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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Ukraine : un tournant pour l'Union europ&#233;enne ?</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Ukraine-un-tournant-pour-l-Union-europeenne</link>
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		<dc:date>2022-09-02T12:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>


		<dc:subject>Ukraine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Admettre l'Ukraine comme un candidat prioritaire pour rejoindre l'UE a paru aller de soi. Les souffrances des Ukrainiens ont &#233;mu les opinions publiques et conduit les responsables politiques occidentaux &#224; r&#233;agir fort et promptement. Au-del&#224; des l&#233;gitimes &#233;motions, ce choix de l'UE marque un tournant qui n'est pas sans cons&#233;quences sur son avenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'ici l'Union europ&#233;enne (UE) a incarn&#233; la paix. Pour la premi&#232;re fois, elle valide la candidature d'un pays, l'Ukraine, parce que ce pays (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-194-Septembre-2022-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 194 - Septembre 2022&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Ukraine-+" rel="tag"&gt;Ukraine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH100/flag_of_europe_and_ukraine.svg-91d62.png?1730256639' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Admettre l'Ukraine comme un candidat prioritaire pour rejoindre l'UE a paru aller de soi. Les souffrances des Ukrainiens ont &#233;mu les opinions publiques et conduit les responsables politiques occidentaux &#224; r&#233;agir fort et promptement. Au-del&#224; des l&#233;gitimes &#233;motions, ce choix de l'UE marque un tournant qui n'est pas sans cons&#233;quences sur son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici l'Union europ&#233;enne (UE) a incarn&#233; la paix. Pour la premi&#232;re fois, elle valide la candidature d'un pays, l'Ukraine, parce que ce pays est en guerre. La Russie, l'&#201;tat agresseur, est en m&#234;me temps d&#233;sign&#233;e comme un adversaire de l'UE. L'acceptation de la candidature de la Moldavie, potentielle future cible de la Russie, rel&#232;ve de la m&#234;me logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix place l'UE du c&#244;t&#233; du droit international et de la morale. Belle et vaste ambition, h&#233;las pas toujours respect&#233;e dans la pratique de la realpolitik. Avec cette d&#233;cision, l'UE entreprend un tournant qui affecte sa place et son image dans le monde. Mais ce n'est pas tout. L'admission pleine et enti&#232;re de l'Ukraine, certes encore lointaine, affectera l'&#233;quilibre politique de l'Union et son fonctionnement institutionnel. Ces questions, essentielles pour l'avenir de la construction europ&#233;enne, m&#233;ritent d'&#234;tre soulev&#233;es. Elles n'occultent en rien les atrocit&#233;s de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'ensemble de ses remarquables r&#233;alisations, l'Europe reste inachev&#233;e. Seule une Union souveraine et d&#233;mocratique sera en pleine capacit&#233; d'&#234;tre au service de ses &#201;tats membres et de ses citoyens. C'est donc le but &#224; atteindre, au plus vite. La souverainet&#233; europ&#233;enne se s&#233;dimente sur trois piliers : le partage sans r&#233;serve des valeurs et des objectifs de l'Union, une v&#233;ritable autonomie strat&#233;gique et des institutions communes fortes et d&#233;mocratiques. Rien de cela n'a vraiment &#233;t&#233; pris en compte pour l'Ukraine. Il fallait aller vite et marquer les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue g&#233;ostrat&#233;gique, les r&#233;actions de l'UE dans la crise ukrainienne ont brouill&#233; son image. Plut&#244;t que de d&#233;montrer son ind&#233;pendance, l'UE a surtout particip&#233; &#224; remettre l'OTAN au premier plan. Le fait que les pays membres du G7, r&#233;unis fin juin 2022 en Bavi&#232;re, aient tenu &#224; saluer avec vigueur le choix de l'UE en faveur de l'Ukraine t&#233;moigne de l'&#233;tat des rapports de force dans le monde. Pendant que les occidentaux se r&#233;jouissent de la d&#233;cision de l'UE pour l'Ukraine, la plupart des 193 &#201;tats membres de l'ONU demeurent neutres, ou, pour quelques-uns, favorables &#224; la Russie. Finalement, le choix d'entamer dans la h&#226;te la&lt;br class='autobr' /&gt;
proc&#233;dure d'admission de l'Ukraine fait appara&#238;tre l'Union comme un sous-ensemble de l'OTAN. Cet alignement sur l'Organisation transatlantique entame le capital de confiance que l'UE a accumul&#233; aupr&#232;s des &#201;tats peu attir&#233;s par la sph&#232;re d'influence occidentale. Se faisant, l'Europe ab&#238;me l'image de paix et d'universalisme qu'elle souhaitait v&#233;hiculer &#224; travers la plan&#232;te depuis plus de soixante-dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du bon fonctionnement interne de l'Union, l'&#233;largissement &#224; de nouveaux membres freine le processus d'approfondissement. Plus de pays implique m&#233;caniquement une augmentation de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de l'ensemble. Les prises de d&#233;cisions communes deviennent plus complexes et les compromis plus difficiles. Bref, un &#233;largissement &#233;loigne la perspective de former une Europe politique. D'ailleurs, un bon moyen de ralentir l'approfondissement consiste &#224; accueillir de nouveaux membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acc&#233;dant rapidement &#224; la demande de l'Ukraine, l'Europe s'est faite la porte-parole des opinions publiques boulevers&#233;es par les images de la guerre. Les pressions largement m&#233;diatis&#233;es du Pr&#233;sident Zelensky ont bien s&#251;r jou&#233; leur r&#244;le. Mais surtout, ce choix a permis &#224; l'OTAN - donc aux &#201;tats-Unis - de reprendre la main sans avoir &#224; accueillir officiellement l'Ukraine comme nouveau membre. Une guerre ouverte avec la Russie a &#233;t&#233; ainsi &#233;cart&#233;e, tandis que les tensions de la guerre froide entre l'Est et l'Ouest sont r&#233;apparues sur le devant de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre probl&#232;me d&#233;licat, valider la candidature de l'Ukraine revient &#224; d&#233;savouer les s&#233;paratistes pro-russes. Ce choix de l'UE disqualifie une partie de la population vivant actuellement sur le sol ukrainien. Comment r&#233;agira-t-elle si elle se trouve, un jour, appartenir &#224; l'UE ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, cette d&#233;cision bouscule les principes port&#233;s par l'UE. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que l'Union combat les mauvaises pratiques, elle &lt;br class='autobr' /&gt;
s'engage ici &#224; soutenir un &#201;tat reconnu comme corrompu. De m&#234;me l'UE, qui souhaite porter les valeurs humanistes, reste tr&#232;s sobre dans ses r&#233;actions lorsque les dirigeants ukrainiens d&#233;cident de bannir toutes les traces de la culture russe. Et que dire face &#224; l'indignation des &#201;tats candidats que l'UE oblige &#224; patienter depuis des ann&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut le redire, l'admission de nouveaux membres ne facilitera pas le fonctionnement de l'UE. La lourdeur des proc&#233;dures de d&#233;cision, notamment avec la r&#232;gle de l'unanimit&#233;, sera accentu&#233;e. On retrouve l&#224; les tensions entre &#233;largissement et approfondissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Chefs d'&#201;tat et de gouvernement allemand, fran&#231;ais et italien ont probablement pressenti, au d&#233;but de la guerre, tous les effets &#233;quivoques de cette promptitude &#224; officialiser la candidature de l'Ukraine. Apr&#232;s avoir commenc&#233; par temporiser, ils se sont ralli&#233;s &#224; la majorit&#233; favorable &#224; un retour de l'OTAN au premier plan, et aux vieux r&#233;flexes de la Guerre froide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette bifurcation de l'UE peut encore &#234;tre modifi&#233;e. Mais &#224; deux conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, l'UE devrait r&#233;affirmer sa singularit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;ostrat&#233;gique et ses aspirations &#224; une souverainet&#233; assum&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, l'Union pourrait abandonner sa politique de semi cobellig&#233;rance en faveur de l'Ukraine et d&#233;fendre aupr&#232;s des &lt;br class='autobr' /&gt;
deux parties concern&#233;es les immenses b&#233;n&#233;fices d'un rapide &lt;br class='autobr' /&gt;
compromis : stopper les d&#233;sastres humains et mat&#233;riels, &#233;viter &lt;br class='autobr' /&gt;
une dilatation du conflit avec ses risques nucl&#233;aires, tarir la &lt;br class='autobr' /&gt;
source d'une crise &#233;nerg&#233;tique, &#233;conomique et alimentaire &lt;br class='autobr' /&gt;
mondiale, all&#233;ger les co&#251;ts climatiques, environnementaux et &lt;br class='autobr' /&gt;
financiers li&#233;s &#224; la guerre et aux in&#233;luctables reconstructions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce r&#244;le d'arbitre &#233;clair&#233; r&#233;duirait les malheurs des populations &lt;br class='autobr' /&gt;
sous les bombes et donnerait &#224; l'UE le moyen de retrouver &lt;br class='autobr' /&gt;
une image dissoci&#233;e de l'OTAN et de la tutelle indirecte des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tats-Unis. Les aspirations &#224; la paix seraient de &lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau au premier plan. Bref, l'UE affirmerait &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi son autonomie strat&#233;gique et sa place &lt;br class='autobr' /&gt;
singuli&#232;re au sein de la communaut&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, l'&#233;largissement vers l'Ukraine, en attendant d'autres &#201;tats, ne doit pas entraver l'indispensable approfondissement de la construction europ&#233;enne. Comment rendre compatible une Europe plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne avec une Europe qui souhaite avancer rapidement vers une Europe politique ? Une solution existe : l'Europe &#224; plusieurs vitesses. Ce th&#232;me &#233;tait sous-jacent dans la proposition du Pr&#233;sident Macron de cr&#233;er une &#171; Communaut&#233; politique europ&#233;enne &#187; pour accueillir les futurs membres de l'UE. Malgr&#233; sa formulation ambigu&#235;, l'id&#233;e &#233;tait prometteuse. Mais faute de soutien, elle a vite &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e. Dommage. La mise en place d'une Europe &#224; plusieurs vitesses - ou &#224; cercles concentriques - est d&#233;terminante pour l'avenir de l'UE. Sans le moteur d'un noyau dur, l'Union restera au milieu du gu&#233; et peu audible sur le plan international. Il n'est pas trop tard, d'autant que beaucoup d'Europ&#233;ens ne se raidissent plus face &#224; la perspective d'une r&#233;vision des Trait&#233;s qui irait dans ce sens. Et le temps presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration : Jurta, CC0, via Wikimedia Commons&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Devoluy&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur honoraire &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg, &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaire Jean Monnet d'&#233;conomie europ&#233;enne &lt;br class='autobr' /&gt;
Sp&#233;cialiste de macro-&#233;conomie europ&#233;enne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Osons enfin les &#201;tats-Unis d'Europe</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Osons-enfin-les-Etats-Unis-d-Europe-846</link>
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		<dc:date>2022-01-17T17:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lire sur Kindle &lt;br class='autobr' /&gt;
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Acheter pour Kindle &lt;br class='autobr' /&gt; Michel D&#233;voluy, universitaire, titulaire d'une chaire Jean Monnet d'&#233;conomie europ&#233;enne, lance dans cet ouvrage un appel au peuple europ&#233;en afin qu'il se mobilise pour faire advenir la F&#233;d&#233;ration depuis si longtemps annonc&#233;e (Kant, Hugo) et jamais vraiment mise sur le m&#233;tier. Ce livre court, mais dense du professeur D&#233;voluy a le m&#233;rite de mettre les points sur les i. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Textes-federaliste-" rel="directory"&gt;Textes f&#233;d&#233;ralistes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L107xH150/livreon22-2-a07b8.png?1730035206' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lire sur Kindle&lt;/h2&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Michel D&#233;voluy, universitaire, titulaire d'une chaire Jean Monnet d'&#233;conomie europ&#233;enne, lance dans cet ouvrage un appel au peuple europ&#233;en afin qu'il se mobilise pour faire advenir la F&#233;d&#233;ration depuis si longtemps annonc&#233;e (Kant, Hugo) et jamais vraiment mise sur le m&#233;tier. Ce livre court, mais dense du professeur D&#233;voluy a le m&#233;rite de mettre les points sur les i.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple que la construction europ&#233;enne n'est pas seulement n&#233;cessaire au nom des id&#233;aux de paix et de fraternit&#233; : l'Europe, &#171; g&#233;ant &#233;conomique mais nain politique &#187; a un urgent besoin de mieux d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts. Autre id&#233;e forte du livre : les f&#233;d&#233;ralistes doivent reconna&#238;tre qu'une union politique v&#233;ritable &#224; 28 ou &#224; 27 n'est pas &#224; l'ordre du jour. La F&#233;d&#233;ration ne se construira que sur une base plus &#233;troite entre des pays suffisamment homog&#232;nes. M. D&#233;voluy consid&#232;re que la zone euro poss&#232;de la dimension appropri&#233;e et il est vrai que la pr&#233;sence d'une monnaie commune est d&#233;j&#224; un grand pas en avant, lequel, de surcro&#238;t, appelle logiquement &#224; &#234;tre compl&#233;t&#233; par l'union politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. D&#233;voluy montre tr&#232;s bien par ailleurs d'une part le lien entre le refus de la f&#233;d&#233;ration et le lib&#233;ralisme, d'autre part comment au contraire la f&#233;d&#233;ration est la condition n&#233;cessaire, sinon suffisante, de l'av&#232;nement de l'Europe sociale attendue par le peuple europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobiliser l'opinion pour faire pression sur le Parlement europ&#233;en qui fera pression &#224; son tour sur le Conseil europ&#233;en, telle est la voie pr&#233;conis&#233;e par M. D&#233;voluy. Il est inutile en effet d'attendre des chefs d'&#201;tat et de gouvernement qu'ils fassent spontan&#233;ment offrande de leurs pr&#233;rogatives sur l'autel de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que s'accumulent les d&#233;fis de toute sorte (strat&#233;giques, &#233;conomiques, sociaux, environnementaux) qui rendent de plus en plus n&#233;cessaire la f&#233;d&#233;ration, les f&#233;d&#233;ralistes ne se font gu&#232;re entendre, faute, peut-&#234;tre, de savoir quel discours tenir. Le &#171; petit &#187; livre de M. D&#233;voluy est alors le guide qu'il leur faut pour (re)partir en campagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le f&#233;d&#233;ralisme, un enjeu d&#233;cisif pour les Europ&#233;ens</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Le-federalisme-un-enjeu-decisif-pour-les-Europeens</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Le-federalisme-un-enjeu-decisif-pour-les-Europeens</guid>
		<dc:date>2021-11-26T21:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe, organis&#233;e par l'Union europ&#233;enne (UE), est d&#233;sormais lanc&#233;e. Elle invite les Europ&#233;ens des 27 &#201;tats membres &#224; se pencher, via une plateforme num&#233;rique multilingue, sur leurs visions de l'Europe &#224; venir. Les conclusions des &#233;changes seront tir&#233;es au printemps 2022. Elles orienteront l'&#233;volution de l'UE pour la d&#233;cennie &#224; venir. Aux citoyens de se saisir de ce forum pour s'exprimer sur l'Europe, en toute libert&#233;. Le futur de l'UE est suspendu &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-190-Septembre-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 190 - Septembre 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L100xH150/arton799-47795.jpg?1730256639' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La conf&#233;rence sur l'avenir de l'Europe, organis&#233;e par l'Union europ&#233;enne (UE), est d&#233;sormais lanc&#233;e. Elle invite les Europ&#233;ens des 27 &#201;tats membres &#224; se pencher, via une plateforme num&#233;rique multilingue, sur leurs visions de l'Europe &#224; venir. Les conclusions des &#233;changes seront tir&#233;es au printemps 2022. Elles orienteront l'&#233;volution de l'UE pour la d&#233;cennie &#224; venir. Aux citoyens de se saisir de ce forum pour s'exprimer sur l'Europe, en toute libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le futur de l'UE est suspendu &#224; la question incontournable du f&#233;d&#233;ralisme. Nous devons en discuter pour comprendre les tenants et les aboutissants d'une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, et nous demander si tous les &#201;tats souhaitent avancer au m&#234;me rythme dans cette direction. D'o&#249; le n&#233;cessaire d&#233;bat sur l'Europe &#224; plusieurs vitesses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;changes de vues peuvent s'articuler sur plusieurs th&#232;mes : le f&#233;d&#233;ralisme et la paix ; le cadre institutionnel d'une f&#233;d&#233;ration ; la dynamique singuli&#232;re de l'int&#233;gration europ&#233;enne ; les freins et les r&#233;sistances au passage &#224; une Europe politique ; le besoin d'une Europe f&#233;d&#233;rale face aux enjeux et aux d&#233;fis contemporains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose est s&#251;re, l'avenir est notre affaire et l'Europe politique est notre avenir. Mais d&#233;cliner les atouts objectifs et rationnels d'une Europe f&#233;d&#233;rale ne suffit pas. Sinon, elle serait d&#233;j&#224; en place. Plusieurs obstacles sont &#224; surmonter. D'abord se lib&#233;rer des visions st&#233;r&#233;otyp&#233;es de la marche du monde. Ensuite, offrir aux Europ&#233;ens des perspectives cr&#233;dibles et persuasives. Enfin, inscrire l'Europe dans le paysage mental et &#233;motionnel des Europ&#233;ens. Le besoin d'Europe est d'autant plus urgent que des partis peu d&#233;mocratiques pr&#244;nent d&#233;sormais des replis identitaires et nationalistes. Les vieux d&#233;mons r&#244;dent toujours en se nourrissant des frustrations et des solutions simplistes. Soyons tr&#232;s vigilants et volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;d&#233;ralisme et paix
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des g&#233;ants tels Emmanuel Kant, Victor Hugo, Albert Einstein et Albert Camus &#233;taient convaincus que seule une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats permettrait de s&#233;dimenter la paix. Constatant que la juxtaposition de pays ind&#233;pendants et souverains &#233;tait une source syst&#233;matique d'antagonismes et de conflits, il fallait changer la donne. Les signatures des trait&#233;s de paix et les appels &#224; la raison n'ont jamais suffi. D'ailleurs, les guerres sont toujours d&#233;clench&#233;es pour d&#233;fendre des causes jug&#233;es justes par les protagonistes. Il s'agit, selon les cas, de d&#233;fendre la s&#233;curit&#233; et l'honneur des citoyens ou d'ob&#233;ir &#224; la &#8220;Raison d'&#201;tat. Sortir d&#233;finitivement de ces funestes engrenages et rendre les guerres impossibles appelle la cr&#233;ation d'une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Id&#233;alement, la paix universelle requiert une f&#233;d&#233;ration mondiale. En attendant cette lointaine concorde, saluons deux avanc&#233;es majeures. D'abord, la cr&#233;ation d'organisations internationales destin&#233;es &#224; d&#233;samorcer les conflits : la Soci&#233;t&#233; des Nations (SDN) entre 1919 et 1945 et l'ONU depuis. Ensuite, le lancement de la construction europ&#233;enne, initi&#233;e le 9 mai 1950 par la d&#233;claration historique de Robert Schuman. L'objectif affich&#233; &#233;tait de s&#233;dimenter la paix en Europe de l'Ouest avec, comme priorit&#233; absolue, la r&#233;conciliation franco-allemande. La premi&#232;re r&#233;alisation concr&#232;te fut la cr&#233;ation de la Communaut&#233; europ&#233;enne du charbon et de l'acier (CECA) en 1951.&lt;br class='autobr' /&gt;
La recherche d'un apaisement par l'&#233;limination des raisons de la guerre fait appara&#238;tre l'impossibilit&#233; de sceller d&#233;finitivement la paix sur la seule base des bonnes volont&#233;s, des beaux discours ou des signatures de trait&#233;s de paix. Souhaiter, m&#234;me ardemment, la paix est loin d'&#234;tre suffisant. Plusieurs conditions sont &#224; remplir pour &#233;liminer les raisons de s'affronter. Les &#201;tats et leurs citoyens doivent partager des valeurs, avoir des int&#233;r&#234;ts convergents, accepter des formes de solidarit&#233; mat&#233;rielles, adh&#233;rer &#224; un r&#233;cit rassembleur et se sentir unis et prot&#233;g&#233;s au sein de fronti&#232;res claires et reconnues. Bref, les &#201;tats et leurs citoyens doivent s'identifier &#224; un espace politique, &#233;conomique et social commun qu'on nomme une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats. Bien entendu, les identit&#233;s pr&#233;existantes ne disparaissent pas car chaque citoyen continue d'appartenir &#224; son &#201;tat. Mais une nouvelle identit&#233;, plus englobante, vient s'ajouter aux pr&#233;c&#233;dentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce stade, deux observations s'imposent. La construction d'une f&#233;d&#233;ration mondiale en vue d'installer la paix universelle n'est pas encore &#224; l'ordre du jour. En revanche, l'UE a accompli un remarquable parcours. Cette victoire de la paix doit &#234;tre sans cesse rappel&#233;e avec gratitude envers tous les artisans de l'Europe. Ne jouons pas avec cet acquis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme, un r&#233;gime constitutionnel
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats se caract&#233;rise par deux niveaux de souverainet&#233; : les &#201;tats membres et l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral. Chaque &#201;tat membre a son gouvernement et son espace politique bien identifi&#233;. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral coiffe et coordonne l'ensemble. Le partage des comp&#233;tences entre les deux niveaux suit plusieurs lignes directrices : l'attachement aux int&#233;r&#234;ts communs, la solidarit&#233; entre les &#201;tats membres, la sauvegarde des diverses identit&#233;s et le respect des principes d&#233;mocratiques. En pratique, le principe dit de &#034;subsidiarit&#233;&#034; offre une bonne m&#233;thode pour le transfert des responsabilit&#233;s entre les deux niveaux. L'&#201;tat f&#233;d&#233;ral effectue les t&#226;ches et prend en charge tous les domaines qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;alis&#233;s efficacement par les &#201;tats membres. Selon ce principe, il appara&#238;t logique que l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral s'occupe des questions r&#233;galiennes, avec notamment la politique ext&#233;rieure et l'arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, aucune d&#233;cision de nature f&#233;d&#233;rale ne peut &#234;tre bloqu&#233;e par le veto d'un &#201;tat membre. Sinon, on retombe dans une d&#233;marche inter&#233;tatique o&#249; chaque &#201;tat souhaite garder l'enti&#232;re ma&#238;trise de sa souverainet&#233; nationale. Pour bien fonctionner une f&#233;d&#233;ration doit, en outre, se doter d'une Cour constitutionnelle puissante et ind&#233;pendante des pressions politiques. Sa mission est de garantir la constitution et d'arbitrer les conflits entre toutes les institutions de la f&#233;d&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Suisse, l'Allemagne, le Canada, le Br&#233;sil, l'Australie et l'Inde sont des exemples de f&#233;d&#233;rations. On en compte une trentaine parmi les 195 &#201;tats si&#233;geant &#224; l'ONU. Depuis deux si&#232;cles et demi, les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique (USA) repr&#233;sentent la f&#233;d&#233;ration de r&#233;f&#233;rence. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de rappeler que les colonies britanniques, devenues ind&#233;pendantes en 1776, se sont d'abord associ&#233;es en treize r&#233;publiques autonomes. Toutes entendaient ainsi pr&#233;server leur souverainet&#233;, surtout en mati&#232;re de politiques &#233;trang&#232;res et fiscales. Mais cet arrangement institutionnel poussa bien vite ces r&#233;publiques &#224; des rivalit&#233;s d&#233;l&#233;t&#232;res. Elles devenaient de plus incapables de faire front commun face aux menaces ext&#233;rieures. Un changement s'imposait. Apr&#232;s de vigoureuses discussions pour concevoir le meilleur arrangement possible, la Convention de Philadelphie de 1787 choisit, au nom du peuple am&#233;ricain, sa constitution. La premi&#232;re f&#233;d&#233;ration de l'histoire &#233;tait n&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a donc fallu une dizaine d'ann&#233;es aux am&#233;ricains pour se persuader des avantages d'une f&#233;d&#233;ration. M&#234;me si comparaison n'est pas raison, les Europ&#233;ens doivent apprendre de cette p&#233;riode fondatrice, mais aussi se pencher sur le grand rat&#233; de l'int&#233;gration am&#233;ricaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Guerre de s&#233;cession (1861-1865) rappelle en effet qu'une f&#233;d&#233;ration qui ne partage pas des valeurs essentielles et les m&#234;mes objectifs reste fragile et peut &#233;clater. Mais depuis cet affrontement, la solidit&#233; des USA a fait ses preuves. Les &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s regardent d&#233;sormais dans la m&#234;me direction, consentent &#224; payer des imp&#244;ts f&#233;d&#233;raux, acceptent des m&#233;canismes de solidarit&#233; et se d&#233;fendent sous la m&#234;me banni&#232;re. La preuve : tous les citoyens des 50 &#201;tats sont fiers d'&#234;tre am&#233;ricains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compar&#233;e &#224; une f&#233;d&#233;ration &#224; part enti&#232;re, l'UE est singuli&#232;re. R&#233;gie par des trait&#233;s plut&#244;t que par une constitution, elle est d'essence intergouvernementale. Mais en m&#234;me temps, l'UE pr&#233;sente des attributs d'une f&#233;d&#233;ration. D'abord, en d&#233;tenant certaines comp&#233;tences propres. Ensuite, en poss&#233;dant une juridiction de nature r&#233;solument f&#233;d&#233;rale, la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne (CJUE). N&#233;anmoins, l'absence d'un gouvernement du peuple europ&#233;en bien identifiable par les citoyens suffit &#224; d&#233;montrer que l'UE est encore &#233;loign&#233;e d'une f&#233;d&#233;ration accomplie. D'ailleurs, la d&#233;mocratie europ&#233;enne reste d&#233;ficiente et la perception de l'UE par beaucoup d'Europ&#233;ens demeure floue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux traits saillants pointent la teneur intergouvernementale de l'UE : le r&#244;le cl&#233; du Conseil europ&#233;en et la r&#232;gle de l'unanimit&#233; (chaque &#201;tat membre peut mettre son veto &#224; une d&#233;cision).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les grandes orientations politiques de l'UE sont exclusivement d&#233;termin&#233;es par les chefs d'&#201;tats et de gouvernements des &#201;tats membres au sein du Conseil europ&#233;en. Autrement dit, les choix d&#233;cisifs pour l'Europe sont effectu&#233;s par les &#201;tats membres. Ici, la Commission est seulement charg&#233;e de transcrire ces grandes orientations en textes l&#233;gislatifs. Lesquels seront ensuite vot&#233;s par le parlement europ&#233;en et le Conseil des ministres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les trait&#233;s sont tr&#232;s pointilleux sur l'exigence d'unanimit&#233; des &#201;tats membres. Chacun d'entre eux peut dire non afin de prot&#233;ger ses int&#233;r&#234;ts jug&#233;s vitaux. Le m&#233;canisme du veto vise explicitement les d&#233;cisions en mati&#232;res fiscale, budg&#233;taire et de politiques &#233;trang&#232;res. Gr&#226;ce au veto, les &#201;tats de l'UE gardent &#233;galement la ma&#238;trise des m&#233;canismes de r&#233;partition et de protection sociale. Bref, le veto est le symbole du maintien des souverainet&#233;s nationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, l'UE poss&#232;de plusieurs dimensions f&#233;d&#233;rales. Elles sont incarn&#233;es par des institutions et des comp&#233;tences particuli&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commission, le Parlement europ&#233;en, la CJUE et la Banque centrale europ&#233;enne (BCE) sont des institutions de nature f&#233;d&#233;rale. Toutes agissent au nom du peuple europ&#233;en.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gestion du march&#233; unique et la politique commerciale de l'Union rel&#232;vent des comp&#233;tences dites &#8220;exclusives&#8221; de l'UE. Elles sont prises en charge par la Commission. Pour ce qui concerne la zone euro, la politique mon&#233;taire est assur&#233;e, en pleine souverainet&#233;, par la BCE. Avec ici un probl&#232;me particulier puisque seulement 19 &#201;tats sur les 27 membres ont adopt&#233; la monnaie unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'UE est donc une institution tr&#232;s particuli&#232;re. Elle s'apparente &#224; une f&#233;d&#233;ration d'&#201;tats qui partageraient des &#233;l&#233;ments limit&#233;s de leurs souverainet&#233;s. Mais l'UE reste ancr&#233;e dans une logique intergouvernementale. Chaque &#201;tat membre entend rester ma&#238;tre du jeu dans les domaines r&#233;galiens, notamment les finances, la d&#233;fense et la politique &#233;trang&#232;re. La monnaie unique a donc ici une place &#224; part, avec une forte port&#233;e pratique et symbolique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soyons clairs, l'UE actuelle est fond&#233;e sur des trait&#233;s sign&#233;s entre &#201;tats souverains. Le passage &#224; un &#201;tat f&#233;d&#233;ral passera n&#233;cessairement par une constitution &#233;crite au nom des citoyens europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dynamique singuli&#232;re de l'int&#233;gration europ&#233;enne
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 70 ans, l'Europe progresse selon une dynamique originale. Au lendemain d'une guerre fratricide et des si&#232;cles de rivalit&#233;s intestines, les Europ&#233;ens n'&#233;taient pas pr&#234;ts pour cr&#233;er ex nihilo une f&#233;d&#233;ration. On ne tord pas le cours de l'histoire par un coup de force constitutionnel. Les P&#232;res de l'Europe communautaire l'avaient compris. La m&#233;thode choisie pour avancer et s&#233;dimenter la concorde entre les Europ&#233;ens fut celle des petits pas. Il fallait s'habituer &#224; coop&#233;rer dans certains domaines afin, de proche en proche, d'&#233;largir la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts communs. Au terme de ces effets d'entra&#238;nement, une forme de f&#233;d&#233;ration politique s'imposerait. Mais &#224; quelle &#233;ch&#233;ance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;part (1951, trait&#233; CECA), les six &#201;tats fondateurs choisirent de g&#233;rer en commun le charbon et l'acier qui &#233;taient alors les nerfs de l'&#233;conomie, et de la guerre. Le second pas (1957, trait&#233; CEE sur la Communaut&#233; &#233;conomique europ&#233;enne) fut la construction d'une union douani&#232;re avec la libre circulation des marchandises entre les &#201;tats membres. Ce trait&#233; fondateur lan&#231;a &#233;galement les politiques europ&#233;ennes les plus marquantes : agriculture et coh&#233;sion r&#233;gionale. La grande &#233;tape suivante (1986, l'Acte unique) cr&#233;a l'Union europ&#233;enne et instaura le march&#233; unique avec l'abolition des fronti&#232;res internes pour les hommes travailleurs et les capitaux. Jusqu'&#224; arriver (1993, trait&#233; de Maastricht) &#224; la monnaie unique, avec sa cr&#233;ation effective en 1999. L'Union &#233;conomique et mon&#233;taire (UEM) a &#233;t&#233; accomplie. Mais peut-on alors se passer d'une union politique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'UE fait d&#233;sormais face &#224; une discordance. L'int&#233;gration politique n'a pas accompagn&#233; l'int&#233;gration &#233;conomique et mon&#233;taire. La premi&#232;re balbutie et h&#233;site, les &#201;tats membres s'accrochant &#224; leurs souverainet&#233;s nationales. Tandis que l'UEM est parachev&#233;e. Les cons&#233;quences n&#233;gatives de ce d&#233;s&#233;quilibre sont consid&#233;rables. Partager un march&#233; unique et, surtout, une monnaie unique, implique un pilotage unifi&#233; de l'&#233;conomie. Un gouvernement de type f&#233;d&#233;ral s'impose. Sans cela, soit la construction se d&#233;litera assez vite, faute de coordination et de vis&#233;es communes. Soit les &#201;tats concern&#233;s acceptent de se doter d'un rigoureux et contraignant r&#232;glement de copropri&#233;t&#233; de leur monnaie unique afin de mettre en coh&#233;rence l'ensemble des politiques nationales. C'est exactement ce qui est inscrit dans les trait&#233;s sign&#233;s par les &#201;tats membres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais alors quel paradoxe ! Pour pr&#233;server leurs souverainet&#233;s politiques, les &#201;tats s'imposent des r&#232;gles qui ali&#232;nent la totalit&#233; de leur souverainet&#233; mon&#233;taire et une partie de leurs souverainet&#233;s &#233;conomiques et budg&#233;taires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En zone euro, la politique mon&#233;taire est unique. Par cons&#233;quent, les &#201;tats concern&#233;s s'alignent n&#233;cessairement sur une strat&#233;gie mon&#233;taire unifi&#233;e. Un consensus s'est impos&#233;, une sorte de &#8220;d&#233;nominateur commun politique&#8221; : cr&#233;er une BCE ind&#233;pendante des pouvoirs politiques et lui donner comme objectif principal le maintien de la stabilit&#233; des prix sur l'ensemble de la zone. Par hypoth&#232;se, en l'absence d'union politique, les marges de man&#339;uvre de la politique mon&#233;taire unique sont toujours ligot&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux politiques &#233;conomiques nationales, elles subissent deux types de contraintes. D'une part, un encadrement strict des finances publiques &#224; travers le Pacte de stabilit&#233; et de croissance (PSC) et le Trait&#233; sur la stabilit&#233;, la coordination et la gouvernance (TSCG sign&#233; en 2012). D'autre part, une surveillance multilat&#233;rale des politiques &#233;conomiques nationales effectu&#233;e par la Commission au moyen de proc&#233;dures de contr&#244;le et d'incitations. Dans les deux cas, les souverainet&#233;s nationales sont entam&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sumons. Afin de maintenir, co&#251;te que co&#251;te les souverainet&#233;s nationales, la dynamique de l'int&#233;gration europ&#233;enne s'est concentr&#233;e sur l'&#233;conomie et la monnaie. Ce processus achev&#233;, l'Europe doit choisir. Rester arc-bout&#233;e sur les souverainet&#233;s nationales, ce qui revient &#224; subir un encadrement des &#233;conomies nationales. Ou prendre r&#233;solument le chemin du f&#233;d&#233;ralisme, ce qui para&#238;t plus sage et plus rationnel. Encore faut-il que les Europ&#233;ens soient convaincus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au regard de l'histoire, l'UE est une construction ambitieuse et exemplaire. Mais elle reste inachev&#233;e. Ses &#201;tats membres, charg&#233;s de leurs histoires et toujours aimant&#233;s par la notion de souverainet&#233; nationale n'osent pas franchir le pas du f&#233;d&#233;ralisme. En demeurant au milieu du gu&#233;, l'UE s'av&#232;re dans l'incapacit&#233; de se d&#233;ployer pleinement au service de ses citoyens et de ses &#201;tats membres. Mais pour pouvoir progresser, il faut bien identifier les obstacles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi les indiff&#233;rences, les doutes et les blocages ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a bient&#244;t trois quarts de si&#232;cle les P&#232;res de l'Europe avaient con&#231;u une m&#233;thode d'int&#233;gration calibr&#233;e pour aboutir &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Toutefois, cette derni&#232;re &#233;tape semble, pour le moment, difficile &#224; franchir. Les raisons sont multiples. On peut retracer les principales, sans pr&#233;tendre les hi&#233;rarchiser. Toutes nous &#233;clairent sur les indiff&#233;rences, les doutes et m&#234;me les oppositions des citoyens et des &#201;tats membres. Conna&#238;tre ces blocages est un pr&#233;alable pour avancer. La construction d'une Europe f&#233;d&#233;rale ne se fera pas en niant ou en contournant les r&#233;alit&#233;s politiques, &#233;conomiques, sociales, culturelles, doctrinales et &#233;motionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;largissements successifs ont ralenti la dynamique f&#233;d&#233;rale en accroissant l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des &#201;tats. Aujourd'hui, les 27 membres n'attendent pas la m&#234;me chose de l'Europe. Comment alors trouver un commun accord pour une Europe f&#233;d&#233;rale ? D'ailleurs, question inconfortable, les pays fondateurs auraient-ils d&#233;j&#224; franchi le pas f&#233;d&#233;ral sans les &#233;largissements ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouveaux &#201;tats membres issus de l'ancien bloc socialiste, lib&#233;r&#233;s de la tutelle &#233;crasante du r&#233;gime sovi&#233;tique, sont entr&#233;s dans l'UE &#224; partir de 2004 pour b&#233;n&#233;ficier de la libert&#233; et d'un grand march&#233; porteur de progr&#232;s &#233;conomiques. Leur priorit&#233; n'&#233;tait pas d'&#339;uvrer &#224; la construction d'un &#201;tat f&#233;d&#233;ral. Il leur faudra du temps pour se sentir vraiment concern&#233;s par une Europe politique. Nous devons accepter l'histoire et ses mouvements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une Europe &#224; plusieurs vitesses faciliterait la formation d'une f&#233;d&#233;ration autour de quelques &#201;tats. Cette question d'une &#8220;avant-garde&#8221; est d'autant plus l&#233;gitime que la zone euro a d&#233;j&#224; un statut particulier. Mais les trait&#233;s sont construits sur l'id&#233;e que tous les membres doivent avancer au m&#234;me rythme. &#192; vouloir attendre tout le monde pour franchir la ligne d'arriv&#233;e, l'Europe se coupe les ailes et restreint ses ambitions. Les trait&#233;s autorisent cependant deux types de d&#233;rogations. La &#8220;coop&#233;ration renforc&#233;e&#8221; permet &#224; au moins neuf &#201;tats de coop&#233;rer afin d'acc&#233;l&#233;rer la r&#233;alisation d'un des objectifs de l'Union, mais tout cela dans le strict respect des trait&#233;s. &#192; l'inverse, le &#8220;statut d&#233;rogatoire&#8221; admet qu'un &#201;tat puisse b&#233;n&#233;ficier d'un statut sp&#233;cial moins contraignant au regard des dispositions g&#233;n&#233;rales du droit de l'Union. &#192; titre d'exemple, les &#201;tats hors zone euro ont un statut d&#233;rogatoire. Mais la r&#232;gle reste l'uniformit&#233;. D'o&#249; les difficult&#233;s d'aller de l'avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Europe n'est pas encore une puissance cr&#233;dible et reconnue dans le concert des nations. Elle n'a ni arm&#233;e, ni politique &#233;trang&#232;re unique. La preuve la plus tangible est apport&#233;e par le r&#244;le de l'OTAN comme protecteur ultime de l'int&#233;grit&#233; de beaucoup d'&#201;tats membres. Former une union politique tout en renon&#231;ant &#224; une d&#233;fense autonome est contradictoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre ligne de partage, les droits de l'homme. Pour beaucoup de citoyens, l'Europe se montre trop conciliante dans sa mission d'imposer le respect des droits de l'homme. Tandis que pour d'autres, elle est trop invasive et sans &#233;gard pour les &#8220;sp&#233;cificit&#233;s&#8221; nationales. La m&#233;thode du compromis, une des cl&#233;s du fonctionnement de l'UE, est d'un faible secours pour r&#233;gler ce sujet. La pr&#233;sence, depuis quelques ann&#233;es, de d&#233;mocraties illib&#233;rales au sein de l'UE entame chez certains citoyens l'envie de construire une Europe f&#233;d&#233;rale qui n&#233;gligerait les valeurs fondatrices de l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat social (l'&#201;tat providence) reste associ&#233; &#224; l'&#201;tat-nation. Rien de surprenant au demeurant puisque les trait&#233;s ne donnent pas de v&#233;ritables comp&#233;tences sociales &#224; l'UE. Tout d&#233;pend encore des &#201;tats. Ce point est crucial car les m&#233;canismes de redistribution et de prise en charge des risques individuels et collectifs sont fondateurs du sentiment d'appartenance &#224; une collectivit&#233; politique. Un &#201;tat f&#233;d&#233;ral joue sur ces sujets un double r&#244;le. Il intervient directement dans les m&#233;canismes financiers constitutifs de l'&#201;tat social. Il impulse, facilite et contr&#244;le le processus d'homog&#233;n&#233;isation des syst&#232;mes sociaux des &#201;tats membres. L'UE n'est pas encore dans cette situation. D'ailleurs les Europ&#233;ens per&#231;oivent parfaitement l'aspect incantatoire de souhaiter une f&#233;d&#233;ration sans la mise en &#339;uvre effective de la convergence des syst&#232;mes sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les espaces politiques nationaux sont bien plus lisibles que l'espace politique europ&#233;en. Les partis transnationaux sont absents et la perception des grands enjeux politiques demeure nationale. L'UE reste lointaine et compliqu&#233;e dans le regard des citoyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les Europ&#233;ens, l'UE est entrav&#233;e par des m&#233;canismes d&#233;cisionnels complexes, lourds et insuffisamment d&#233;mocratiques. Par contraste, les espaces nationaux rassurent et semblent plus efficaces et plus transparents. Les plus-values apport&#233;es par l'Europe apparaissent aux citoyens d&#233;sordonn&#233;es et mal identifiables. L'Europe est per&#231;ue comme plus pr&#233;occup&#233;e par le bon fonctionnement du march&#233; unique que par le bien-&#234;tre de ses citoyens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;cits nationaux &#233;crasent le r&#233;cit europ&#233;en. On observe encore beaucoup de flou &#224; propos de l'identit&#233; europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument de l'absence de peuple europ&#233;en est r&#233;current. Mais en d&#233;mocratie, le peuple se forme en partageant des int&#233;r&#234;ts communs dans le cadre d'un espace politique reconnu par tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
La proc&#233;dure du veto o&#249; un seul &#201;tat membre peut bloquer une d&#233;cision plombe l'image d'une Europe solidaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une f&#233;d&#233;ration se construit sur des droits et des devoirs. La solidarit&#233; entre les &#201;tats membres ne doit pas &#234;tre v&#233;cue &#224; sens unique. Parler d'&#201;tats frugaux et d'&#201;tats du Club m&#233;d. offre une m&#233;diocre envie d'Europe politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la langue commune reste r&#233;currente. Mais plusieurs f&#233;d&#233;rations sont multilingues !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le frein des egos ne doit pas non plus &#234;tre n&#233;glig&#233;. En effet, le passage &#224; un &#201;tat f&#233;d&#233;ral implique un gouvernement f&#233;d&#233;ral, ce qui d&#233;classerait automatiquement les personnels politiques nationaux dans la hi&#233;rarchie des pouvoirs. Sont-ils pr&#234;ts &#224; ce sacrifice ? &#8220;On a rarement vu les dindes envoyer les invitations pour le repas de No&#235;l' dit un proverbe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les raisons &#233;num&#233;r&#233;es ci-dessus se cumulent pour expliquer la ti&#232;de volont&#233; de beaucoup de citoyens et de gouvernements des &#201;tats membres pour le passage &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Sans compter ceux -citoyens et gouvernements- qui sont r&#233;solument hostiles &#224; tout transfert de souverainet&#233; vers l'Europe et souhaitent, au contraire, un d&#233;tricotage de l'UE. Ou la sortie pure et simple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, une cause moins imm&#233;diatement identifiable que celles list&#233;es ci-dessus semble devoir &#234;tre mise &#224; part. Elle est &#224; la fois diffuse et d&#233;terminante. &lt;br class='autobr' /&gt;
La doctrine &#233;conomique et sociale de l'Europe a &#233;t&#233; totalement impr&#233;gn&#233;e par la r&#233;volution dite n&#233;olib&#233;rale entam&#233;e &#224; partir des ann&#233;es 1970. Le march&#233; devait r&#233;gler tous les probl&#232;mes. La concurrence d&#233;r&#233;gul&#233;e devenait le moteur incontest&#233; de la croissance et du bien-&#234;tre. La th&#233;orie du ruissellement assurerait une augmentation du niveau de vie des plus pauvres. L'interventionnisme devint un gros mot et les politiques industrielles &#233;taient ringardis&#233;es. Bref, la politique devait le plus possible se retirer des affaires publiques, qu'elles soient &#233;conomiques, sociales ou mon&#233;taires. Mais ce n'est pas tout. Le processus de convergence des &#233;conomies europ&#233;ennes devait lui aussi se r&#233;aliser par le recours &#224; l'efficience des march&#233;s et &#224; la concurrence. Les &#201;tats, les r&#233;gions, les salari&#233;s devaient entrer en comp&#233;tition et profiter ainsi des bienfaits de la mondialisation. Au lieu de parler de solidarit&#233;, l'Europe valorisait le chacun pour soi et l'individualisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce monde n&#233;olib&#233;ral a eu des effets d&#233;l&#233;t&#232;res pour la construction d'une Europe politique. Ce manque d'ambition est d'ailleurs venu de plusieurs bords politiques. Les adeptes du &#8220;tout march&#233;&#8221; &#233;taient satisfaits du statu quo. L'UE avait &#8220;fait le job&#8221; : un march&#233; unique, une monnaie unique, des finances publiques bien encadr&#233;es, de belles r&#232;gles de concurrence libre et non fauss&#233;e. Pourquoi aller plus loin et se lancer dans la construction d'une f&#233;d&#233;ration ? L'Europe des march&#233;s suffit.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'oppos&#233;, beaucoup d'Europ&#233;ens n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; consid&#233;rer le culte de l'efficience des march&#233;s financiers et les vertus de la flexibilit&#233; du march&#233; du travail comme des arguments convaincants pour aspirer &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Le march&#233; unique et l'euro, tels que d&#233;finis dans les trait&#233;s et v&#233;cus par ces Europ&#233;ens, apparaissent avant tout comme des questions techniques sans rapport avec un projet de soci&#233;t&#233;. Selon eux, l'Europe n&#233;olib&#233;rale et technocratique ne d&#233;ployait pas l'envergure n&#233;cessaire pour constituer le moteur d'une Europe politique. L'Europe des trait&#233;s ne faisait pas songer &#224; plus d'int&#233;gration, au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, soit cette Europe suffisait, soit elle d&#233;cevait. Pi&#232;tre contexte pour aspirer &#224; l'Europe politique !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut &#234;tre motiv&#233; par la raison et par le c&#339;ur pour &#339;uvrer &#224; une Europe f&#233;d&#233;rale. Pour advenir, cette Europe devra &#224; la fois convaincre de son utilit&#233;, d&#233;montrer qu'elle est forte et protectrice et, osons le dire, faire r&#234;ver d'un monde meilleur. Vaste programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est en droit d'&#234;tre surpris, dans un texte &#233;crit par un f&#233;d&#233;raliste convaincu, de l'insistance &#224; d&#233;busquer les freins &#224; la mise en place d'un f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en. Mais pour avancer, vraiment, il faut faire preuve &#224; la fois de r&#233;alisme et de d&#233;termination. Deux citations connues r&#233;sument excellemment cette perspective. Selon Albert Camus, &#8220;mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde&#8221;. Tandis que Antonio Gramsci nous engage &#224; &#8220;avoir le pessimisme de l'intelligence et l'optimisme de la volont&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le besoin d'Europe face aux enjeux et aux d&#233;fis contemporains
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux et les d&#233;fis contemporains provoquent une forme d'alignement des plan&#232;tes qui plaide en faveur d'une Europe f&#233;d&#233;rale. Les arguments se regroupent autour de plusieurs th&#232;mes : les aspirations &#224; une soci&#233;t&#233; plus inclusive, plus qualitative et apais&#233;e ; les nouvelles donnes en mati&#232;re de souverainet&#233; et d'autonomie strat&#233;gique ; l'indispensable mutualisation des probl&#232;mes environnementaux, climatiques et sanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la doctrine &#233;conomique et sociale a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e. Plusieurs &#233;l&#233;ments contribuent &#224; remettre en cause le n&#233;olib&#233;ralisme comme syst&#232;me ind&#233;passable. Les atteintes contre la nature, la croissance des in&#233;galit&#233;s des revenus et des patrimoines sont de plus en plus associ&#233;es au fonctionnement de l'&#233;conomie ultra lib&#233;rale. La crise financi&#232;re de 2008, puis la crise sanitaire actuelle, conduisent-elles aussi &#224; une remise en cause de la vision n&#233;olib&#233;rale. D&#233;sormais, beaucoup de citoyens aspirent &#224; un retour de l'&#201;tat social et &#224; des formes d'interventionnisme. Plus que jamais les &#201;tats de l'UE tireraient avantage &#224; s'unir politiquement pour guider les citoyens et les &#201;tats vers la construction d'une soci&#233;t&#233; plus solidaire et plus apais&#233;e. Le temps de la concurrence entre les &#201;tats est d&#233;pass&#233;, celui de la coh&#233;sion et de l'unit&#233; est r&#233;clam&#233;. Faire de l'Europe un espace &#233;conomique et social exemplaire qui promeut le bien &#234;tre qualitatif, la connaissance et les valeurs humanistes devrait entra&#238;ner l'adh&#233;sion de beaucoup d'Europ&#233;ens.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Europe f&#233;d&#233;rale est en capacit&#233; de porter un projet de soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;reux et novateur. Par contre, une telle ambition serait bien plus difficile &#224; mener &#224; bien si elle devait &#234;tre conduite par des &#201;tats membres isol&#233;s, sans le support et la vaillance de l'ensemble de la f&#233;d&#233;ration. Soyons r&#233;alistes, dans un monde gouvern&#233; par les rapports de force et le poids des tr&#232;s grands pays, aucun &#201;tat europ&#233;en, pris individuellement, n'aurait d'autres choix que de suivre des normes politiques, &#233;conomiques et soci&#233;tales impos&#233;es par d'autres. On ne refait pas le monde tout seul. Il faut une dynamique collective puissante et cr&#233;dible pour modifier le cours des choses. L'Europe ferait fi&#232;re figure en r&#233;visant haut et fort la trajectoire &#233;conomique et sociale suivie depuis quatre d&#233;cennies. Et les Europ&#233;ens seraient fiers de b&#226;tir ensemble un r&#233;cit commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un &#201;tat, la souverainet&#233; consiste &#224; choisir librement ses valeurs, son r&#233;gime politique, ses grands choix strat&#233;giques et son destin. La souverainet&#233;, c'est &#233;galement &#234;tre en capacit&#233; de d&#233;fendre son int&#233;grit&#233; territoriale, de contr&#244;ler ses fronti&#232;res, de faire pr&#233;valoir ses int&#233;r&#234;ts dans le monde et de mener des alliances avec d'autres pays en toute ind&#233;pendance. Ici encore un petit pays -en termes relatifs- n'a pas cette autonomie. Il est soumis &#224; la force et aux vis&#233;es des &#201;tats mastodontes, mais aussi aux strat&#233;gies des grandes firmes multinationales (industrielles, commerciales et financi&#232;res). S'il est formellement souverain, un &#201;tat, petit ou moyen, ne l'est pas dans la r&#233;alit&#233;. &#192; l'aune du monde d'aujourd'hui -et de demain- aucun &#201;tat europ&#233;en, m&#234;me le plus grand, ne pourra exercer pleinement sa souverainet&#233;. Son poids dans la g&#233;opolitique et dans la dynamique de la mondialisation sera faible, et m&#234;me d&#233;risoire. En revanche, l'Europe est en pleine capacit&#233; de choisir et d'assumer son destin gr&#226;ce &#224; son autonomie strat&#233;gique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les expressions de la puissance d&#233;passent d&#233;sormais le nombre de canons et d'ogives nucl&#233;aires. Le soft power est &#233;galement &#224; l'&#339;uvre. Autrement dit, la g&#233;opolitique mondiale est gouvern&#233;e par le poids &#233;conomique des &#201;tats, les influences culturelles et id&#233;ologiques, les investissements et les prises de participation dans des &#233;conomies &#233;trang&#232;res et les capacit&#233;s &#224; d&#233;stabiliser d'autres pays. Le pouvoir d&#233;pend aujourd'hui, en plus des arsenaux militaires, de la d&#233;tention des mati&#232;res premi&#232;res et des produits rares, de la ma&#238;trise des cha&#238;nes de valeurs, du contr&#244;le des routes commerciales et des circuits financiers, des capacit&#233;s &#224; discipliner les circuits d'information et de stockage des donn&#233;es virtuelles. Contrecarrer et ma&#238;triser le soft power n'est pas &#224; la port&#233;e d'un &#201;tat europ&#233;en isol&#233;. Dans ce nouveau monde, seul un &#201;tat continent d&#233;tient un poids suffisant pour peser et compter sur la sc&#232;ne internationale. Pas de m&#233;prise ici, les petits pays, plus ou moins coffres forts des immenses fortunes mondiales peuvent sembler &#224; l'abri. Mais c'est parce qu'ils sont utiles et qu'ils ne sont d'aucun danger pour les plus grands. Au contraire, ils sont &#224; leurs dispositions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre aspect d&#233;terminant et vital, au sens propre, la souverainet&#233; alimentaire. L'ind&#233;pendance en mati&#232;re agricole en vue d'approvisionner en quantit&#233;s suffisantes les populations est &#233;galement un &#233;l&#233;ment de l'autonomie strat&#233;gique. De par sa diversit&#233; g&#233;ographique et climatique et l'&#233;tendue de ses terres fertiles et de ses ressources halieutiques, l'Europe est ici encore en capacit&#233; d'assurer sa souverainet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, l'&#233;pineuse question de l'immigration est elle aussi au centre de la souverainet&#233; europ&#233;enne. L'Europe, continent vieillissant, doit s'ouvrir pour rester une &#233;conomie prosp&#232;re. Mais l'essentiel de la question migratoire d&#233;coule de trois immenses d&#233;fis : les pressions d&#233;mographiques venant notamment d'Afrique ; l'accueil des r&#233;fugi&#233;s fuyant les totalitarismes ; les naufrag&#233;s des changements climatiques. Ici encore, la solution passe par l'Europe. Partager un espace &#233;conomique, poss&#233;dant une fronti&#232;re ext&#233;rieure unique, sans une politique migratoire unique est intenable techniquement et politiquement. Les drames migratoires d&#233;chirent la conscience des Europ&#233;ens et alimentent des rivalit&#233;s pernicieuses entre les &#201;tats membres. Face &#224; ces tensions, une Europe f&#233;d&#233;rale serait plus efficace et contribuerait &#224; souder les Europ&#233;ens. D&#233;cider d'accueillir ensemble, dans le cadre d'une politique partag&#233;e, constitue &#224; la fois un vecteur d'identit&#233; collective et la manifestation d'une puissance s&#251;re d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;alement, les probl&#232;mes environnementaux, climatiques et sanitaires devraient &#234;tre trait&#233;s au niveau mondial. M&#234;me si des rencontres type COP (Conferences of the parties) ou des organisations comme l'OMS (Organisation mondiale de la sant&#233;) agissent au nom de la communaut&#233; internationale, on reste dans une logique intergouvernementale o&#249; chacun d&#233;fend ses propres int&#233;r&#234;ts. Deux s&#233;ries de raisons justifient que ces questions soient prises en charge par une Europe de nature f&#233;d&#233;rale. D'abord, la dimension de l'espace g&#233;ographique europ&#233;en est telle que des d&#233;cisions prises &#224; son niveau auront des impacts significatifs dans le traitement de ces probl&#232;mes. Tous les Europ&#233;ens en profiteront directement. Un &#201;tat peut bien s&#251;r agir seul, mais ces questions sont plan&#233;taires ou, au minimum, continentales. Ensuite, en parlant d'une seule voix, l'Europe a beaucoup plus de chances de peser sur les n&#233;gociations internationales. Elle pourrait alors s'appuyer sur son exemplarit&#233; pour faire valoir aupr&#232;s de la communaut&#233; internationale des normes et des ambitions dont toute la communaut&#233; mondiale b&#233;n&#233;ficierait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous conclurons ces r&#233;flexions concernant l'Europe et le f&#233;d&#233;ralisme sur un probl&#232;me complexe et sur th&#232;me intrigant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me complexe, mais qu'il faudra trancher, vite, est celui de l'Europe &#224; plusieurs vitesses ou &#224; plusieurs cercles. &#192; 27 &#201;tats membres et dans l'&#233;tat actuel des choses, il est illusoire de vouloir basculer tous ensemble dans une f&#233;d&#233;ration. Trop de diff&#233;rences, trop d'ambitions divergentes demeurent. D'o&#249; les blocages. Il faut avoir le courage politique de desserrer cette contrainte en permettant aux &#201;tats qui le souhaitent d'avancer plus vite. Sans naturellement fermer la porte derri&#232;re eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me intriguant pointe le d&#233;calage entre le raisonnable et les r&#233;alisations concr&#232;tes. Pourquoi, alors que beaucoup d'arguments rationnels militent en faveur d'une avanc&#233;e significative vers une Europe f&#233;d&#233;rale, l'histoire progresse-t-elle si lentement ? Ou, exprim&#233; autrement, comment se fait-il que de nombreux citoyens se proclament pro europ&#233;ens et favorables &#224; une plus grande int&#233;gration politique, alors que leurs paroles semblent &#234;tre devenues des lieux communs, sans effets palpables, sans v&#233;ritables passions ? En laissant de c&#244;t&#233; les nationalistes convaincus et les pourvoyeurs d'id&#233;ologies illib&#233;rales, donc une petite minorit&#233;, le manque d'enthousiasme des Europ&#233;ens pour une Europe f&#233;d&#233;rale rel&#232;ve probablement tout autant du monde des &#233;motions, des sentiments et des ressentis que de la pure rationalit&#233;. En fait, nous sommes ici confront&#233;s &#224; des enjeux &#233;conomiques, sociaux et politiques, mais aussi &#224; la complexit&#233; des hommes, &#224; la capacit&#233; de nous lib&#233;rer des id&#233;es re&#231;ues et aux m&#233;andres des histoires collectives. Assumons-le. Pour aller de l'avant, il ne suffit pas de convaincre par la raison, il faut aussi d&#233;sirer l'Europe et adh&#233;rer &#224; la construction d'un r&#233;cit commun.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dettes publiques et f&#233;d&#233;ralisme : retour aux fondamentaux</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Dettes-publiques-et-federalisme-retour-aux-fondamentaux</link>
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		<dc:date>2021-04-28T10:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Articles et tribunes se succ&#232;dent : comment et quand rembourser les dettes publiques n&#233;es de la pand&#233;mie ? Ces questions ont des aspects techniques, mais elles soul&#232;vent, avant tout, l'incontournable probl&#232;me de fond : la zone euro est-elle viable sur le long terme sans union politique ? Que faire de toutes ces nouvelles dettes publiques, soudaines et gigantesques, directement li&#233;es &#224; la crise sanitaire ? Certes, nous ne sommes pas dans l'urgence. Ces engagements sont &#224; tr&#232;s long terme et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-188-Mars-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 188 - Mars 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Articles et tribunes se succ&#232;dent : comment et quand rembourser les dettes publiques n&#233;es de la pand&#233;mie ? Ces questions ont des aspects techniques, mais elles soul&#232;vent, avant tout, l'incontournable probl&#232;me de fond : la zone euro est-elle viable sur le long terme sans union politique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Que faire de toutes ces nouvelles dettes publiques, soudaines et gigantesques, directement li&#233;es &#224; la crise sanitaire ? Certes, nous ne sommes pas dans l'urgence. Ces engagements sont &#224; tr&#232;s long terme et les taux d'int&#233;r&#234;t sont pratiquement nuls. Bref, les remboursements sont lointains et la charge de la dette n&#233;gligeable. Toutefois, les d&#233;bats &#224; venir prendront des tournures particuli&#232;res du seul fait des sp&#233;cificit&#233;s de la zone euro. Le f&#233;d&#233;ralisme deviendra alors un sujet in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel des r&#232;gles
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le trait&#233; fondateur de l'Union &#233;conomique et mon&#233;taire (UEM) avait bien anticip&#233; les difficult&#233;s. Partager l'euro sans union politique est audacieux, notamment en p&#233;riode de crise. Un tel choix se con&#231;oit s'il constitue le pr&#233;lude &#224; l'accomplissement d'une f&#233;d&#233;ration. Mais demeurer, comme actuellement, &#224; mi-chemin fragilise l'&#233;difice. Depuis le d&#233;but, la zone euro impose deux r&#232;gles cardinales pour se prot&#233;ger des d&#233;rives des finances publiques de certains &#201;tats : encadrement strict des d&#233;ficits et des dettes en pourcentages du PIB (les crit&#232;res de Maastricht) et interdiction faite &#224; la Banque centrale europ&#233;enne (BCE) de pr&#234;ter directement aux &#201;tats. L'objectif est d'emp&#234;cher que les exc&#232;s budg&#233;taires de certains pousse l'inflation et les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; la hausse sur l'ensemble de la zone.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les points aveugles de la construction mon&#233;taire
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En th&#233;orie, le choix d'une monnaie unique suppose certaines conditions r&#233;unies. Pour que la construction soit robuste, il faut que les syst&#232;mes &#233;conomiques et sociaux des &#201;tats participants soient assez homog&#232;nes, qu'ils partagent la m&#234;me philosophie politique et qu'ils adh&#232;rent &#224; des objectifs communs pour le pr&#233;sent et le futur. Vouloir forger une convergence des syst&#232;mes &#233;conomiques et sociaux en l'absence d'union politique est un d&#233;fi. La zone euro n'&#233;chappe pas &#224; cette r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation de la monnaie unique en 1999 s'est accomplie dans le contexte doctrinal des ann&#233;es 1990. Il paraissait alors suffisant, pour adopter l'euro, que les &#201;tats &#233;ligibles remplissent des contraintes mesurables : des taux d'inflation et des taux d'int&#233;r&#234;t convergents et des finances publiques soutenables. Ces crit&#232;res quantitatifs &#233;taient sans doute n&#233;cessaires, mais pas suffisants. Ils n&#233;gligent les diff&#233;rences structurelles. Rien de surprenant car, &#224; l'&#233;poque, les forces du march&#233; apparaissaient les mieux appropri&#233;es pour stimuler la dynamique d'homog&#233;n&#233;isation des &#233;conomies nationales. De plus, les &#201;tats se d&#233;fiaient des m&#233;canismes budg&#233;taires de solidarit&#233;. Le laisser faire &#233;tait devenu la norme. Mais concurrence, convergence et solidarit&#233; vont rarement ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle qu'elle a &#233;t&#233; con&#231;ue, si une crise survient, la zone euro tangue. Ce fut le cas apr&#232;s le choc financier de 2008. La crise sanitaire s'av&#232;re encore plus complexe. Des pas positifs ont certes &#233;t&#233; accomplis : rel&#226;chement (momentan&#233;) des normes budg&#233;taires, emprunt commun de 750 milliards d'euros, politique d'assouplissement quantitatif men&#233;e par la BCE. Mais peut-on se contenter de toujours colmater des br&#232;ches dans l'urgence ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les solutions possibles
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise du Covid, les &#233;conomies prendront des trajectoires se situant probablement entre la continuit&#233; et des tentatives de construire &#171; l'&#233;conomie d'apr&#232;s &#187;. Mais les dettes publiques seront toujours l&#224; et, qui plus est, dans un contexte o&#249; l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des situations financi&#232;res des &#201;tats membres s'est accrue. D&#233;but 2021, la dette de la Gr&#232;ce &#233;tait, en pourcentage du PIB, autour de 200%, soit environ quatre fois plus &#233;lev&#233;e qu'aux Pays-Bas. Celle de l'Allemagne atteignait 70%. Pour la France ce taux tendait vers 120%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un point semble acquis. Faire d&#233;faut, donc ne pas honorer les engagements des &#201;tats, ruinerait la cr&#233;dibilit&#233; de la zone euro et ferait imm&#233;diatement bondir les taux d'int&#233;r&#234;t. Mais comment rembourser ? Plusieurs solutions sont envisageables, elles pourraient se cumuler.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;duire les d&#233;penses sera mal accept&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lever plus d'imp&#244;ts sera d'autant plus ais&#233; que les &#233;conomies affichent des croissances fortes et durables. C'est improbable. Cr&#233;er de nouveaux imp&#244;ts est toujours difficile. &#192; moins que cela s'accompagne d'une am&#233;lioration visible de la justice fiscale. L'Europe aura ici un r&#244;le &#224; jouer en favorisant une convergence des syst&#232;mes d'imposition qui bannirait la concurrence fiscale entre les &#201;tats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Esp&#233;rer une inflation soutenue afin de r&#233;duire la valeur r&#233;elle des dettes est une option p&#233;rilleuse et d&#233;licate &#224; ma&#238;triser. Un tel choix serait d'ailleurs ouvertement combattu par certains &#201;tats membres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Effectuer de nouveaux emprunts pour faire &#171; rouler &#187; la dette (on emprunte pour rembourser) est s&#233;duisant, mais cela ne fera que diff&#233;rer le probl&#232;me. Et rien ne garantit que les taux d'int&#233;r&#234;t resteront longtemps aussi bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demander &#224; la BCE de financer les &#201;tats au moyen d'avances non r&#233;mun&#233;r&#233;es revient &#224; un emprunt perp&#233;tuel &#224; taux d'int&#233;r&#234;t nul. Cette solution, souvent appel&#233;e la &#171; planche &#224; billets &#187;, fait sens. &#192; situation exceptionnelle, r&#233;ponse exceptionnelle ! Mais les trait&#233;s et les statuts de la BCE interdisent le financement mon&#233;taire des administrations publiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'issue raisonnable : le f&#233;d&#233;ralisme
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les remboursements des dettes seront une &#233;preuve de v&#233;rit&#233; pour la zone euro. Sans solidarit&#233;, les tensions risquent d'&#234;tre disruptives. Pour &#233;viter le pire, gageons que les politiques de d&#233;sendettement recourront surtout &#224; la cr&#233;ation d'imp&#244;ts europ&#233;ens et &#224; l'&#233;mission de monnaie par la BCE. Or ces choix appellent le f&#233;d&#233;ralisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des imp&#244;ts europ&#233;ens permettraient de mutualiser le remboursement des dettes de l'UE (les 750 milliards) et de soutenir les &#201;tats membres les plus endett&#233;s. Puisque la mati&#232;re fiscale exige actuellement l'unanimit&#233;, seul le passage &#224; une f&#233;d&#233;ration permettrait de d&#233;passer d&#233;finitivement ce blocage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recours au financement mon&#233;taire est souvent pr&#233;sent&#233; comme tabou car inflationniste. Mais cette th&#233;orie est fragile. L'exemple de la zone euro est l&#224; pour rappeler que les prix peuvent rester stables malgr&#233; une hausse de la masse mon&#233;taire. En revanche, le financement mon&#233;taire est un excellent moyen pour s'extirper de situations budg&#233;taires inextricables. Beaucoup de guerres furent en partie financ&#233;es de cette mani&#232;re. Pourquoi alors se priver de cette possibilit&#233; face &#224; un choc sanitaire sans pr&#233;c&#233;dent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le financement mon&#233;taire de l'&#201;tat n'est ni magique, ni immoral. La planche &#224; billets d&#233;coule du monopole donn&#233; &#224; chaque banque centrale d'&#233;mettre la monnaie l&#233;gale sur son territoire. Ce privil&#232;ge offre la capacit&#233; de d&#233;nouer une crise de surendettement en &#233;liminant la partie insoutenable de la dette. En d&#233;finitive, cette facult&#233; b&#233;n&#233;ficie &#224; l'ensemble des citoyens. Une surcharge d'imp&#244;ts est &#233;vit&#233;e et rien ne permet d'accr&#233;diter l'id&#233;e qu'une hausse de l'inflation est in&#233;vitable (sauf en recourant &#224; une analyse mon&#233;tariste rudimentaire). Techniquement, la banque centrale cr&#233;dite, &#224; son passif, le compte courant de l'&#201;tat. En contrepartie, la banque inscrit, &#224; son actif, une cr&#233;ance sur l'&#201;tat. Celui-ci peut alors actionner ce compte pour rembourser des emprunts libell&#233;s en euros. Autre aspect de ce privil&#232;ge, la disparition de la dette de l'&#201;tat vis-&#224;-vis de sa banque centrale est possible par un jeu d'&#233;critures (diminution d'un m&#234;me montant des deux c&#244;t&#233;s du bilan de la banque centrale). Il s'agit l&#224; d'un choix politique. &#192; titre d'exemple, une loi du 23 juillet 1993, a demand&#233; &#224; la Banque de France d'apurer jusqu'au 31 d&#233;cembre 2003, sur une base annuelle, sa cr&#233;ance de 36,02 milliards de francs sur le Tr&#233;sor public. Cette op&#233;ration fut indolore et sans remous politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sumons. Une banque centrale ne se r&#233;duit pas &#224; une institution financi&#232;re neutre. Elle a des devoirs et des pr&#233;rogatives ; elle est au service du bien commun ; Il est dans ses attributions d'aider son &#201;tat et ses citoyens en cas de crise grave, y-compris en cr&#233;ant de la monnaie l&#233;gale au profit de la collectivit&#233;. Mais la zone euro est priv&#233;e de ce privil&#232;ge par crainte de d&#233;bordements ou d'abus des &#201;tats membres. Tout cela provient du caract&#232;re singulier de l'UEM : une monnaie sans union politique, donc une monnaie sans f&#233;d&#233;ralisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'ici, les &#201;tats sont rest&#233;s arc-bout&#233;s sur leurs souverainet&#233;s nationales. Mais ils en payent le prix fort en cas de crise grave. Lorsque l'immense question du remboursement des dettes publiques deviendra incontournable, il est vraisemblable que ces &#201;tats choisiront de se tourner vers le f&#233;d&#233;ralisme plut&#244;t que de s'abandonner aux d&#233;sordres mon&#233;taires et politiques. La BCE deviendra alors une institution commune au service des &#201;tats et des citoyens de la zone euro. Le budget f&#233;d&#233;ral ne sera plus soumis &#224; la r&#232;gle du v&#233;to. Et la BCE pourra directement participer au r&#232;glement du lancinant probl&#232;me des dettes publiques n&#233;es de la crise sanitaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Cadre financier pluriannuel, sismographe de l'UE</title>
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		<dc:date>2021-03-14T15:28:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>


		<dc:subject>FED'Actualit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le cadre financier pluriannuel (CFP) traduit en chiffres les grands choix strat&#233;giques d&#233;cid&#233;s par l'UE. Le CFP r&#233;v&#232;le &#233;galement, en creux, o&#249; en est l'UE dans sa marche vers l'int&#233;gration politique. Bref le CFP saisit, tel un sismographe, les mouvements tectoniques de la construction europ&#233;enne. A cet &#233;gard, le CFP de la p&#233;riode 2021-2027 s'av&#232;re exemplaire. L'introduction du plan de relance de 750 milliards d'euros marque un saut en avant. Mais le blocage de ce nouveau CFP par la Hongrie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-187-Decembre-2020-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 187 - D&#233;cembre 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-FED-Actualite-+" rel="tag"&gt;FED'Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L99xH150/arton738-550ee.jpg?1730256639' class='spip_logo spip_logo_right' width='99' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cadre financier pluriannuel (CFP) traduit en chiffres les grands choix strat&#233;giques d&#233;cid&#233;s par l'UE. Le CFP r&#233;v&#232;le &#233;galement, en creux, o&#249; en est l'UE dans sa marche vers l'int&#233;gration politique. Bref le CFP saisit, tel un sismographe, les mouvements tectoniques de la construction europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, le CFP de la p&#233;riode 2021-2027 s'av&#232;re exemplaire. L'introduction du plan de relance de 750 milliards d'euros marque un saut en avant. Mais le blocage de ce nouveau CFP par la Hongrie et de la Pologne rappelle que l'Union demeure, sur ce terrain, de nature intergouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mise en perspective du CFP
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'origine, la Communaut&#233; &#233;conomique europ&#233;enne (CEE) ne connaissait que des budgets annuels, pr&#233;sent&#233;s par la Commission et vot&#233;s par le Conseil des ministres et le PE. A partir de 1980 l'adoption de ces budgets donna lieu &#224; de nombreux blocages, et m&#234;me &#224; des rejets. Le bon fonctionnement de la CEE s'en trouvait entrav&#233;. D'o&#249; l'id&#233;e de sortir de ces crises &#224; r&#233;p&#233;tition en ins&#233;rant les budgets annuels dans un accord de nature interinstitutionnel, valable plusieurs ann&#233;es, entre la Commission, le Conseil de ministres (le Conseil) et le PE. Mais qu'on ne s'y trompe pas, cela n'a pas emp&#234;ch&#233; les &#201;tats membres de garder jalousement leurs mains sur les cordons de la bourse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Perspectives financi&#232;res &#224; moyen terme (leur nom &#224; l'origine) datent de 1988. Programm&#233;es pour cinq ans, elles couvrent, depuis 2000, une p&#233;riode de sept ann&#233;es. D&#233;nomm&#233; depuis le trait&#233; de Lisbonne &#8220;Cadre financier pluriannuel&#8221;, cet accord tripartite d&#233;termine, globalement et par an, les plafonds des grands postes budg&#233;taires. Le CFP &#8220;vise &#224; assurer l'&#233;volution coordonn&#233;e des d&#233;penses de l'Union dans la limite de ses ressources propres&#8221; (art. 312, TFUE). Dans la mesure o&#249; le Conseil adopte le CFP &#224; l'unanimit&#233; des &#201;tats membres, sa validation reste toujours sous la menace d'un veto.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les faits, les grandes lignes de chaque CFP sont dessin&#233;es par le Conseil europ&#233;en par consensus.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intergouvernementalisme joue ici un r&#244;le d&#233;terminant. On conna&#238;t les longues discussions au cours desquelles chaque &#201;tat membre joue sa partition, surtout vis-&#224;-vis de ses &#233;lecteurs. Par la suite, le Conseil ne fait qu'ex&#233;cuter les d&#233;cisions prises par les Chefs d'&#201;tats et de gouvernements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ressources propres de l'Union font l'objet d'une attention particuli&#232;re. L&#224; encore, le r&#244;le des gouvernements nationaux est crucial puisque les cat&#233;gories des ressources propres de l'Union sont d&#233;cid&#233;es, apr&#232;s consultation du PE, &#224; l'unanimit&#233; du Conseil. L'arme du v&#233;to est donc toujours l&#224;. Cette menace est d'autant plus puissante que si de nouvelles ressources propres sont &#233;tablies, ou abrog&#233;es, elles doivent, en plus, pour entrer en vigueur, &#234;tre valid&#233;es par tous les &#201;tats membres conform&#233;ment &#224; leurs r&#232;gles constitutionnelles respectives (art. 311, TFUE). Dans la mesure o&#249; la liste des ressources propres est rest&#233;e stable jusqu'&#224; pr&#233;sent, cette derni&#232;re disposition fut rarement activ&#233;e. Mais celle-ci s'applique pleinement pour les 750 milliards que l'UE s'appr&#234;te &#224; lever sur les march&#233;s. Bref, chaque &#201;tat membre peut faire capoter l'avanc&#233;e majeure repr&#233;sent&#233;e par le plan de relance li&#233; &#224; la crise du Covid.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Cadre Financier Pluriannuel 2021-2027
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;c&#233;dent CFP (2014-2020), &#224; 28, pr&#233;voyait un montant global des cr&#233;dits engag&#233;s de 960 milliards (prix de d&#233;but de p&#233;riode), r&#233;partis sur 7 ans. Soit 1% du PIB annuel de l'UE. Les cinq grandes rubriques de ce CFP &#233;taient, par ordre d&#233;croissant d'importance : Croissance intelligente et inclusive (46%) ; Croissance durable et ressources naturelles (38%), dont la PAC ; L'Europe dans le monde (7%) ; Administration (7%) ; S&#233;curit&#233; et citoyennet&#233; (2%).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le CFP 2021-2027 (&#224; 27) ne d&#233;roge pas &#224; la r&#232;gle du marathon m&#233;diatis&#233; pour parvenir &#224; un consensus. Apr&#232;s 4 jours de n&#233;gociations, le Conseil europ&#233;en a converg&#233;, le 21 juillet 2020, vers 1074 milliards d'euros pour les 7 ann&#233;es (au prix d&#233;but de p&#233;riode). Soit 1,1% du PIB de l'UE. Avec sept rubriques, les priorit&#233;s affich&#233;es diff&#232;rent du CFP pr&#233;c&#233;dent :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. March&#233; unique, innovation et num&#233;rique (14%) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2. Coh&#233;sion et valeurs (35%) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
3. Ressources naturelles et environnement (30%), dont la PAC ; &lt;br class='autobr' /&gt;
4. Migrations et gestion aux fronti&#232;res (3%) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
5. S&#233;curit&#233; et d&#233;fense (2%) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Voisinage et le Monde (9%) ; &lt;br class='autobr' /&gt;
7. Administration (7%).&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun des titres est assez explicite de son objectif g&#233;n&#233;ral. Notons que la lutte contre le r&#233;chauffement climatique, qui n'appara&#238;t pas en tant que telle, se retrouve dans plusieurs rubriques et se rapproche des 30% du CFP. Autre pr&#233;cision, la politique des &#8220;rabais&#8221; (initi&#233;e sous la pression de Margaret Thatcher avec son fameux &#8220;I want my money back&#8221;) reste d'actualit&#233;. Elle permet &#224; certains pays, gros contributeurs nets au budget, de diminuer leurs apports aux ressources propres de l'UE. Cela concerne les pays dits frugaux (Pays-Bas, Autriche, Su&#232;de, Danemark) et l'Allemagne, pour un total d'environ 50 milliards d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil europ&#233;en ayant statu&#233;, le processus tripartite a pu alors s'enclencher. Le PE a essay&#233; d'arracher des ressources suppl&#233;mentaires afin de mieux financer des programmes jug&#233;s prioritaires. Alors qu'ils esp&#233;raient au moins 39 milliards, un accord avec le Conseil du 10 novembre leur a conc&#233;d&#233; 16 milliards d'euros (sur 1074 !). Le PE a pu notamment imposer 4 milliards suppl&#233;mentaires pour la recherche, 3,4 milliards pour la sant&#233;, 2,2 pour Erasmus et 1,5 milliards pour la surveillance des fronti&#232;res ext&#233;rieures. Le PE a donc eu voix au chapitre, certes &#224; dose hom&#233;opathique, mais tout de m&#234;me. Le CFP 2021-2027 semblait donc bien engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'in&#233;dit : le plan de relance &#8220;Next generation EU&#8221;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil europ&#233;en du 21 juillet a &#233;galement valid&#233; le plan de relance de 750 milliards d'euros li&#233; &#224; la pand&#233;mie. Voil&#224; la nouveaut&#233; ! Cette somme, obtenue par endettement commun, sera r&#233;partie entre les &#201;tats-membres. 390 milliards prendront la forme de subventions aux &#201;tats les plus touch&#233;s par la pand&#233;mie. Les remboursements seront alors effectu&#233;s par le budget de l'UE. En revanche, les 360 milliards restants passeront par des pr&#234;ts aux &#201;tats membres qui devront rembourser directement les sommes re&#231;ues de l'UE. Dans tous les cas, les emprunts sont pr&#233;vus avec de tr&#232;s longues &#233;ch&#233;ances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les principaux b&#233;n&#233;ficiaires de ce plan sont, par ordre d&#233;croissant, l'Italie, l'Espagne, la France, la Pologne, l'Allemagne, la Gr&#232;ce, la Roumanie, le Portugal, la R&#233;publique tch&#232;que, la Hongrie, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces apports exceptionnels de l'UE seront int&#233;gr&#233;s dans des programmes nationaux de relance que la Commission europ&#233;enne aura la charge d'&#233;valuer. Ces programmes seront ensuite valid&#233;s par le Conseil &#224; la majorit&#233; qualifi&#233;e. Rappelons que la Cour des comptes de l'UE et le PE assurent un important travail de contr&#244;le dans l'ex&#233;cution des d&#233;penses de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici l'UE b&#233;n&#233;ficiait de trois types de ressources : un pourcentage du PIB de chaque &#201;tat membre, un pourcentage de la TVA pr&#233;lev&#233; dans chaque &#201;tat et un poste divers (Droits de douane per&#231;us au niveau de l'UE, amendes inflig&#233;es par l'UE et imp&#244;ts pay&#233;s par les fonctionnaires de l'UE). Ces trois ressources repr&#233;sentant respectivement 75%, 15% et 10% du total du CFP. On le voit, l'UE ne pr&#233;l&#232;ve pas d'imp&#244;ts aupr&#232;s de ses citoyens, mis &#224; part le cas de ses fonctionnaires. D&#233;sormais, cet aspect devra &#233;voluer. L'union va s'endetter, au nom des 27, &#224; hauteur de 750 milliards d'euros. Il faudra &#224; l'Union de nouvelles ressources propres pour qu'elle rembourse les 390 milliards (pour rappel, les 360 milliards sont directement &#224; la charge des &#201;tats). &lt;br class='autobr' /&gt;
Une taxe sur les plastiques non recyclables de 6 milliards d'euros est pr&#233;vue pour 2021. Elle a d'ailleurs vocation &#224; s'&#233;teindre. En r&#233;alit&#233;, celle-ci sera surtout destin&#233;e &#224; financer la rallonge de 16 milliards arrach&#233;e par le PE pour le CFP.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres imp&#244;ts europ&#233;ens sont pr&#233;vus pour 2023 : 1. des ressources seront adoss&#233;es au syst&#232;me d'&#233;change des quotas des &#233;missions de CO2 ; 2. une taxe carbone aux fronti&#232;res de l'UE ; 3. une taxe sur les g&#233;ants du num&#233;rique (soit entre 10 et 25 milliards d'euros).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ici 2026 sont &#233;galement envisag&#233;s : 1. une taxe sur les transactions financi&#232;res ; 2. une partie de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s multinationales devrait rapporter environ 15 milliards ; 3. Les amendes li&#233;es aux infractions au droit de la concurrence, qui revenaient aux &#201;tats, devraient rester au budget europ&#233;en (environ 11 milliards d'euros).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais toutes ces ressources, y-compris l'autorisation de l'emprunt de 750 milliards, doivent encore &#234;tre valid&#233;es, conform&#233;ment aux trait&#233;s, par l'ensemble des pays membres, &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le respect de l'&#201;tat de droit, les risques d'un blocage
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du respect de l'&#233;tat de droit &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent lors des n&#233;gociations de juillet 2020 sur le CFP. Il est devenu incontournable avec l'accord du 5 novembre entre le PE et les &#201;tats membres. D&#233;sormais, les fonds distribu&#233;s aux &#201;tats devraient &#234;tre conditionn&#233;s au respect de l'&#233;tat de droit (libert&#233; de la justice, des m&#233;dias, de l'opposition et des citoyens). Appartenir &#224; l'UE et b&#233;n&#233;ficier de son budget n&#233;cessite en effet le respect des valeurs de l'Union telles qu'inscrites dans les trait&#233;s. Autre argument, les &#201;tats, notamment les &#8220;frugaux&#8221; ne veulent pas l&#226;cher des fonds g&#233;r&#233;s par des &#201;tats soumis &#224; la corruption. Juridiquement, il appartiendra au Conseil, sur la base d'une proposition de la Commission, de suspendre les financements &#224; la majorit&#233; qualifi&#233;e. Cette conditionnalit&#233; n'est pas du go&#251;t de tous. La Pologne et la Hongrie sont contre et ont r&#233;it&#233;r&#233; plusieurs fois leurs oppositions. Mais ils savent tr&#232;s bien qu'ils ne peuvent rien seuls contre une majorit&#233; qualifi&#233;e (65% de la population et 55% des &#201;tats membres). Aussi ont-ils choisi une autre option. Aussi longtemps que cette conditionnalit&#233; ne sera pas lev&#233;e, chacun, insistent-ils, mettra un v&#233;to en refusant de valider d&#233;finitivement le CFP 2021-2027 et en refusant les nouvelles ressources propres de l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux &#201;tats prennent ainsi en otage 1800 milliards d'euros (le CFP et le plan de relance). C'est la somme dont l'Union a imp&#233;rativement besoin pour fonctionner dans les sept ans &#224; venir et pour r&#233;agir &#224; la crise du Covid 19. Mais ce n'est pas tout ! Le plan de relance ouvre la voie vers le f&#233;d&#233;ralisme budg&#233;taire, et donc vers plus d'int&#233;gration. La r&#232;gle de l'unanimit&#233;, un pilier fondateur de l'Europe actuelle, peut d&#233;cid&#233;ment co&#251;ter tr&#232;s cher aux finances, mais surtout aux ambitions politiques de l'UE.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'UE face &#224; la crise actuelle : les r&#233;ponses et des questions</title>
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		<dc:date>2020-07-21T08:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>



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&lt;p&gt;La crise a &#233;branl&#233; l'&#233;conomie mondiale, plong&#233; beaucoup d'individus et d'entreprises dans le d&#233;sarroi et interrog&#233; la capacit&#233; des puissances publiques &#224; r&#233;agir efficacement face &#224; un tel choc. Au-del&#224; des r&#233;actions imm&#233;diates, nous sommes interpell&#233;s sur nos modes de vie individuelles et collectives et sur notre avenir. L'UE tient ici une place &#224; part. Cette crise appara&#238;t en effet comme un test sur ses capacit&#233;s mat&#233;rielles, institutionnelles et politiques &#224; affronter et g&#233;rer une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-185-Juin-2020-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 185 - Juin 2020&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L100xH150/arton713-1d561.jpg?1730256639' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise a &#233;branl&#233; l'&#233;conomie mondiale, plong&#233; beaucoup d'individus et d'entreprises dans le d&#233;sarroi et interrog&#233; la capacit&#233; des puissances publiques &#224; r&#233;agir efficacement face &#224; un tel choc. Au-del&#224; des r&#233;actions imm&#233;diates, nous sommes interpell&#233;s sur nos modes de vie individuelles et collectives et sur notre avenir. L'UE tient ici une place &#224; part. Cette crise appara&#238;t en effet comme un test sur ses capacit&#233;s mat&#233;rielles, institutionnelles et politiques &#224; affronter et g&#233;rer une situation rude et in&#233;dite. On pouvait craindre que l'attraction pour les replis nationaux fragilise l'&#233;difice communautaire. Il semble que l'on s'achemine, au contraire, vers une consolidation de l'Europe. Ce mouvement s'incarne dans les propositions de la Communication de la Commission du 27 mai 2020 intitul&#233;e &#171; L'heure de l'Europe : r&#233;parer les dommages et pr&#233;parer l'avenir pour la prochaine g&#233;n&#233;ration &#187;. Deux citations, extraites de ce texte, indiquent la tonalit&#233; g&#233;n&#233;rale : &#171; La relance de l'Europe doit &#234;tre guid&#233;e par la solidarit&#233;, la coh&#233;sion et la converge &#187; et &#171; Dans notre Union un euro investi dans un &#201;tat membre est un euro investi pour tous. &#187; Le message est clair, l'UE souhaite se politiser. Souhaitons que ces impulsions ne restent pas lettres mortes et soient valid&#233;es par les 27 &#201;tats-membres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci dit, l'Europe reste contrainte par les trait&#233;s et soumise aux r&#233;flexes nationalistes. Si, au regard de ses comp&#233;tences, elle a fait le mieux possible, beaucoup reste &#224; accomplir. Elle devra d&#233;fendre ses valeurs, mieux prot&#233;ger ses citoyens, faire &#233;voluer sa philosophie &#233;conomique et sociale et devenir un acteur d&#233;terminant dans la g&#233;opolitique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mains fortement li&#233;es de l'UE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise met l'accent sur trois limites majeures de la construction europ&#233;enne : le partage ambigu des comp&#233;tences entre l'UE et les &#201;tats membres, sa faible et lente r&#233;activit&#233; et sa d&#233;pendance &#224; la doctrine ordolib&#233;rale. Sans oublier naturellement la pr&#233;sence r&#233;currente des &#233;go&#239;smes nationaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au terme des trait&#233;s, les &#201;tats d&#233;l&#232;guent &#224; l'UE des pouvoirs en distinguant trois cat&#233;gories de comp&#233;tences : 1) exclusives, comme pour la monnaie unique ; 2) partag&#233;es, par exemple avec la PAC ; 3) d'appui dans divers domaines dont la sant&#233;. L'article 168 du trait&#233; (TFUE) stipule en effet que les comp&#233;tences en mati&#232;re sanitaire et de sant&#233; rel&#232;vent des &#201;tats. Toutefois, l'UE peut intervenir et coordonner des actions et des recherches, notamment en cas de pand&#233;mies. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'architecture institutionnelle de l'UE repose sur un &#233;quilibre complexe entre le f&#233;d&#233;ral et l'intergouvernemental. Les Chefs d'&#201;tats et de gouvernements (le Conseil europ&#233;en) donnent les grandes impulsions politiques en d&#233;cidant par consensus. Celles-ci sont ensuite traduites par la Commission en propositions concr&#232;tes. Puis elles doivent &#234;tre adopt&#233;es &#224; travers la proc&#233;dure de cod&#233;cision, c'est &#224; dire &#224; la fois par le Conseil des ministres (repr&#233;sentant les &#201;tats membres) et le Parlement europ&#233;en (repr&#233;sentant les citoyens). Tout cela prend beaucoup de temps. Mais ce n'est pas tout. La vari&#233;t&#233; des votes au Conseil des ministres accentue les lourdeurs. Les questions jug&#233;es vitales pour les &#201;tats exigent l'unanimit&#233;, d'autres requi&#232;rent une majorit&#233; qualifi&#233;e (ou renforc&#233;e), tandis que les moins conflictuelles passent &#224; la simple majorit&#233;. Autre source de complexit&#233;, les &#201;tats de la zone euro sont appel&#233;s &#224; se r&#233;unir dans une configuration sp&#233;ciale nomm&#233;e l'Eurogroupe. Rappelons &#233;galement que la faiblesse du budget europ&#233;en (environ 1% du PIB de l'UE) r&#233;duit objectivement les capacit&#233;s d'intervention de l'Europe. Les mains de l'UE sont ici d'autant plus li&#233;es que les budgets annuels sont programm&#233;s et fix&#233;s dans un Cadre financier pluriannuel de sept ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
La doctrine &#233;conomique et mon&#233;taire de l'UE inscrite dans les trait&#233;s est de nature ordolib&#233;rale. D'un c&#244;t&#233;, l'Union d&#233;fend la concurrence libre et non fauss&#233;e. De l'autre, elle repose sur la pr&#233;sence de r&#232;gles strictes concernant la gestion de l'euro et la conduite des finances publiques. R&#232;gles qui, en pratique, lient les mains de l'UE et de ses &#201;tats membres. La BCE, institution ind&#233;pendante, doit se concentrer sur l'objectif de stabilit&#233; des prix (une inflation maximum autour de 2%). Le Pacte de stabilit&#233; et de croissance impose les deux fameux pourcentages totem : d&#233;ficit public inf&#233;rieur &#224; 3% du PIB et dettes publiques inf&#233;rieures &#224; 60% du PIB). La crise de 2008 n'a en rien entam&#233; cette doctrine, au contraire. Un nouveau Trait&#233; sur la stabilit&#233;, la coordination et la gouvernance (TSCG), entr&#233; en vigueur en 2013, fixe une &#171; r&#232;gle d'or &#187; aux finances publiques. Le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; (MES), mis en place en 2012, prescrit de fortes conditionnalit&#233;s aux &#201;tats soumis au besoin d'emprunter aupr&#232;s du MES.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, le maintien des souverainet&#233;s nationales au sein de l'UE exige la pr&#233;sence de r&#232;gles qui contraignent les marges de man&#339;uvres des &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des mesures bienvenues et encourageantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le virus a fait des ravages et les difficult&#233;s &#233;conomiques se cumulent : chute de la production et des investissements, r&#233;duction de la demande, ch&#244;mage, licenciements, faillites, pressions gigantesques sur les finances publiques. Au regard de tous ces d&#233;fis majeurs, et malgr&#233; leurs mains li&#233;es, les institutions de l'UE ont r&#233;agi tr&#232;s honorablement, ce qui est encourageant pour l'avenir. Les d&#233;cisions les plus saillantes sont &#233;nonc&#233;es ci-dessous.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le 24 f&#233;vrier 2020, la Commission, en charge de l'ex&#233;cution du budget de l'UE, a mobilis&#233; une somme de 400 millions d'euros pour des aides sanitaires d'urgence. Ce montant, bien faible a posteriori, marquait la volont&#233; de participer imm&#233;diatement &#224; la lutte contre la pand&#233;mie. Elle d&#233;cida, ensuite, le 18 mars, d'utiliser des fonds budg&#233;taires encore disponibles &#224; hauteur de 40 milliards d'euros pour soutenir les &#201;tats les plus touch&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commission, gardienne des trait&#233;s, a &#233;galement bien r&#233;agi, le 23 mars, en desserrant deux contraintes. D'abord, en activant une clause dite &#171; d&#233;rogatoire &#187; qui dispense les membres de l'UE de remplir les deux crit&#232;res &#8211; rappel&#233;s plus haut &#8211; pesant sur les finances publiques, et cela au moins jusqu'&#224; la fin 2020. Ensuite, en permettant aux &#201;tats membres de soutenir transitoirement les entreprises et les secteurs en difficult&#233;, ce qui est contraire &#224; la r&#232;gle du march&#233; unique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Conseil europ&#233;en, parfaitement dans son r&#244;le, a demand&#233;, le 13 mars, qu'une enveloppe de 540 milliards d'euros soit disponible gr&#226;ce au recours &#224; trois dispositifs : 240 milliards de pr&#234;ts fournis par le MES aux &#201;tats membres ; 200 milliards consentis aux entreprises par la Banque europ&#233;enne d'investissement (BEI) ; 100 Milliards pour contribuer au financement du ch&#244;mage partiel gr&#226;ce &#224; un Instrument sp&#233;cifique int&#233;gr&#233; dans le Cadre financier pluriannuel (2021-2027). De plus, le Conseil europ&#233;en a demand&#233; &#224; la Commission d'envisager un plan de relance de grande envergure au niveau de l'UE. L'objectif &#233;tait alors de permettre aux &#201;tats d'emprunter plus ais&#233;ment sur les march&#233;s gr&#226;ce &#224; la garantie de l'Union. Le plafond envisag&#233; pourrait atteindre 1000 milliards d'euros.&lt;br class='autobr' /&gt;
La BCE a, d&#232;s le 18 mars, r&#233;activ&#233; son m&#233;canisme d'Assouplissement quantitatif en annon&#231;ant une nouvelle enveloppe de 750 milliards d'euros. Ce montant a &#233;t&#233; &#233;largi &#224; 1.350 milliards d'euros le 4 juin. Parall&#232;lement, le taux principal de refinancement des institutions bancaires reste maintenu &#224; 0%. Le r&#233;sultat est l&#224; : les &#201;tats de la zone, les entreprises et les particuliers ont, en principe, un acc&#232;s ais&#233; et attractif &#224; l'emprunt. Mais, il faut y insister, cette r&#233;activit&#233; de la BCE reste soumise &#224; un pr&#233;alable : d&#233;montrer que l'inflation est bien ma&#238;tris&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Parlement europ&#233;en (PE) n'a pas &#233;t&#233; en reste puisqu'il a vot&#233;, le 17 mai 2020, &#224; une tr&#232;s large majorit&#233;, une R&#233;solution demandant qu'un plan de relance &#233;valu&#233; &#224; 2.000 milliards d'euros soit pilot&#233; par l'UE.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Allemagne et la France, &#224; travers les voix de la Chanceli&#232;re Merkel et du Pr&#233;sident Macron, ont initi&#233;, le 18 mai, une petite r&#233;volution. L'UE devrait emprunter, en son nom, 500 milliards d'euros. Cette somme serait destin&#233;e &#224; subventionner les &#201;tats membres particuli&#232;rement touch&#233;s par le virus et serait rembours&#233;e sur des ressources propres de l'UE. Le temps de la solidarit&#233; financi&#232;re devenait enfin une ambition partag&#233;e, &#224; tout le moins par les deux grands pays fondateurs de la construction europ&#233;enne. Quel progr&#232;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le souhait franco-allemand a &#233;t&#233; repris et syst&#233;matis&#233; par la Commission dans sa Communication officielle du 27 mai &#233;voqu&#233;e au d&#233;but de cet article. Ursula von der Leyen a explicitement souhait&#233; que l'UE emprunte 750 milliards d'euros afin de les distribuer aux &#201;tats membres : 500 milliards sous la forme de subventions et 250 milliards de pr&#234;ts directement remboursables par les &#201;tats b&#233;n&#233;ficiaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre objectifs sont propos&#233;s : aider les &#201;tats en difficult&#233;, favoriser le &#171; Green Deal &#187;, promouvoir la transition num&#233;rique et accentuer les capacit&#233;s sanitaires de l'UE. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le remboursement de ces 500 milliards, programm&#233; entre 2027 et 2058, proviendra de nouvelles ressources propres (type taxe carbone ou imp&#244;ts sp&#233;cifiques) et fera, si n&#233;cessaire, un appel direct aux &#201;tats en fonction de leurs capacit&#233;s contributives telles que fix&#233;es par les cl&#233;s de r&#233;partition au budget de l'UE.&lt;br class='autobr' /&gt;
La programmation, la gestion et le contr&#244;le de ce vaste plan destin&#233; &#224; r&#233;parer les dommages et pr&#233;parer l'avenir pour la prochaine g&#233;n&#233;ration sera pilot&#233;e dans le cadre du Semestre europ&#233;en. Ce dispositif, pr&#233;vu par les trait&#233;s, semble le mieux adapt&#233; puisque son objet est pr&#233;cis&#233;ment de formaliser, chaque ann&#233;e, les &#233;changes entre la Commission et les &#201;tats membres &#224; propos des questions budg&#233;taires et strat&#233;giques. Par ailleurs, L'heure de l'Europe, &#233;crit la Commission, devra &#233;galement exiger une augmentation significative du plafond des ressources du Cadre financier pluriannuel. On passerait alors de 960 &#224; 1.100 milliards d'euros pour la p&#233;riode 2021-2027.&lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement, toutes ces belles perspectives restent soumises &#224; l'approbation unanime des 27 &#201;tats membres. Sur ce sujet, le Conseil europ&#233;en du 19 juin a marqu&#233; des tonalit&#233;s assez diff&#233;rentes entre les pays dits frugaux et les autres. Mais, en m&#234;me temps, des ouvertures vers un compromis ont commenc&#233; &#224; se dessiner. Gageons que le poids politique de l'Allemagne et de la France joint &#224; l'imp&#233;ratif de solidarit&#233; financi&#232;re vis &#224; vis des &#201;tats bless&#233;s par le virus auront raison de certains &#233;go&#239;smes nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et maintenant ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les cartes sont d&#233;sormais sur la table et les 27 sont au pied du mur. Vont-ils enfin s'engager dans une forme de solidarit&#233; financi&#232;re ? C'est probable. Mais tout ne sera pas r&#233;gl&#233; pour autant. Deux questions restent pendantes. Cette solidarit&#233; s'accompagnera-t-elle d'une prise de distance au sujet de la doctrine ordolib&#233;rale ? Cette solidarit&#233; poussera-t-elle vers des changements institutionnels majeurs ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quid de la doctrine &#233;conomique &#224; venir ? Plus d'&#201;tat et moins de march&#233;, une mondialisation recadr&#233;e, le retour du social, la lutte contre l'&#233;cocide, telles sont les voies &#224; suivre pour le 21&#176; si&#232;cle. Ces questions sont certes abord&#233;es dans les propositions de la Commission. Mais le diable est dans le concret, c'est &#224; dire ici dans les choix financiers et dans la capacit&#233; de l'UE &#224; se lib&#233;rer des forces d'attraction de la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale. Pour l'Europe et les Europ&#233;ens le monde de demain sera-t-il vraiment diff&#233;rent de celui d'avant la crise sanitaire et &#233;conomique ? Nous le verrons en observant attentivement les deux crit&#232;res qui traduiront le mieux la r&#233;alit&#233; du changement :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 1- le contenu pr&#233;cis des lignes budg&#233;taires de la programmation financi&#232;re 2021-2027 ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 2- les options &#233;conomiques et sociales impos&#233;es aux &#201;tats membres par la Commission dans le cadre des futurs Semestres europ&#233;ens.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Quid des changements institutionnels ? La Commission est &#171; gardienne des trait&#233;s &#187;. Elle n'a donc rien dit dans sa Communication du 27 mai sur des changements institutionnels qui permettraient d'avancer vers une Europe f&#233;d&#233;rale. Pourtant la construction d'une vraie solidarit&#233; europ&#233;enne passe par une int&#233;gration politique. Les questions environnementales et g&#233;ostrat&#233;giques, comme le partage des valeurs humanistes, appellent des r&#233;ponses fortes et unifi&#233;es. Nous, Europ&#233;ens, avons besoin de refonder un mod&#232;le &#233;conomique et social soutenable. Nous, Europ&#233;ens, avons besoin d'une Europe pr&#233;sente et respect&#233;e dans le monde. Mais l'identit&#233; europ&#233;enne ne se d&#233;cr&#232;te pas. Elle se construit &#224; travers des transferts de souverainet&#233; librement accept&#233;s par la majorit&#233; des Europ&#233;ens et des &#201;tats membres.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise sanitaire et &#233;conomique nous oblige &#224; ouvrir les yeux et met la question de l'Europe politique au premier plan. Serons-nous &#224; la hauteur des d&#233;fis ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les in&#233;galit&#233;s dans le d&#233;veloppement du nationalisme</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Les-inegalites-dans-le-developpement-du-nationalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Les-inegalites-dans-le-developpement-du-nationalisme</guid>
		<dc:date>2020-05-18T06:43:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>


		<dc:subject>Focus</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelle est la place des in&#233;galit&#233;s dans le d&#233;veloppement du nationalisme ? Immense question qui demande, au pr&#233;alable, que l'on s'entende sur les mots. Sur le fond, ce court article consid&#232;re la globalisation et son cort&#232;ge de d&#233;r&#233;gulations et de d&#233;mesures comme la cause principale de la hausse des in&#233;galit&#233;s enregistr&#233;e depuis trente ans. Ces in&#233;galit&#233;s ont largement activ&#233; des r&#233;flexes populistes, lesquels se sont traduits en une mont&#233;e des nationalismes. Malgr&#233; des avanc&#233;es que l'on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-184-Mars-2020-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 184 - Mars 2020&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Focus-+" rel="tag"&gt;Focus&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH110/arton700-4a8b4.jpg?1730256639' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelle est la place des in&#233;galit&#233;s dans le d&#233;veloppement du nationalisme ? Immense question qui demande, au pr&#233;alable, que l'on s'entende sur les mots. Sur le fond, ce court article consid&#232;re la globalisation et son cort&#232;ge de d&#233;r&#233;gulations et de d&#233;mesures comme la cause principale de la hausse des in&#233;galit&#233;s enregistr&#233;e depuis trente ans. Ces in&#233;galit&#233;s ont largement activ&#233; des r&#233;flexes populistes, lesquels se sont traduits en une mont&#233;e des nationalismes. Malgr&#233; des avanc&#233;es que l'on esp&#233;rait d&#233;finitivement acquises, l'Union europ&#233;enne n'a pas &#233;t&#233; &#224; l'abris de ce mouvement de fond. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &#224; la fois vigilant et exigeant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des notions &#224; prendre avec pr&#233;caution &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion d'in&#233;galit&#233; est multiple et complexe. In&#233;galit&#233;s de quoi ? des revenus, des richesses, des salaires, des sexes. Ou encore, in&#233;galit&#233;s face &#224; la formation, la culture, l'acc&#232;s aux services publics, la maladie, les ressources sanitaires. En se risquant &#224; un classement, on peut distinguer trois formes d'&#233;galit&#233; : juridique (les m&#234;mes droits et les m&#234;mes devoirs pour tous) ; &#233;conomique (assez ais&#233;ment quantifiable, m&#234;me si cette &#233;galit&#233; est impossible - au sens strict- &#224; r&#233;aliser en pratique) ; d'opportunit&#233; (chaque individu est potentiellement dot&#233; des m&#234;mes chances pour sa vie sociale et professionnelle). Au plus on s'&#233;loigne de ces trois types d'&#233;galit&#233;, au plus les in&#233;galit&#233;s augmentent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon certains, le nationalisme rimerait avec la lib&#233;ration des peuples. Il se constituerait en r&#233;action &#224; l'oppression des puissants, des imp&#233;rialismes, des empires coloniaux et du capitalisme sans fronti&#232;res. Mais le nationalisme engendre in&#233;luctablement un culte des valeurs &#8220;nationales&#8221; qui alimentent la x&#233;nophobie, le racisme et l'attraction pour les replis identitaires. Ce nationalisme lib&#233;rateur, qui serait porteur d'&#233;mancipation et de droits pour les citoyens, rel&#232;ve souvent d'une histoire id&#233;alis&#233;e. En revanche, le nationalisme contemporain est bien r&#233;el. C'est celui de la fermeture, de la d&#233;fiance et des rivalit&#233;s d&#233;l&#233;t&#232;res entre les Etats.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajoute, ce qui ne simplifie pas notre probl&#232;me, que l'ensemble des m&#233;canismes de solidarit&#233;s interpersonnelles et interr&#233;gionales destin&#233;es &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s sont d&#233;cid&#233;es, financ&#233;es et g&#233;r&#233;es au sein du p&#233;rim&#232;tre politique des Etats, qu'ils soient centralis&#233;s ou de nature f&#233;d&#233;rale. La pr&#233;sence d'organisations internationales et, bien s&#251;r, de l'UE temp&#232;re un peu cette r&#232;gle g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore une pr&#233;cision : la croissance des in&#233;galit&#233;s des revenus et des patrimoines depuis trois d&#233;cennies fait d&#233;sormais consensus. Nul ne conteste (chercheurs, ONG, Organisations internationales) la baisse de la pauvret&#233; extr&#234;me et la forte croissance du revenu mondial. Mais nul ne conteste non plus que les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. De nombreux articles et livres (certains &#233;tant des best sellers) attestent de ce vaste mouvement. Il se r&#233;sument en un seul chiffre : les &#8532; de la population mondiale connaissent des in&#233;galit&#233;s croissantes de revenu et de patrimoine. Naturellement il s'agit l&#224; de moyennes. Des exceptions existent. Mais la tendance lourde est bien l&#224;. Partout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Globalisation et in&#233;galit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La globalisation n&#233;olib&#233;rale a fait esp&#233;rer une croissance qui profiterait &#224; tous. Certains s'appuyaient pour cela sur la th&#233;orie du ruissellement en affirmant que l'opulence des plus nantis allait se d&#233;verser sur l'ensemble des agents &#233;conomiques. Ce n&#233;olib&#233;ralisme, largement promu &#224; l'origine par Friedrich Hayek et Milton Friedman, a impos&#233; au monde entier une application radicale de la concurrence libre et non fauss&#233;e. Toutes les fronti&#232;res &#233;conomiques devaient tomber ; les Etats &#233;taient fermement invit&#233;s &#224; se retirer du libre jeu des forces du march&#233; ; l'interventionnisme semblait nuisible &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. L'engouement pour le n&#233;olib&#233;ralisme &#233;tait aussi aliment&#233; par les pi&#232;tres performances des pays socialistes, Chine et URSS en t&#234;te. On conna&#238;t la suite. Le monde s'est globalis&#233;, comme &#8220;s'il n'y avait pas d'autres alternatives&#8221;, pour reprendre la formule de Margaret Thatcher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les m&#233;canismes &#224; l'&#339;uvre dans l'augmentation des in&#233;galit&#233;s sont d&#233;sormais bien document&#233;s. La concurrence exacerb&#233;e entre tous les acteurs &#233;conomiques (entreprises, salari&#233;s, r&#233;gions, Etats) a organis&#233; de v&#233;ritables guerres &#233;conomiques pour r&#233;duire les co&#251;ts et augmenter les profits. Les notions de dumping fiscal et social se sont impos&#233;es au niveau mondial. La stagnation des salaires a induit une baisse de la part du revenu du travail dans la cr&#233;ation de richesses. Les filets sociaux tiss&#233;s par les &#8220;vieux&#8221; Etats-providence ont &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233;s tandis que les autres, dont les anciens &#201;tats socialistes, ont adopt&#233; sans r&#233;serve les nouvelles normes lib&#233;rales. Partout dans le monde la fiscalit&#233; est devenue moins redistributive, avec notamment des baisses radicales des taux d'imposition sur les revenus et les profits. En m&#234;me temps, la d&#233;r&#233;glementation des march&#233; financiers a permis l'explosion de certains revenus. Mais ce n'est pas tout. Une course aux r&#233;mun&#233;rations extravagantes pour les PDG, les sportifs et les &#8220;vedettes&#8221; en tous genres s'est impos&#233;e, alors qu'elle aurait d&#251; &#234;tre clairement invalid&#233;e par la soci&#233;t&#233;. Enfin, les innovations technologiques incessantes ont cr&#233;&#233; des effets d'aubaine et, a contrario, ont marginalis&#233; les individus qui n'&#233;taient plus &#224; la pointe des nouveaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et populisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s a fait le lit du populisme, que celui-ci soit de droite ou de gauche. Beaucoup de textes sont produits sur ce sujet. Pour rester simple, le populisme met en conflit le peuple et les &#233;lites, que celles-ci soient politiques, intellectuelles, &#233;conomiques ou financi&#232;res. Il entend d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts du peuple d&#233;pouill&#233; d'une partie de ses droits l&#233;gitimes, amput&#233; des fruits de son travail et souvent m&#233;pris&#233; au regard de ses valeurs traditionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les in&#233;galit&#233;s fragilisent les individus. Ils ont peur du pr&#233;sent et du futur, perdent la ma&#238;trise de leurs destins, se sentent ins&#233;curis&#233;s et d&#233;class&#233;s, se vivent insuffisamment respect&#233;s et valoris&#233;s. Leur sentiment de d&#233;classement correspond assez bien &#224; un r&#233;tr&#233;cissement de la classe moyenne qui contraste avec une segmentation plus nette de la soci&#233;t&#233; entre les nantis et tous les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, le temps n'est plus &#224; une lutte ouverte des classes et &#224; l'espoir du grand soir. Les populistes s'appuient sur les d&#233;senchantements et les craintes pour promettre au peuple des jours meilleurs forg&#233;s sur le rejet des &#233;lites et des &#233;trangers, et sur le retour des valeurs identitaires. Pour eux, la solidarit&#233; n'est pas le produit de l'empathie et du d&#233;sir de soutenir les autres. Elle consiste avant tout &#224; se retrouver entre soi pour se lib&#233;rer des forces obscures et &#233;go&#239;stes des &#233;lites et de se prot&#233;ger de toutes les formes d'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Populisme et nationalisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation n'a pas emp&#234;ch&#233; la mont&#233;e des nationalismes. Au contraire, en produisant des in&#233;galit&#233;s, elle a engendr&#233; des r&#233;actions populistes qui d&#233;bouchent tr&#232;s vite sur le culte de la nation souveraine et protectrice du peuple. Confront&#233;s &#224; la fragilisation &#233;conomique et &#224; une incertitude croissante sur l'avenir, beaucoup de citoyens se r&#233;fugient dans l'id&#233;e qu'une soci&#233;t&#233; homog&#232;ne et mieux isol&#233;e des influences ext&#233;rieures sera plus rassurante et plus protectrice. C'est en mobilisant les peurs et le rejet des &#233;lites corrompues que les populistes animent le nationalisme. Le national-populisme propose un ordre social et politique qui devrait permettre de lutter efficacement contre la mondialisation et les in&#233;galit&#233;s. Mais les programmes populistes sont construits sur des amalgames et des simplifications. Le populisme tend &#224; invalider le collectif et &#224; d&#233;fendre la nation. Qu'on ne s'y trompe pas, malgr&#233; les appels formels aux int&#233;r&#234;ts du peuple, le populisme reste une forme d'individualisme, de chacun pour soi, chez soi. Ses programmes, g&#233;n&#233;ralement d&#233;magogiques et opportunistes, ont tendance &#224; nier l'id&#233;e que les hommes doivent partager la m&#234;me terre et qu'ils sont confront&#233;s &#224; des d&#233;fis communs et universels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un d&#233;fi majeur pour l'UE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est ais&#233; et confortable de d&#233;noncer la mont&#233;e des populismes et des nationalismes en se r&#233;f&#233;rant aux cas extr&#234;mes au sein de l'UE, avec la Hongrie de Victor Orban en t&#234;te. De m&#234;me, la critique de certain(e)s leaders politiques fait facilement consensus. Mais en rester l&#224; serait c&#233;der &#224; la facilit&#233; et &#233;luderait les questions qui f&#226;chent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous beaucoup d'aspects, l'UE s'est plac&#233;e &#224; l'avant-garde du mouvement de globalisation. Les programmes -souvent traduits en injonctions- de d&#233;r&#233;gulations, de privatisations, d'encouragements appuy&#233;s &#224; la concurrence et &#224; la ma&#238;trise des co&#251;ts traversent l'histoire r&#233;cente de l'UE. Il fallait d&#233;graisser les services publics et rationaliser leurs gestions dans une logique n&#233;olib&#233;rale. Le traditionnel Etat-providence n'avait plus bonne presse. Sans compter, en plus, les encouragements &#224; la financiarisation de l'&#233;conomie. Bien s&#251;r, ce tableau n'&#233;puise pas la r&#233;alit&#233; des politiques promues par l'Europe. Mais m&#234;me l'&#233;volution des politiques historiques, qu'elles soient r&#233;gionales ou agricoles, laissent percer un soubassement th&#233;orique d'inspiration tr&#232;s lib&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une adh&#233;sion syst&#233;matique, au niveau des Etats membres et des institutions europ&#233;enne, &#224; la doxa &#233;conomique du moment offre l'explication la plus imm&#233;diate de ce vaste mouvement. Mais il y a plus, ce qui interpelle directement l'absence d'union politique. En effet, &#233;tablir un march&#233; unique, puis une monnaie unique sans, concomitamment, cr&#233;er une f&#233;d&#233;ration politique ne peut aboutir qu'&#224; une chose : l'instauration de m&#233;canismes acceptables par tous les Etats. Une sorte de d&#233;nominateur commun qui puisse faire consensus et, surtout, qui &#233;vite que l'ensemble des parties prenantes aient &#224; se mettre unanimement d'accord sur des politiques publiques de nature interventionniste. La solution est alors la mise en place, &#224; pas forc&#233;s, d'une forme de n&#233;olib&#233;ralisme o&#249; des r&#232;gles strictes encadrent les politiques budg&#233;taires nationales et la politique mon&#233;taire unique. En somme, malgr&#233; les ambitions affich&#233;es de construire une f&#233;d&#233;ration, l'Europe lib&#233;rale a laiss&#233; se d&#233;velopper les in&#233;galit&#233;s &#8230;. et en arrive &#224; g&#233;n&#233;rer des formes de nationalismes. Quel paradoxe et quel g&#226;chis !&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse &#224; ce dilemme est connue : construire au plus vite une Europe politique, seule capable de promouvoir un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; plus fraternelle qui puisse combattre les in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : Mon ouvrage &lt;i&gt;L'&#233;conomie : une science &#8220;impossible&#8221; - D&#233;construire pour avancer&lt;/i&gt; (Editions V&#233;rone, 2019, 408 pages) contient des d&#233;veloppements qui rencontrent les th&#232;mes abord&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Maintenir l'Europe dans l'histoire</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Maintenir-l-Europe-dans-l-histoire</link>
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		<dc:date>2018-09-06T21:11:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Devoluy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quelques grandes figures intellectuelles, de Victor Hugo &#224; Stephan Zweig, ont vu dans l'Europe politique notre seul horizon raisonnable. Lorsqu'il s'est agi de devenir concret, les p&#232;res de l'Europe communautaire ont pens&#233; que l'int&#233;gration &#233;conomique conduirait, par &#233;tapes, vers un resserrement des int&#233;r&#234;ts communs tel que, finalement, le basculement vers une forme d'union politique serait in&#233;luctable. L'installation du march&#233; unique puis le passage &#224; l'euro se sont inscrits dans cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-179-Aout-2018-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 179 - Ao&#251;t 2018&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelques grandes figures intellectuelles, de Victor Hugo &#224; Stephan Zweig, ont vu dans l'Europe politique notre seul horizon raisonnable. Lorsqu'il s'est agi de devenir concret, les p&#232;res de l'Europe communautaire ont pens&#233; que l'int&#233;gration &#233;conomique conduirait, par &#233;tapes, vers un resserrement des int&#233;r&#234;ts communs tel que, finalement, le basculement vers une forme d'union politique serait in&#233;luctable. L'installation du march&#233; unique puis le passage &#224; l'euro se sont inscrits dans cette logique. Mais celle-ci s'est enray&#233;e pour deux raisons principales : une attirance sans cesse revivifi&#233;e pour le souverainisme et la mainmise de l'ordo-lib&#233;ralisme sur la construction mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces d'attraction des souverainet&#233;s nationales, toujours pr&#233;sentes, s'amplifient en p&#233;riode de profondes interrogations. Nous en sommes l&#224; aujourd'hui. Une soci&#233;t&#233; bouscul&#233;e et inqui&#232;te de l'avenir se raidit et devient plus sensible aux discours nationalistes. Tous les &#201;tats de l'Union, bien s&#251;r &#224; des degr&#233;s divers, sont en ins&#233;curit&#233;. Que faire face &#224; une mondialisation galopante, une &#233;conomie fragile et incertaine, un environnement d&#233;grad&#233;, une immigration incontr&#244;l&#233;e, une menace terroriste oppressante ? La r&#233;ponse est, h&#233;las, habituelle. Se replier sur la nation donne l'impression de reprendre en main le destin collectif. Autrement dit, il faut se prot&#233;ger derri&#232;re ses fronti&#232;res et activer la d&#233;fiance vis &#224; vis de l'ext&#233;rieur. L'&#233;tranger devient la menace et le bouc &#233;missaire. Et c'est ainsi que se distillent les peurs et les tensions qui ont si souvent men&#233; aux affrontements et aux guerres. Le monde change et nous d&#233;concerte souvent. Mais le retour vers un pass&#233; national, glorieux et protecteur, est une promesse illusoire, et p&#233;rilleuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;senchantement face aux r&#233;sultats &#233;conomiques explique &#233;galement le peu d'empressement des citoyens pour une Europe politique. La gestion de la derni&#232;re crise n'a pas &#233;t&#233; convaincante, les in&#233;galit&#233;s s'accroissent, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; entre les Etats demeure. La raison profonde de ces d&#233;ceptions provient d'une forte adh&#233;sion de la zone euro &#224; l'ordo-lib&#233;ralisme. Cette doctrine repose sur trois grands principes : la d&#233;fense de la concurrence libre et non fauss&#233;e ; une politique mon&#233;taire men&#233;e par une banque centrale ind&#233;pendante se concentrant sur l'objectif de stabilit&#233; des prix ; des finances publiques strictement encadr&#233;es et soumises &#224; des sanctions en cas de d&#233;rapages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordo-lib&#233;ralisme se d&#233;fie des politiques interventionnistes et des choix strat&#233;giques des gouvernements trop &#224; l'&#233;coute d'int&#233;r&#234;ts sectoriels. Le r&#233;sultat est une forme de f&#233;d&#233;ralisme tut&#233;laire o&#249; les r&#232;gles se substituent aux choix d&#233;mocratiques. Il suffit ici de penser au comportement de la Tro&#239;ka face &#224; la Gr&#232;ce. Avec l'ordo-lib&#233;ralisme, les &#201;tats de la zone euro acceptent de se lier les mains en r&#233;duisant leurs capacit&#233;s &#224; r&#233;agir efficacement, mais sans pour autant transf&#233;rer un vrai pouvoir politique &#224; l'Union. L'Europe incarne ainsi la figure du p&#232;re fouettard qui se soucie peu du bien-&#234;tre de ses habitants. Seul semble compter le respect des r&#232;gles. Mais ce n'est pas tout. Ce r&#233;gime conduit &#233;galement &#224; valider une concurrence fiscale et sociale d&#233;l&#233;t&#232;re entre les Etats membres. En r&#233;sum&#233;, la tendance au d&#233;samour pour l'Europe ne doit pas surprendre. Alors que les citoyens attendaient de l'euro un progr&#232;s &#233;conomique et social, ils ressentent bien plut&#244;t d&#233;classement et inqui&#233;tude.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique et sociale ne touche pas tout le monde. Les Europ&#233;ens les plus convaincus se retrouvent parmi les segments privil&#233;gi&#233;s ou prot&#233;g&#233;s de la population, mais &#224; l'exception notoire de deux cat&#233;gories d'acteurs. D'abord les &#233;lus nationaux, peu dispos&#233;s &#224; enclencher des transferts de souverainet&#233; qui limiteraient leurs pouvoirs. Ensuite les grands d&#233;cideurs &#233;conomiques, ceux-ci s'accommodant parfaitement d'un dumping salarial, fiscal et social qui est une des sources des bons r&#233;sultats financiers de leurs firmes, mais aussi de leurs r&#233;mun&#233;rations trop souvent extravagantes. L'int&#233;r&#234;t des uns comme des autres est donc le statut quo. Au fond, cette Europe intergouvernementale et ordo-lib&#233;rale leur convient tr&#232;s bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Changer l'Europe afin d'am&#233;liorer les conditions de vie de ses citoyens et le fonctionnement de sa d&#233;mocratie n&#233;cessite une vraie relance. Pour progresser, il faut un projet stimulant et une m&#233;thode mobilisatrice. Les frilosit&#233;s intellectuelles et politiques ne sont pas bonnes conseill&#232;res. Soyons au contraire r&#233;alistes en portant nos regards avec d&#233;termination et loin devant. Aujourd'hui, la proportion des Europ&#233;ens dans le monde est d'un sur quatorze, ce qui est peu. Mais celle-ci atteindra un sur vingt en 2100. Si les nations de l'Union demeurent fragment&#233;es et individualistes, elles se condamneront &#224; l'impuissance d&#233;mocratique et au suivisme &#233;conomique. Nous aurons alors, au mieux, une gestion par des r&#232;gles et, au pire, un lib&#233;ralisme &#233;conomique de nature autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet europ&#233;en revigor&#233; devrait se construire sur trois axes : doter la zone euro d'une puissance publique responsable ; r&#233;pondre aux grands enjeux environnementaux, strat&#233;giques et g&#233;opolitiques ; construire un espace collectif port&#233; par une culture humaniste exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode &#224; suivre devrait commencer par un long et approfondi d&#233;bat citoyen sur ce que nous attendons de l'Europe. A ce stade, la mobilisation, au minimum sur une ann&#233;e, des partis, syndicats, r&#233;seaux sociaux, m&#233;dias et collectivit&#233;s territoriales s'av&#232;re indispensable. Toutes les formes de discussions et d'&#233;changes transnationaux devraient &#233;galement &#234;tre encourag&#233;es. Suivrait alors une Convention, s'&#233;tendant sur plusieurs mois, pilot&#233;e par le Parlement europ&#233;en. Son texte conclusif serait une Constitution articulant une Europe &#224; deux cercles, le premier dessinant une v&#233;ritable int&#233;gration politique (une f&#233;d&#233;ration) des &#201;tats de la zone euro. Pour conclure ce processus d&#233;mocratique, un r&#233;f&#233;rendum, tenu le m&#234;me jour, permettrait &#224; chaque Etat membre de choisir son avenir. Naturellement, la f&#233;d&#233;ration (le premier cercle) ne serait pas ferm&#233;e &#224; de futurs candidats. &lt;br class='autobr' /&gt;
La dynamique citoyenne qui vient d'&#234;tre esquiss&#233;e est certes indispensable, mais elle doit &#234;tre encourag&#233;e et soutenue. Rien ne se fera sans les engagements fermes de quelques grandes figures politiques, artistiques et culturelles. De m&#234;me, ce mouvement r&#233;clame un soutien marqu&#233; du couple franco-allemand et un assentiment affich&#233; des quatre autres Etats fondateurs de l'Union. Cette splendide et in&#233;dite construction commune d&#233;buta il y a presque trois quarts de si&#232;cle. Elle a install&#233; la paix, consolid&#233; les mouvements d&#233;mocratiques et, malgr&#233; des insuffisances, soutenu le d&#233;veloppement &#233;conomique. Maintenir l'Europe dans l'histoire revient d&#233;sormais &#224; franchir r&#233;solument le dernier pas : une f&#233;d&#233;ration des &#201;tats membres de la zone euro.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Michel D&#233;voluy est professeur honoraire d'&#233;conomie &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg &#8211; Chaire Jean Monnet de l'int&#233;gration &#233;conomique europ&#233;enne &#8211; Article publi&#233; en &#233;ditorial du &lt;i&gt;Bulletin &#233;lectronique de l'Observatoire des politiques &#233;conomiques en Europe&lt;/i&gt; n&#176; 37, hiver 2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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