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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Pourquoi traduire en kurde : Le Petit Prince et L'&#201;tranger ?</title>
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		<dc:date>2022-02-27T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fawaz Hussain</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#192; mon grand regret, on ne traduit pas en kurde ces deux &#339;uvres majeures comme on traduit les Essais de Montaigne en finnois, les trag&#233;dies de Shakespeare en japonais, ou le Don Quichotte de Cervant&#232;s en russe ou en grec. Au Moyen-Orient, les langues dominantes comme le turc, l'arabe et le persan ont r&#233;duit 40 000 000 de Kurdes &#224; s'exprimer dans un idiome, une langue vernaculaire condamn&#233;e &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance si cette politique d&#233;sastreuse perdure. Langue indo-europ&#233;enne de la m&#234;me famille que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-191-Decembre-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 191 - D&#233;cembre 2021&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH99/arton820-7e35a.jpg?1731879871' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; mon grand regret, on ne traduit pas en kurde ces deux &#339;uvres majeures comme on traduit les Essais de Montaigne en finnois, les trag&#233;dies de Shakespeare en japonais, ou le Don Quichotte de Cervant&#232;s en russe ou en grec. Au Moyen-Orient, les langues dominantes comme le turc, l'arabe et le persan ont r&#233;duit 40 000 000 de Kurdes &#224; s'exprimer dans un idiome, une langue vernaculaire condamn&#233;e &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance si cette politique d&#233;sastreuse perdure. Langue indo-europ&#233;enne de la m&#234;me famille que le persan, le kurde n'a pas eu la chance de se d&#233;velopper &#224; l'int&#233;rieur d'un &#201;tat souverain, avec une Acad&#233;mie pour en assurer d&#233;fense et illustration. Tant s'en faut, dans ces conditions que son lexique soit standardis&#233;, sa grammaire codifi&#233;e. Un mot masculin dans un village kurde en Syrie peut changer de genre et devenir f&#233;minin &#224; quelques kilom&#232;tres de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re. On &#233;crit le kurde en alphabet arabe, latin ou cyrillique chez les Kurdes d'Arm&#233;nie. Il y a l&#224; de quoi en perdre son latin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Occupant depuis toujours la zone-tampon entre Byzance et l'Empire perse, les Kurdes ont subi le joug de l'Empire ottoman durant de longs si&#232;cles. Apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, de nouveaux &#201;tats comme la R&#233;publique de Turquie, la R&#233;publique Arabe syrienne et la R&#233;publique d'Irak ont vu le jour sur les d&#233;combres de l'Empire ottoman. Le Trait&#233; de S&#232;vres de 1920 pr&#233;voyait la cr&#233;ation d'un &#201;tat kurde, conform&#233;ment au principe de Wilson, qui &#233;tablit le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, mais l'arriv&#233;e en force de Mustafa Kemal a chang&#233; la donne. Les Fran&#231;ais et les Anglais devaient d&#233;sormais tenir compte du trait&#233; de Lausanne sign&#233; en 1923 et abandonner Kurdes, Grecs et Arm&#233;niens. La fa&#231;on dont furent dessin&#233;es les fronti&#232;res des pays plac&#233;s sous leur autorit&#233; ne visait qu'&#224; mieux prot&#233;ger leurs int&#233;r&#234;ts, et c'est ainsi que nous nous trouvons partag&#233;s entre quatre pays : la Turquie, l'Irak, la Syrie et l'Iran. &lt;br class='autobr' /&gt;
En Syrie, le kurde n'&#233;tait enseign&#233; dans aucun &#233;tablissement scolaire de la r&#233;gion. On pouvait apprendre toutes les langues, y compris le martien s'il existait, mais ma langue maternelle restait strictement interdite. On nous faisait bien entrer de force dans le cerveau l'id&#233;e que nous parlions un patois dont il nous fallait nous d&#233;barrasser, sinon que je n'adh&#233;rais pas un instant &#224; ce discours haineux panarabe et chauvin. Nous occupions nos longues veill&#233;es d'hiver &#224; &#233;couter le barde de la famille venu ouvrir pour nous son r&#233;pertoire de contes et l&#233;gendes qui n'en finissait pas : son vocabulaire chamarr&#233; suffisait &#224; nous transporter dans un monde dont la beaut&#233; et la richesse nous frappaient. Non, notre &#171; idiome &#187;, d&#233;cid&#233;ment, n'avait rien &#224; envier &#224; n'importe laquelle des belles langues parl&#233;es dans le vaste monde de Dieu. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai lu le Petit Prince et L'&#201;tranger en arabe dans les ann&#233;es 70 du si&#232;cle dernier. Je les ai d&#233;couverts plus tard dans leur version d'origine &#224; l'universit&#233; d'Alep. Ma traduction de ces deux &#339;uvres est une expression de ma r&#233;volte. Elle &#233;mane de ma volont&#233; de faire quelque chose pour ma douce langue meurtrie et ma culture en p&#233;ril. Au Moyen-Orient, se d&#233;clarer kurde et s'exprimer dans la langue du Kurde marque du stigmate de la r&#233;sistance. On s'oppose &#224; la pens&#233;e dominante, qui exclut l'alt&#233;rit&#233;. Avant m&#234;me de m'envoler pour la France afin d'y poursuivre en Sorbonne mon cursus universitaire, j'avais pris l'engagement sans faille, de m'acquitter d'une dette envers les miens. Pendant toute ma p&#233;riode syrienne, je n'avais vu que deux titres kurdes, et la prudence s'imposait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passer du Petit Prince &#224; L'&#201;tranger mettait le traducteur que j'&#233;tais face &#224; de s&#233;rieuses difficult&#233;s techniques : je l'ai surtout exp&#233;riment&#233; dans la deuxi&#232;me partie du livre, quand Meursault, qui a tu&#233;, passe ses jours entre sa cellule et la salle d'audience. Car, si le kurde poss&#232;de un lexique foisonnant pour parler des moutons et du cycle des saisons, il est en revanche tr&#232;s d&#233;muni du c&#244;t&#233; juridique, l&#224; o&#249; le fran&#231;ais aligne de nombreux &#233;l&#233;ments de ce champ s&#233;mantique, d'avocat &#224; voie de recours, en passant par barreau, b&#226;tonnier, cour p&#233;nale, greffe, huissier, plaidoirie, renvoi, et j'en oublie. Quoi qu'il en soit, l'exp&#233;rience, tr&#232;s enrichissante, s'est sold&#233;e comme la premi&#232;re : M&#238;rzay&#234; pi&#231;&#251;k, l'ouvrage de Saint-Exup&#233;ry avait paru &#224; Stockholm, en 1995, et Biyan&#238;, le titre en kurde retenu pour le roman de Camus, l'a suivi. Ce qui ne m'a pas emp&#234;ch&#233;, &#224; mon retour &#224; Paris, de le remettre sur le m&#233;tier, si bien qu'en 2012 en paraissait &#224; Istanbul, aux &#233;ditions Avesta, une version revue. Quant au Petit Prince, il en est &#224; sa cinqui&#232;me r&#233;&#233;dition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici l'incipit de L'&#201;tranger en Fran&#231;ais et en kurde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-&#234;tre hier, je ne sais pas. J'ai re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de l'asile : &#171; M&#232;re d&#233;c&#233;d&#233;e. Enterrement demain. Sentiments distingu&#233;s. &#187; Cela ne veut rien dire. C'&#233;tait peut-&#234;tre hier. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#206;ro day&#234; mir. Belk&#238; j&#238; doh b&#251;. Ez nizainim. Ji mala p&#238;ran ji min re telegrafek hat : &#171; D&#234; canday&#238;. Ve&#351;artin sibeh&#234;. Silav&#234;n bijarte &#187; Mane &#251; wateya v&#234; yek&#234; tune. Ew belk&#238; do b&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me fallait &#233;galement traduire Le Petit Prince, ne f&#251;t-ce que pour le passage o&#249; le personnage principal rencontre le renard qui lui dit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;	Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivois&#233;. Tu es responsable de ta rose&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je suis responsable de ma rose&#8230; r&#233;p&#233;ta le petit prince, afin de se souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
En kurde, cela donne : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Gava tu yek&#238; ked&#238; bik&#238;, tu heta roja qiyamet&#234; berpirsyar&#234; w&#238; y&#238;. Tu berpirsyar&#234; gula xwe y&#238;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ez berpirsyar&#234; gula xwe me&#8230; M&#238;rzay&#234; pi&#231;&#251;k got da ku ew yek di b&#238;ra w&#238; de bima. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aborder la complexit&#233; du kurde, je donnerai ici quelques exemples. Comme pour le fran&#231;ais, le participe pass&#233; s'accorde avec le compl&#233;ment d'objet direct plac&#233; devant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Min dostek d&#238;t : j'ai vu un ami, mais min s&#234; dost d&#238;tin, j'ai vu trois amis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis le kurde a deux pronoms personnels sujets r&#233;pondant au pronom &#171; Je &#187;. Tout d&#233;pend si le verbe est transitif ou intransitif et du temps aussi :&lt;br class='autobr' /&gt;
Min dostek d&#238;t, j'ai vu un ami, mais Ez &#234; dostek&#238; bib&#238;nim : je verrai un ami. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, comme le latin, le kurde a gard&#233; les d&#233;clinaisons : on y rencontre le nominatif, le vocatif, l'accusatif, le g&#233;nitif, le datif et l'ablatif. Ainsi le mot dost, ami, peut prendre les formes dost, dosto ! dost&#234;, dost&#238; selon sa fonction dans la phrase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res d&#233;cennies, le mouvement de traduction en kurde conna&#238;t un grand essor au Kurdistan de Turquie et d'Irak. Comme j'aurais aim&#233; que mes parents me lisent en kurde l'histoire d'amour entre le petit prince et sa fleur tellement orgueilleuse, la sagesse du renard qui enseigne qu'on n'apprend qu'avec le c&#339;ur ! Comme j'aurais aim&#233; d&#233;couvrir le monde de Meursault dans ma langue maternelle ! Je suis fier qu'un Kurde puisse &#224; pr&#233;sent lire ces deux &#339;uvres sans passer par le turc, l'arabe, le persan ou une autre langue europ&#233;enne comme l'anglais, l'allemand ou le su&#233;dois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui distingue un Kurde d'un Turc, d'un Arabe ou d'un Iranien, c'est sa langue. Ce sont ses chants, ses l&#233;gendes et son habit traditionnel. Veiller sur cette langue et l'enrichir par le biais des traductions devrait &#234;tre une priorit&#233; pour l'ensemble des Kurdes &#8211; et peu importe l'alphabet qu'ils utilisent. Nous sommes responsables de notre langue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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