<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
	<link>https://www.pressefederaliste.eu/</link>
	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pressefederaliste.eu/spip.php?id_auteur=27&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
		<url>https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L144xH24/logo-site-121f6.png?1729034532</url>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/</link>
		<height>24</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La route de la paix</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/La-route-de-la-paix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/La-route-de-la-paix</guid>
		<dc:date>2008-04-12T20:48:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Albert Einstein</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lettre ouverte &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies (octobre 1947) &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes pris dans une situation dans laquelle chaque citoyen de chaque pays, ses enfants et le travail de toute sa vie sont menac&#233;s par l'ins&#233;curit&#233; terrible qui r&#232;gne dans notre monde aujourd'hui. Le progr&#232;s du d&#233;veloppement technologique n'a pas accru la stabilit&#233; et le bien-&#234;tre de l'humanit&#233;. A cause de notre incapacit&#233; &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me de l'organisation internationale, ce progr&#232;s a en r&#233;alit&#233; contribu&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-albert-einstein-" rel="directory"&gt;Albert EINSTEIN &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre ouverte &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies (octobre 1947)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pris dans une situation dans laquelle chaque citoyen de chaque pays, ses enfants et le travail de toute sa vie sont menac&#233;s par l'ins&#233;curit&#233; terrible qui r&#232;gne dans notre monde aujourd'hui. Le progr&#232;s du d&#233;veloppement technologique n'a pas accru la stabilit&#233; et le bien-&#234;tre de l'humanit&#233;. A cause de notre incapacit&#233; &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me de l'organisation internationale, ce progr&#232;s a en r&#233;alit&#233; contribu&#233; aux dangers qui menacent la paix et l'existence m&#234;me de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de cinquante-cinq gouvernements r&#233;unis dans la seconde assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations unies, se rendraient compte sans aucun doute du fait que dans les deux derni&#232;res ann&#233;es &#8212; depuis la victoire sur les puissances de l'Axe &#8212; aucun progr&#232;s appr&#233;ciable n'a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; en direction de la pr&#233;vention de la guerre ou des accords dans des champs sp&#233;cifiques tels que le contr&#244;le de l'&#233;nergie atomique et la coop&#233;ration &#233;conomique dans la reconstruction des zones d&#233;vast&#233;es par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas reprocher ces &#233;checs aux Nations unies. Aucune organisation internationale ne peut &#234;tre plus puissante que les pouvoirs constitutionnels qui lui ont &#233;t&#233; donn&#233;s, ou que ses composantes ne veulent &#234;tre. En fait les Nations unies sont une institution extr&#234;mement importante et utile pourvu que les peuples et les gouvernements du monde r&#233;alisent que c'est simplement un syst&#232;me de transition vers le but final, qui est l'&#233;tablissement d'une autorit&#233; supranationale investie de pouvoirs l&#233;gislatifs et ex&#233;cutifs suffisants pour maintenir la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse actuelle r&#233;side dans le fait qu'il n'y a pas d'autorit&#233; supra-nationale suffisante et en qui on puisse avoir confiance. Et c'est ainsi que les chefs responsables de tous les gouvernements sont oblig&#233;s d'agir en postulant une guerre &#233;ventuelle ; chaque d&#233;cision motiv&#233;e par cette pr&#233;vision contribue &#224; la peur et &#224; la m&#233;fiance g&#233;n&#233;rales et pr&#233;cipite la catastrophe finale. Aussi puissants que soient les armements nationaux, ils ne cr&#233;ent la s&#233;curit&#233; militaire pour aucune nation, ils ne garantissent pas non plus le maintien de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne pourra jamais y avoir accord total sur le contr&#244;le international et l'administration de l'&#233;nergie atomique, ou sur le d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral tant qu'il n'y aura pas de modification du concept traditionnel de souverainet&#233; nationale. Car, tant que l'&#233;nergie et les armements atomiques seront consid&#233;r&#233;s comme une partie vitale de la s&#233;curit&#233; nationale, aucune nation ne fera plus que d'accorder une attention formelle aux trait&#233;s internationaux. La s&#233;curit&#233; est indivisible. Elle ne peut &#234;tre atteinte que lorsque les garanties n&#233;cessaires de la loi et d'application de la loi existent partout, si bien que la s&#233;curit&#233; militaire n'est plus le probl&#232;me d'un Etat seul. Il n'y a pas de compromis possible entre la pr&#233;paration &#224; la guerre d'une part et la pr&#233;paration d'une soci&#233;t&#233; mondiale fond&#233;e sur la loi et l'ordre d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque citoyen doit se d&#233;cider. S'il accepte le postulat de la guerre, il doit se faire &#224; l'id&#233;e du maintien de troupes dans des zones strat&#233;giques comme l'Autriche et la Cor&#233;e, &#224; l'envoi de troupes en Gr&#232;ce et en Bulgarie, &#224; l'accumulation de stocks d'uranium par tous les moyens ; au service militaire universel et &#224; la limitation progressive des libert&#233;s civiles. Par dessus tout il devra supporter les cons&#233;quences du secret militaire, qui est l'un des pires fl&#233;aux de notre temps et l'un des plus grands obstacles au progr&#232;s culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, d'autre part, chaque citoyen r&#233;alisait que la seule garantie pour la s&#233;curit&#233; et la paix dans cet &#226;ge atomique est le d&#233;veloppement constant d'un gouvernement supra-national, alors il ferait tout en son pouvoir pour renforcer les Nations unies. Il me semble que chaque citoyen raisonnable et responsable de par le monde sait de quel c&#244;t&#233; va son choix. Cependant, le monde en g&#233;n&#233;ral se trouve pris dans un cercle vicieux puisque les puissances qui constituent les Nations unies semblent &#234;tre incapables de se d&#233;cider sur ce point. Le bloc occidental et le bloc de l'Est tentent chacun fr&#233;n&#233;tiquement de renforcer leur position de puissance respective. Le service militaire universel, des troupes russes en Europe de l'Est, le contr&#244;le des &#201;tats-Unis sur les &#238;les du Pacifique, et m&#234;me le durcissement des politiques coloniales des Pays-Bas, de la Grande-Bretagne et de la France, le secret atomique et militaire, tout cela fait partie des vieilles luttes famili&#232;res pour se mettre en position de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure est venue pour les Nations unies de renforcer leur autorit&#233; morale en prenant des d&#233;cisions hardies. Premi&#232;rement, l'autorit&#233; de l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale doit &#234;tre accrue de sorte que le Conseil de s&#233;curit&#233; comme tous les autres organes des Nations unies lui soient subordonn&#233;s. Tant qu'il y aura un conflit d'autorit&#233; entre l'Assembl&#233;e et le Conseil de s&#233;curit&#233;, l'efficacit&#233; de l'institution tout enti&#232;re restera n&#233;cessairement partielle et imparfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement la m&#233;thode de repr&#233;sentation aux Nations unies devrait &#234;tre consid&#233;rablement modifi&#233;e. La m&#233;thode actuelle de s&#233;lection par nomination gouvernementale ne laisse pas assez de libert&#233; r&#233;elle au titulaire. De plus, la s&#233;lection par les gouvernements ne peut pas donner aux peuples du monde le sentiment d'&#234;tre impartialement et proportionnellement repr&#233;sent&#233;s. L'autorit&#233; morale des Nations unies serait consid&#233;rablement mise en valeur si les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;taient &#233;lus directement par le peuple. S'ils &#233;taient responsables devant un &#233;lectorat ils auraient beaucoup plus de libert&#233; pour suivre leur conscience. Ainsi, nous pourrions esp&#233;rer avoir plus d'hommes d'&#201;tat et moins de diplomates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale devrait si&#233;ger pendant toute la p&#233;riode critique de transition. En restant constamment au travail l'Assembl&#233;e pourrait remplir deux t&#226;ches majeures : premi&#232;rement elle pourrait prendre l'initiative en vue de l'&#233;tablissement d'un ordre supra-national, deuxi&#232;mement, elle pourrait prendre des mesures rapides et efficaces dans toutes ces zones de danger (comme il en existe une &#224; l'heure actuelle sur la fronti&#232;re grecque) o&#249; la paix est menac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e, en vue de ces hautes t&#226;ches ne devrait pas d&#233;l&#233;guer ses pouvoirs au Conseil de s&#233;curit&#233;, surtout pendant que cet organe est paralys&#233; par les inconv&#233;nients du droit de veto. &#201;tant le seul corps comp&#233;tent pour prendre l'initiative avec hardiesse et r&#233;solution, les Nations unies devraient agir avec la plus grande rapidit&#233; pour cr&#233;er les conditions n&#233;cessaires &#224; la s&#233;curit&#233; internationale en jetant les bases d'un v&#233;ritable gouvernement mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien sur, il y aura de l'opposition. Cependant il n'est pas du tout certain que l'U.R.S.S. &#8212; qui est souvent pr&#233;sent&#233;e comme le principal antagoniste &#224; l'id&#233;e du gouvernement mondial &#8212; maintiendrait son opposition si une offre &#233;quitable &#233;tait faite pour fournir une s&#233;curit&#233; r&#233;elle. Et m&#234;me en supposant que la Russie soit &#224; l'heure actuelle oppos&#233;e &#224; l'id&#233;e de gouvernement mondial, une fois qu'elle se convaincrait que le gouvernement mondial est n&#233;anmoins en train de se faire, toute son attitude pourrait changer. Elle pourrait alors seulement insister sur les garanties n&#233;cessaires d'&#233;galit&#233; devant la loi de fa&#231;on &#224; &#233;viter de se trouver perp&#233;tuellement en minorit&#233; comme dans le Conseil de s&#233;curit&#233; actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous devons envisager le cas o&#249;, en d&#233;pit de tous les efforts, la Russie et ses alli&#233;s continueraient d'estimer n&#233;cessaire de rester en dehors d'un tel gouvernement mondial. Dans ce cas &#8212; et seulement apr&#232;s que tous les efforts aient &#233;t&#233; faits avec une totale sinc&#233;rit&#233; pour obtenir la coop&#233;ration de la Russie et de ses alli&#233;s &#8212; les autres pays devraient continuer seuls. Il est d'une importance capitale que ce gouvernement mondial partiel soit tr&#232;s fort, comprenant au moins les deux tiers des zones &#233;conomiques et industrielles majeures du monde. Une telle force, en elle-m&#234;me, rendrait possible &#224; ce gouvernement mondial partiel l'abandon du secret militaire et de toutes les autres pratiques n&#233;es de l'ins&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gouvernement mondial partiel de cette esp&#232;ce devrait rendre clair d&#232;s le d&#233;but le fait que ses portes restent grandes ouvertes &#224; tout non-membre -particuli&#232;rement la Russie- pour une participation sur la base d'une compl&#232;te &#233;galit&#233;. A mon avis le gouvernement mondial partiel devrait accepter la pr&#233;sence d'observateurs de tous les gouvernements non-membres &#224; toutes ses r&#233;unions et &#224; ses conventions constitutionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on &#224; atteindre le but final &#8212; qui est un seul monde et non pas deux mondes hostiles &#8212; un tel gouvernement partiel ne doit jamais agir comme une alliance contre le reste du monde. Le seul pas v&#233;ritable vers un gouvernement mondial c'est le gouvernement mondial lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un gouvernement mondial les diff&#233;rences id&#233;ologiques entre les diff&#233;rentes composantes n'ont pas de cons&#233;quences graves. Je suis convaincu que les difficult&#233;s actuelles entre les Etats-Unis et l'U.R.S.S. ne sont pas dues fondamentalement &#224; des diff&#233;rences id&#233;ologiques. Bien entendu, ces diff&#233;rences id&#233;ologiques sont un &#233;l&#233;ment qui contribue &#224; une tension qui est d&#233;j&#224; s&#233;rieuse. Mais je suis convaincu que m&#234;me si les &#201;tats-Unis et la Russie &#233;taient tous les deux des pays capitalistes -ou communistes, ou monarchistes, si l'on veut- leurs rivalit&#233;s, leurs int&#233;r&#234;ts divergents et leurs jalousies aboutiraient a des tensions similaires &#224; celles qui existent entre les deux pays aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Nations unies maintenant, et le gouvernement mondial par la suite doivent servir &#224; un but unique : la garantie de la s&#233;curit&#233;, de la tranquillit&#233; et le bien-&#234;tre de l'humanit&#233; tout enti&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In 0. NATHAN, H. NORDEN, Einstein on Peace, &#233;d. Avenel Books, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extraits d'un message adress&#233; au Congr&#232;s des intellectuels pour la paix qui se tenait &#224; Wroclaw en 1948&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par des exp&#233;riences p&#233;nibles, nous avons appris que la pens&#233;e rationnelle ne suffit pas pour r&#233;soudre les probl&#232;mes de notre vie sociale. La recherche p&#233;n&#233;trante et l'immense labeur scientifique ont souvent eu des cons&#233;quences tragiques pour l'humanit&#233;. Si, d'une part, ils ont, par des inventions, d&#233;livr&#233; l'homme du travail physique &#233;puisant et lui ont procur&#233; une vie plus ais&#233;e et plus riche, ils ont, d'autre part, introduit une grande inqui&#233;tude dans sa vie en le rendant esclave de la technique, et -ce qui est tout &#224; fait catastrophique- cr&#233;&#233; des moyens pour la destruction en masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une trag&#233;die vraiment poignante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut-&#234;tre plus tragique encore, est le fait suivant : tandis que l'humanit&#233; a produit beaucoup de savants dont les succ&#232;s dans le domaine de la science et de la technologie ont &#233;t&#233; extraordinaires, nous avons &#233;t&#233;, pendant longtemps, incapables de trouver des solutions ad&#233;quates aux nombreux conflits politiques et aux tensions &#233;conomiques. Ces conflits se manifestent entre les individus et entre les nations, et, sans doute, l'antagonisme des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques qui se manifeste entre ceux-ci et entre celles-l&#224; est-il pour une grande part responsable de la condition dangereuse et mena&#231;ante existant aujourd'hui dans le monde. L'homme n'a pas r&#233;ussi &#224; cr&#233;er des formes d'organisation politique et &#233;conomique pouvant garantir la coexistence pratique des nations dans le monde. Il n'a pas r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un syst&#232;me qui &#233;liminerait la possibilit&#233; de la guerre et bannirait pour toujours les instruments meurtriers de la destruction massive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous, hommes de science, dont la destin&#233;e tragique a &#233;t&#233; d'aider &#224; cr&#233;er des proc&#233;d&#233;s d'an&#233;antissement plus affreux et plus efficaces, nous devons consid&#233;rer comme notre devoir solennel et supr&#234;me de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour emp&#234;cher que ces armes soient employ&#233;es &#224; atteindre le but inhumain pour lequel elles ont &#233;t&#233; invent&#233;es. Quelle t&#226;che pourrait &#234;tre plus importante pour nous ? Quel but social pourrait &#234;tre plus pr&#232;s de nos c&#339;urs ? C'est pour cela que nous devons construire des ponts spirituels et scientifiques reliant entre elles les nations du monde. Nous devons vaincre les terribles obstacles des fronti&#232;res nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les communaut&#233;s plus restreintes, l'homme a fait un certain progr&#232;s pour annihiler les forces antisociales. Ceci est vrai, par exemple, &#224; l'int&#233;rieur des cit&#233;s, et, jusqu'&#224; un certain point, ceci est encore vrai de la soci&#233;t&#233; &#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats. Dans de telles communaut&#233;s, la tradition et l'&#233;ducation ont exerc&#233; une influence mod&#233;ratrice et &#233;tabli des relations tol&#233;rables parmi les gens vivant &#224; l'int&#233;rieur de ces fronti&#232;res. Mais, en ce qui concerne les relations entres les diff&#233;rents &#201;tats, il r&#232;gne encore une anarchie compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas que nous ayons fait, dans ce domaine, un progr&#232;s v&#233;ritable au cours de ces derniers mill&#233;naires. Trop souvent les conflits entre les nations sont tranch&#233;s par la force brutale, c'est-&#224;-dire par la guerre. Le d&#233;sir sans borne d'accroissement de puissance tend &#224; se traduire en actions agressives toutes les fois qu'une possibilit&#233; mat&#233;rielle se pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des si&#232;cles, cet &#233;tat d'anarchie dans les affaires internationales a inflig&#233; &#224; l'humanit&#233; des souffrances et des destructions indescriptibles. Maintes et maintes fois il a fauss&#233; le d&#233;veloppement des hommes, d&#233;prav&#233; leurs &#226;mes, ruin&#233; leur bien-&#234;tre. A certains moments, il a d&#233;vast&#233; -ou presque- des pays entiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sir des nations de se pr&#233;parer constamment &#224; la guerre a encore d'autres r&#233;percussions sur la vie des hommes. Le pouvoir que chaque &#201;tat exerce sur ses citoyens s'est continuellement accru dans ces derniers si&#232;cles, non moins dans les pays o&#249; il s'est exerc&#233; avec sagesse que dans ceux o&#249; il a &#233;t&#233; exerc&#233; par la tyrannie brutale. La fonction de l'&#201;tat, qui consiste &#224; maintenir des relations pacifiques et normales entre les citoyens, est devenue de plus en plus compliqu&#233;e et &#233;tendue &#224; cause de la concentration et de la centralisation du m&#233;canisme industriel moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prot&#233;ger ses citoyens contre les attaques de l'ext&#233;rieur, l'&#201;tat moderne a besoin d'une institution militaire qui atteint des proportions consid&#233;rables, formidables. De plus, l'&#201;tat consid&#232;re comme n&#233;cessaire d'&#233;duquer ses citoyens en vue d'une guerre possible. Cette &#171; &#233;ducation &#187;, non seulement corrompt l'&#226;me et l'esprit des jeunes, mais, malheureusement, elle affecte aussi la mentalit&#233; des adultes. Aucun pays ne peut &#233;viter cette corruption. Elle atteint m&#234;me les citoyens des pays qui ne nourrissent pas des tendances agressives. L'&#201;tat est devenu une moderne idole au pouvoir suggestif de laquelle peu d'hommes sont capables de se soustraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ducation pour la guerre est cependant une illusion. Le progr&#232;s technique de ces derni&#232;res ann&#233;es a cr&#233;&#233; une situation militaire compl&#232;tement nouvelle. Des armes horribles ont &#233;t&#233; invent&#233;es. Elles sont capables de d&#233;truire en quelques secondes d'&#233;normes masses d'&#234;tres humains et de d&#233;vaster des territoires d'une &#233;tendue immense. Puisque la science n'a pas encore trouv&#233; des moyens de protection contre ces armes, l'Etat ne peut plus prendre des mesures appropri&#233;es pour assurer la s&#233;curit&#233; de ses citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors serons-nous sauv&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; ne peut assurer une protection contre le danger d'une destruction inimaginable et d'un an&#233;antissement aveugle que si une organisation supranationale a seule l'autorit&#233; de produire et de poss&#233;der ces armes. Il n'est pourtant pas croyable que les nations, dans les conditions actuelles, accordent une telle autorit&#233; &#224; une organisation supranationale si cette derni&#232;re n'a pas le droit l&#233;gal et le devoir de r&#233;gler tous les conflits, qui, dans le pass&#233;, ont conduit &#224; la guerre. Mais peut-&#234;tre, par le raisonnement, pourrait-on faire admettre cependant ce &#171; gouvernement mondial &#187; poss&#233;dant la haute autorit&#233; internationale n&#233;cessaire, et auquel ob&#233;irait l'ensemble des hommes et des &#201;tats. Les fonctions des &#201;tats individuels seraient alors concentr&#233;es sur leurs seules affaires int&#233;rieures. Dans leurs rapports avec les autres &#201;tats, ils traiteraient seulement des questions et des probl&#232;mes qui ne comporteraient, en aucune fa&#231;on, un danger pour la s&#233;curit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, il n'y a pas d'indication que les gouvernements se rendent compte que la situation dans laquelle se trouve l'humanit&#233; rend imp&#233;rieusement n&#233;cessaire l'adoption de mesures r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre situation n'est en rien comparable au pass&#233;. Il est par cons&#233;quent, impossible d'employer des m&#233;thodes et des mesures qui, dans les anciens temps, auraient pu &#234;tre suffisantes. Nous devons r&#233;volutionner notre pens&#233;e, r&#233;volutionner nos actes, et avoir le courage de r&#233;volutionner les relations entre les nations du monde. Les clich&#233;s d'hier ne servent plus aujourd`hui, et seront, sans doute, surann&#233;s demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire comprendre cela aux hommes du monde entier est la fonction sociale la plus importante que les intellectuels aient jamais eue &#224; assumer. Auront-ils le courage de passer par-dessus leurs attaches nationales afin d'amener les peuples du monde &#224; changer, d'une mani&#232;re tout &#224; fait radicale, leurs traditions nationales profond&#233;ment enracin&#233;es ? Un effort extraordinaire est indispensable. Si l'on &#233;choue maintenant une organisation supranationale sera construite plus tard, mais alors elle devra l'&#234;tre sur les ruines d'une grande partie du monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rons que l'abolition de l'anarchie internationale, qui existe actuellement, ne devra pas &#234;tre obtenue au prix d'une catastrophe mondiale que nous nous infligerons nous-m&#234;mes, et dont l'&#233;tendue ne peut &#234;tre imagin&#233;e par personne. Le temps est terriblement court. C'est maintenant que nous devons agir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In Albert Einstein : Conceptions scientifiques, morales et sociales. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contribution &#224; un programme de t&#233;l&#233;vision pr&#233;sent&#233; par Mme Eleanor Roosevelt, le 13 f&#233;vrier 1950&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je vous remercie, madame Roosevelt, de me fournir l'occasion d'exprimer ma conviction sur cette question politique tr&#232;s importante.&lt;br class='autobr' /&gt;
La croyance qu'on peut obtenir la s&#233;curit&#233; par l'armement national est, en pr&#233;sence de l'&#233;tat actuel de la technique militaire, une illusion n&#233;faste. Aux &#201;tats-Unis, cette illusion fut encore particuli&#232;rement favoris&#233;e par une autre, qui reposait sur le fait que c'est dans ce pays qu'on est arriv&#233; &#224; fabriquer, pour la premi&#232;re fois, une bombe atomique. On penchait &#224; croire qu'il serait possible pour l'avenir d'atteindre une sup&#233;riorit&#233; militaire d&#233;finitive. Par ce moyen, on croyait pouvoir intimider tout adversaire virtuel et, par l&#224;, assurer la s&#233;curit&#233; pour nous et pour le reste de l'humanit&#233;, s&#233;curit&#233; si ardemment d&#233;sir&#233;e par tous. La maxime &#224; laquelle nous nous sommes fi&#233;s dans ces cinq derni&#232;res ann&#233;es &#233;tait la suivante : la s&#233;curit&#233; par une puissante contrainte, quoi que celle-ci nous co&#251;t&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence de cette attitude m&#233;caniste, technico-militaire et psychologique &#233;tait in&#233;vitable. Toute action de politique ext&#233;rieure est domin&#233;e par cet important point de vue : de quelle fa&#231;on devons-nous agir pour &#234;tre, en cas de guerre, aussi sup&#233;rieurs que possible &#224; l'adversaire ? &#201;tablissement de points d'appui militaires sur tous les points strat&#233;giques importants de la terre qu'on puisse atteindre. Armement et affermissement &#233;conomique d'alli&#233;s virtuels. A l'int&#233;rieur, concentration d'une puissance financi&#232;re &#233;norme entre les mains des militaires, militarisation de la jeunesse, surveillance exerc&#233;e sur la loyaut&#233; des citoyens, et surtout des fonctionnaires, par une police qui devient de plus en plus puissante, intimidation des personnes qui pensent d'une mani&#232;re ind&#233;pendante en politique, influence exerc&#233;e sur la mentalit&#233; de la population par la radio, la presse et l'&#233;cole, b&#226;illonnement de domaines &#233;tendus de la communication, d&#233;termin&#233; par le secret militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres cons&#233;quences : la course aux armements entre les Etats-Unis et la Russie primitivement consid&#233;r&#233;e seulement comme un moyen pr&#233;ventif, prend un caract&#232;re hyst&#233;rique. Des deux c&#244;t&#233;s, la fabrication des moyens de destruction en masse est poursuivie avec une h&#226;te fi&#233;vreuse &#8212; derri&#232;re le mur du secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bombe H appara&#238;t &#224; l'horizon comme un but qu'on pourra probablement atteindre. Son d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; est proclam&#233; solennellement par le pr&#233;sident. S'il est couronn&#233; de succ&#232;s, elle apporte l'intoxication radio-active de l'atmosph&#232;re et, par l&#224;, l'an&#233;antissement, de toute vie sur la terre, dans la sph&#232;re de ce qui est techniquement possible. L'effrayant de ce d&#233;veloppement r&#233;side dans sa n&#233;cessit&#233; apparente. Chaque pas appara&#238;t comme une cons&#233;quence in&#233;vitable du pas qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. A la fin se montre d'une mani&#232;re de plus en plus nette l'an&#233;antissement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il g&#233;n&#233;ralement un moyen possible de salut dans les circonstances pr&#233;sentes, cr&#233;&#233;es par les hommes eux-m&#234;mes ? Tout le monde, et surtout les personnes qui sont responsables du comportement des Etats-Unis et de l'U.R.S.S., doivent apprendre &#224; reconna&#238;tre qu'ils ont, &#224; la v&#233;rit&#233;, vaincu un ennemi ext&#233;rieur, mais qu'ils n'&#233;taient pas capables de se lib&#233;rer de la mentalit&#233; cr&#233;&#233;e par la guerre. On ne peut pas arriver &#224; une v&#233;ritable paix, si l'on r&#232;gle sa fa&#231;on d'agir sur la possibilit&#233; d'un conflit futur &#8212; surtout quand il devient de plus en plus clair qu'un tel conflit belliqueux signifierait l'an&#233;antissement g&#233;n&#233;ral. L'id&#233;e directrice de toute action politique devrait &#234;tre celle-ci : que pouvons-nous faire pour amener les nations &#224; vivre une vie en commun pacifique et satisfaisante dans la mesure du possible ? Le premier probl&#232;me est la suppression de la peur et de la m&#233;fiance r&#233;ciproques. Le renoncement solennel &#224; l'emploi de la force les uns envers les autres (pas seulement le renoncement &#224; l'emploi de moyens de destruction en masse) est indubitablement n&#233;cessaire. Mais un tel renoncement ne peut &#234;tre efficace que s'il est accompagn&#233; de l'&#233;tablissement d'une autorit&#233; internationale judiciaire et ex&#233;cutive, &#224; laquelle est d&#233;f&#233;r&#233;e la r&#233;solution des probl&#232;mes imm&#233;diatement li&#233;s &#224; la s&#233;curit&#233; des nations. La d&#233;claration des nations de collaborer loyalement &#224; la r&#233;alisation d'un tel &#171; gouvernement mondial restreint &#187;, diminuerait d&#233;j&#224; consid&#233;rablement le danger de guerre [...]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trad. fr. in Albert Einstein, Comment je vois le monde, &#233;d. Flammarion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In 0. NATHAN, H. NORDEN, Einstein on Peace, &#233;d. Avenel Books, New York, 1981, pp. 440-443&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In Albert Einstein : Conceptions scientifiques, morales et sociales. Traduction Solovine, Flammarion, 1952.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trad. fr. in Albert Einstein, Comment je vois le monde, &#233;d. Flammarion, Paris, 1958, pp.. 98 &#224; 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'organisation de la paix</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/L-organisation-de-la-paix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/L-organisation-de-la-paix</guid>
		<dc:date>2008-04-12T20:41:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Albert Einstein</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lettre au r&#233;dacteur du New York Times le 10 octobre 1945 &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re bombe atomique a fait plus que de d&#233;truire la ville d'Hiroshima. Elle a fait &#233;galement exploser nos id&#233;es politiques traditionnelles et d&#233;mod&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques jours avant que la force de la nature ne soit essay&#233;e pour la premi&#232;re fois de l'histoire, la Charte de San Francisco fut ratifi&#233;e &#224; Washington. Le r&#234;ve d'une Soci&#233;t&#233; des Nations &#233;tait accept&#233; par le S&#233;nat au bout de vingt-six ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Combien de temps durera la &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-albert-einstein-" rel="directory"&gt;Albert EINSTEIN &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre au r&#233;dacteur du New York Times le 10 octobre 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re bombe atomique a fait plus que de d&#233;truire la ville d'Hiroshima. Elle a fait &#233;galement exploser nos id&#233;es politiques traditionnelles et d&#233;mod&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant que la force de la nature ne soit essay&#233;e pour la premi&#232;re fois de l'histoire, la Charte de San Francisco fut ratifi&#233;e &#224; Washington. Le r&#234;ve d'une Soci&#233;t&#233; des Nations &#233;tait accept&#233; par le S&#233;nat au bout de vingt-six ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de temps durera la &#171; Charte &#187; des Nations unies. Avec un peu de chance une g&#233;n&#233;ration ? un si&#232;cle ? Il n'y a personne qui ne souhaite au moins cette chance pour la Charte, pour lui-m&#234;me, pour son travail et pour les enfants de ses enfants. Mais suffit-il d'avoir la paix gr&#226;ce &#224; la chance ? La paix par la loi, c'est ce que les peuples du monde, en commen&#231;ant par nous-m&#234;mes, peuvent avoir s'ils le veulent. Et c'est maintenant le moment de l'avoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait que la Charte n'est qu'un commencement. Elle ne garantit pas la paix. Cependant les paroles d'espoir passionn&#233;es de Dumbarton Oaks et de San Francisco ont suscit&#233; un tr&#232;s r&#233;el danger : que des milliers d'Am&#233;ricains se rassurent et qu'ils croient que la ratification a mis en place un m&#233;canisme pour pr&#233;venir une autre guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensons qu'il est de notre devoir d'avertir le peuple am&#233;ricain qu'il n'en est rien. La Charte est une illusion tragique &#224; moins que nous ne soyons pr&#234;ts &#224; prendre des d&#233;cisions ult&#233;rieures pour organiser la paix. Rentrant de San Francisco, le pr&#233;sident Truman a dit &#224; Kansas City : &#171; il sera aussi facile pour les nations de trouver leur place dans une r&#233;publique du monde que pour vous de vivre dans la r&#233;publique des &#201;tats-Unis. A l'heure actuelle, quand le Colorado et le Kansas ont un diff&#233;rend &#224; propos de l'eau du fleuve Arkansas ils ne mobilisent pas la garde nationale pour se faire la guerre. Ils d&#233;posent une plainte aupr&#232;s de la Cour supr&#234;me des Etats-Unis et s'en tiennent &#224; sa d&#233;cision. Il n'y a pas une raison au monde pour que nous ne puissions faire cela sur le plan international. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces paroles &#233;taient des paroles historiques qui montraient le chemin vers un avenir bien au-del&#224; de San Francisco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des milliers d'ann&#233;es, les hommes ont appris que partout o&#249; il y a un gouvernement, par la loi il peut y avoir la paix mais que l&#224; o&#249; il n'y a ni loi ni gouvernement les conflits humains ont &#233;t&#233; in&#233;vitables. La Charte de San Francisco en maintenant les souverainet&#233;s absolues d'Etats-nations rivaux, en emp&#234;chant ainsi la cr&#233;ation d'une loi sup&#233;rieure dans les relations mondiales, ressemble aux Articles de la Conf&#233;d&#233;ration des treize r&#233;publiques am&#233;ricaines du d&#233;but. Nous savons que cette conf&#233;d&#233;ration ne marchait pas. Aucun syst&#232;me de ligue essay&#233; au cours de l'histoire humaine n'a pu emp&#234;cher les conflits entre ses membres. Nous devons viser &#224; une constitution f&#233;d&#233;rale du monde, un ordre l&#233;gal du monde efficace, si nous esp&#233;rons emp&#234;cher une guerre atomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve qu'&#224; ce moment angoissant de notre histoire un petit livre vient d'&#234;tre publi&#233;, un livre tr&#232;s important, qui exprime clairement et simplement ce que tant d'entre nous pensent. Ce livre c'est l'Anatomie de la Paix* d'Emery Reves. Nous demandons instamment aux Am&#233;ricains, hommes et femmes, de lire ce livre, de r&#233;fl&#233;chir sur ses conclusions, de le discuter avec les voisins et les amis en priv&#233; et en public. Il y a quelques semaines ces id&#233;es semblaient importantes et peut-&#234;tre r&#233;alisables dans l'avenir. Dans la r&#233;alit&#233; nouvelle de la guerre atomique, elles sont d'une n&#233;cessit&#233; urgente, imm&#233;diate, &#224; moins que la civilisation n'ait d&#233;cid&#233; de se suicider.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son dernier discours, que la mort ne lui laissa pas le temps de prononcer, Franklin Roosevelt &#233;crivait des paroles qui &#233;taient son testament politique : &#171; nous nous trouvons en face de ce fait essentiel, que si la civilisation doit survivre nous devons cultiver la science des relations humaines -la capacit&#233; des peuples de toute sorte de vivre ensemble et de travailler ensemble en paix, dans un m&#234;me monde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons appris et pay&#233; un prix terrible pour apprendre que vivre et travailler ensemble ne peut se faire que d'une seule fa&#231;on, gr&#226;ce &#224; la loi. Il n'y a pas d'id&#233;e plus claire et plus simple au monde aujourd'hui. A moins qu'elle ne r&#232;gne, et &#224; moins que par des efforts communs nous ne soyons capables d'aboutir &#224; de nouvelles fa&#231;ons de penser, l'humanit&#233; est condamn&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In 0. NATHAN, H. NORDEN, Einstein on Peace, &#233;d. Avenel Books, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...] Il n'y a aucun doute que la loi universelle ne soit destin&#233;e &#224; &#234;tre &#233;tablie sans tarder, que ce soit par coercition ou par accord pacifique. Il n'y a pas d'autre moyen efficace contre les m&#233;thodes modernes de destruction massive. Si l'homme fait un mauvais usage de la science et des moyens techniques au service d'une passion &#233;go&#239;ste, notre civilisation est condamn&#233;e &#224; mort. L'Etat-nation n'est plus capable de prot&#233;ger convenablement ses citoyens ; accro&#238;tre la puissance militaire d'une nation n'assure plus sa s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle d'anarchie internationale, qui force l'humanit&#233; &#224; vivre sous la menace constante d'an&#233;antissement brutal, a conduit &#224; une dangereuse course aux armements atomiques. Le Comit&#233; d'urgence des Savants atomistes est conscient de sa responsabilit&#233; pour informer les citoyens de ce pays et de tout autre pays, que les nations ne peuvent plus penser en termes de puissance militaire ou de sup&#233;riorit&#233; technique. Ce qu'un groupe d'hommes a d&#233;couvert, d'autres groupes d'hommes qui poursuivent la connaissance avec patience et intelligence le trouveront aussi. Il n'y a pas de secrets scientifiques. Et il ne peut pas y avoir non plus de d&#233;fense efficace contre une agression sur une base purement nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration de l'&#233;nergie atomique a cr&#233;&#233; un monde nouveau dans lequel les anciens modes de pens&#233;e qui comprennent les vieilles conventions diplomatiques et la politique de l'&#233;quilibre des forces sont devenus tout &#224; fait absurdes. L'humanit&#233; doit renoncer &#224; la guerre dans l'&#232;re atomique. Ce qui est en cause, c'est la vie ou la mort de l'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seule force militaire qui puisse apporter la s&#233;curit&#233; au monde c'est une force de police supra-nationale fond&#233;e sur la loi mondiale. C'est dans cette direction que nous devons diriger nos &#233;nergies&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 407 : Message pour la r&#233;union d'un groupe non identifi&#233; (mai 1947).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In 0. NATHAN, H. NORDEN, Einstein on Peace, &#233;d. Avenel Books, New York, 1981, pp. 340-341.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 407 : Message pour la r&#233;union d'un groupe non identifi&#233; (mai 1947).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les causes des guerres et les moyens d'y rem&#233;dier</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Les-causes-des-guerres-et-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Les-causes-des-guerres-et-les</guid>
		<dc:date>2008-04-12T20:39:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Albert Einstein</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Correspondance Einstein-Sigmund Freud. &lt;br class='autobr' /&gt; Potsdam, le 30 juillet 1932 &lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur et Cher Ami, &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis heureux qu'en m'invitant &#224; un libre &#233;change de vues avec une personne de mon choix sur un sujet d&#233;sign&#233; &#224; mon gr&#233;, la Soci&#233;t&#233; des Nations et son Institut international de Coop&#233;ration intellectuelle &#224; Paris m'aient, en quelque sorte, donn&#233; l'occasion pr&#233;cieuse de m'entretenir avec vous d'une question qui, en l'&#233;tat pr&#233;sent des choses, m'appara&#238;t comme la plus importante dans l'ordre de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-albert-einstein-" rel="directory"&gt;Albert EINSTEIN &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Correspondance Einstein-Sigmund Freud.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Potsdam, le 30 juillet 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur et Cher Ami,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis heureux qu'en m'invitant &#224; un libre &#233;change de vues avec une personne de mon choix sur un sujet d&#233;sign&#233; &#224; mon gr&#233;, la Soci&#233;t&#233; des Nations et son Institut international de Coop&#233;ration intellectuelle &#224; Paris m'aient, en quelque sorte, donn&#233; l'occasion pr&#233;cieuse de m'entretenir avec vous d'une question qui, en l'&#233;tat pr&#233;sent des choses, m'appara&#238;t comme la plus importante dans l'ordre de la civilisation : existe-t-il un moyen d'affranchir les hommes de la menace de la guerre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on assez g&#233;n&#233;rale, on s'entend aujourd'hui &#224; reconna&#238;tre que les progr&#232;s de la technique ont rendu pareille question proprement vitale pour l'humanit&#233; civilis&#233;e, et cependant les ardents efforts consacr&#233;s &#224; la solution de ce probl&#232;me ont jusqu'ici &#233;chou&#233; dans d'effrayantes proportions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que, parmi ceux aussi que ce probl&#232;me occupe pratiquement et professionnellement, le d&#233;sir se manifeste, issu d'un certain sentiment d'impuissance, de solliciter sur ce point l'avis de personnes que le commerce habituel des sciences a plac&#233;es &#224; une heureuse distance &#224; l'&#233;gard de tous les probl&#232;mes de la vie. En ce qui me concerne, la direction habituelle de ma pens&#233;e n'est pas de celles qui ouvrent des aper&#231;us dans les profondeurs de la volont&#233; et du sentiment humains, et c'est pourquoi, dans l'&#233;change de vues que j'amorce ici. je ne puis gu&#232;re songer &#224; faire beaucoup plus qu'essayer de poser le probl&#232;me et, tout en laissant par avance de c&#244;t&#233; les tentatives de solution plus ou moins ext&#233;rieures, vous donner l'occasion d'&#233;clairer la question sous l'angle de votre profonde connaissance de la vie instinctive de l'homme. Je suis convaincu que vous serez &#224; m&#234;me d'indiquer des moyens &#233;ducatifs qui, par une voie, dans une certaine mesure &#233;trang&#232;re &#224; la politique, seraient de nature &#224; &#233;carter des obstacles psychologiques, que le profane en la mati&#232;re peut bien soup&#231;onner, mais dont il n'est pas capable de jauger les correspondances et les variations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi qui suis un &#234;tre affranchi de pr&#233;jug&#233;s nationaux, la face ext&#233;rieure du probl&#232;me -en l'esp&#232;ce, l'&#233;l&#233;ment d'organisation- m'appara&#238;t simple : les &#201;tats cr&#233;ent une autorit&#233; l&#233;gislative et judiciaire pour l'apaisement de tous les conflits pouvant surgir entre eux. Ils prennent l'engagement de se soumettre aux lois &#233;labor&#233;es par l'autorit&#233; l&#233;gislative, de faire appel au tribunal dans tous les cas litigieux, de se plier sans r&#233;serve &#224; ses d&#233;cisions et d'ex&#233;cuter, pour en assurer l'application, toutes les mesures que le tribunal estime n&#233;cessaires. Je touche l&#224; &#224; la premi&#232;re difficult&#233; : Un tribunal est une institution humaine qui pourra se montrer, dans ses d&#233;cisions, d'autant plus accessible aux sollicitations extra-juridiques qu'elle disposera de moins de force pour la mise en vigueur de ses verdicts. Il est un fait avec lequel il faut compter : droit et force sont ins&#233;parablement li&#233;s, et les verdicts d'un organe juridique se rapprochent de l'id&#233;al de justice de la communaut&#233;, au nom et dans l'int&#233;r&#234;t de laquelle le droit est prononc&#233;, dans la mesure m&#234;me o&#249; cette communaut&#233; peut r&#233;unir les forces n&#233;cessaires pour faire respecter son id&#233;al de justice. Mais nous sommes actuellement fort loin de d&#233;tenir une organisation supra-&#233;tatiste qui soit capable de conf&#233;rer &#224; son tribunal une autorit&#233; inattaquable et de garantir la soumission absolue &#224; l'ex&#233;cution de ses sentences. Et voici le premier principe qui s'impose &#224; mon attention : La voie qui m&#232;ne &#224; la s&#233;curit&#233; internationale impose aux &#201;tats l'abandon sans condition d'une partie de leur libert&#233; d'action, en d'autres termes, de leur souverainet&#233;, et il est hors de doute qu'on ne saurait trouver d'autre chemin vers cette s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un simple coup d'&#339;il sur l'insucc&#232;s des efforts, certainement sinc&#232;res, d&#233;ploy&#233;s au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es permet &#224; chacun de se rendre compte que de puissantes forces psychologiques sont &#224; l'&#339;uvre, qui paralysent ces efforts. Certaines d'entre elles sont ais&#233;ment perceptibles. L'app&#233;tit de pouvoir que manifeste la classe r&#233;gnante d'un Etat contrecarre une limitation de ses droits de souverainet&#233;. Cet &#171; app&#233;tit politique de puissance &#187; trouve souvent un aliment dans les pr&#233;tentions d'une autre cat&#233;gorie dont l'effort &#233;conomique se manifeste de fa&#231;on toute mat&#233;rielle. Je songe particuli&#232;rement ici &#224; ce groupe que l'on trouve au sein de chaque peuple et qui, peu nombreux mais d&#233;cid&#233;, peu soucieux des exp&#233;riences et des facteurs sociaux, se compose d'individus pour qui la guerre, la fabrication et le trafic d'armes ne repr&#233;sentent rien d'autre qu'une occasion de retirer des avantages particuliers, d'&#233;largir le champ de leur pouvoir personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette simple constatation n'est toutefois qu'un premier pas dans la connaissance des conjonctures. Une question se pose aussit&#244;t : comment se fait-il que cette minorit&#233;-l&#224; puisse asservir &#224; ses app&#233;tits la grande masse du peuple qui ne retire d'une guerre que souffrance et appauvrissement ? (Quand je parle de la masse du peuple, je n'ai pas dessein d'en exclure ceux qui, soldats de tout rang, ont fait de la guerre une profession, avec la conviction de s'employer &#224; d&#233;fendre les biens les plus pr&#233;cieux de leur peuple et dans la pens&#233;e que la meilleure d&#233;fense est parfois l'attaque.) Voici quelle est &#224; mon avis la premi&#232;re r&#233;ponse qui s'impose : cette minorit&#233; des dirigeants de l'heure a dans la main tout d'abord l'&#233;cole, la presse et presque toujours les organisations religieuses. C'est par ces moyens qu'elle domine et dirige les sentiments de la grande masse dont elle fait son instrument aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette r&#233;ponse n'explique pas encore l'encha&#238;nement des facteurs en pr&#233;sence car une autre question se pose : comment est-il possible que la masse, par les moyens que nous avons indiqu&#233;s, se laisse enflammer jusqu'&#224; la folie et au sacrifice ? Je ne vois pas d'autre r&#233;ponse que celle-ci : l'homme a en lui un besoin de haine et de destruction. En temps ordinaire, cette disposition existe &#224; l'&#233;tat latent et ne se manifeste qu'en p&#233;riode anormale ; mais elle peut &#234;tre &#233;veill&#233;e avec une certaine facilit&#233; et d&#233;g&#233;n&#233;rer en psychose collective. C'est l&#224;, semble-t-il, que r&#233;side le probl&#232;me essentiel et le plus secret de cet ensemble de facteurs. L&#224; est le point sur lequel, seul, le grand connaisseur des instincts humains peut apporter la lumi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous en arrivons ainsi &#224; une derni&#232;re question : Existe-t-il une possibilit&#233; de diriger le d&#233;veloppement psychique de l'homme de mani&#232;re &#224; le rendre mieux arm&#233; contre les psychoses de haine et de destruction ? Et loin de moi la pens&#233;e de ne songer ici qu'aux &#234;tres dits incultes. J'ai pu &#233;prouver moi-m&#234;me que c'est bien plut&#244;t la soi-disante &#171; intelligence &#187; qui se trouve &#234;tre la proie la plus facile des funestes suggestions collectives, car elle n'a pas coutume de puiser aux sources de l'exp&#233;rience v&#233;cue, et que c'est au contraire par le truchement du papier imprim&#233; qu'elle se laisse le plus ais&#233;ment et le plus compl&#232;tement saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pour terminer, ceci encore : je n'ai parl&#233; jusqu'ici que de la guerre entre &#201;tats, en d'autres termes, des conflits dits internationaux. Je n'ignore pas que l'agressivit&#233; humaine se manifeste &#233;galement sous d'autres formes et dans d'autres conditions (par exemple la guerre civile -autrefois caus&#233;e par des mobiles religieux, aujourd'hui par des mobiles sociaux-, la pers&#233;cution des minorit&#233;s nationales). Mais c'est &#224; dessein que j'ai mis en avant la forme de conflit la plus effr&#233;n&#233;e qui se manifeste au sein des communaut&#233;s humaines, car c'est en partant de cette forme-l&#224; qu'on d&#233;c&#232;lera le plus facilement les moyens d'&#233;viter les conflits arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que dans vos ouvrages vous avez r&#233;pondu, soit directement soit indirectement, &#224; toutes les questions touchant au probl&#232;me qui nous int&#233;resse et nous presse. Mais il y aurait grand profit &#224; vous voir d&#233;velopper le probl&#232;me de la pacification du monde sous le jour de vos nouvelles investigations, car un tel expos&#233; peut &#234;tre la source de fructueux efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s cordialement &#224; vous,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Einstein&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Correspondance Einstein-Sigmund Freud. Ed. Institut international de coop&#233;ration intellectuelle, Paris, 1933, pp. 11 &#224; 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa longue r&#233;ponse dat&#233;e de septembre 1932, Freud est quelque peu ambigu : &#224; certains endroits il fait remonter les causes de la guerre au conflit d'int&#233;r&#234;ts entre les groupes qui sont constamment r&#233;solus par la violence en raison du manque d'une &#171; cour de justice supr&#234;me &#187; disposant de pouvoirs ex&#233;cutifs suffisants et &#224; d'autres endroits il les fait remonter &#224; l'&#233;mergence de l'instinct de mort qui devient une impulsion &#224; d&#233;truire quand il dirige son action vers l'ext&#233;rieur contre des objets externes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
