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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Une r&#233;volution libertaire</title>
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		<dc:date>2021-11-05T20:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Marc-Lipiansky</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Hors du dithyrambe ou du r&#233;quisitoire, il y a deux fa&#231;ons de juger la Commune de Paris : se contenter de constater son &#233;chec &#8211; pour le d&#233;plorer ou s'en f&#233;liciter &#8211; ou, au-del&#224; de cet &#233;chec, que nul ne songe &#224; contester, tenter de d&#233;gager les &#233;l&#233;ments positifs dont l'avortement du projet n'a pas permis l'&#233;closion. C'est cette deuxi&#232;me position que nous voudrions d&#233;fendre. Mais parler de la Commune autrement qu'en historien est difficile : honnie par la bourgeoisie r&#233;actionnaire, refoul&#233;e hors (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-190-Septembre-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 190 - Septembre 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH102/arton792-88bcb.jpg?1746900346' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='102' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Hors du dithyrambe ou du r&#233;quisitoire, il y a deux fa&#231;ons de juger la Commune de Paris : se contenter de constater son &#233;chec &#8211; pour le d&#233;plorer ou s'en f&#233;liciter &#8211; ou, au-del&#224; de cet &#233;chec, que nul ne songe &#224; contester, tenter de d&#233;gager les &#233;l&#233;ments positifs dont l'avortement du projet n'a pas permis l'&#233;closion. C'est cette deuxi&#232;me position que nous voudrions d&#233;fendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais parler de la Commune autrement qu'en historien est difficile : honnie par la bourgeoisie r&#233;actionnaire, refoul&#233;e hors de sa m&#233;moire &#8211; ses manuels scolaires, &#8211; l'&#171; &#233;pop&#233;e &#187; des communeux est devenue, &#224; quelques rares exceptions pr&#232;s, l'objet de pan&#233;gyriques romantiques ou la chasse gard&#233;e des communistes ou des marxistes plus ou moins orthodoxes, qui ont r&#233;ussi ce tour de force de faire d'une r&#233;volution de caract&#232;re anarchiste la &#171; r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale &#187; de la plus grande tentative d'asservissement de l'homme des temps modernes. Devant cette usurpation, les voix des &#171; libertaires &#187; se sont faites de plus en plus discr&#232;tes, et les f&#233;d&#233;ralistes, m&#234;me quand ils se qualifient d'&#171; int&#233;graux &#187; ne semblent gu&#232;re dispos&#233;s &#224; revendiquer un h&#233;ritage encombrant, que l'empressement des communistes &#224; s'approprier leur a rendu suspect.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant si la Commune peut &#234;tre source d'enseignements et de r&#233;flexion, c'est pour les f&#233;d&#233;ralistes qu'elle devrait l'&#234;tre ; elle a essay&#233; d'instaurer une soci&#233;t&#233; socialiste anti-&#233;tatiste, elle a &#233;chou&#233;, et cette tentative fut presque unique, si l'on excepte d'autres exp&#233;riences plus br&#232;ves, plus limit&#233;es et moins significatives (d&#233;but de la r&#233;volution sovi&#233;tique, Espagne...). L'int&#233;r&#234;t pour les id&#233;es primerait-il, chez certains, le souci de les voir incarn&#233;es dans les faits ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un accident&#8230; pr&#233;visible
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il convient tout d'abord de noter &#8211; comme le fait justement Bernard Voyenne &#8211; que l'&#233;meute du 18 mars fut loin d'&#234;tre la premi&#232;re phase, voulue et organis&#233;e, d'un projet r&#233;volutionnaire d&#251;ment m&#251;ri. Accident, si l'on veut, provoqu&#233; par de nombreuses causes, et dont l'affaire des canons ne fut que l'&#233;tincelle qui enflamme &#8211; apr&#232;s six mois de troubles, d'agitations, de privations et de ranc&#339;urs &#8211; une population exasp&#233;r&#233;e. Mais lorsque, &#224; la faveur de cette insurrection quasi spontan&#233;e, le Comit&#233; central de la Garde nationale se rend compte que le peuple l'a fait ma&#238;tre de Paris, il peut &#234;tre surpris de la facilit&#233; de sa victoire, il peut se montrer ind&#233;cis ou divis&#233; sur la tactique &#224; suivre, il n'a pas cependant &#224; improviser un programme : celui-ci lui est pour ainsi dire trac&#233; par les revendications les plus constantes des Parisiens depuis le 4 septembre 1870 et dont lui-m&#234;me s'est fait &#224; mainte reprise l'interpr&#232;te. Ces revendications ne sont certes pas r&#233;volutionnaires, en ce sens qu'elles ne constituent pas, et ne pr&#233;tendent pas constituer, l'&#233;bauche d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, mais elles tracent n&#233;anmoins le cadre o&#249; une telle &#233;bauche pourra ult&#233;rieurement s'inscrire ; en sch&#233;matisant, elles culminent dans l'id&#233;e m&#234;me de &#171; Commune &#187;, notion vague pour certains, mais qui symbolise &#8211; face &#224; l'incapacit&#233; du gouvernement provisoire &#8211; la volont&#233; des Parisiens de &#171; prendre en mains leurs propres affaires &#187;. Quand ils pr&#233;cisent leurs positions, les comit&#233;s de vigilance, les chambres syndicales, les clubs sont unanimes &#224; demander : l'abolition de l'arm&#233;e permanente, la lev&#233;e en masse et l'organisation de la d&#233;fense, la suppression de la pr&#233;fecture de police, des r&#233;quisitions et un rationnement &#233;quitable, la libert&#233; d'expression et d'association, la remise des loyers... et, comme moyen pour atteindre ces objectifs, l'&#233;lection d'une municipalit&#233; parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tant pas et ne se voulant pas une avant-garde r&#233;volutionnaire, simple mandataire du peuple en armes soudain ma&#238;tre de son destin face &#224; un pouvoir qui, de fait, a abdiqu&#233;, le Comit&#233; central ne cherche donc d'autre issue &#224; cette situation insurrectionnelle que celle que r&#233;clament inlassablement depuis six mois les Parisiens : les &#233;lections. Si les termes &#171; expression de la volont&#233; populaire &#187; ont un sens, le Comit&#233; central a &#233;t&#233; vraiment cette expression-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Internationale
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; du Comit&#233; central, organisation f&#233;d&#233;rative des bataillons de la Garde nationale, le conseil f&#233;d&#233;ral des sections parisiennes de l'Association internationale des travailleurs (AIT) repr&#233;sente (avec la Chambre f&#233;d&#233;rale des soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res qu'il contr&#244;le) l'organisation du prol&#233;tariat parisien. Quoique passablement d&#233;sorganis&#233;e par la guerre et le si&#232;ge, l'Internationale garde un grand prestige et une influence certaine parmi les ouvriers de la capitale. Mais pas plus que le Comit&#233; central, l'Internationale, en ce mois de mars 1871, ne pr&#233;pare la r&#233;volution &#8211; du moins dans l'acception blanquiste du terme. Ses animateurs, sous l'influence de Proudhon, se sont lanc&#233;s depuis plusieurs ann&#233;es, en d&#233;pit de la r&#233;pression imp&#233;riale, dans un vaste programme d'organisation de la solidarit&#233; ouvri&#232;re. En marge de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, ils construisent patiemment la &#171; contre-soci&#233;t&#233; &#187; des prol&#233;taires, f&#233;d&#233;ration de toutes les associations ouvri&#232;res de &#171; r&#233;sistance &#187;. Les Internationaux n'excluent pas cependant la perspective d'un affrontement avec les forces de la r&#233;action et de l'ordre ; instruits par l'enseignement de Bakounine, ils sont pr&#233;par&#233;s &#8211; au moins intellectuellement &#8211; &#224; cette phase violente que doit constituer la &#171; liquidation de l'&#201;tat &#187; et du capitalisme, m&#234;me s'ils ne l'entrevoient que dans un futur ind&#233;termin&#233;. &#171; On sera pr&#234;t et puissamment constitu&#233; au jour de l'action, si impr&#233;vue que soit son arriv&#233;e &#187;, &#233;crivait en f&#233;vrier 1871 Frankel, dont on sait le r&#244;le important qu'il joua dans la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, en d&#233;pit du climat contestataire et majoritairement &#171; socialiste &#187;, au sens vague du terme, qui r&#232;gne &#224; Paris, en ce d&#233;but de 1871, l'Internationale n'envisage nullement un mouvement insurrectionnel, a fortiori d'y prendre part (l'&#233;chec de la tentative men&#233;e par Bakounine &#224; Lyon en septembre 1870, tout autant que les conseils de Karl Marx sont l&#224; pour l'inciter &#224; la prudence et la garder de tout &#171; aventurisme &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le 4 septembre, la tactique de l'AIT est d'&#234;tre pr&#233;sente sur tous les fronts de la lutte des prol&#233;taires et des d&#233;mocrates. Elle participe avec les blanquistes, certains jacobins et d&#233;mocrates &#171; avanc&#233;s &#187;, &#224; la constitution du Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements dont le programme, largement inspir&#233; par ses militants, r&#233;clame &#171; une liquidation r&#233;volutionnaire politique et sociale &#187; de la soci&#233;t&#233; actuelle. D&#232;s avant le 18 mars, et malgr&#233; les r&#233;serves de certains d'entre eux (Frankel, notamment, qui y voit une compromission avec la bourgeoisie), les Internationaux se sont fait d&#233;l&#233;guer par leurs bataillons, &#224; titre personnel, pour si&#233;ger au Comit&#233; central de la Garde nationale, car ils voient en lui une force potentielle non n&#233;gligeable ; ce sera notamment le cas de Varlin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, comme le Comit&#233; central, l'AIT est surprise par l'&#233;meute du 18 mars que, pas plus que celui-ci, elle n'a contribu&#233; &#224; susciter, si elle h&#233;site quelques jours sur la tactique &#224; suivre, elle est donc loin d'&#234;tre prise au d&#233;pourvu. Apr&#232;s quelques jours d'expectative, elle se rallie au Comit&#233; central de la Garde nationale qu'elle appuie d&#233;sormais de &#171; toute sa force morale &#187; : dans son manifeste du 24 mars, l'AIT appelle le peuple de Paris &#224; voter pour la Commune et se lance dans la campagne &#233;lectorale ; dix-sept de ses militants seront &#233;lus le 26 mars.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des principes, pas une doctrine
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous l'avons vu, la journ&#233;e du 18 mars a peut-&#234;tre un aspect &#171; accidentel &#187;, dans la mesure o&#249; elle n'a &#233;t&#233; voulue ni pr&#233;par&#233;e par aucun groupe constitu&#233;, elle n'en est pas moins l'aboutissement logique, et difficilement &#233;vitable, de six mois d'effervescence populaire et d'imp&#233;ritie du gouvernement provisoire. Dans sa spontan&#233;it&#233;, elle est porteuse des revendications et des aspirations quasi unanimes du peuple parisien. II y a une conjonction de volont&#233;s qui, toutes, exigent la Commune, m&#234;me si sous ce vocable se dissimulent des pr&#233;occupations sinon divergentes, tout au moins diff&#233;rentes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien avant les &#233;lections du 26 mars, les diverses &#171; familles &#187; politiques ont pu, dans leurs clubs, discuter et exprimer leur programme ; les &#233;lections, m&#234;me organis&#233;es &#224; la h&#226;te comme elles le furent, ne les prennent pas de court, non plus que l'opinion publique. Les &#233;l&#233;ments les plus conscients de la n&#233;cessit&#233; et des voies et moyens d'une r&#233;volution sociale de type libertaire, les Internationaux, voient dans la Commune &#8211; parce qu'elle est l'affirmation de la R&#233;publique et qu'elle est port&#233;e par un courant profond&#233;ment populaire, antiautoritaire, antiparlementaire et anticapitaliste &#8211; l'occasion de r&#233;aliser, au moins partiellement, leur projet ; leur adh&#233;sion et leur participation &#224; la Commune lui donnera une assise doctrinale qui la fera &#233;chapper &#224; la simple &#233;meute patriotique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, il faut aussit&#244;t rappeler que les Internationaux ne sont dans le conseil de la Commune qu'une minorit&#233; ; qu'ils ne constituent pas eux-m&#234;mes un bloc homog&#232;ne, partag&#233;s qu'ils sont entre des &#233;l&#233;ments proudhoniens &#171; mutuellistes &#187;, des bakouniniens, de tr&#232;s rares marxistes et m&#234;me quelques blanquistes qui ont rejoint r&#233;cemment les rangs de l'Internationale ; et qu'enfin, certains d'entre eux voteront parfois avec la majorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au plan international, l'AIT est loin d'avoir &#233;labor&#233; une doctrine rigide, comme elle tentera de le faire apr&#232;s 1872 lorsque Marx aura assur&#233; son emprise sur le Conseil g&#233;n&#233;ral de Londres. Les diff&#233;rentes sections, souplement f&#233;d&#233;r&#233;es, n'ont en commun que quelques principes &#171; de base &#187;, hors desquels la libert&#233; d'opinion et d'action est de r&#232;gle. Au congr&#232;s de B&#226;le, en septembre 1869, un accord s'est fait sur la collectivisation (non l'&#233;tatisation !) des moyens de production ; mais d&#233;j&#224; une premi&#232;re scission se dessine entre les anarchistes, ou socialistes libertaires, entra&#238;n&#233;s par Bakounine (ce sont en majorit&#233; des Fran&#231;ais, des Belges, des Suisses, des Espagnols) et les communistes autoritaires (Allemands, Anglais, Suisses allemands) regroup&#233;s autour de Marx.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; la lumi&#232;re de ces quelques donn&#233;es &#8211; trop sch&#233;matiquement expos&#233;es &#8211; qu'il convient de juger la R&#233;volution de 1871. Divis&#233;e entre une minorit&#233; relativement coh&#233;rente et une majorit&#233; passablement h&#233;t&#233;roclite, la Commune ne r&#233;ussit &#224; se diriger qu'en biaisant vers un but qui n'&#233;tait clair que pour les communeux les plus lucides, la plupart des Internationaux ; ceux-ci imprim&#232;rent une marque originale &#224; ces soixante-douze jours d'un printemps d'espoir, qui, sans eux, n'aurait &#233;t&#233; probablement qu'une grande et tragique kermesse ou une triste caricature de 1792.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un anti&#233;tatisme fondamental
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que les Internationaux fran&#231;ais aient &#233;t&#233; en majeure partie des disciples de Proudhon et, surtout parmi les jeunes, de Bakounine, c'est une r&#233;alit&#233; que m&#234;me les historiens marxistes ne peuvent nier, bien qu'ils en tirent en g&#233;n&#233;ral des commentaires plut&#244;t d&#233;favorables. Cette influence, jointe &#224; l'instinct libertaire du peuple parisien, a donn&#233; &#224; la R&#233;volution de 1871 son caract&#232;re fondamentalement anti-&#233;tatiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur ce point, pas de division, une profonde unanimit&#233;. &#192; l'anti&#233;tatisme doctrinal des proudhoniens et passionnel, presque visc&#233;ral, des bakouniniens, r&#233;pond dans la majorit&#233; celui, plus tactique et conjoncturel, des blanquistes et des jacobins. Pour les uns, la liquidation de l'&#201;tat et l'instauration de la Commune sont le fondement de la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, non hi&#233;rarchique, antiautoritaire, supprimant les distinctions entre les classes et entre gouvernants et gouvern&#233;s ; pour les autres, un moyen d'opposer le Paris r&#233;publicain &#224; une Assembl&#233;e r&#233;actionnaire et rurale. L'unanimit&#233; anti-&#233;tatiste est donc &#233;quivoque, et cette &#233;quivoque n'a cess&#233; de peser sur la nature m&#234;me de la Commune : les f&#233;d&#233;ralistes voient en elle la municipalit&#233; parisienne r&#233;volutionnaire enfin libre et ma&#238;tresse de son destin, pr&#234;te &#224; conclure avec les autres communes lib&#233;r&#233;es un nouveau &#171; contrat national &#187; ; les jacobins veulent en faire face &#224; l'antir&#233;publicanisme et au d&#233;faitisme des Versaillais, le noyau d'un gouvernement r&#233;volutionnaire de la France, r&#233;surgence de la Commune de 1792-1793. Mais le courant anti-&#233;tatiste et l'aspiration &#224; l'autonomie communale sont tellement forts que blanquistes et jacobins, plus ou moins contraints, s'y rallient ; de l'ambigu&#239;t&#233; de cette situation, les socialistes r&#233;volutionnaires sauront tirer parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa D&#233;claration au peuple fran&#231;ais du 19 avril &#8211; adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233; moins une voix ! &#8211; par laquelle la Commune explique son programme et justifie son action, pas une seule fois ne figure le mot &#201;tat. Au jugement de Karl Marx : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'antagonisme de la Commune et du pouvoir d'&#201;tat a &#233;t&#233; pris &#224; tort pour une forme excessive de la vieille lutte contre la surcentralisation &#187;, la D&#233;claration r&#233;plique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'unit&#233;, telle qu'elle nous a &#233;t&#233; impos&#233;e jusqu'&#224; ce jour par l'Empire, la monarchie et le parlementarisme, n'est que la centralisation despotique inintelligente ; arbitraire ou on&#233;reuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'unit&#233; politique, telle que la veut Paris, c'est l'association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontan&#233; et libre de toutes les &#233;nergies individuelles en vue d'un but commun, le bien-&#234;tre et la s&#233;curit&#233; de tous.&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution communale (...), c'est la fin du vieux monde gouvernemental et cl&#233;rical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des monopoles, des privil&#232;ges auxquels le prol&#233;tariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses d&#233;sastres1. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;volution anti-&#233;tatiste, anticapitaliste et communale est proche de celle que Bakounine, apr&#232;s Proudhon, appelait de ses v&#339;ux quand il &#233;crivait (en 1865) que : &#171; L'av&#232;nement de la libert&#233; est incompatible avec l'existence des &#201;tats &#187; et qu'il d&#233;froissait ainsi l'objet de la &#171; r&#233;volution d&#233;mocratique et sociale &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Politiquement : c'est (&#8230;) l'&#233;mancipation compl&#232;te des individus et des associations du joug de l'autorit&#233; divine et humaine : c'est la destruction absolue de toutes les unions et agglom&#233;rations forc&#233;es des communes dans les provinces, des provinces et des pays conquis dans l'&#201;tat. Enfin, c'est la dissolution radicale de l'&#201;tat centraliste, tut&#233;laire, autoritaire, avec toutes les institutions militaires, bureaucratiques, gouvernementales, administratives, judiciaires et civiles. C'est en un mot la libert&#233; rendue &#224; tout le monde, aux individus, comme &#224; tous les corps collectifs, associations, communes, provinces, r&#233;gions et nations, et la garantie mutuelle de cette libert&#233; par la f&#233;d&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Socialement : c'est la confirmation de l'&#233;galit&#233; politique par l'&#233;galit&#233; &#233;conomique (...)2. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien cette &#171; union de l'ordre et de l'anarchie &#187;, expression selon Proudhon de &#171; la plus haute perfection de la soci&#233;t&#233; &#187; que le programme de la Commune commen&#231;ait d'&#233;baucher.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La commune souveraine
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jusqu'ici, nous n'&#233;tions qu'une foule, nous serons enfin une cit&#233; &#187;, proclame en octobre 1870 le Comit&#233; central des vingt arrondissements en faisant allusion &#224; la Commune dont il r&#233;clame la constitution. Paroles admirables de gens simples qui ont eu de la d&#233;structuration de la soci&#233;t&#233; par l'&#201;tat une connaissance toute intuitive mais profonde.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette soci&#233;t&#233; d&#233;compos&#233;e, la Commune entend opposer une structure &#171; solidarisante &#187; et non contraignante, f&#233;d&#233;ration de groupements de toute nature, permettant &#224; l'homme de s'ins&#233;rer dans des collectivit&#233;s librement constitu&#233;es, o&#249; il puisse retrouver et manifester en permanence initiative et responsabilit&#233; et exercer la pl&#233;nitude de ses droits politiques et sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le principe d'autorit&#233; et de centralisation &#233;tant convaincu d'impuissance, ajoutait le Comit&#233; central, nous n'avons plus d'espoir que dans l'&#233;nergie patriotique des communes de France, devenant par la force m&#234;me des choses, libres, autonomes et souveraines3. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Libre, autonome, souveraine, telle appara&#238;t la commune, base de la soci&#233;t&#233; f&#233;d&#233;ralis&#233;e, dans le programme du 19 avril. De son &#171; autonomie absolue &#187; &#8211; qui n'a &#171; pour limites que le droit d'autonomie &#233;gal &#187; des autres communes &#8211; d&#233;coulent des droits importants : la Commune vote le budget ; fixe et r&#233;partit l'imp&#244;t ; organise sa magistrature, sa police et l'enseignement ; administre les biens communaux ; garantit les libert&#233;s individuelles ; assure le libre exercice du droit de r&#233;union ; etc. Tous les magistrats et fonctionnaires communaux, choisis par &#233;lection ou concours, sont responsables et justifiables d'un droit permanent de contr&#244;le et de r&#233;vocation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que demandaient d'autre Proudhon et Bakounine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Du premier, citons ce passage de La Capacit&#233; politique des classes ouvri&#232;res (1865) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La commune comme l'homme, comme la famille, comme toute individualit&#233; et toute collectivit&#233; intelligente, morale et libre, est un &#234;tre souverain. En cette qualit&#233; la commune a le droit de se gouverner elle-m&#234;me, de s'administrer, de s'imposer des taxes, de disposer de ses propri&#233;t&#233;s et de ses revenus, de faire sa police, d'avoir sa gendarmerie et sa garde civique ; de nommer ses juges, d'avoir ses journaux, ses r&#233;unions, ses soci&#233;t&#233;s particuli&#232;res (...)4. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et de Bakounine, ce texte extrait du Cat&#233;chisme r&#233;volutionnaire, &#233;crit aussi en 1865 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La base de toute organisation politique d'un pays doit &#234;tre la commune, absolument autonome, repr&#233;sent&#233;e toujours par la majorit&#233; des suffrages de tous les habitants hommes et femmes &#224; titre &#233;gal, majeurs. Aucun pouvoir n'a le droit de se m&#234;ler dans sa vie, dans ses actes et dans son administration int&#233;rieure. Elle nomme et destitue par &#233;lection tous les fonctionnaires : administrateurs, et juges, et administre sans contr&#244;le les biens communaux et ses finances. Chaque commune aura le droit incontestable de cr&#233;er ind&#233;pendamment de toute sanction sup&#233;rieure sa propre l&#233;gislation et sa propre constitution5. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que r&#233;clament d'autre, aujourd'hui, les f&#233;d&#233;ralistes ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers la r&#233;publique universelle
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Autonomie communale ne veut pas dire ind&#233;pendance, et ce n'est pas &#224; une soci&#233;t&#233; atomis&#233;e de petites &#171; r&#233;publiques ind&#233;pendantes &#187; &#224; la &#171; destruction de l'unit&#233; fran&#231;aise &#187; que pr&#233;tend aboutir le projet de la Commune, mais &#224; une nouvelle unit&#233; fond&#233;e sur l'association des communes lib&#233;r&#233;es ; plus de gouvernement national, mais une &#171; administration centrale, d&#233;l&#233;gation des communes f&#233;d&#233;r&#233;es &#187;, en application du syst&#232;me f&#233;d&#233;ratif d&#233;fini par Proudhon et dont la loi fondamentale est que &#171; dans la f&#233;d&#233;ration, les attributs de l'autorit&#233; centrale se sp&#233;cialisent et se restreignent, diminuent de nombre, d'imm&#233;diatet&#233;, et (...) d'intensit&#233;6 &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un point toutefois s&#233;pare le programme des r&#233;volutionnaires de 1871 des conceptions de Bakounine : craignant que la commune ne soit trop faible pour r&#233;sister &#224; une pression centralisatrice in&#233;vitable - et que connaissent bien tous les &#201;tats f&#233;d&#233;raux, - celui-ci consid&#233;rait comme indispensable la cr&#233;ation entre les communes et cette &#171; administration centrale &#187;, d'&#171; au moins un interm&#233;diaire autonome : le d&#233;partement, la r&#233;gion ou la province &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette structure f&#233;d&#233;rale, partant de la commune ne saurait s'arr&#234;ter aux fronti&#232;res d'un pays ; pour r&#233;ussir, la r&#233;volution doit &#234;tre universelle ; commentant l'exp&#233;rience de la Commune, Bakounine voyait la future organisation sociale, se faisant &#171; de bas en haut, par la libre association ou f&#233;d&#233;ration des travailleurs, dans les associations d'abord, puis dans les communes, dans les r&#233;gions, dans les nations et, finalement, dans une grande f&#233;d&#233;ration internationale et universelle7 &#187;. La &#171; r&#233;publique universelle &#187; la Commune aussi l'appela de ses v&#339;ux ; on l'accusa d'&#234;tre &#171; patriotarde &#187;, elle fut tout au plus patriote, mais non nationaliste. Les membres de l'Internationale en tout cas avaient trop le sens de l'unit&#233; de la lutte d'&#233;mancipation de tous les prol&#233;taires, par-dessus les fronti&#232;res artificielles des &#201;tats, pour assimiler le combat contre les forces r&#233;actionnaires de la Prusse &#224; une guerre entre Allemands et Fran&#231;ais. D&#232;s le 4 septembre, le conseil f&#233;d&#233;ral des sections parisiennes de l'Internationale, dans son Adresse au peuple allemand, proclamait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Oublions les crimes militaires que les despotes nous ont fait commettre les uns contre les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Proclamons : la Libert&#233;, l'&#201;galit&#233;, la Fraternit&#233; des peuples. Par notre alliance, fondons les &#201;tats-Unis D'EUROPE8. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La politique sociale de la Commune
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La commune lib&#233;r&#233;e, nous l'avons vu, n'est pas une collectivit&#233; strictement politique, mais avant tout une f&#233;d&#233;ration d'associations de travailleurs ; son objectif est de mettre un terme &#224; l'exploitation, aux monopoles, aux privil&#232;ges et de r&#233;aliser enfin l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat. Comme le soulignait Lefran&#231;ais, l'id&#233;e communaliste impliquait la &#171; suppression du pouvoir dans l'ordre politique &#187; et &#171; la suppression du salariat dans l'ordre &#233;conomique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a reproch&#233; cependant &#224; la Commune de s'&#234;tre voulue une r&#233;volution sociale et de n'avoir gu&#232;re d&#233;fini son programme ; quant aux d&#233;cisions prises, elles seraient rares et par trop incoh&#233;rentes. Socialiste, la Commune l'aurait &#233;t&#233; surtout en paroles et bien peu en actes. Ce jugement nous para&#238;t devoir &#234;tre nuanc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notons tout d'abord que si son projet politique rencontra facilement l'unanimit&#233; - une unanimit&#233; non d&#233;nu&#233;e d'&#233;quivoques, nous l'avons vu, - le projet social de la Commune fut trop souvent victime de l'opposition entre la majorit&#233;, qui pr&#233;tendait s'occuper d'abord des probl&#232;mes politiques et municipaux, et la minorit&#233; r&#233;ellement socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passant sur les quelques d&#233;crets sociaux, au sens restreint du terme, que tout le monde conna&#238;t : abolition du travail de nuit des ouvriers boulangers, suppression des amendes et retenues sur les salaires, r&#233;organisation des bureaux de placement, r&#233;forme du Mont-de-pi&#233;t&#233;..., nous essayerons de nous attacher, l&#224; encore, davantage aux intentions proclam&#233;es ou sous-jacentes qu'&#224; des r&#233;alisations forc&#233;ment parcellaires, et &#224; montrer leur coh&#233;rence et leur convergence avec le programme socialiste r&#233;volutionnaire de Proudhon et de Bakounine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sociale, la R&#233;volution de 1871 l'a &#233;t&#233;, si l'on prend ce mot dans son sens le plus large. Son ambition n'&#233;tait-elle pas de provoquer &#171; un changement radical des rapports sociaux &#187; ? (&#171; L'&#233;galit&#233; sociale. Plus de patronat, plus de prol&#233;tariat, plus de classes &#187;, exigeaient les comit&#233;s de vigilance en f&#233;vrier 1871. &#171; Nous ne voulons plus d'ali&#233;nations, plus de monarchie, plus de ces exploiteurs ni oppresseurs de toutes sortes... &#187;, proclamait de son c&#244;t&#233;, lors de son assembl&#233;e du 10 mars, la F&#233;d&#233;ration de la Garde nationale.). Dans sa grande majorit&#233;, le peuple de Paris &#233;tait socialiste, mais &#171; beaucoup plus d'instinct que d'id&#233;e ou de conviction r&#233;fl&#233;chie &#187;, comme le notait Bakounine ; pour lui le socialisme n'est pas encore un syst&#232;me, c'est pour reprendre l'expression de Proudhon, &#171; tout simplement une protestation &#187;, ou encore : &#171; l'affranchissement du prol&#233;tariat et l'extinction de la mis&#232;re, c'est-&#224;-dire l'&#233;galit&#233; effective des conditions parmi les hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usine &#224; l'ouvrier
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce socialisme diffus qu'a pu s'appuyer la Commune, mais aussi sur les &#339;uvres th&#233;oriques de Proudhon, et sur l'exp&#233;rience des soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res qui se sont grandement d&#233;velopp&#233;es &#224; la fin du Second Empire sous l'impulsion de l'Association internationale des travailleurs. Remarquable organisateur de ces soci&#233;t&#233;s, militant de l'Internationale, disciple de Bakounine, Eug&#232;ne Varlin &#233;crivait, un an avant la Commune :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; moins de vouloir tout ramener &#224; un &#233;tat centralisateur et autoritaire qui nommerait les directeurs d'usine, de manufactures, lesquels nommeraient &#224; leur tour les sous-directeurs, contrema&#238;tres, etc., et d'arriver ainsi &#224; une organisation hi&#233;rarchique de haut en bas du travail, dans laquelle le travailleur ne serait plus qu'un engrenage inconscient, sans libert&#233; ni initiative, &#224; moins de cela, nous sommes forc&#233;s d'admettre que les travailleurs eux-m&#234;mes doivent avoir la libre disposition, la possession de leurs instruments de travail9. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; quoi, fait &#233;cho Bakounine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je suis un partisan convaincu de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et sociale, parce que je sais qu'en dehors de cette &#233;galit&#233;, la libert&#233;, la justice, la dignit&#233; humaine, la moralit&#233; et le bien-&#234;tre des individus aussi bien que la prosp&#233;rit&#233; des nations ne seront jamais rien qu'autant de mensonges. Mais, partisan quand m&#234;me de la libert&#233;, cette condition premi&#232;re de l'humanit&#233;, je pense que l'&#233;galit&#233; doit s'&#233;tablir dans le monde par l'organisation spontan&#233;e du travail et de la propri&#233;t&#233; collective des associations productrices librement organis&#233;es et f&#233;d&#233;ralis&#233;es dans les communes, et par la f&#233;d&#233;ration tout aussi spontan&#233;e des communes, mais non par l'action supr&#234;me et tut&#233;laire de l'&#201;tat10. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de ces textes, le programme de la Commune du 19 avril para&#238;t assez flou :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ... &#192; la faveur de son autonomie, et profitant de sa libert&#233; d'action. Paris se r&#233;serve d'op&#233;rer comme il l'entendra chez lui, les r&#233;formes administratives et &#233;conomiques que r&#233;clame sa population, de cr&#233;er des institutions propres &#224; d&#233;velopper et propager l'instruction, la production, l'&#233;change et le cr&#233;dit, &#224; universaliser le pouvoir, et la propri&#233;t&#233;, suivant les n&#233;cessit&#233;s du moment, le v&#339;u des int&#233;ress&#233;s et les donn&#233;es fournies par l'exp&#233;rience11. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
N'oublions par cependant qu'il s'agit-l&#224; d'une d&#233;claration adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233; moins une voix et que cette unanimit&#233; aurait &#233;t&#233; difficile &#224; obtenir sur une r&#233;daction plus explicite. N&#233;anmoins, au travers d'autres textes, &#233;manant notamment de la commission du travail et de l'&#233;change (compos&#233;e en majeure partie de jeunes ouvriers militants de l'Internationale et anim&#233;e par Frankel), comme dans certains d&#233;crets, se pr&#233;cisent - encore en pointill&#233;s, certes, mais sans &#233;quivoque - les lignes de force de cet &#171; ordre nouveau d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233; et de libert&#233; &#187; qui doit &#234;tre &#171; le couronnement de la r&#233;volution communale que Paris a l'honneur d'avoir inaugur&#233;e &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour (le peuple) la Commune n'est pas seulement l'autonomie administrative, mais encore et surtout l'affirmation du pouvoir souverain, du pouvoir l&#233;gislatif, c'est-&#224;-dire le droit entier, absolu, pour le groupe communal de se donner ses propres lois, de cr&#233;er son organisme politique comme un moyen pouvant r&#233;aliser le but m&#234;me de la R&#233;volution, &#224; savoir l'affranchissement du travail, l'abolition des monopoles et des privil&#232;ges, de la bureaucratie, de la f&#233;odalit&#233; industrielle, agioteuse et capitaliste, la cr&#233;ation enfin de l'ordre &#233;conomique qui doit substituer l'accord des int&#233;r&#234;ts, la justice dans l'&#233;change, aux conflits et aux d&#233;sordres enfant&#233;s par l'ancien ordre social du laisser-faire et du laisser-passer12. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Propri&#233;t&#233; collective des moyens de production par les associations de travailleurs, libre f&#233;d&#233;ration de ces associations entre elles pour organiser le cr&#233;dit et l'&#233;change, organisation, en dehors de l'&#201;tat, de la puissance sociale des masses ouvri&#232;res, tel est le type de soci&#233;t&#233; socialiste qu'ont &#233;bauch&#233; les communeux et qui se situe dans le droit fil des th&#233;ories de Proudhon et de Bakounine. Si l'on descend au niveau des quelques d&#233;crets pris &#224; l'instigation de la commission du travail et de l'&#233;change, nous retrouvons ce m&#234;me souci - d&#233;nu&#233; de tout esprit doctrinaire - d'&#171; autogestion &#187; : dans les ateliers &#171; communalis&#233;s &#187;, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la direction et les chefs d'ateliers sont nomm&#233;s par les ouvriers et sont r&#233;vocables ; pour favoriser le d&#233;veloppement des institutions de solidarit&#233; ouvri&#232;res, les administrations publiques et les mairies sont invit&#233;es &#224; accorder une priorit&#233; pour leurs achats aux &#171; associations de producteurs &#187; qui se cr&#233;ent dans les diff&#233;rentes branches d'activit&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Reprocher &#224; la Commune de n'avoir pu davantage pr&#233;ciser son programme et surtout mieux l'appliquer, quand on sait que ses neuf semaines d'existence ont &#233;t&#233; domin&#233;es par une guerre impitoyable et des probl&#232;mes de subsistance criants, et que seule une minorit&#233; &#233;tait consciente du fait que la r&#233;volution ne pouvait r&#233;ussir que si elle &#233;tait en m&#234;me temps une r&#233;volution politique et sociale, est un peu l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un mouvement spontan&#233;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t que nous portons &#224; la Commune serait faible si elle n'avait &#233;t&#233; r&#233;ellement, profond&#233;ment une r&#233;volution libertaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle fut tout d'abord, dans son d&#233;clenchement, l'&#339;uvre spontan&#233;e du peuple parisien (un &#171; mouvement spontan&#233;, mais nullement impr&#233;vu (...), n&#233; des entrailles m&#234;me du si&#232;cle &#187;, notait Lissagaray). Si elle trouva l'appui d'une minorit&#233; agissante, elle ne fut men&#233;e ni faite &#224; son profit par aucune minorit&#233; dirigeante. M&#234;me sur sa fin, quand elle se lan&#231;a dans cette exp&#233;rience, plus proclamatoire que r&#233;elle, de comit&#233; de salut public, elle r&#233;pugna &#224; toute direction, &#224; toute dictature, faisant inlassablement confiance &#224; l'initiative et au contr&#244;le populaires. &#171; Issue de l'anarchie, elle a v&#233;cu et s'est soutenue par l'anarchie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune n'eut pas de chef, on le lui a assez reproch&#233;. Si sur le plan militaire cette situation eut peut-&#234;tre des cons&#233;quences f&#226;cheuses, comment ne pas se f&#233;liciter en revanche qu'un mouvement r&#233;volutionnaire au moins n'ait pas pr&#233;tendu instaurer la libert&#233; par d'autres moyens que la libert&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution profond&#233;ment libertaire, parce qu'elle fut l'&#339;uvre du peuple et non de doctrinaires et qu'apr&#232;s le despotisme de l'Empire, le peuple aspirait &#224; la libert&#233; ; parce que, parmi les hommes dont elle fit ses mandataires au conseil communal, figuraient quelques socialistes r&#233;volutionnaires authentiques, qui ont lutt&#233; sans faiblesse contre les tendances &#224; l'autoritarisme des blanquistes et des jacobins (&#171; Je ne comprends pas, s'&#233;criait Arnould, que des hommes qui ont pass&#233; toute leur vie &#224; combattre les errements du despotisme, je ne comprends pas, dis-je, que ces m&#234;mes hommes, quand ils sont au pouvoir, s'empressent de tomber dans les m&#234;me fautes13. &#187;) ; parce qu'enfin le mouvement ouvrier, influenc&#233; &#224; ses d&#233;buts par Proudhon, s'est constitu&#233; selon des principes essentiellement f&#233;d&#233;ralistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis septembre 1870, se sont cr&#233;&#233;s spontan&#233;ment, dans chaque quartier, presque dans chaque rue, des comit&#233;s de vigilance, des clubs, des associations de solidarit&#233;. Devant la n&#233;cessit&#233; de coordonner leurs efforts, toutes ces organisations se donnent naturellement &#8211; serions-nous tent&#233;s de dire, &#8211; &#224; l'instar de la Garde nationale, une structure f&#233;d&#233;rale, laissant la plus grande autonomie &#224; la base qui &#233;lit directement, de proche en poche, ses mandataires aux &#233;chelons sup&#233;rieurs. La m&#233;fiance pour tout ordre hi&#233;rarchique et pour ce qui ressemble de pr&#232;s ou de loin &#224; un appareil de type &#233;tatique et bureaucratique est grande et g&#233;n&#233;rale parmi les ouvriers. (&#171; L'Internationale, d&#233;clarait un militant au cours des proc&#232;s de 1870, est la premi&#232;re association, qui se soit d&#233;barrass&#233;e du vieil esprit d'autorit&#233;, qui jusque-l&#224; (...) &#233;tait rest&#233; dominant dans toutes les organisations et dans tous les partis14. &#187;). Si, comme nous l'avons vu, le peuple parisien &#233;tait socialiste &#171; d'instinct &#187;, on peut ajouter qu'il &#233;tait &#233;galement f&#233;d&#233;raliste d'instinct, tant le f&#233;d&#233;ralisme appara&#238;t comme la forme spontan&#233;e de sociabilit&#233; d&#232;s que vient &#224; dispara&#238;tre ou &#224; se rel&#226;cher le carcan de l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par sa spontan&#233;it&#233;, la R&#233;volution de 1871 a plus d'un trait commun avec la &#171; Commune &#233;tudiante &#187; de 1968. Ne poussons pas trop loin l'analogie, car des diff&#233;rences profondes s&#233;parent ces deux &#233;v&#233;nements, mais tout autant que mai 1968, les mois qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la proclamation de la Commune furent une v&#233;ritable &#171; prise de la parole &#187; par un peuple trop longtemps musel&#233; : libert&#233; d'expression, libert&#233; de la presse, droit de r&#233;union et d'association furent les premi&#232;res et plus constantes des revendications populaires ; pendant quelques mois, ce fut &#224; une prodigieuse d&#233;bauche de paroles et d'&#233;crits que furent convi&#233;s les Parisiens. (On a dit et on r&#233;p&#232;te que la Commune fut compos&#233;e d'incorrigibles bavards, ce n'est peut-&#234;tre pas faux, mais nous attendons que l'on vienne nous prouver que son conseil fut plus &#171; discoureur &#187; que n'importe quelle autre assembl&#233;e&#8230;). Que ce &#171; d&#233;sordre &#187; puisse irriter les autoritaires de tous bords, cela se comprend ; c'est pourtant de &#171; cette anarchie, c'est-&#224;-dire de la manifestation compl&#232;te de la vie populaire d&#233;cha&#238;n&#233;e, (que) doit sortir la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, la justice, l'ordre nouveau, et la force m&#234;me de la R&#233;volution contre la r&#233;action15. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution n'est l'&#339;uvre de personne
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parlant de ses amis de l'Internationale &#8211; notamment de Varlin &#8211; et de leur participation &#224; la Commune, Bakounine notait avec une grande justesse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ils avaient (...) cette conviction que dans la R&#233;volution sociale, diam&#233;tralement oppos&#233;e, dans ceci comme dans tout le reste, &#224; la R&#233;volution politique, l'action des individus &#233;tait presque nulle et l'action spontan&#233;e des masses devait &#234;tre tout. Tout ce que les individus peuvent faire, c'est d'&#233;laborer, d'&#233;claircir et de propager les id&#233;es correspondant &#224; l'instinct populaire, et de plus, c'est de contribuer par leurs efforts incessants &#224; l'organisation r&#233;volutionnaire de la puissance naturelle des masses, mais rien au-del&#224; ; et tout le reste ne doit et ne peut se faire que par le peuple lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement on aboutirait &#224; la dictature politique, c'est-&#224;-dire &#224; la reconstitution de l'&#201;tat, des privil&#232;ges, des in&#233;galit&#233;s, de toutes les oppressions de l'&#201;tat, et on arriverait par une voie d&#233;tourn&#233;e mais logique au r&#233;tablissement de l'esclavage politique, social, &#233;conomique des masses populaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Varlin et tous ses amis, comme tous les socialistes sinc&#232;res, et en g&#233;n&#233;ral comme tous les travailleurs n&#233;s et &#233;lev&#233;s dans le peuple, partageaient au plus haut degr&#233; cette pr&#233;vention parfaitement l&#233;gitime contre l'initiative continue des m&#234;mes individus, contre la domination exerc&#233;e par des individualit&#233;s sup&#233;rieures : et, comme ils &#233;taient justes avant tout, ils tournaient aussi bien cette pr&#233;vention, cette d&#233;fiance contre eux-m&#234;mes que contre toutes les autres personnes16. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'on veuille bien excuser cette longue citation &#8211; et celles qui vont suivre, &#8211; mais tout le d&#233;veloppement consacr&#233; par Bakoukine &#224; La Commune de Paris et la notion de l'&#201;tat m&#233;riterait d'&#234;tre cit&#233; in extenso tant il contient de vues p&#233;n&#233;trantes...&lt;br class='autobr' /&gt;
Rester en contact permanent avec les masses, ne pas faire &#339;uvre de doctrinaires mais d'&#171; hommes pratiques &#187;, consulter les int&#233;ress&#233;s avant de promulguer toute r&#233;forme les concernant, &#234;tre le plus possible &#224; l'&#233;coute des revendications populaires, tel a &#233;t&#233; le souci constant des meilleurs communeux. C'est par exemple, la commission du travail et de l'&#233;change qui d&#233;finissait ainsi sa mission :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Conform&#233;ment aux vrais principes d&#233;mocratiques, qui exigent que les citoyens soient appel&#233;s directement &#224; r&#233;gler leurs int&#233;r&#234;ts, la commission a le devoir absolu de faciliter aux int&#233;ress&#233;s tous les moyens de grouper les &#233;l&#233;ments &#224; l'aide desquels se pourront pr&#233;parer les projets de d&#233;cret dont elle proposera l'adoption &#224; la Commune, de fa&#231;on qu'ils soient toujours la r&#233;elle expression des int&#233;r&#234;ts professionnels, pr&#233;alablement d&#233;battus par ceux dont les d&#233;crets seront l'objet17. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maint autre texte pourrait &#234;tre cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le respect, non seulement proclam&#233; mais r&#233;el, de la &#171; souverainet&#233; du peuple &#187; animait des hommes comme Varlin et la plupart des socialistes r&#233;volutionnaires. Ce n'&#233;tait pas chez eux un scrupule de &#171; d&#233;mocrates l&#233;galistes &#187;, mais la conviction que les r&#233;volutions &#171; se pr&#233;parent longtemps dans la profondeur de la conscience instinctive des masses&lt;br class='autobr' /&gt;
Populaires &#187; (Bakounine) et qu'il fallait &#171; rendre au peuple sa f&#233;condit&#233; initiatrice &#187; (Proudhon) en subordonnant le pouvoir &#224; ses volont&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Point de gouvernement
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Anarchiste dans ses principes, la Commune le fut dans ses institutions. Dans son f&#233;d&#233;ralisme instinctif, le peuple parisien rejoignait tout naturellement les pr&#233;ceptes de Proudhon et de Bakounine qui, hostiles &#224; toute forme de parlementarisme et de d&#233;mocratie lib&#233;rale, r&#233;clamaient le mandat imp&#233;ratif, le contr&#244;le permanent et la r&#233;vocabilit&#233; des mandataires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil de la Commune fut &#224; la fois un organisme d&#233;lib&#233;rant et l&#233;gislatif, et un ex&#233;cutif, celui-ci &#233;tant compos&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s des neuf commissions responsables de l'administration des principaux d&#233;partements ou services publics. Ce fut un &#171; gouvernement &#187; coll&#233;gial sans maire ; une assembl&#233;e, sans pr&#233;sident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on nous permette encore de citer &#224; ce propos un texte proph&#233;tique de Bakounine (il date de 1868) qui montre &#224; nouveau &#224; quel point la Commune de 1871 fut la fille du grand r&#233;volutionnaire anarchiste : &#171; Apr&#232;s avoir d&#233;truit l'&#201;tat autoritaire et tut&#233;laire &#187;, la capitale insurg&#233;e s'organise en &#171; commune r&#233;volutionnaire &#187;, &#171; alliance f&#233;d&#233;rative de toutes les associations ouvri&#232;res &#187; ; &#224; la t&#234;te de ces communes, un conseil form&#233; par &#171; d&#233;l&#233;gation d'un ou de deux d&#233;put&#233;s par chaque barricade, un par rue ou par quartier, d&#233;put&#233;s investis de mandats imp&#233;ratifs, toujours responsables et toujours r&#233;vocables. Le Conseil communal ainsi organis&#233; pourra choisir dans son sein des comit&#233;s ex&#233;cutifs, s&#233;par&#233;s pour chaque branche de l'administration r&#233;volutionnaire de la Commune18 &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La volont&#233; de la Commune fut de diviser et de r&#233;partir le pouvoir, non de le concentrer :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ... Le mouvement communaliste, soulignait le socialiste r&#233;volutionnaire Lefran&#231;ais, devait avoir pour objectif incessant de remettre aux citoyens eux-m&#234;mes, au moyen de leurs assembl&#233;es de quartiers, le soin de r&#233;gler leurs int&#233;r&#234;ts collectifs et locaux, et (...) l'administration centrale ne devait &#234;tre que la coordinatrice et l'ex&#233;cutrice des d&#233;cisions prises dans les r&#233;unions locales (...)19. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre la dictature du prol&#233;tariat
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La tentation de la dictature pour tout mouvement r&#233;volutionnaire ayant &#224; faire face &#224; la r&#233;action et &#224; la guerre &#233;tant forte, l'on ne peut qu'admirer que la Commune de Paris, sans en avoir &#233;t&#233; &#224; l'abri, n'y ait pas succomb&#233;. Quand il fut question, sur l'instigation du blanquiste Miot, de cr&#233;er un comit&#233; de salut public dot&#233; de pouvoirs &#233;tendus &#8211; il en eut en fait fort peu et ne fut gu&#232;re dictatorial, &#8211; dix-sept socialistes s'y oppos&#232;rent en faisant valoir que &#171; cette institution serait en opposition formelle avec les aspirations de la masse &#233;lectorale, dont la Commune est la repr&#233;sentation &#187; et que &#171; toute dictature par la Commune serait de la part de celle-ci une v&#233;ritable usurpation de la souverainet&#233; du peuple20 &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec une prescience remarquable, Proudhon avait d&#233;j&#224; r&#233;pudi&#233; en 1848 cette &#171; d&#233;mocratie compacte, fond&#233;e en apparence sur la dictature des masses, mais o&#249; les masses n'ont de pouvoir que ce qu'il faut pour assurer la servitude universelle &#187;. Et Bakounine, de son c&#244;t&#233;, commen&#231;ant &#224; combattre la tendance autoritaire et &#233;tatiste des &#171; marxiens &#187; dans l'Internationale, d&#233;clarait, vingt ans plus tard :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes les ennemis naturels de ces r&#233;volutionnaires, futurs dictateurs, qui, avant m&#234;me que les &#201;tats monarchiques, aristocratiques, et bourgeois actuels, soient d&#233;truits, r&#234;vent d&#233;j&#224; la cr&#233;ation d'&#201;tats r&#233;volutionnaires nouveaux, tout aussi centralisateurs et plus despotiques que les &#201;tats qui existent aujourd'hui21. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux marxistes qui r&#233;torquent que cette dictature ne doit &#234;tre que provisoire, Bakounine r&#233;pliquait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous n'admettons pas, m&#234;me comme transition r&#233;volutionnaire, ni les Conventions nationales, ni les Assembl&#233;es constituantes, ni les gouvernements provisoires, ni les dictatures soi-disant r&#233;volutionnaires 22. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Selon (les marxistes), ce joug &#233;tatique, cette dictature est une phase de transition n&#233;cessaire pour arriver &#224; l'&#233;mancipation totale du peuple : l'anarchie ou la libert&#233; &#233;tant le but, l'&#201;tat ou la dictature le moyen. Ainsi donc pour affranchir les masses populaires, on devrait commencer par les asservir23. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce dont a su se garder la Commune ; pour elle, comme pour Bakounine, &#171; la libert&#233; ne peut &#234;tre cr&#233;&#233;e que par la libert&#233; &#187;, En cela elle fut exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Actualit&#233; de la Commune
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cet article, &#8211; truff&#233;, nous en sommes conscients, de trop nombreuses citations &#8211; nous voudrions conclure sur quelques r&#233;flexions et r&#233;pondre d'avance &#224; certaines critiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, l'on ne manquera pas de nous reprocher d'avoir privil&#233;gi&#233; une tendance et d'avoir mis l'accent plus sur des intentions, des orientations, voire de simples vell&#233;it&#233;s, que sur des faits, des r&#233;alisations ou des actes... Nous avons en effet pens&#233; que juger un mouvement r&#233;volutionnaire de dix semaines sur des mesures n&#233;cessairement fragmentaires et non sur un projet n'avait qu'un int&#233;r&#234;t secondaire ; c'est ce projet que nous avons tent&#233; de mettre en lumi&#232;re, et il nous est apparu &#8211; en d&#233;pit de ses lacunes &#8211; beaucoup plus coh&#233;rent qu'&#224; bien des commentateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les f&#233;d&#233;ralistes eux-m&#234;mes ont souvent tendance &#224; minimiser la port&#233;e de la R&#233;volution de 1871 en ne voulant y voir qu'une r&#233;volution communaliste et d&#233;centralisatrice. Sans avoir, du moins, nous l'esp&#233;rons, sollicit&#233; les textes, nous y avons vu au contraire ce que les communeux les plus conscients ont voulu qu'elle f&#251;t : une &#171; r&#233;volution sociale &#187; et libertaire ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, l'esquisse d'une r&#233;volution f&#233;d&#233;raliste int&#233;grale - dans un monde qui, ne l'oublions pas, n'est pas le n&#244;tre, mais celui du XIXe si&#232;cle. Qu'elle ait &#233;chou&#233; est grave et appelle la r&#233;flexion ; mais que son &#233;chec emporte sa condamnation, nous ne le croyons pas. Que la Commune puisse servir d'exemple, nous ne le pensons pas davantage : l'Histoire ne se r&#233;p&#232;te pas et, encore une fois, 1971 est tr&#232;s loin de 1871 ; n&#233;anmoins, &#224; d&#233;faut d'un mod&#232;le, nous sommes persuad&#233;s que les f&#233;d&#233;ralistes &#8211; et d'autres... &#8211; pourraient y puiser un enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent ans ont pass&#233;. La tutelle de l'&#201;tat s'est resserr&#233;e sur Paris. La m&#233;fiance et l'hostilit&#233; de la bourgeoisie pour le prol&#233;tariat n'ont pas d&#233;sarm&#233; : amorc&#233;e par Haussmann, l'expulsion m&#233;thodique des travailleurs de leur ville se poursuit. Qu'importe que les ouvriers refoul&#233;s et dispers&#233;s dans de lointaines banlieues aient quatre heures de transport quotidien &#8211; et quels transports ! &#8211; ce qui fait que pour la plupart d'entre eux la journ&#233;e de travail est sensiblement ce qu'elle &#233;tait au XIXe si&#232;cle : de 11 &#224; 12 heures. La grande peur n'est pas encore conjur&#233;e, et Paris ne sera tranquille que lorsque la ville toute enti&#232;re aura &#233;t&#233; livr&#233;e aux banques, aux sp&#233;culateurs immobiliers, &#224; la bourgeoisie d'affaire et &#224; ses loisirs.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ironie du sort veut que ce centi&#232;me anniversaire de la Commune co&#239;ncide avec les &#233;lections municipales. Quelques partis invoquent du bout des l&#232;vres la R&#233;volution de 1871, mais quel est celui qui oserait revendiquer, &#224; d&#233;faut du programme r&#233;volutionnaire de la Commune, l'inspiration libertaire et f&#233;d&#233;raliste qui l'anima ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES DE FIN&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 6 - Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise, 20 avril 1871.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 7 - Texte dans Daniel Gu&#233;rin, Ni Dieu ni ma&#238;tre, Paris, &#171; Petite Collection Maspero &#187;, Maspero, 1970, t., I, p. 205.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 8 - Cit&#233; dans Jean Dautry et Lucien Scheler, Le Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements, Paris, &#201;ditions sociales, 1960, p. 85.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 9 - P.-J. Proudhon, De la capacit&#233; politique des classes ouvri&#232;res, Paris, Librairie Marcel Rivi&#232;re, 1924, p. 281.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 10 - Texte dans D. Gu&#233;rin, op. cit., p. 189.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 11 - P.-J. Proudhon, Du principe f&#233;d&#233;ratif, Paris, Librairie Marcel Rivi&#232;re, 1959, p. 321.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 12 - M. Bakounine, &#338;uvres, Paris, Stock, 1895-1913, t. IV, p. 263.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 13 - Cit&#233; dans Jacques Rougerie, Paris libre 1871, Paris, Seuil, 1971, p. 32.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 14 - Cit&#233; dans J. Rougerie, op. cit., p. 22&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 15 - M. Bakounine, &#338;uvres, t. IV, p. 250.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 16 - Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise, 20 avril 1871.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 17 - &#171; Projet d'organisation pour le travail des femmes &#187;, de la main de l'International, G. Bertin, cit&#233; dans J. Rougerie, op. cit., p. 175.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 18 - Les 31 s&#233;ances officielles de la Commune de Paris, Paris, E. Lachaud, 1871 : r&#233;impression en facsimil&#233;, Paris, Maspero, 1970, 81 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 19 - Cit&#233; dans Maurice Choury, La Commune au c&#339;ur de Paris, Paris, Les &#201;ditions sociales, 1967, p. 41.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 20 - M. Bakounine, texte dans D. Gu&#233;rin, op. cit., t. I, p. 220.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 21 - M. Bakounine, &#338;uvres, t. IV, p. 260.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 22 - G. Lefran&#231;ais, &#201;tude sur le mouvement communaliste &#224; Paris en 1871, Neuch&#226;tel, G. Guillaume et fils, 1871.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 23 - Bakounine, texte dans D. Gu&#233;rin, op. cit., t. I, p. 221.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 24 - G. Lefran&#231;ais, op. cit., p. 213.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 25 - Les 31 s&#233;ances officielles&#8230;, op. cit., p. 141.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 26 - M. Bakounine, texte dans M. Gu&#233;rin, op. cit., t. 1, p. 218.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 27 - Lettre au journal La Libert&#233; de Bruxelles, 5 octobre 1872, &#338;uvres, t. IV.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 28 - Archives Bakounine, t. III, &#201;tatisme et anarchie, Leyde, E. J. Brill, 1966.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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