;, car les entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es participent &#224; la formation de la volont&#233; f&#233;d&#233;rale et de l'ordre commun. Mais le pouvoir au niveau sup&#233;rieur s'exerce diff&#233;remment. La f&#233;d&#233;ration &#233;tant une union &#224; la fois d'&#201;tats et d'individus, elle se caract&#233;rise par son syst&#232;me bicam&#233;ral. Les &#201;tats sont repr&#233;sent&#233;s &#224; la chambre haute (conseil des &#201;tats ou s&#233;nat) et les citoyens sont directement repr&#233;sent&#233;s &#224; la chambre basse (chambre des repr&#233;sentants, parlement ou assembl&#233;e f&#233;d&#233;rale). Les deux chambres exercent conjointement le pouvoir l&#233;gislatif et contr&#244;lent le gouvernement f&#233;d&#233;ral, organe ex&#233;cutif. Le syst&#232;me f&#233;d&#233;ratif cr&#233;e donc un corps nouveau de gouvernants et d'agents, ainsi qu'un pouvoir judiciaire qui lui aussi est propre &#224; la f&#233;d&#233;ration. La relation entre les diff&#233;rents niveaux de gouvernement n'est pas de nature hi&#233;rarchique. C'est la coexistence de pouvoirs ind&#233;pendants et coordonn&#233;s. Une pluralit&#233; des centres de pouvoir qui se limitent mutuellement, ce qui a pour effet que&lt;strong&gt; pouvoirs et contre-pouvoirs&lt;/strong&gt; s'&#233;quilibrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tout est fond&#233; sur le &lt;strong&gt;principe de subsidiarit&#233;&lt;/strong&gt;, notion de base du f&#233;d&#233;ralisme : prendre les d&#233;cisions au plus pr&#232;s de l'espace de vie du citoyen, ne devant &#234;tre d&#233;cid&#233; aux niveaux sup&#233;rieurs que ce qui apporte une valeur ajout&#233;e en termes de coh&#233;rence et d'efficacit&#233;. La comp&#233;tence des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es demeure la r&#232;gle, celle de la f&#233;d&#233;ration est l'exception. Cette derni&#232;re n'est pas une comp&#233;tence de principe, mais une comp&#233;tence d'attribution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela &#233;tant, le f&#233;d&#233;ralisme exclut les &#233;go&#239;smes nationaux et consacre le &lt;strong&gt;fait majoritaire&lt;/strong&gt;. Les r&#232;gles d&#233;cid&#233;es commun&#233;ment s'imposent &#224; tous. Le vote majoritaire, principe essentiel de la d&#233;mocratie, s'applique &#224; tous les &#233;chelons de la f&#233;d&#233;ration. Aucune minorit&#233; ne peut dicter sa loi. C'est l&#224; la principale difficult&#233; &#224; concevoir le f&#233;d&#233;ralisme &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, alors que le fait majoritaire est parfois contest&#233; au niveau national d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il de la souverainet&#233; ? Est-il vrai que le d&#233;passement de l'&#201;tat-nation conduit &#224; une perte de souverainet&#233; pour celui-ci ? Selon la pens&#233;e dominante, la souverainet&#233; est indivisible. Elle est incarn&#233;e par le peuple. Avec le f&#233;d&#233;ralisme, on change alors d'&#233;chelle pour &#233;voluer vers une &lt;strong&gt;vraie souverainet&#233;&lt;/strong&gt;, celle des peuples f&#233;d&#233;r&#233;s, la souverainet&#233; f&#233;d&#233;rale, la seule permettant de s'imposer face aux d&#233;fis de dimension globale. La pluralit&#233; des centres de pouvoir dans une f&#233;d&#233;ration signifie que certains ont le dernier mot dans certaines mati&#232;res, et que d'autres l'ont dans d'autres domaines. Il n'y a pas pour autant division de la souverainet&#233;, car de fait la f&#233;d&#233;ration se compose de trois &#233;l&#233;ments : le gouvernement f&#233;d&#233;ral, les gouvernements des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es, et les deux ensemble, c'est-&#224;-dire la f&#233;d&#233;ration. Il s'ensuit que le titre &#224; exercer la souverainet&#233; appartient &#224; la f&#233;d&#233;ration, soit au peuple f&#233;d&#233;ral. Cependant, pour utiliser une argumentation plus simple dans le d&#233;bat courant, on soulignera que rien n'emp&#234;che que plusieurs autorit&#233;s puissent concourir &#224; l'exercice de la souverainet&#233;. On parlera alors non pas de transfert de souverainet&#233; (ce qui &#233;voque la d&#233;possession), mais de partage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La meilleure forme de collaboration, un sujet de controverse
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la crise de l'&#201;tat national confront&#233; &#224; la fois aux d&#233;fis plan&#233;taires et aux revendications d'autonomie sur son propre territoire, quelle est la meilleure forme de collaboration ? Conf&#233;d&#233;ration ou f&#233;d&#233;ration ? D&#233;centralisation ou autonomie locale ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La conf&#233;d&#233;ration, forme de coop&#233;ration pr&#233;f&#233;r&#233;e des nationalistes, est une association d'&#201;tats ind&#233;pendants qui s'accordent sur ce qu'on peut appeler une &#171; convention internationale &#187; g&#233;r&#233;e par une conf&#233;rence diplomatique permanente. Il n'existe ni pouvoir l&#233;gislatif, ni ex&#233;cutif, ni tribunal commun. Chacun conserve sa libert&#233; d'action, ce qui signifie aussi que chacun se r&#233;serve la possibilit&#233; d'ignorer les d&#233;cisions prises en commun. Les sujets de la conf&#233;d&#233;ration sont les &#201;tats eux-m&#234;mes et non les individus qui la composent. Il n'y a pas dans la conf&#233;d&#233;ration de peuple commun. La nature de la n&#233;gociation est intergouvernementale. Ce ne peut &#234;tre que la somme des &#233;go&#239;smes nationaux. Quand tout va bien, les &#201;tats acceptent sans rechigner les initiatives statutaires des organes communautaires ; mais d&#232;s que les difficult&#233;s surgissent et qu'elles mettent en cause les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs des &#201;tats, les rapports de force reprennent le dessus. L'Histoire a ainsi montr&#233; que les conf&#233;d&#233;rations ont soit &#233;volu&#233; vers des f&#233;d&#233;rations ou sombr&#233; dans l'impuissance et la discorde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &lt;strong&gt;sup&#233;riorit&#233; de la f&#233;d&#233;ration&lt;/strong&gt; est av&#233;r&#233;e. Comme l'a expliqu&#233; Immanuel Kant, la f&#233;d&#233;ration est &lt;strong&gt;garantie de paix&lt;/strong&gt;. Une paix v&#233;ritable, ce qui est diff&#233;rent de l'absence de guerre qui n'est qu'une simple tr&#234;ve. Le f&#233;d&#233;ralisme consacre la &lt;strong&gt;supr&#233;matie du droit&lt;/strong&gt;. Inefficace lorsqu'elle s'applique entre &#201;tats souverains, la coop&#233;ration se r&#233;v&#232;le f&#233;conde lorsqu'elle se d&#233;veloppe dans un cadre institutionnel. L'articulation des pouvoirs sur plusieurs niveaux de gouvernement s'av&#232;re &lt;strong&gt;la plus &#233;quilibr&#233;e, la plus efficace, et aussi la plus r&#233;siliente&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la conf&#233;d&#233;ration privil&#233;gie la diplomatie, la f&#233;d&#233;ration r&#233;pond &#224; l'exigence d&#233;mocratique. La f&#233;d&#233;ration r&#233;sulte de la conjonction de la volont&#233; des &#201;tats et de la volont&#233; du peuple de poursuivre un id&#233;al commun. Elle a donc une double l&#233;gitimit&#233;. Dans la limite de ses comp&#233;tences, la f&#233;d&#233;ration est dot&#233;e d'un pouvoir direct sur les individus par des lois et r&#232;glements ayant la m&#234;me force juridique que ceux des &#201;tats, mais en retour les citoyens concourent &#224; former la volont&#233; f&#233;d&#233;rale selon des proc&#233;dures d&#233;mocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le f&#233;d&#233;ralisme permet de &lt;strong&gt;donner &#224; la d&#233;mocratie une dimension internationale&lt;/strong&gt;. C'est un processus d'extension de la d&#233;mocratie sur des espaces toujours plus vastes. L'autonomie locale, elle, est garantie par la constitution dans toutes ses composantes, comp&#233;tences et ressources, et n'est donc plus sujette aux caprices d'un pouvoir central. Ainsi, le f&#233;d&#233;ralisme se d&#233;cline du local au mondial. Si le f&#233;d&#233;ralisme mondial est in&#233;luctable, il nous appara&#238;t encore bien lointain, alors que le f&#233;d&#233;ralisme au niveau des grandes r&#233;gions du monde, en premier lieu en Europe, &#233;tape indispensable vers le f&#233;d&#233;ralisme mondial, est r&#233;alisable imm&#233;diatement. Le f&#233;d&#233;ralisme &#171; interne &#187;, quant &#224; lui, d&#233;pend des circonstances propres &#224; chacun des pays concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La sempiternelle question du &#171; peuple europ&#233;en &#187;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On dit volontiers que la d&#233;mocratie ne peut pas s'exercer au niveau europ&#233;en car il n'y a pas de peuple europ&#233;en. A fortiori, l'absence de peuple europ&#233;en rendrait impossible toute &#233;volution de l'Union europ&#233;enne (UE) vers un &#201;tat f&#233;d&#233;ral. Il est vrai que l'adh&#233;sion des citoyens au projet europ&#233;en, et concr&#232;tement l'appropriation, au niveau territorial, des d&#233;cisions prises au niveau europ&#233;en, n&#233;cessitent un sentiment d'appartenance &#224; des valeurs communes et &#224; un destin partag&#233;. Sans entrer ici dans le vaste d&#233;bat sur l'existence ou non d'une histoire, d'une culture et d'une identit&#233; communes, dont nous aurions plus ou moins bien conscience, force est de constater que les enjeux plan&#233;taires forgent une &lt;strong&gt;communaut&#233; de destin&lt;/strong&gt; qui appelle &#224; une communaut&#233; d'action. S'il y a prise de conscience de cette r&#233;alit&#233;, tout devient possible, y compris la participation &#224; un projet politique commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, on retiendra ici surtout la notion de peuple en tant que &#171; corps politique &#187;, distincte de celle de &#171; corps social &#187;, selon la terminologie du constitutionnaliste Dominique Rousseau. La seule dimension politique suffit &#224; concevoir, comme l'a montr&#233; J&#252;rgen Habermas, l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne par le prolongement des processus qui ont construit les consciences nationales, pour une conception post-nationale de la citoyennet&#233;. Ce peuple corps politique, ou &lt;strong&gt;peuple civique&lt;/strong&gt;, celui qui permet de cr&#233;er un lien entre le citoyen et les institutions de l'Union, reste &#224; cr&#233;er. Mais de fait, un&lt;strong&gt; peuple se construit&lt;/strong&gt; au fil du temps lorsque ses diverses composantes sont confront&#233;es ensemble et de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e aux probl&#233;matiques communes, par une bonne information, par le d&#233;bat politique, par toutes les formes possibles d'expression de la volont&#233; populaire, d&#233;veloppant ainsi des liens de solidarit&#233;. Un nouvel attachement vient s'ajouter &#224; l'attachement national. Il en r&#233;sulte un sentiment de &lt;strong&gt;double appartenance&lt;/strong&gt;, la coexistence d'un loyalisme envers la soci&#233;t&#233; f&#233;d&#233;rale et envers les petites collectivit&#233;s territoriales, de sorte qu'aucun ne l'emporte. Les citoyens y acqui&#232;rent aussi de nouveaux droits (libre circulation, &#233;galit&#233; de traitement, citoyennet&#233; europ&#233;enne).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquer la notion de peuple politique plut&#244;t que celle de peuple ethnique, ou de communaut&#233; de destin plut&#244;t que d'identit&#233; &#8211; une notion qui souvent suppose le rejet de l'autre - permet aussi d'&#233;carter toute id&#233;e d'un futur &#171; nationalisme europ&#233;en &#187;. C'est pleinement conforme &#224; l'esprit du f&#233;d&#233;ralisme qui vise &#224; pacifier les soci&#233;t&#233;s &#224; une &#233;chelle toujours plus vaste. Le f&#233;d&#233;ralisme est la seule formule politique permettant d'unifier des peuples de cultures diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas de dogmatisme, mais tirer parti de la flexibilit&#233; du mod&#232;le f&#233;d&#233;raliste
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chacune des f&#233;d&#233;rations existantes r&#233;sulte de circonstances ou situations particuli&#232;res. Chaque union f&#233;d&#233;rale poss&#232;de sa structure originale. Le lien f&#233;d&#233;ral y est plus ou moins fort. Un projet de F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne doit s'affranchir de tout dogmatisme pour n&#233;cessairement innover compte tenu des sp&#233;cificit&#233;s du continent europ&#233;en. Celui-ci symbolise le concept d'&#201;tat-nation souverain post-westphalien. Il est constitu&#233; d'un ensemble d'&#201;tats relativement anciens ayant d&#233;termin&#233; le cours de l'Histoire pendant des si&#232;cles, dot&#233;s d'une forte identit&#233; nationale et d&#233;sireux de pr&#233;server leur ind&#233;pendance. Compte tenu de la diversit&#233; des soci&#233;t&#233;s qui le composent, il s'agit d'adopter une forme de f&#233;d&#233;ralisme qui assure aux membres de la F&#233;d&#233;ration un degr&#233; d'autonomie sup&#233;rieur &#224; tout autre pr&#233;c&#233;dent, et qui soit une m&#233;diation optimale entre l'unit&#233; du cadre juridique et la pluralit&#233; des identit&#233;s culturelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Concr&#232;tement, on pourra limiter les comp&#233;tences exclusives de la F&#233;d&#233;ration (hormis la r&#233;gulation du march&#233; int&#233;rieur, fondement de l'int&#233;gration europ&#233;enne) &#224; un nombre tr&#232;s limit&#233; de domaines n&#233;cessitant une mutualisation de la souverainet&#233; (d&#233;fense, relations internationales, monnaie &#8230;). On privil&#233;giera ainsi les comp&#233;tences partag&#233;es, celles-ci offrant le plus de marges de man&#339;uvre et s'exer&#231;ant sous le contr&#244;le &#233;troit par les parlements nationaux du principe de subsidiarit&#233;, comme le pr&#233;voit d&#233;j&#224; le Trait&#233; de Lisbonne. Sur le plan institutionnel, alors que dans les f&#233;d&#233;rations abouties (&#201;tats-Unis, Suisse &#8230;), le s&#233;nat est &#233;lu au suffrage universel et chaque entit&#233; f&#233;d&#233;r&#233;e y a un poids &#233;gal, on pourra maintenir une repr&#233;sentation quasi-proportionnelle, les s&#233;nateurs &#233;tant des repr&#233;sentants des parlements et/ou des gouvernements nationaux, ou laisser &#224; chaque &#201;tat le choix du mode de d&#233;signation de ses repr&#233;sentants. La mise en application et le respect des lois f&#233;d&#233;rales pourront &#234;tre assur&#233;s par les entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es, sans d&#233;centralisation de l'administration f&#233;d&#233;rale. Ce ne sont ici que des exemples.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus fondamentalement, on pourra s'affranchir de la th&#233;orie f&#233;d&#233;raliste classique et construire un mod&#232;le f&#233;d&#233;ral original hors du cadre &#233;tatique. Selon le constitutionaliste Olivier Beaud, une f&#233;d&#233;ration ne pr&#233;suppose pas l'existence d'un &#201;tat, et on peut penser le mod&#232;le f&#233;d&#233;ral comme un mode de rationalisation des relations entre les diff&#233;rents centres d&#233;cisionnels plut&#244;t que comme une structure &#233;tatique ou internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La f&#233;d&#233;ration est une &lt;strong&gt;cr&#233;ation continue&lt;/strong&gt;, en r&#233;ponse aux nouveaux d&#233;fis que l'Histoire nous impose de mani&#232;re r&#233;currente. C'est une recherche constante de l'&#233;quilibre entre le besoin d'autonomie et l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. C'est ce qui fait qu'elle appara&#238;t le plus souvent comme &#233;tant complexe, et qu'elle est donc souvent incomprise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Union europ&#233;enne et le spectre du &#171; saut f&#233;d&#233;ral &#187;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les p&#232;res fondateurs de l'Europe avaient une vision f&#233;d&#233;raliste. Puis l'approche dite fonctionnaliste - des petits pas dans des domaines sp&#233;cifiques, cr&#233;ant une solidarit&#233; de fait - adopt&#233;e d&#232;s la d&#233;claration Schuman du 9 mai 1950, n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e. &#192; ce jour, l'UE est &#224; mi-chemin entre une conf&#233;d&#233;ration et une f&#233;d&#233;ration, mais l'intergouvernementalisme y reste pr&#233;dominant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, les organes existants pr&#233;figurent ceux d'une f&#233;d&#233;ration. Deux institutions ont un caract&#232;re f&#233;d&#233;ral : la Banque centrale europ&#233;enne et la Cour de Justice de l'Union europ&#233;enne. Le Conseil de l'UE et le Parlement europ&#233;en constituent les bases d'un pouvoir l&#233;gislatif bicam&#233;ral, et il existe un embryon de pouvoir ex&#233;cutif, la Commission europ&#233;enne. L'&#233;mergence d'une citoyennet&#233; europ&#233;enne et la port&#233;e du droit communautaire sont aussi des &#233;l&#233;ments d'ordre f&#233;d&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'elle devienne une v&#233;ritable f&#233;d&#233;ration, l'UE doit pour le moins :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Transformer le Conseil de l'UE en un v&#233;ritable &#171; S&#233;nat &#187; ou &#171; Conseil des &#201;tats &#187;, compos&#233; de repr&#233;sentants permanents, fonctionnant de mani&#232;re transparente, et prenant toutes ses d&#233;cisions &#224; la majorit&#233; simple ou qualifi&#233;e, &#224; l'exclusion de tout droit de v&#233;to ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Abolir le Conseil europ&#233;en (imagine-t-on les &#201;tats-Unis dirig&#233;s par un conseil des gouverneurs ?). Le s&#233;nat doit &#234;tre le seul organe repr&#233;sentant les &#201;tats. Si ce c&#233;nacle devait &#234;tre maintenu, il faudrait revenir &#224; l'esprit des Trait&#233;s qui lui assignent seulement un r&#244;le d'impulsion sur les grandes orientations strat&#233;giques.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Attribuer des pouvoirs identiques aux deux chambres constituant le pouvoir l&#233;gislatif, le Parlement europ&#233;en et le futur s&#233;nat.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#201;tablir une v&#233;ritable puissance publique europ&#233;enne, disposant d'une capacit&#233; de d&#233;cision et d'ex&#233;cution. La fonction ex&#233;cutive, aujourd'hui partag&#233;e entre Commission, Conseil de l'UE et Conseil europ&#233;en, doit &#234;tre confi&#233;e &#224; un vrai gouvernement, et celui-ci doit disposer de ressources propres &#224; la f&#233;d&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de ces pr&#233;requis, toutes les options seront ouvertes pour d'autres dispositions constitutionnelles concr&#233;tisant un mod&#232;le f&#233;d&#233;ratif original : modulation du partage des comp&#233;tences, type de leadership politique (mode de d&#233;signation/&#233;lection du chef de gouvernement et/ou pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration), composition du s&#233;nat, composition du gouvernement, relations avec les parlements nationaux et autres instances, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne sera alors une &#171; F&#233;d&#233;ration d'&#201;tats-nations &#187;, selon la c&#233;l&#232;bre formule de Jacques Delors. Y parvenir pourra n&#233;cessiter une int&#233;gration diff&#233;renci&#233;e, &#224; plusieurs cercles (soit diff&#233;rente de l'int&#233;gration actuelle, &#224; g&#233;om&#233;trie variable ou &#171; &#224; la carte &#187;), les contours de la F&#233;d&#233;ration n'&#233;tant pas identiques &#224; ceux de l'UE. Un groupe d'&#201;tats pionniers, ou noyau dur, constituera ainsi une avant-garde permettant aussi une int&#233;gration plus pouss&#233;e s'agissant des politiques &#224; mener, en particulier la fiscalit&#233;, la solidarit&#233; budg&#233;taire, la transition &#233;cologique, l'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique, la strat&#233;gie industrielle, et le plus difficile car tr&#232;s ancr&#233;e dans les traditions nationales, la dimension sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aller plus loin reviendrait &#224; franchir le pas d'une nouvelle structure &#233;tatique, pour &#233;tablir les &#171; &#201;tats-Unis d'Europe &#187;. Cette diff&#233;rence de nature concerne surtout la reconnaissance internationale : service diplomatique ext&#233;rieur unique, repr&#233;sentation unique dans les instances internationales, une nationalit&#233; unique et un seul passeport europ&#233;en pour tous les citoyens. La n&#233;cessit&#233; de franchir cette &#233;tape d&#233;pendra de la capacit&#233; d'une F&#233;d&#233;ration d'&#201;tats-nations d'exercer une influence internationale, les &#201;tats la composant devant alors parler d'une seule voix.&lt;br class='autobr' /&gt;
La F&#233;d&#233;ration d'&#201;tats-nations repr&#233;sente-t-elle r&#233;ellement le &#171; saut f&#233;d&#233;ral &#187; tant d&#233;cri&#233; ? Certainement pas du point de vue institutionnel, car les institutions existantes constituent d&#233;j&#224; les &#233;l&#233;ments d'un ordre f&#233;d&#233;ral. La poursuite de la m&#233;thode fonctionnaliste suffirait &#224; les perfectionner, par souci d'efficacit&#233;. Cependant, cette m&#233;thode, de nature intergouvernementale, ne permettra jamais de cr&#233;er une Europe politique, une polity unissant des citoyens. Il faut aujourd'hui &lt;strong&gt;remettre le citoyen au centre du d&#233;bat politique&lt;/strong&gt;. Son adh&#233;sion au projet europ&#233;en doit &#234;tre tant &#233;motionnelle que rationnelle. Une refondation de l'Europe n&#233;cessite ainsi un &lt;strong&gt;processus constituant&lt;/strong&gt;. Il s'agit aussi de l&#233;gitimer ex ante toute nouvelle &#233;tape d'int&#233;gration, non pas d'obtenir ex post un blanc-seing populaire au produit d'une r&#233;flexion aristocratique, comme ce fut le cas en 2005. L'Europe doit se construire avec et par ses peuples, le pouvoir constituant appartenant aux citoyens doublement, en tant que citoyens d'Europe et en tant que citoyens des &#201;tats membres.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il doit &#234;tre question d'un &#171; saut &#187; dans la construction europ&#233;enne, celui-ci se situe bien dans la tenue d'une constituante. Sera-t-il alors f&#233;d&#233;ral ? Les citoyens en d&#233;cideront. Pour cela, le processus devra n&#233;cessairement &#234;tre ascendant, &#224; partir des territoires, car le f&#233;d&#233;ralisme se construit de bas en haut.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Michel Mouskhely (avec Gaston Stefani), Conf&#233;d&#233;ration et F&#233;d&#233;ration : l'antith&#232;se, Presse f&#233;d&#233;raliste, 2012.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mario Albertini, Qu'est-ce que le f&#233;d&#233;ralisme ?, Soci&#233;t&#233; europ&#233;enne d'&#233;tudes et d'informations, 1963 (recueil et commentaires de textes de Immanuel Kant, Alexander Hamilton, P.-J. Proudhon, C. Frantz, Lord Lothian, L. Robbins, Barbara Wootton, L. Einaudi, C.-J. Friedrich).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lucio Levi, La Th&#233;orie f&#233;d&#233;raliste, Presse f&#233;d&#233;raliste, 2020, et divers textes de l'auteur.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bernard Barthalay, Le f&#233;d&#233;ralisme, PUF, 1981, et divers &#233;changes avec l'auteur.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Matthieu Calame, La France contre l'Europe &#8211; histoire d'un malentendu, Les petits matins, 2019.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le f&#233;d&#233;ralisme &#224; l'aune de la crise sanitaire</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Le-federalisme-a-l-aune-de-la-crise-sanitaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Le-federalisme-a-l-aune-de-la-crise-sanitaire</guid>
		<dc:date>2020-07-16T08:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Jouvenat</dc:creator>


		<dc:subject>FED'Actualit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les premi&#232;res semaines de la crise sanitaire du Covid-19 ont donn&#233; lieu &#224; un vaste d&#233;bat sur le syst&#232;me institutionnel le plus apte &#224; y faire face. Partisans d'un pouvoir centralis&#233; &#224; m&#234;me de fournir une r&#233;ponse coh&#233;rente et partisans d'une r&#233;ponse diff&#233;renci&#233;e selon les sp&#233;cificit&#233;s r&#233;gionales se sont affront&#233;s. Ainsi a-t-on, par exemple, oppos&#233; le jacobinisme fran&#231;ais au f&#233;d&#233;ralisme allemand, ce dernier &#233;tant soit &#233;rig&#233; en mod&#232;le soit d&#233;cri&#233; pour son impuissance. Cette crise ayant mobilis&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-185-Juin-2020-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 185 - Juin 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-FED-Actualite-+" rel="tag"&gt;FED'Actualit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH100/arton708-8b792.jpg?1733271328' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les premi&#232;res semaines de la crise sanitaire du Covid-19 ont donn&#233; lieu &#224; un vaste d&#233;bat sur le syst&#232;me institutionnel le plus apte &#224; y faire face. Partisans d'un pouvoir centralis&#233; &#224; m&#234;me de fournir une r&#233;ponse coh&#233;rente et partisans d'une r&#233;ponse diff&#233;renci&#233;e selon les sp&#233;cificit&#233;s r&#233;gionales se sont affront&#233;s. Ainsi a-t-on, par exemple, oppos&#233; le jacobinisme fran&#231;ais au f&#233;d&#233;ralisme allemand, ce dernier &#233;tant soit &#233;rig&#233; en mod&#232;le soit d&#233;cri&#233; pour son impuissance. Cette crise ayant mobilis&#233; les partisans d'une Union europ&#233;enne (UE) davantage int&#233;gr&#233;e qui aurait permis une meilleure coordination entre ses membres, une mutualisation des moyens et une plus grande solidarit&#233;, il est utile, &#224; ce stade de l'&#233;pid&#233;mie, de tirer quelques enseignements de la r&#233;ponse donn&#233;e jusqu'ici par les &#201;tats dot&#233;s d'une structure f&#233;d&#233;rale. Nous nous r&#233;f&#233;rerons &#224; trois cas d'&#233;cole tr&#232;s diff&#233;rents : La R&#233;publique f&#233;d&#233;rale d'Allemagne, la Suisse et les &#201;tats-Unis .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne a fait l'objet de gros titres du genre Coronavirus : l'Allemagne malade de son f&#233;d&#233;ralisme (Lib&#233;ration), du fait que les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales n'ont pas le pouvoir d'imposer des d&#233;cisions au niveau national concernant par exemple la fermeture des &#233;coles ou les rassemblements. Pourtant, s'il a pu y avoir au d&#233;but de l'&#233;pid&#233;mie quelques h&#233;sitations et des initiatives isol&#233;es (cependant tr&#232;s r&#233;actives) de la part des L&#228;nder, compliquant la visibilit&#233; de la r&#233;ponse, tr&#232;s rapidement l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral et les L&#228;nder se sont accord&#233;s sur les principales mesures. Au cours de r&#233;unions successives entre les 16 puissants ministres-pr&#233;sidents des L&#228;nder et la chanceli&#232;re, un consensus politique et national s'est form&#233;, auquel s'est ajout&#233;e la coordination entre les collectivit&#233;s locales (chefs d'arrondissement ou maires des communes) qui disposent d'une garantie constitutionnelle de libre-administration et sont charg&#233;es de l'accomplissement de plusieurs t&#226;ches des L&#228;nder. Cela a favoris&#233; un climat de solide confiance entre la population et les diff&#233;rents niveaux de gouvernement. D'autant plus que lorsque tous les gouvernements des L&#228;nder sont mis ensemble, tous les partis politiques sont impliqu&#233;s (&#224; l'exception de l'AFD). L'urgence pass&#233;e, des divergences se sont fait sentir pour un retour &#224; la normale, mais un accord a vite &#233;t&#233; trouv&#233; sur ce que chaque Land peut d&#233;cider pour un assouplissement des mesures. Ainsi, sur le plan formel et juridique, l'Allemagne n'a pas eu besoin de faire usage des l&#233;gislations d'urgence pr&#233;vues par la Loi fondamentale, mais a seulement proc&#233;d&#233; &#224; une modification de la &#171; loi f&#233;d&#233;rale de protection contre les infections &#187; pour attribuer au minist&#232;re f&#233;d&#233;ral de la Sant&#233; des comp&#233;tences nouvelles en mati&#232;re de coordination nationale et de limite des libert&#233;s publiques, ceci pour la seule dur&#233;e d'une &#171; situation &#233;pid&#233;mique d'ampleur nationale &#187; devant &#234;tre constat&#233;e par le Bundestag.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des trois pays &#233;voqu&#233;s ici, la Suisse est sans doute celui dont les dispositions institutionnelles conf&#233;rant des pouvoirs aux autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales sont les plus avanc&#233;es, et surtout les plus claires. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Constitution pr&#233;voit une l&#233;gislation d'urgence permettant l'entr&#233;e en vigueur imm&#233;diate d'arr&#234;t&#233;s f&#233;d&#233;raux de port&#233;e g&#233;n&#233;rale ; la d&#233;cision doit alors &#234;tre prise par chacun des deux conseils de l'Assembl&#233;e f&#233;d&#233;rale. Plus rapide est l'adoption d' &#171; ordonnances de polices &#187; pour parer &#224; des troubles mena&#231;ant gravement la s&#233;curit&#233; ext&#233;rieure ou int&#233;rieure, une situation qui se rapproche de ce qu &#187;on appelle g&#233;n&#233;ralement &#171; l'&#233;tat d'exception &#187;. Cette pr&#233;rogative trouve cependant ses limites dans les droits fondamentaux et surtout dans le fait que l'ex&#233;cution des mesures est confi&#233;e aux pouvoirs cantonaux, dont l'adh&#233;sion devient ainsi essentielle. Cependant, le pouvoir ex&#233;cutif d'urgence est habituellement formalis&#233; dans des lois f&#233;d&#233;rales sp&#233;cifiques. Ainsi en est-il de la loi f&#233;d&#233;rale sur les &#233;pid&#233;mies, initi&#233;e en 1879, qui a constamment &#233;volu&#233; au fil des crises pand&#233;miques. L'urgence se mesure ici &#224; plusieurs niveaux : en &#171; situation particuli&#232;re &#187;, le Conseil f&#233;d&#233;ral ne peut ordonner des mesures qu'&#224; la suite d'une (longue) concertation avec les cantons ; en &#171; situation extraordinaire &#187;, celui-ci dispose alors de la comp&#233;tence constitutionnelle des ordonnances de police, qui lui permet de s'affranchir du pouvoir l&#233;gislatif et de la consultation avec les cantons . C'est ainsi que le 16 mars 2020 le Conseil f&#233;d&#233;ral a d&#233;clar&#233; la &#171; situation extraordinaire &#187; et pris la main sur la gestion de la crise. Cela n'a pas &#233;t&#233; sans cr&#233;er des difficult&#233;s pratiques d'application : dans un premier temps, les cantons les plus touch&#233;s avaient pris des mesures tr&#232;s strictes, puis le Conseil f&#233;d&#233;ral ayant &#233;dict&#233; des mesures g&#233;n&#233;rales moins s&#233;v&#232;res les d&#233;cisions cantonales sont alors devenues formellement ill&#233;gales. L'esprit de compromis et le respect mutuel entre les niveaux de pouvoir, propres au f&#233;d&#233;ralisme, ont cependant pr&#233;valus, et le Conseil f&#233;d&#233;ral a tol&#233;r&#233; notamment la situation particuli&#232;re du Tessin, proche de l'Italie tr&#232;s affect&#233;e, et aussi des nuances dans la mise en &#339;uvre des mesures f&#233;d&#233;rales en fonction des perceptions r&#233;gionales. Enfin, tout comme en Allemagne, l'acceptation de la centralisation des comp&#233;tences en situation exceptionnelle a rapidement trouv&#233; ses limites d&#232;s la diminution de la tension sanitaire. &#171; Le f&#233;d&#233;ralisme reprend ses droits &#187;, titraient les journaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux &#201;tats-Unis, le pouvoir de police demeure aux &#201;tats m&#234;me en cas d'&#233;pid&#233;mie. En vertu des pouvoirs explicitement d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, celui-ci ne peut que r&#233;guler le commerce avec l'&#233;tranger et entre les &#201;tats (fermeture des fronti&#232;res, y compris entre &#201;tats, donc isoler un &#201;tat, ou r&#233;duire le trafic routier ou a&#233;rien). Il dispose en revanche d'importantes pr&#233;rogatives en mati&#232;re &#233;conomique (soutien &#224; l'&#233;conomie et relance). Ainsi, dans le cadre de l'&#233;pid&#233;mie actuelle, le Congr&#232;s a vot&#233; de nombreuses mesures exceptionnelles pour aider dans toute l'Union les entreprises et les personnes en difficult&#233;. C'est d'ailleurs, le plus souvent aux &#201;tats-Unis, par le biais de l'acc&#232;s aux fonds f&#233;d&#233;raux que les administrations f&#233;d&#233;rales s'imposent sur les &#201;tats. Cependant, au plan l&#233;gal, en mati&#232;re de sant&#233; l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral n'est pas totalement d&#233;pourvu, notamment en vertu du titre 42 du Code f&#233;d&#233;ral. Surtout, il existe une vaste jurisprudence r&#233;sultant des pr&#233;c&#233;dentes &#233;pid&#233;mies, notamment sur la constitutionnalit&#233; des lois de quarantaine et le pouvoir des &#201;tats sur la question . Ainsi, beaucoup d'observateurs consid&#232;rent que si la pr&#233;sidence avait d&#233;cid&#233; une action sanitaire f&#233;d&#233;rale massive, le Congr&#232;s aurait pu voter des mesures exceptionnelles. Mais la pr&#233;sidence s'est montr&#233;e h&#233;sitante et erratique. Au d&#233;but de l'&#233;pid&#233;mie, gouverneurs et pr&#233;sident se sont renvoy&#233;s la balle, et tr&#232;s vite les &#201;tats ont d&#251; prendre leurs responsabilit&#233;s. En cons&#233;quence, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; tr&#232;s diversifi&#233;e. De plus, 8 &#201;tats ont d&#233;l&#233;gu&#233; aux comt&#233;s ou villes. A d&#233;faut d'une coordination f&#233;d&#233;rale efficace, des &#201;tats limitrophes (six de la c&#244;te Est et trois de la c&#244;te Ouest) se sont concert&#233;s pour mutualiser leur action. Le &#171; f&#233;d&#233;ralisme horizontal &#187; a ainsi palli&#233; les d&#233;faillances de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral. En conclusion, on peut dire que si la r&#233;ponse &#224; la crise a &#233;t&#233; irr&#233;guli&#232;re, cela est davantage d&#251; aux dysfonctionnements politiques qu'&#224; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de l'&#233;pid&#233;mie, et les d&#233;ficiences ne peuvent en aucun cas &#234;tre attribu&#233;es &#224; une faille fondamentale du syst&#232;me f&#233;d&#233;ral. Malgr&#233; des dispositions constitutionnelles comparables &#224; celles de l'Allemagne et de la Suisse, la d&#233;sorganisation a &#233;t&#233; le fruit d'affrontements de nature politicienne, dont une gouvernance par contraste (gouverneurs d&#233;mocrates contre pr&#233;sidence r&#233;publicaine) en a &#233;t&#233; l'illustration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Principaux enseignements&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les comp&#233;tences des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es, &#224; commencer par les communes, permettent des r&#233;actions locales imm&#233;diates d&#232;s l'apparition de clusters. Puis lorsque la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;ponse centralis&#233;e ou du moins coordonn&#233;e s'impose, c'est alors que le f&#233;d&#233;ralisme est mis &#224; l'&#233;preuve, l'efficacit&#233; des mesures d&#233;pendant soit d'une autorit&#233; d&#233;volue au pouvoir f&#233;d&#233;ral, soit de la volont&#233; et de la capacit&#233; de coordination entre les diff&#233;rents niveaux de pouvoir. Le pic de l'&#233;pid&#233;mie pass&#233;, la r&#233;partition des pouvoirs permet d'adopter des strat&#233;gies diff&#233;renci&#233;es selon les territoires. Les r&#233;gions sont autant de territoires d'exp&#233;rimentation. Il y a &#224; la fois dilution du risque en &#233;vitant les d&#233;g&#226;ts &#224; l'&#233;chelle du pays tout entier en cas de mauvaises d&#233;cisions, et responsabilisation des acteurs &#224; tous les niveaux pour davantage d'efficacit&#233;. Mais la d&#233;centralisation peut avoir des revers : disparit&#233;s de moyens entre collectivit&#233;s territoriales, possibles carences de communication entre les diff&#233;rents &#233;chelons voire r&#233;action insuffisante de certains, ou opportunisme politique et &#233;lectoral de barons locaux. Face &#224; une situation d'urgence, on constate le plus souvent une tendance &#224; la centralisation, du moins temporairement.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La loi f&#233;d&#233;rale helv&#233;tique sur les &#233;pid&#233;mies, qui a constamment &#233;volu&#233; au fil des crises pand&#233;miques, r&#233;sultat d'une n&#233;gociation r&#233;currente entre Conf&#233;d&#233;ration et cantons, ainsi que la capacit&#233; de concertation entre les diff&#233;rents niveaux de pouvoir &#224; l'occasion de circonstances particuli&#232;res, illustrent parfaitement la souplesse qu'offre le mode de gouvernance f&#233;d&#233;raliste pour s'adapter continuellement aux circonstances et surtout pour trouver un compromis entre unit&#233; d'action et marge d'autonomie accord&#233;e aux collectivit&#233;s territoriales. Car &#171; compromis &#187; est un ma&#238;tre-mot du f&#233;d&#233;ralisme.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; En l'absence de pleins pouvoirs formellement d&#233;volus &#224; l'autorit&#233; f&#233;d&#233;rale, comme ce fut le cas en Suisse, la recherche d'un consensus national s'impose, &#224; l'exemple de l'Allemagne. Le processus de concertation peut alors s'apparenter au mode de gouvernance &#171; intergouvernemental &#187; tant d&#233;cri&#233; &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, &#224; la diff&#233;rence pr&#232;s, essentielle, que la tradition f&#233;d&#233;raliste s'av&#232;re plus efficace que la somme des &#233;go&#239;smes nationaux. Il n'en demeure pas moins vrai que la pluralit&#233; des centres de pouvoir, coordonn&#233;s mais ind&#233;pendants et qui se limitent mutuellement, rend difficiles la recherche d'&#233;quilibre et une r&#233;partition claire des comp&#233;tences, d'autant plus qu'une l&#233;gislation ne peut jamais tout pr&#233;voir. Ainsi, le principal enseignement de cette crise, notamment &#224; la lumi&#232;re de ce qui s'est produit aux &#201;tats-Unis, est que le f&#233;d&#233;ralisme n'est viable que si les diff&#233;rents niveaux de pouvoir constituent ensemble un tissu de confiance, de respect mutuel et d'assurance de soutien, chacun &#233;tant conscient du besoin de l'autre. Le f&#233;d&#233;ralisme n'est pas seulement un syst&#232;me institutionnel. C'est aussi un &#233;tat d'esprit.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;mocratiser l'Europe : pour une approche f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<dc:date>2018-02-19T21:43:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Jouvenat</dc:creator>


		<dc:subject>Parlement europ&#233;en</dc:subject>

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&lt;p&gt;La relance du projet europ&#233;en, la refondation de l'Europe, la d&#233;mocratie europ&#233;enne sont &#224; l'ordre du jour. Alors qu'il existe un consensus sur le besoin de donner ou redonner au citoyen l'envie d'Europe, les propositions allant dans ce sens sont nombreuses et souvent divergentes. Faut-il mieux d&#233;finir les priorit&#233;s de l'Union pour apporter de vraies r&#233;ponses aux pr&#233;occupations des citoyens ? Rendre aussi son fonctionnement plus lisible, ses d&#233;cisions plus transparentes ? Faut-il r&#233;former (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-177-Decembre-2017-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 177 - D&#233;cembre 2017&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Parlement-europeen-+" rel="tag"&gt;Parlement europ&#233;en&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La relance du projet europ&#233;en, la refondation de l'Europe, la d&#233;mocratie europ&#233;enne sont &#224; l'ordre du jour. Alors qu'il existe un consensus sur le besoin de donner ou redonner au citoyen l'envie d'Europe, les propositions allant dans ce sens sont nombreuses et souvent divergentes. Faut-il mieux d&#233;finir les priorit&#233;s de l'Union pour apporter de vraies r&#233;ponses aux pr&#233;occupations des citoyens ? Rendre aussi son fonctionnement plus lisible, ses d&#233;cisions plus transparentes ? Faut-il r&#233;former les institutions, voire en cr&#233;er de nouvelles, plus d&#233;mocratiques ? Tout nouveau processus de refondation doit-il associer directement les citoyens ? Sans doute tout cela &#224; la fois, mais pas n'importe comment. Et surtout, il faut aller plus loin si l'on veut cr&#233;er les conditions d'un nouvel acte fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles institutions d&#233;mocratiques ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question des institutions n'est certes pas la plus importante. On ne peut pas l'&#233;luder pour autant, contrairement &#224; ce que pensent certains faux europ&#233;istes qui jugent suffisant le recentrage sur des objectifs prioritaires. Car pense-t-on vraiment faire avancer l'Europe sans se d&#233;partir enfin de la m&#233;thode intergouvernementale ? C'est aussi le d&#233;bat institutionnel qui est aujourd'hui le plus m&#233;diatis&#233;, notamment suite au &#171; Projet pour un trait&#233; de d&#233;mocratisation de la gouvernance de la zone euro &#187; (T-Dem)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte int&#233;gral ici (PDF) ; une version augment&#233;e est disponible en librairie.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, initi&#233; par l'&#233;conomiste Thomas Piketty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreuses questions de fond que soul&#232;ve cette question de la gouvernance de la zone euro, nous oblige &#224; nous y attarder quelque peu. Car elle est centr&#233;e sur la cr&#233;ation d'une nouvelle Assembl&#233;e compos&#233;e, pour l'essentiel, de repr&#233;sentants des parlements nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;sistance souverainiste et la r&#233;ponse f&#233;d&#233;raliste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les promoteurs du T-Dem rejoignent ainsi les souverainistes qui ironisent sur le &#171; grand soir f&#233;d&#233;ral &#187; et consid&#232;rent que seule une plus grande implication des parlements nationaux est &#224; m&#234;me de donner aux institutions europ&#233;ennes une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique. Les f&#233;d&#233;ralistes, pourtant bien conscients du caract&#232;re sui generis de la construction europ&#233;enne, ne sauraient admettre pour autant toute d&#233;rogation au principe selon lequel les parlements nationaux contr&#244;lent les gouvernements nationaux, y compris dans leur fonction de repr&#233;sentation au niveau de l'Union, et le Parlement europ&#233;en contr&#244;le l'ex&#233;cutif europ&#233;en. Dans une f&#233;d&#233;ration, les institutions non seulement se juxtaposent en respectant la s&#233;paration des pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire, mais elles se superposent aussi dans le strict respect des comp&#233;tences respectives de la f&#233;d&#233;ration et des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es. Ainsi, si les entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es participent bien directement &#224; l'&#233;laboration et aux r&#233;visions du pacte f&#233;d&#233;ral, notamment pour l'attribution des comp&#233;tences, elles ne participent ensuite qu'indirectement &#224; la formation de la volont&#233; de l'Union par le biais de leurs repr&#233;sentants dans l'organisation f&#233;d&#233;rale. &#201;voquant les d&#233;put&#233;s europ&#233;ens, Paul Magnette, rare soutien du T-Dem hors de France, avait pourtant relev&#233; que ceux-ci, &#233;lus sur une base nationale, sont peu enclins &#224; agir dans une logique europ&#233;enne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Magnette, Le r&#233;gime politique de l'Union europ&#233;enne, SciencesPo Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourquoi en serait-il autrement des &#233;lus nationaux ? Une r&#233;vision en 2002 de l'Acte &#233;lectoral europ&#233;en a rendu incompatible le mandat de parlementaire europ&#233;en avec celui de parlementaire national. Le T-Dem repr&#233;senterait un consid&#233;rable retour en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Trait&#233; de Lisbonne fait une large place aux parlements nationaux. En mati&#232;re l&#233;gislative, ils jouissent de nombreuses pr&#233;rogatives consultatives, dont ils usent abondamment y compris &#224; travers leur coop&#233;ration interparlementaire (COSAC). Surtout, ils disposent d'un pouvoir effectif et incontest&#233; de contr&#244;ler le respect des principes de subsidiarit&#233; et de proportionnalit&#233; par la proc&#233;dure dite du carton orange. Parmi les nombreuses pr&#233;rogatives relatives &#224; la gouvernance, chaque parlement national peut s'opposer &#224; une modification des politiques internes introduite selon la proc&#233;dure simplifi&#233;e de r&#233;vision des Trait&#233;s et dispose d'un droit d'opposition en cas d'utilisation de la &#171; clause passerelle &#187; pour passer de l'unanimit&#233; &#224; la majorit&#233; qualifi&#233;e. On peut bien s&#251;r aller encore plus loin, &#224; condition de ne pas nuire au respect des comp&#233;tences respectives. Ainsi, le Parlement europ&#233;en a propos&#233; de donner aux parlements nationaux un carton vert consistant en un droit d'initiative en mati&#232;re de l&#233;gislation europ&#233;enne. Mais les parlements nationaux ne peuvent en aucun cas avoir la facult&#233; de statuer en dernier ressort, comme le sugg&#232;re le T-Dem. Ce serait une v&#233;ritable d&#233;construction europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vraie m&#233;thode communautaire &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;ralistes soutiennent les trois r&#233;solutions sur le futur de l'Union europ&#233;enne (UE) adopt&#233;es le 16 f&#233;vrier 2017 par le Parlement europ&#233;en, celle bas&#233;e sur le rapport de Guy Verhofstadt &#233;tant la plus ambitieuse. Elles recouvrent tous les objectifs du T-Dem, mais proposent, en mati&#232;re institutionnelle, une simplification et une plus grande efficience des institutions actuelles plut&#244;t qu'une complexification du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il est propos&#233; de :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (1) renforcer le r&#244;le du Parlement (droit d'initiative l&#233;gislative, notamment),&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (2) r&#233;former le Conseil (en faire un &#171; Conseil des &#201;tats &#187; dont l'organisation et la composition serait simplifi&#233;e, les actuelles configurations l&#233;gislatives sp&#233;cialis&#233;es devenant les instances pr&#233;paratoires d'un Conseil l&#233;gislatif unique int&#233;grant le Conseil europ&#233;en et l'Eurogroupe) et&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (3) transformer la Commission en v&#233;ritable gouvernement europ&#233;en (taille r&#233;duite, poste de Ministre des Finances).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dans un souci d'optimisation, dans le contexte particulier de l'int&#233;gration europ&#233;enne, de l'&#233;quilibre traditionnel et longuement &#233;prouv&#233; du syst&#232;me bicam&#233;ral par lequel une chambre basse et une chambre haute co-l&#233;gif&#232;rent et contr&#244;lent le pouvoir ex&#233;cutif. Il est aussi propos&#233;, comme le font la plupart des observateurs, que le Parlement se r&#233;unisse en &#171; formation euro &#187; pour traiter des questions sp&#233;cifiques &#224; la zone euro. Pour le Conseil, l'accent est mis non seulement sur la transparence du processus d&#233;cisionnel, mais aussi sur la pr&#233;f&#233;rence qui doit &#234;tre donn&#233;e &#224; la &#171; m&#233;thode communautaire &#187; en ayant davantage recours &#224; la &#171; clause passerelle &#187; qui permet de remplacer l'unanimit&#233; par la majorit&#233; qualifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;ralistes auraient souhait&#233; aller plus loin concernant la chambre haute. Le Rapport Verhofstadt, sans attendre le T-Dem, a propos&#233; qu'il soit compos&#233; de repr&#233;sentants des parlements nationaux ou des gouvernements, ou une combinaison des deux. Logique, s'agissant de la chambre haute. Mais comme ceux-ci auraient vraisemblablement un mandat imp&#233;ratif susceptible de perp&#233;tuer une forme d'intergouvernementalisme, nous pr&#233;f&#233;rons un v&#233;ritable s&#233;nat compos&#233; d'&#233;lus ayant un mandat repr&#233;sentatif. Ceci afin de le rendre encore plus d&#233;mocratique et de s'assurer qu'il exerce ses responsabilit&#233;s dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral europ&#233;en. Sans n&#233;cessairement envisager des &#233;lections au suffrage universel direct, comme c'est le cas notamment aux &#201;tats-Unis et en Suisse, les s&#233;nateurs pourraient &#234;tre &#233;lus par les parlements nationaux, ou par des conseils r&#233;gionaux afin de concr&#233;tiser la dimension r&#233;gionale de l'int&#233;gration europ&#233;enne. Quel que soit le mode choisi, afin de respecter la s&#233;paration des pouvoirs europ&#233;ens et nationaux, il est essentiel d'&#233;viter tout cumul de mandats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode communautaire n'emp&#234;che pas le recours &#224; des m&#233;canismes additionnels propres aux relations inter&#233;tatiques. Il s'agit alors, dans une f&#233;d&#233;ration, d'assurer un minimum de coordination et d'harmonisation dans les domaines relevant de la comp&#233;tence exclusive des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es. C'est la dimension horizontale du f&#233;d&#233;ralisme. Elle doit cependant &#234;tre totalement s&#233;par&#233;e des institutions f&#233;d&#233;rales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut citer l'exemple des conf&#233;rences intergouvernementales permanentes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Aller au-del&#224; du d&#233;bat institutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les trois r&#233;solutions pr&#233;cit&#233;es, le Parlement europ&#233;en a surtout insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; d'accro&#238;tre les comp&#233;tences de l'Union. Le d&#233;bat institutionnel &#224; lui seul est vide de substance. &lt;strong&gt;R&#233;former les institutions sans reconsid&#233;rer les comp&#233;tences respectives n'aurait aucun sens.&lt;/strong&gt; &#192; quoi servirait la cr&#233;ation d'un poste de ministre des Finances si son titulaire ne devait pas avoir plus d'autorit&#233; que l'actuel commissaire aux affaires &#233;conomiques et mon&#233;taires ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Transfert de souverainet&#233; et d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;partition et du juste &#233;quilibre des comp&#233;tences entre l'Union et les &#201;tats membres est donc tout aussi importante, sinon plus, que les institutions. En mati&#232;re budg&#233;taire et financi&#232;re, Michel Aglietta et Nicolas Leron ont r&#233;cemment d&#233;montr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Aglietta et Nicolas Leron, La Double D&#233;mocratie &#8211; Une Europe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que la gouvernance par les r&#232;gles de l'UE a pour cons&#233;quence de limiter le champ d'action de la puissance publique nationale, sans qu'il existe pour autant une puissance publique europ&#233;enne qui permettrait de mettre en &#339;uvre des politiques mues par l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral europ&#233;en. Par ailleurs, l'introduction de la monnaie unique a provoqu&#233; une rupture du lien organique entre le souverain national et la monnaie, alors qu'en raison de l'incompl&#233;tude de l'euro les institutions europ&#233;ennes sont incapables de mener les politiques macro-&#233;conomiques qui s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'instaurer une &#171; double d&#233;mocratie &#187; r&#233;sultant de la dualit&#233; entre :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (1) une Europe dot&#233;e de sa propre capacit&#233; budg&#233;taire, exerc&#233;e sous le contr&#244;le d&#233;mocratique du Parlement europ&#233;en, et&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (2) le niveau d&#233;mocratique des &#201;tats membres qui recouvrent leur capacit&#233; budg&#233;taire sous contr&#244;le des parlements nationaux.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le Parlement europ&#233;en a propos&#233; notamment de doter la zone euro d'une capacit&#233; budg&#233;taire aliment&#233;e par des ressources propres, d'adopter un &#171; code convergence &#187; dans le cadre de la proc&#233;dure l&#233;gislative ordinaire, d'int&#233;grer le pacte budg&#233;taire (TSCG) et le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; dans le cadre juridique de l'Union, de cr&#233;er un Tr&#233;sor europ&#233;en ayant la capacit&#233; d'emprunter et un m&#233;canisme de pr&#234;teur en dernier ressort, ainsi que beaucoup d'autres mesures destin&#233;es &#224; renforcer la gouvernance de la zone euro et de faire de celle-ci une zone mon&#233;taire optimale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, l'Union doit &#234;tre dot&#233;e de comp&#233;tences nouvelles dans tous les domaines n&#233;cessitant une action communautaire : politiques sociales, immigration, s&#233;curit&#233;, politique &#233;nerg&#233;tique, protection de l'environnement&#8230; De tels transferts de comp&#233;tences n'iront pas de soi. &#192; supposer que gr&#226;ce &#224; l'impulsion de quelques chefs d'&#201;tat et de gouvernement il soit d&#233;sormais concevable de parvenir &#224; un accord pour une r&#233;vision des trait&#233;s, il faut compter avec les in&#233;vitables recours aupr&#232;s des cours constitutionnelles. La Bundesverfassungsgericht, la plus influente, a statu&#233; que l'Union, organisation internationale, ne dispose pas de la source de la l&#233;gitimit&#233; : &lt;i&gt;&#171; tant qu'aucun peuple europ&#233;en unifi&#233;&#8230; ne pourra exprimer une volont&#233; majoritaire par des voies politiques effectives, tenant compte de l'&#233;galit&#233; dans le contexte de la fondation d'un &#201;tat europ&#233;en f&#233;d&#233;ral, les peuples de l'Union, constitu&#233;s dans les &#201;tats membres demeurent les titulaires exclusifs de l'autorit&#233; publique &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi, s'agissant de la kompetenz kompetenz, seul le pouvoir constitutif lui-m&#234;me, &#224; savoir le peuple, pourrait prendre la d&#233;cision d'une adh&#233;sion de l'Allemagne &#224; un possible &#201;tat f&#233;d&#233;ral europ&#233;en. Il n'est donc aucun transfert de souverainet&#233; possible sans l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question cruciale du d&#232;mos europ&#233;en&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si aujourd'hui nous devions &#233;tablir un inventaire de notre propri&#233;t&#233; intellectuelle, nous constaterions que la grande partie de celle-ci ne provient pas de nos patries respectives, mais de notre h&#233;ritage europ&#233;en commun. Chez chacun de nous, l'influence europ&#233;enne est bien plus grande que l'influence allemande, espagnole ou fran&#231;aise : &#8230; quatre cinqui&#232;mes de nos ressources int&#233;rieures rel&#232;vent de la propri&#233;t&#233; europ&#233;enne commune. &#187;&lt;/i&gt; ( Jos&#233; Ortega y Gasset)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, l'inexistence ou m&#234;me l'impossibilit&#233; d'un peuple europ&#233;en est r&#233;guli&#232;rement &#233;voqu&#233;e pour s'opposer &#224; toute &#233;volution de l'Union vers un &#201;tat f&#233;d&#233;ral. Ainsi, Paul Magnette s'est toujours montr&#233; r&#233;serv&#233; face au &#171; mim&#233;tisme institutionnel &#187; consistant &#224; singer le parlementarisme national ou les mod&#232;les f&#233;d&#233;ralistes historiques ; en l'absence d'un peuple europ&#233;en, nous avait-il dit, le r&#233;gime parlementaire de l'Union ne peut &#234;tre qu'une &#171; &#233;corce juridique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Magnette, Au nom des peuples &#8211; Le malentendu constitutionnel europ&#233;en, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour justifier son appui au T-Dem, il a &#233;voqu&#233; la n&#233;cessaire &#171; socialisation transnationale &#187; des enjeux europ&#233;ens. C'est toute la probl&#233;matique de l'appropriation, au niveau territorial, des d&#233;cisions prises au niveau europ&#233;en. L&#224; o&#249; elles sont effectivement mises en &#339;uvre, o&#249; elles d&#233;ploient tous leurs effets : les d&#233;cisions budg&#233;taires et financi&#232;res de l'Union engageront les contribuables nationaux. Cependant, plut&#244;t que de perp&#233;tuer la confusion entre comp&#233;tences europ&#233;ennes et nationales, il vaut mieux &#233;tablir les bases sociales qui manquent encore &#224; la cr&#233;ation d'une communaut&#233; politique europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on &#233;voque l'incompr&#233;hension ou le d&#233;samour du citoyen &#224; l'&#233;gard du projet europ&#233;en, on se r&#233;f&#232;re g&#233;n&#233;ralement au &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; des institutions. Mais d&#233;mocratiser les institutions ne suffit pas. Jean Monnet avait l'ambition drunir non seulement des &#201;tats mais surtout des hommes. Ainsi, l'appropriation par les citoyens des d&#233;cisions prises au niveau europ&#233;en n&#233;cessite avant tout le sentiment d'appartenance &#224; une destin&#233;e commune, l'existence d'un d&#232;mos europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le c&#339;ur du probl&#232;me, et le principal point de d&#233;saccord entre eurosceptiques et f&#233;d&#233;ralistes. Les premiers, fortement impr&#233;gn&#233;s des identit&#233;s nationales, ne croient pas &#224; la confiance mutuelle et la solidarit&#233; des Europ&#233;ens, &#224; une possible &#171; loyaut&#233; &#187; &#224; l'&#233;gard de l'Union. Les seconds, avec J&#252;rgen Habermas, croient possible l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne par le prolongement des processus qui ont construit les consciences nationales, pour une conception post-nationale de la citoyennet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traitant de la d&#233;mocratie, Dominique Rousseau fait la distinction entre le peuple &#171; corps social &#187; et le peuple &#171; corps politique &#187;. Cela caract&#233;rise bien l'UE d'aujourd'hui. Le peuple corps social existe du fait de la multiplication des &#233;changes. Par contre, le peuple corps politique reste &#224; cr&#233;er, celui qui permet de cr&#233;er un lien entre le citoyen et les institutions de l'Union. De fait, un peuple se construit au fil du temps lorsque ses diverses composantes sont confront&#233;es ensemble et de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e aux probl&#233;matiques communes, par une bonne information, par le d&#233;bat politique, par toutes les formes possibles d'expression de la volont&#233; populaire, d&#233;veloppant ainsi des liens de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un statu quo insatisfaisant &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On en est encore bien loin. &#192; ce jour, L'Initiative citoyenne europ&#233;enne (ICE) pr&#233;vue par les trait&#233;s en est encore &#224; ses balbutiements. Elle est imparfaite, peu d'initiatives aboutissent. Le droit de p&#233;tition au Parlement europ&#233;en, plus ancien, est davantage utilis&#233;, mais ses r&#233;sultats sont incertains et limit&#233;s. Ainsi, pour l'essentiel, l'expression populaire europ&#233;enne s'exerce au travers des seules &#233;lections au Parlement. Or, ces &#233;lections n'ont pas r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; &#233;tablir un lien &#233;lectoral entre citoyens europ&#233;ens et les politiques au niveau europ&#233;en. Elles sont consid&#233;r&#233;es par les &#201;tats membres comme &#233;tant de &#171; second ordre &#187; et les partis politiques nationaux les instrumentalisent pour des consid&#233;rations de politique nationale. L'europ&#233;anisation de ces &#233;lections demeure une s&#233;rieuse pr&#233;occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, le citoyen manifeste une d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des partis. La d&#233;mocratie repr&#233;sentative est elle-m&#234;me remise en question. Il est ainsi inutile de transposer au niveau europ&#233;en ce qui ne fonctionne pas au niveau national. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de remettre le citoyen au centre du d&#233;bat politique, condition indispensable &#224; la refondation de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers un mouvement citoyen&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il importe aujourd'hui de &lt;strong&gt;cr&#233;er les conditions d'un v&#233;ritable acte fondateur, d'un &#171; moment hamiltonien &#187;&lt;/strong&gt;. Nous sommes actuellement dans un contexte tr&#232;s favorable pour cela. Le discours r&#233;cent, tant dans les milieux politiques qu'au sein de la soci&#233;t&#233; civile, montre qu'un consensus se dessine pour impliquer les citoyens dans toute nouvelle initiative de refondation de l'Union. L'intention est de l&#233;gitimer ex ante le processus, plut&#244;t que de chercher &#224; obtenir ex post un blanc-seing populaire au produit d'une r&#233;flexion aristocratique, comme ce fut le cas en 2005. Ainsi, les propositions de &#171; conventions citoyennes &#187; se multiplient, mais encore faut-il ne pas se tromper sur la d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition la plus &#171; officielle &#187;, celle du pr&#233;sident fran&#231;ais, suscite nombre d'interrogations. Va-t-on associer &#224; la consultation toutes les cat&#233;gories socio-professionnelles repr&#233;sentatives ? Va-t-on organiser un vrai d&#233;bat, quelle en sera l'ampleur, la dur&#233;e et la port&#233;e ? Quelles seront les questions mises sur la table et comment seront-elles pos&#233;es ? Pourra-t-on obtenir que ces conventions aient lieu dans tous les &#201;tats de l'Union ? Veillera-t-on &#224; ce que les r&#233;sultats soient comparables, que l'on puisse d&#233;gager des points de convergence ou de divergence ? Et surtout, quelle est la finalit&#233; ? S'il s'agit seulement de fournir aux gouvernements des &#233;l&#233;ments d'une feuille de route &#224; nouveau &#233;tablie derri&#232;re des portes closes, selon le plus petit d&#233;nominateur commun, cela &#233;loignera encore davantage les citoyens du projet europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement de telles conventions d&#233;mocratiques doivent suivre une m&#233;thodologie rigoureuse et uniforme &#224; l'&#233;chelle de l'Union, mais elles doivent n&#233;cessairement d&#233;boucher sur un processus constituant. L'Europe doit se construire avec et par ses peuples, le pouvoir constituant appartenant aux citoyens doublement, en tant que citoyens d'Europe et en tant que citoyens des &#201;tats membres. Y&#225;nis Varouf&#225;kis d&#233;clarait r&#233;cemment : &lt;i&gt;&#171; La cr&#233;ation d'un peuple, d'un demos se r&#233;alise au travers de l'action collective. Si les Europ&#233;ens se mettent autour de la table pour r&#233;diger une constitution d&#233;mocratique commune, c'est au travers de ce processus qu'un peuple europ&#233;en pourra se constituer &#187;&lt;/i&gt;. Une conscience d'appartenance ne se d&#233;cr&#232;te pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que d'autres voix pr&#233;conisent une approche ind&#233;pendante des gouvernements. La plus &#171; r&#233;volutionnaire &#187; est celle port&#233;e par Bernard Barthalay, f&#233;d&#233;raliste de la premi&#232;re heure et initiateur du &lt;i&gt;Manifeste continental&lt;/i&gt; de Puissance Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le manifeste continental,&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il propose un travail pr&#233;-constituant de type participatif impliquant les citoyens au niveau des villes et tous les acteurs de la soci&#233;t&#233; civile, devant aboutir &#224; un &#171; pacte civique europ&#233;en &#187;. Ce processus, con&#231;u et enti&#232;rement r&#233;alis&#233; &#224; partir du bas, en dehors du cadre institutionnel &#233;tabli afin de cr&#233;er les outils d'une repr&#233;sentativit&#233; parall&#232;le, sous leadership collectif, devrait cr&#233;er une dynamique suffisamment puissante pour s'imposer aux gouvernements. C'est ambitieux mais sans doute la seule mani&#232;re d'aboutir &#224; une constitution politique dont la l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique sera incontest&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La sup&#233;riorit&#233; de la f&#233;d&#233;ration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La souverainet&#233; est-elle comme la propri&#233;t&#233;, &#224; laquelle on ne peut renoncer sans que quelqu'un d'autre ne l'acqui&#232;re ? Ou est-elle plut&#244;t comme la virginit&#233;, une chose qui peut &#234;tre perdue par quelqu'un sans que quelqu'un d'autre ne doive l'acqu&#233;rir pour autant &#8211; et dont la perte dans les circonstances appropri&#233;es peut m&#234;me constituer un motif de r&#233;jouissance ? &#187;&lt;/i&gt; (Neil MacCormick)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne soul&#232;ve aucun doute est bien l'in&#233;luctabilit&#233;, pour l'Europe, de s'organiser sous la forme d'une f&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'europ&#233;istes, invoquant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; politique de l'Europe, consid&#232;rent, sous couvert de r&#233;alisme, comme seule possible la voie fonctionnaliste jusqu'ici poursuivie, faite de compromis et d'&#233;quilibres diplomatiques. Elle serait m&#234;me souhaitable. L'ambigu&#239;t&#233; qui en r&#233;sulte aurait, selon Paul Magnette, un certain charme. Ces Europ&#233;ens, que l'on peut au mieux qualifier de peu courageux, plaident donc pour un intergouvernementalisme am&#233;lior&#233;. La proposition T-Dem est dans cette ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;ralistes consid&#232;rent au contraire que l'intergouvernementalisme ne peut &#234;tre que la somme des &#233;go&#239;smes nationaux. De toutes les formes de coop&#233;ration inter&#233;tatique, la f&#233;d&#233;ration s'av&#232;re la plus &#233;quilibr&#233;e et aussi la plus durable, car elle r&#233;sulte la conjonction de la volont&#233; des &#201;tats et de la volont&#233; du peuple, &#224; travers son syst&#232;me bicam&#233;ral, de poursuivre un id&#233;al commun. La devise de la f&#233;d&#233;ration est &#171; union dans la diversit&#233; &#187;. Tout le contraire d'un &#201;tat unitaire. La f&#233;d&#233;ration n'existe pas par elle-m&#234;me, elle est l'&#233;manation des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es. Sans elles, elle dispara&#238;t. La f&#233;d&#233;ration n'est donc en aucun cas un super-&#201;tat qui les absorberait, ce que pr&#233;tendent ses d&#233;tracteurs. La cr&#233;ation d'une v&#233;ritable autorit&#233; supranationale, munie des pouvoirs de d&#233;cision et d'ex&#233;cution, n'est n&#233;cessaire que pour affronter efficacement les d&#233;fis communs. Ceci dans le respect de l'individualit&#233; et de l'autonomie constitutionnelle des entit&#233;s f&#233;d&#233;r&#233;es, qui ne peut &#234;tre limit&#233;e que pour se conformer aux objectifs et principes fondamentaux de la f&#233;d&#233;ration. Il y a partage de souverainet&#233; pour une vraie souverainet&#233; de la f&#233;d&#233;ration dans son ensemble. Tout transfert de souverainet&#233; est librement consenti. Ensuite, les r&#232;gles communes s'imposent bien s&#251;r &#224; tous. La d&#233;mocratie est au c&#339;ur du f&#233;d&#233;ralisme, et le vote majoritaire, aux &#233;chelons respectifs, est un principe essentiel de la d&#233;mocratie. Aucune minorit&#233; ne peut dicter sa loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme consacre la supr&#233;matie du droit, alors que les autres formes de coop&#233;ration lui pr&#233;f&#232;rent le politique. Michel Mouskhely , dans ses r&#233;flexions sur une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, nous disait en 1964 d&#233;j&#224; que &lt;i&gt;&#171; quand tout va bien, les &#201;tats acceptent sans rechigner les initiatives statutaires des organes communautaires. Mais que les difficult&#233;s surgissent, qu'elles mettent en cause les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs des &#201;tats, la force reprend son empire et le droit s'incline devant le politique &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe sera f&#233;d&#233;rale ou ne sera pas !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pierre Jouvenat est membre du Comit&#233; directeur de l'UEF Auvergne Rh&#244;ne-Alpes (74)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://piketty.pse.ens.fr/files/T-DEM - Version finale 9mars2017.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte int&#233;gral ici&lt;/a&gt; (PDF) ; une &lt;a href=&#034;http://www.seuil.com/ouvrage/pour-un-traite-de-democratisation-de-l-europe-stephanie-hennette/9782021372755&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version augment&#233;e est disponible en librairie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Magnette, Le r&#233;gime politique de l'Union europ&#233;enne, SciencesPo Les Presses, 2017 [4e &#233;d.].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut citer l'exemple des conf&#233;rences intergouvernementales permanentes (CIGP) qui existent en Allemagne et en Suisse. Les plus connues sont la Conf&#233;rence des ministres de l'&#233;ducation et de la culture (KMK, Allemagne) et la Conf&#233;rence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP, Suisse), qui &#224; travers des &#171; Staatsvertr&#228;ge &#187; ou &#171; concordats &#187; d&#233;finissent soit des actes contraignants, soit des directives ou recommandations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Aglietta et Nicolas Leron, La Double D&#233;mocratie &#8211; Une Europe politique pour la croissance, Seuil, janvier 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Magnette, Au nom des peuples &#8211; Le malentendu constitutionnel europ&#233;en, Les Editions du Cerf, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le manifeste continental, &lt;a href=&#034;http://manifeste-continental.eu/fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://manifeste-continental.eu/fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F&#233;d&#233;raliser les partis politiques d'Europe Vers un seul parti pour chaque famille politique </title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Federaliser-les-partis-politiques-d-Europe-Vers-un-seul-parti-pour-chaque</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Federaliser-les-partis-politiques-d-Europe-Vers-un-seul-parti-pour-chaque</guid>
		<dc:date>2016-07-07T08:35:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Jouvenat</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;lection europ&#233;enne</dc:subject>
		<dc:subject>Parlement europ&#233;en</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les partis politiques ont un r&#244;le central &#224; jouer dans l'animation d'un espace citoyen de d&#233;lib&#233;ration et de participation politiques. La construction europ&#233;enne n&#233;cessite donc des partis politiques transnationaux capables de mobiliser l'opinion publique sur les enjeux europ&#233;ens, favorisant ainsi la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne. Dans la perspective d'une Europe f&#233;d&#233;rale, l'instauration progressive d'un syst&#232;me partisan transnational, compos&#233; de partis eux-m&#234;mes organis&#233;s selon (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-172-Juin-2016-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 172 - Juin 2016 &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Election-europeenne-+" rel="tag"&gt;&#201;lection europ&#233;enne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Parlement-europeen-+" rel="tag"&gt;Parlement europ&#233;en&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les partis politiques ont un r&#244;le central &#224; jouer dans l'animation d'un espace citoyen de d&#233;lib&#233;ration et de participation politiques. La construction europ&#233;enne n&#233;cessite donc des partis politiques transnationaux capables de mobiliser l'opinion publique sur les enjeux europ&#233;ens, favorisant ainsi la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne. Dans la perspective d'une Europe f&#233;d&#233;rale, l'instauration progressive d'un syst&#232;me partisan transnational, compos&#233; de partis eux-m&#234;mes organis&#233;s selon une structure f&#233;d&#233;rale, et au sein duquel existe une comp&#233;tition pour participer &#224; des &#233;lections et influer sur les orientations politiques de l'Union, est le pendant indispensable &#224; la r&#233;forme des institutions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tat des lieux &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce jour, seuls le milieu associatif et quelques think tanks occupent l'espace citoyen de d&#233;lib&#233;ration politique au niveau europ&#233;en. Les partis politiques y sont absents, alors que ce sont eux qui d&#233;tiennent la cl&#233; des &#233;lections europ&#233;ennes. Les partis nationaux traitent des questions europ&#233;ennes &#224; travers le prisme des politiques nationales. Ils ne sont pas incit&#233;s &#224; donner une dimension europ&#233;enne &#224; leur action car les d&#233;cisions politiques sur les questions de port&#233;e europ&#233;enne ne sont pas effectivement prises au niveau europ&#233;en. Les actuels &#171; partis politiques au niveau europ&#233;en &#187; (selon la terminologie officielle, ci-apr&#232;s d&#233;nomm&#233;s &#171; partis europ&#233;ens &#187;) demeurent des conglom&#233;rats des partis nationaux. Leur structure est par nature conf&#233;d&#233;rale. Ils s'int&#232;grent dans la logique intergouvernementale de l'UE : organisation de r&#233;unions des d&#233;cideurs de leur famille politique en amont des sommets europ&#233;ens et des r&#233;unions du Conseil de l'UE ; coordination et planification de l'action de leurs membres au sein des institutions et des organisations p&#233;riph&#233;riques de l'UE ; &#233;change d'informations ; organisation de congr&#232;s au cours desquels sont adopt&#233;s, par consensus donc selon le plus petit d&#233;nominateur commun, manifestes et programmes &#233;lectoraux. Les partis europ&#233;ens sont donc dans une logique plus institutionnelle que militante. L&#224; aussi, il y a actuellement peu d'incitation au changement. L'UE n'est pas vraiment politis&#233;e selon le clivage gauche/droite. Les diff&#233;rentes formations du Conseil ne r&#233;sultent pas d'un processus &#233;lectoral. Il n'y a pas de pouvoir &#224; conqu&#233;rir. S'agissant de l'attribution des postes cl&#233;s au sein des institutions europ&#233;ennes, ce sont plut&#244;t les partis nationaux qui exercent une r&#233;elle influence. Ce n'est que r&#233;cemment, avec le processus des Spitzenkandidaten, que les partis europ&#233;ens sont devenus des acteurs de l'&#233;lection au Parlement europ&#233;en et que la Commission pourrait devenir l'expression d'une majorit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis politiques sont actuellement li&#233;s &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne par un syst&#232;me assez complexe et peu visible d'affiliations. Une forte dilution id&#233;ologique a r&#233;sult&#233; des vagues successives d'&#233;largissement de l'UE. Il existe maintenant de grandes divergences de th&#232;ses, y compris parmi les membres d'un m&#234;me parti europ&#233;en : quoi de commun entre Les R&#233;publicains en France, Forza Italia, la CDU allemande, voire le parti de Viktor Orb&#225;n, pourtant tous affili&#233;s au Parti populaire europ&#233;en (PPE). Il existe dans la plupart des pays un grand nombre de partis, deux ou m&#234;me trois d'entre eux, concurrents au plan national, pouvant cependant &#234;tre affili&#233;s au m&#234;me parti europ&#233;en. Il est difficile dans ces conditions d'avoir un d&#233;bat structur&#233; sur les enjeux europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment cela doit-il &#233;voluer ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un lieu commun de dire qu'il faut &#224; la fois &#171; europ&#233;aniser &#187; les partis nationaux et renforcer les &#171; partis europ&#233;ens &#187;, ces derniers devant devenir des organisations militantes. Ce faisant, cependant, il existe une f&#226;cheuse tendance &#224; faire une distinction claire entre les deux cat&#233;gories de partis, voire m&#234;me &#224; les opposer, alors que l'int&#233;gration europ&#233;enne et les enjeux transnationaux qui en d&#233;coulent supposent des partis transnationaux o&#249; la distinction entre partis nationaux et europ&#233;ens s'estompe au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, lorsqu'on se r&#233;f&#232;re aux &#171; partis europ&#233;ens &#187;, tels qu'ils existent actuellement, on insinue &#224; tort qu'ils devraient exister par eux-m&#234;mes. Ainsi en est-il, par exemple, lorsqu'on sugg&#232;re que ces partis doivent s'&#233;manciper de la tutelle de leurs membres institutionnels &#8211; les partis nationaux - pour devenir des partis &#224; part enti&#232;re, notamment en &#233;largissant leur base. Attention au sens des mots : &#171; A part enti&#232;re &#187; ne doit pas signifier distinct, ind&#233;pendant &#8230; Cela peut &#233;ventuellement sugg&#233;rer qu'ils doivent devenir des partis de plein exercice, soit de v&#233;ritables laboratoire d'id&#233;es avec une force militante. Mais il serait plus appropri&#233; de dire qu'ils doivent devenir l'organe supranational d'un parti pour traiter des d&#233;fis supranationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, il faut &#234;tre prudent lorsqu'on &#233;voque leur &#171; r&#244;le sp&#233;cifique &#187;. L'article 10, para. 4 du Trait&#233; stipule : &#171; Les partis politiques au niveau europ&#233;en contribuent &#224; la formation de la conscience europ&#233;enne et &#224; l'expression de la volont&#233; des citoyens de l'Union &#187;. Par extension, on admet g&#233;n&#233;ralement que les &#171; partis europ&#233;ens &#187; doivent assurer un lien direct entre les citoyens europ&#233;ens et les diverses formes d'expression de la d&#233;mocratie au niveau europ&#233;en ; stimuler la mobilisation citoyenne sur les questions europ&#233;ennes ; et plus g&#233;n&#233;ralement cr&#233;er une soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne. Or, force est de constater que cette mission n'incombe pas exclusivement, voire m&#234;me pas principalement, au niveau europ&#233;en des partis. De fait, dans la configuration actuelle de l'organisation des partis, les partis nationaux sont les mieux plac&#233;s pour donner une assise de repr&#233;sentativit&#233; locale et citoyenne &#224; l'Europe. Dans un processus &#233;lectoral, la proximit&#233; id&#233;ologique avec l'&#233;lectorat local est d&#233;terminante pour les succ&#232;s &#233;lectoraux des diff&#233;rents partis. Quel que soit le degr&#233; d'int&#233;gration de l'UE, les l&#233;gitimes identit&#233;s territoriales et sociales subsisteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci soul&#232;ve in&#233;vitablement la question &#233;pineuse du statut de membre individuel des &#171; partis europ&#233;ens &#187;. L&#224; aussi, il n'est pas vraiment appropri&#233; de pr&#244;ner un tel statut au seul pr&#233;texte que ces partis doivent &#233;largir leur base d&#233;mocratique, au-del&#224; de leurs membres institutionnels, les partis nationaux. C'est un risque suppl&#233;mentaire d'opposer deux cat&#233;gories de partis. Ce statut n'est justifiable que temporairement, dans la situation actuelle o&#249; les partis nationaux font l'impasse des questions europ&#233;ennes dans le d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; ces ambigu&#239;t&#233;s, dans le long terme, doit &#234;tre trouv&#233;e dans la cr&#233;ation de f&#233;d&#233;rations partisanes transnationales, selon le mod&#232;le des principaux partis politiques dans des Etats f&#233;d&#233;raux tels que L'Allemagne (CDU. SPD &#8230;), la Suisse (PLR, UDC, PS &#8230;) ou les &#201;tatsUnis (partis r&#233;publicain et d&#233;mocrate), qui sont pr&#233;sents et identifi&#233;s tels quels &#224; tous les niveaux territoriaux de la f&#233;d&#233;ration. Bien s&#251;r, cela est rendu difficile par le caract&#232;re sui generis de la construction europ&#233;enne. Une clarification des id&#233;ologies en pr&#233;sence est n&#233;cessaire. Les partis politiques, aujourd'hui tr&#232;s divers et disparates, doivent affiner leurs propositions id&#233;ologiques, et en particulier se positionner sur l'avenir de l'Europe. On peut supposer que ceci se produira in&#233;vitablement si l'UE &#233;volue vers &#171; une Union toujours plus &#233;troite &#187;. Dans la perspective ultime d'une Europe f&#233;d&#233;rale, des partis transnationaux fonctionneront eux aussi selon les principes du f&#233;d&#233;ralisme, tout simplement parce que niveau d&#233;cisionnel et niveau d'action des partis vont de pair. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette logique, le renforcement des partis europ&#233;ens actuels est un point de d&#233;part important et n&#233;cessaire. Ce n'est pas, cependant, une fin en soi. Il s'agit avant tout, s'agissant tant des incitations l&#233;gislatives que des initiatives des partis eux-m&#234;mes, de mettre l'accent sur le d&#233;veloppement de synergies entre les divers partis de chaque famille politique. Les &#233;lections au Parlement europ&#233;en en sont le meilleur exemple (voir ci-apr&#232;s). Mais il y a de nombreuses autres occasions d'interactions entre partis nationaux et europ&#233;ens, et entre partis nationaux fr&#232;res, susceptibles de favoriser les convergences &#224; l'&#233;chelle transnationale et, par suite, la cr&#233;ation de partis transnationaux : groupes de travail th&#233;matiques pour d&#233;finir des politiques communes ; soutien mutuel lors de scrutins nationaux ; campagnes communes sur des questions paneurop&#233;ennes, etc. Il convient ainsi de d&#233;velopper des synergies tant verticalement qu'horizontalement. Dans une saine vision du f&#233;d&#233;ralisme, les p&#233;rim&#232;tres sont &#224; la fois juxtapos&#233;s et superpos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parachever le processus, les partis transnationaux devront s'int&#233;grer dans un syst&#232;me partisan transnational, au sein duquel ils interagiront de mani&#232;re comp&#233;titive pour exercer leur influence sur les d&#233;cisions de port&#233;e europ&#233;enne, et pour le contr&#244;le des instances ex&#233;cutives en particulier. Le sujet a fait l'objet de nombreuses &#233;tudes (Mair, Bardi, Hix, Bartolini &#8230;) et d'une grande controverse quant &#224; la nature et aux conditions de fonctionnement d'un tel syst&#232;me. Pour r&#233;sumer, on renvoie ici &#224; un rapport de l'Observatoire des partis politiques de l'Institut universitaire europ&#233;en (How to create a transnational party system - 2010), qui conclut qu'un v&#233;ritable syst&#232;me partisan transnational requiert davantage que la simple existence de partis transnationaux. Il doit exister &#233;galement, au niveau europ&#233;en, un cadre g&#233;n&#233;ral et des structures au sein desquels peut s'exercer une comp&#233;tition politique. Ce cadre n'existe aujourd'hui qu'&#224; l'&#233;tat embryonnaire. Ainsi, le probl&#232;me est de nature institutionnelle plut&#244;t que politique, et un v&#233;ritable syst&#232;me partisan transnational ne peut &#234;tre raisonnablement envisag&#233; que dans le contexte d'une Europe f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'organisation f&#233;d&#233;rale d'un parti : de quoi s'agit -il ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une configuration f&#233;d&#233;rale, chacune des principales formations politiques est repr&#233;sent&#233;e &#224; chacun des niveaux territoriaux &#8211; f&#233;d&#233;ral, r&#233;gional, cantonal, municipal (avec des exceptions possibles aux niveaux inf&#233;rieurs) &#8211; par un &#233;ventail complet d'organes repr&#233;sentatifs, bureaux, budgets et &#233;quipes dirigeantes. Les d&#233;cisions concernant la f&#233;d&#233;ration &#224; son plus haut niveau sont prises par les instances f&#233;d&#233;rales (assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s, comit&#233; ex&#233;cutif, conf&#233;rence des pr&#233;sidents &#8230;), dont les membres sont &#233;lus d&#233;mocratiquement par la base du parti. Le vote majoritaire est de r&#232;gle. Ces d&#233;cisions s'imposent aux instances des niveaux inf&#233;rieurs, qui sont charg&#233;es de leur mise en &#339;uvre. Les instances inf&#233;rieures sont par ailleurs totalement comp&#233;tentes pour traiter des questions relevant exclusivement de la sph&#232;re r&#233;gionale ou locale au sein de l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections aux institutions f&#233;d&#233;rales sont une occasion, parmi d'autres, d'agir collectivement. Les instances f&#233;d&#233;rales du parti adoptent un programme commun et une strat&#233;gie de campagne. Puis les campagnes &#233;lectorales sont men&#233;es au sein des diverses circonscriptions par les instances locales concern&#233;es. Ces campagnes peuvent diff&#233;rer d'une r&#233;gion &#224; l'autre, en termes de visibilit&#233; et d'ordre de priorit&#233; des th&#232;mes, selon les sensibilit&#233;s locales, mais elles ne sont en principe pas en contradiction avec la ligne g&#233;n&#233;rale d&#233;finie au niveau f&#233;d&#233;ral. Les candidats sont investis au niveau des circonscriptions, &#233;ventuellement en consultation (le plus souvent de mani&#232;re informelle) avec les instances f&#233;d&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme s'exerce normalement au niveau local, ce qui n'exclut pas le d&#233;bat sur les enjeux plus larges. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
questions de port&#233;e f&#233;d&#233;rale peuvent faire l'objet de forums de discussion, consultations ad hoc de la base du parti, &#233;lections internes, etc., dans un esprit d'interaction permanente entre militants et organes ex&#233;cutifs aux diff&#233;rents niveaux de la f&#233;d&#233;ration partisane. L'adh&#233;sion &#224; une section locale du parti conf&#232;re au militant, ipso facto, le statut de membre du parti sans &#233;gard &#224; sa couverture g&#233;ographique. La distinction entre membres institutionnels et membres individuels n'est plus de mise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une chance &#224; saisir : les &#233;lections europ&#233;ennes &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections au Parlement europ&#233;en n'ont pas r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; &#233;tablir un &#171; lien &#233;lectoral &#187; entre citoyens europ&#233;ens et les politiques au niveau europ&#233;en. Les campagnes &#233;lectorales demeurent tr&#232;s centr&#233;es sur des consid&#233;rations nationales. Dans ce contexte, les milieux pro-europ&#233;ens consid&#232;rent g&#233;n&#233;ralement que seules des listes transnationales peuvent europ&#233;aniser ces &#233;lections. Cependant, la proposition &#8211; qui pr&#233;voit que l'&#233;lecteur dispose d'une seconde voix pour une liste pan-europ&#233;enne en plus de son vote pour la liste r&#233;gionale ou nationale &#8211; fait perdurer la distinction entre partis nationaux et europ&#233;ens, voire m&#234;me les oppose. Qui plus est, elle comporte un risque de mauvaise interpr&#233;tation du scrutin par l'&#233;lecteur, qui pourrait penser voter &#171; europ&#233;en &#187; avec la liste transnationale seulement, et &#171; national &#187; pour la tr&#232;s grande majorit&#233; des si&#232;ges attribu&#233;s &#224; partir des listes nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re par ailleurs que cette proposition n'a gu&#232;re de chance d'&#234;tre accept&#233;e par les Etats membres, soucieux de conserver leurs pr&#233;rogatives dans le processus &#233;lectoral ainsi que leurs quotas au Parlement europ&#233;en, il est n&#233;cessaire de r&#233;fl&#233;chir &#224; d'autres moyens de rendre ces &#233;lections plus europ&#233;ennes. Ici aussi, il s'agit de privil&#233;gier les mesures visant plut&#244;t &#224; unir les partis de la m&#234;me famille politique pour qu'ils v&#233;hiculent ensemble, aupr&#232;s de l'&#233;lectorat, un message et un projet europ&#233;ens : propagande &#233;lectorale centr&#233;e sur les questions europ&#233;ennes et le manifeste europ&#233;en ; forte visibilit&#233; des partis europ&#233;ens - notamment des Spitzenkandidaten &#8211; dans les supports de propagande, les m&#233;dias et, autant que possible, lors des d&#233;bats publics ; et au final noms et logos, c&#244;te &#224; c&#244;te, des partis nationaux europ&#233;ens sur les bulletins de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela s'av&#232;re insuffisant pour que l'&#233;lecteur comprenne enfin que l'enjeu des &#233;lections europ&#233;ennes n'est pas le maintien ou le renvoi du gouvernement national en place, une bonne alternative aux listes transnationales pourrait consister &#8211; bien que temporairement tant que partis nationaux et europ&#233;ens sont per&#231;us comme des entit&#233;s distinctes &#8211; &#224; attribuer directement la totalit&#233; des votes aux partis europ&#233;ens, les listes &#233;lectorales demeurant cependant &#233;tablies au niveau des circonscriptions locales. Le citoyen allemand, par exemple, votant dans sa circonscription PPE et non CDU. Effet psychologique garanti. Dans ce contexte, des campagnes pan-europ&#233;ennes sont con&#231;ues et coordonn&#233;es par les partis europ&#233;ens, mais conduites de mani&#232;re d&#233;centralis&#233;e conjointement avec leurs contreparties nationales. C'est une excellente fa&#231;on de promouvoir de v&#233;ritables campagnes transnationales et des programmes de niveau europ&#233;en &#8211; le principal objectif des listes transnationales &#8211; avec l'avantage que ceci s'applique &#224; tous les si&#232;ges du Parlement, tout en pr&#233;servant les circonscriptions locales et donc les quotas nationaux. De surcro&#238;t, d'autres objectifs sont atteints, tels qu'une l&#233;gitimit&#233; accrue du Parlement europ&#233;en, le maintien de son homog&#233;n&#233;it&#233;, et la prise en compte des consid&#233;rations d'accountability des d&#233;put&#233;s. Les aspects pratiques et formels de cette proc&#233;dure ont &#233;t&#233; analys&#233;s dans la proposition dite de &#171; double proportionnalit&#233; &#187; pour l'attribution des si&#232;ges (pays et partis) formul&#233;e par les professeurs Oelbermann et Pukelsheim.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Maintenir le cap sur le long terme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bon nombre des propositions habituellement avanc&#233;es pour stimuler le d&#233;bat public europ&#233;en sont en fait des mesures transitoires devant servir d'aiguillon aux acteurs politiques, en particulier les partis nationaux. L'europ&#233;anisation de ces partis est la toute premi&#232;re des priorit&#233;s. Similairement, les efforts parall&#232;les envers des &#171; partis europ&#233;ens &#187; de plein exercice sont louables. Le statut de membre individuel des partis europ&#233;ens actuels reste enti&#232;rement justifi&#233; tant que ces partis n'ont pas d'assise dans l'&#233;lectorat des &#201;tats membres. Il est cependant essentiel de ne pas compromettre l'objectif &#224; plus long &lt;br class='autobr' /&gt;
terme, celui de la cr&#233;ation d'un espace politique pour les questions europ&#233;ennes et d'une d&#233;mocratie europ&#233;enne active par l'action des partis politiques &#224; tous les niveaux, ce qui requiert des partis transnationaux. Toutes les initiatives doivent tendre vers cet objectif, et surtout ne pas le desservir en prenant le risque de diviser davantage les &#233;chelons existants des partis, par exemple avec le syst&#232;me &#224; deux voix qui r&#233;sulterait d'une circonscription unique additionnelle pour les &#233;lections europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision de l'&#233;volution des partis est-elle r&#233;aliste ? Certains &#233;voqueront la crise de l&#233;gitimit&#233; des partis politiques et l'inopportunit&#233; de transposer au niveau europ&#233;en ce qui ne fonctionne pas au niveau national. D'o&#249; la cr&#233;ation de nouveaux partis politiques et le foisonnement de divers mouvements citoyens, tous ayant pour but de parler davantage d'Europe, ou de le faire diff&#233;remment. Dans le long terme cependant, on ne pourra pas cr&#233;er une soci&#233;t&#233; civile europ&#233;enne, qui ne soit pas que marginale, sans une transformation des grands partis politiques traditionnels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pierre Jouvenat Membre du Comit&#233; directeur de l'UEF Rh&#244;ne-Alpes - 74&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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