<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
	<link>https://www.pressefederaliste.eu/</link>
	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressefederaliste.eu/spip.php?id_auteur=221&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
		<url>https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L144xH24/logo-site-121f6.png?1729034532</url>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/</link>
		<height>24</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La construction de l'autonomie zapatiste</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/La-construction-de-l-autonomie-zapatiste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/La-construction-de-l-autonomie-zapatiste</guid>
		<dc:date>2021-07-16T12:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Baschet</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'autonomie zapatiste, qui se construit depuis le 1er janvier 1994 au Chiapas, au sud du Mexique, constitue l'une des exp&#233;riences rebelles contemporaines les plus remarquables par son ampleur, sa persistance et sa radicalit&#233;. Dans des conditions particuli&#232;rement difficiles et malgr&#233; l'hostilit&#233; persistante des pouvoirs en place, elle d&#233;ploie une forme d'auto-gouvernement populaire, en s&#233;cession par rapport aux institutions de l'&#201;tat mexicain, en m&#234;me temps qu'elle d&#233;fend des modes de vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-189-Juin-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 189 - Juin 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH98/arton768-fb990.png?1735277916' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'autonomie zapatiste, qui se construit depuis le 1er janvier 1994 au Chiapas, au sud du Mexique, constitue l'une des exp&#233;riences rebelles contemporaines les plus remarquables par son ampleur, sa persistance et sa radicalit&#233;. Dans des conditions particuli&#232;rement difficiles et malgr&#233; l'hostilit&#233; persistante des pouvoirs en place, elle d&#233;ploie une forme d'auto-gouvernement populaire, en s&#233;cession par rapport aux institutions de l'&#201;tat mexicain, en m&#234;me temps qu'elle d&#233;fend des modes de vie constituant une alternative concr&#232;te &#224; la logique marchande dominante.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autonomie zapatiste est le fruit d'une histoire tr&#232;s singuli&#232;re, que l'on ne peut retracer ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une pr&#233;sentation plus ample de l'exp&#233;rience zapatiste et de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; soul&#232;vement arm&#233; du 1er janvier 1994,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; cessez-le-feu rapidement mis en place,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; longue p&#233;riode de n&#233;gociation entre le gouvernement f&#233;d&#233;ral et l'EZLN (Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale) aboutissant aux Accords de San Andr&#233;s en f&#233;vrier 1996,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; non-respect de ces Accords par le gouvernement mexicain et paramilitarisation conduisant au massacre d'Act&#233;al en d&#233;cembre 1997,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; demande constante par les zapatistes de la constitutionnalisation des Accords de San Andr&#233;s jusqu'&#224; la Marche de la couleur de la terre en 2001,&lt;/li&gt;&lt;li&gt; vote parlementaire d'une contre-r&#233;forme indig&#232;ne &#224; la suite de laquelle les zapatistes d&#233;cident de mettre en place de facto leur droit &#224; l'autonomie.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il en est r&#233;sult&#233; la cr&#233;ation, en 2003, de cinq conseils de bon gouvernement f&#233;d&#233;rant 27 communes autonomes rebelles zapatistes. Enfin, en ao&#251;t 2019, une nouvelle expansion de l'autonomie a &#233;t&#233; annonc&#233;e, avec la cr&#233;ation de quatre nouvelles communes autonomes et de sept nouveaux conseils de bon gouvernement. Au total, la zone d'influence zapatiste s'&#233;tend sur un territoire dont l'extension &#233;quivaut &#224; celle de la Bretagne (m&#234;me s'il faut pr&#233;ciser qu'y coexistent zapatistes et non-zapatistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation politique mise en place dans les territoires rebelles du Chiapas se d&#233;ploie &#224; trois niveaux : communaut&#233; (village), commune (comparable, par son extension, &#224; un canton fran&#231;ais et regroupant des dizaines de villages), zone (ensemble ayant la dimension d'un d&#233;partement et permettant la coordination de plusieurs communes). &#192; chacune de ces &#233;chelles, existent des assembl&#233;es et des autorit&#233;s &#233;lues pour des mandats de deux ou trois ans (agente municipal au niveau de la communaut&#233;, conseil municipal autonome, conseil de bon gouvernement pour chaque zone). Le r&#244;le des assembl&#233;es est tr&#232;s important, sans qu'on puisse affirmer pour autant que tout se d&#233;cide horizontalement ; quant aux autorit&#233;s &#233;lues, il est dit qu'elles &#171; gouvernent en ob&#233;issant &#187; (mandar obedeciendo), de sorte que &#171; le peuple dirige et le gouvernement ob&#233;it &#187; comme l'indiquent les panneaux plac&#233;s &#224; l'entr&#233;e des territoires zapatistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mandats sont con&#231;us comme des &#171; charges &#187; (cargos), accomplies comme un service rendu &#224; la communaut&#233;, sans r&#233;mun&#233;ration ni aucun type d'avantage mat&#233;riel, en s'inspirant des sept principes du mandar obedeciendo (parmi lesquels &#171; servir et non se servir &#187;, &#171; proposer et non imposer &#187;, &#171; convaincre et non vaincre &#187;). Ces charges sont toujours exerc&#233;es de mani&#232;re coll&#233;giale, sans grande sp&#233;cialisation au sein des instances et sous le contr&#244;le permanent, d'une part d'une commission charg&#233;e de v&#233;rifier les comptes des diff&#233;rents conseils et, d'autre part, de l'ensemble des communaut&#233;s, puisque les mandats, non renouvelables, sont r&#233;vocables &#224; tout moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes et les femmes qui exercent un mandat restent des membres ordinaires des communaut&#233;s. Ils ou elles ne revendiquent pas d'&#234;tre &#233;lu(e)s en raison de comp&#233;tences particuli&#232;res ou de dons personnels hors du commun. L'autonomie zapatiste met en &#339;uvre une d&#233;-sp&#233;cialisation des t&#226;ches politiques : &#171; nous devons tous, &#224; notre tour, &#234;tre gouvernement &#187;, disent-ils. Cela conduit &#224; accepter que l'exercice de l'autorit&#233; s'accomplisse depuis une position de non-savoir : &#171; personne n'est expert en politique et nous devons tous apprendre &#187;. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment dans la mesure o&#249; celui/celle qui a une fonction d'autorit&#233; assume ne pas savoir qu'il peut &#234;tre &#171; une bonne autorit&#233; &#187;, qui s'efforce d'&#233;couter, sait reconna&#238;tre ses erreurs et permet que la communaut&#233; le/la guide dans l'&#233;laboration des d&#233;cisions. Confier des t&#226;ches de gouvernement &#224; ceux et celles qui n'ont aucune capacit&#233; particuli&#232;re &#224; les exercer constitue le sol concret &#224; partir duquel le mandar obedeciendo peut cro&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mani&#232;re dont les d&#233;cisions sont &#233;labor&#233;es est d&#233;cisive. Ainsi, le conseil de bon gouvernement soumet les principales d&#233;cisions &#224; l'assembl&#233;e de zone ; s'il s'agit de projets importants ou si aucun accord clair ne se d&#233;gage, il revient aux repr&#233;sentants de toutes les communaut&#233;s de la zone de mener une consultation dans leurs villages respectifs afin de faire part &#224; l'assembl&#233;e suivante soit d'un accord, soit d'un refus, soit d'amendements. Le cas &#233;ch&#233;ant, ces derniers sont discut&#233;s et l'assembl&#233;e &#233;labore une proposition rectifi&#233;e, &#224; nouveau soumise aux communaut&#233;s. Plusieurs allers-et-retours entre Conseil, Assembl&#233;e de zone et villages sont parfois n&#233;cessaires avant que la proposition puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme adopt&#233;e. La proc&#233;dure peut s'av&#233;rer lourde mais n'en est pas moins n&#233;cessaire, car tous savent qu'un projet qui n'a pas fait l'objet d'une ample appropriation au sein des villages est vou&#233; &#224; l'&#233;chec.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conseils de bon gouvernement s'efforcent d'&#339;uvrer &#224; la coexistence entre zapatistes et non-zapatistes, mais affrontent aussi les situations conflictuelles que les autorit&#233;s officielles ne manquent pas de susciter, dans un contexte d'interventions contre-insurrectionnelles permanentes. Les autorit&#233;s autonomes tiennent &#233;galement leur propre registre d'&#233;tat civil et exercent la justice. Il s'agit d'une justice de m&#233;diation qui recherche un accord et, dans la mesure du possible, une r&#233;conciliation entre les parties, sur la base de travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et de formes de r&#233;paration au b&#233;n&#233;fice des victimes ou de leurs familles (en excluant le recours punitif &#224; la prison). Il est ainsi d&#233;montr&#233; que la r&#233;solution des conflits et le traitement des infractions aux r&#232;gles collectives peuvent &#234;tre assum&#233;s par des personnes d&#233;pourvues de formation sp&#233;cifique &#8211; et ce, de mani&#232;re suffisamment satisfaisante pour que la justice autonome soit amplement sollicit&#233;e, y compris par des non-zapatistes qui en appr&#233;cient l'absence de corruption, la compl&#232;te gratuit&#233; et la connaissance des r&#233;alit&#233;s indig&#232;nes, en contraste flagrant avec la justice constitutionnelle mexicaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conseils de bon gouvernement veillent aussi au bon fonctionnement des diff&#233;rents domaines constitutifs de l'autonomie, tels que sant&#233;, &#233;ducation et production. Ils ont le devoir de proposer et d'&#233;laborer, en interaction avec les assembl&#233;es, de nouveaux projets susceptibles d'am&#233;liorer la vie collective, d'encourager l'&#233;gale participation des femmes et de rem&#233;dier &#224; ce qui peut y faire obstacle, de pr&#233;server l'environnement et d'amplifier les capacit&#233;s productives propres. Ainsi, les zapatistes ont cr&#233;&#233; &#8211; dans des conditions mat&#233;rielles fort pr&#233;caires et enti&#232;rement &#224; l'&#233;cart des structures &#233;tatiques &#8211; leur propre syst&#232;me de sant&#233; et leur propre syst&#232;me &#233;ducatif. Combinant m&#233;decine occidentale et savoirs traditionnels, le premier inclut cliniques de zone, micro-cliniques communales, ainsi que la pr&#233;sence d'agents de sant&#233; dans les communaut&#233;s. Quant &#224; l'&#233;ducation, elle fait l'objet d'une mobilisation collective consid&#233;rable. Ainsi, les zapatistes ont construit et entretiennent des centaines d'&#233;coles primaires et secondaires ; ils en ont &#233;labor&#233; le projet et les orientations p&#233;dagogiques et ont form&#233; les jeunes qui y enseignent. On estime que, dans les cinq zones zapatistes, 500 &#233;coles primaires environ fonctionnaient en 2008, dans lesquelles 1 300 enseignants accueillaient quelques 16 000 &#233;l&#232;ves. Les cahiers de la Petite &#201;cole indiquent que, dans la seule zone de Los Altos, on compte 158 &#233;coles, 496 enseignants pour 4 900 &#233;l&#232;ves. Dans ces &#233;coles, apprendre fait sens, parce que l'&#233;ducation s'enracine dans l'exp&#233;rience concr&#232;te des communaut&#233;s comme dans le souci partag&#233; de la lutte pour la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomie zapatiste offre ainsi l'exemple d'une organisation politique non &#233;tatique. Mais l'auto-gouvernement populaire n'a de sens que s'il permet de donner corps &#224; des formes de vie auto-d&#233;termin&#233;es : une mani&#232;re de bien vivre, choisie et collectivement assum&#233;e, qui r&#233;cuse l'id&#233;ologie du d&#233;veloppement et fait du qualitatif de la vie le c&#339;ur sensible de l'organisation collective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il ajouter que l'autonomie telle que la con&#231;oivent les zapatistes ne concerne pas seulement le Chiapas, ni les seuls peuples indig&#232;nes : c'est une option politique qui peut se d&#233;ployer partout sous des formes multiples, &#224; partir de la singularit&#233; des territoires et des traditions. Ainsi, si l'autonomie zapatiste se construit localement, dans les montagnes et les vall&#233;es du Chiapas, elle ne suppose aucun enfermement localiste ni aucune revendication identitaire exclusive. Au contraire, les zapatistes ont toujours cherch&#233; &#224; articuler diff&#233;rentes &#233;chelles spatiales, depuis l'ancrage dans les territoires de vie jusqu'aux enjeux plan&#233;taires, en passant par de multiples initiatives nationales (ainsi, toutes les D&#233;clarations de la for&#234;t lacandone sont porteuses de propositions pour l'ensemble du Mexique). Ainsi, la Rencontre intercontinentale pour l'humanit&#233; et contre le n&#233;olib&#233;ralisme, organis&#233;e en juillet-ao&#251;t 1996, a-t-elle souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme un ant&#233;c&#233;dent et une source d'inspiration pour les mouvements altermondialistes. Depuis, l'EZLN n'a cess&#233; d'organiser des rencontres internationales, comme le Festival mondial des r&#233;sistances et des r&#233;bellions, en d&#233;cembre 2014-janvier 2015 ou la Rencontre internationale des femmes qui luttent, en mars 2018, tandis qu'en ce moment m&#234;me d&#233;marre le &#171; Voyage pour la vie &#187; que les zapatistes entreprennent sur les cinq continents, en commen&#231;ant par l'Europe. Pour les zapatistes, une telle &#233;chelle internationale est indispensable pour affronter &#171; l'hydre capitaliste &#187; qui plonge la plan&#232;te Terre dans une tourmente d&#233;vastatrice ; mais c'est seulement en prenant en compte la multiplicit&#233; des exp&#233;riences de vie singuli&#232;res et en s'&#233;cartant de tout universalisme homog&#233;n&#233;isateur que l'on pourra construire &#171; un monde o&#249; il y ait place pour de nombreux mondes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une pr&#233;sentation plus ample de l'exp&#233;rience zapatiste et de son histoire, je me permets de renvoyer &#224; J&#233;r&#244;me Baschet, La R&#233;bellion zapatiste. Insurrection indienne et r&#233;sistance plan&#233;taire, Paris, Champs-Flammarion, r&#233;&#233;dition mise &#224; jour, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
