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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>La pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste de Mario Albertini (1919 &#8211; 1997)</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/La-pensee-federaliste-de-Mario-Albertini-1919-1997</link>
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		<dc:date>2025-11-04T20:28:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>


		<dc:subject>Un peu de lecture f&#233;d&#233;raliste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Publi&#233; initialement dans le Dizionario storico dell'integrazione europea, 1950-2017, Editore Rubbino, Soveria Mannella (CZ) &#8211; Presse f&#233;d&#233;raliste remercie la direction du Dictionnaire de son aimable autorisation. Texte fran&#231;ais de Jean-Francis Billion et Pierre Jouvenat, valid&#233; par l'auteur. &lt;br class='autobr' /&gt; Mario Albertini (Pavie, 1919-1997) a &#233;t&#233; professeur &#224; l'universit&#233; de Pavie, o&#249; il a enseign&#233; l'histoire. Histoire, sciences politiques, doctrine de l'&#201;tat et philosophie politique &#8211; et dirigeant du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Fedechoses-no206-Septembre-2025-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 206 - Septembre 2025&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Un-peu-de-lecture-federaliste-+" rel="tag"&gt;Un peu de lecture f&#233;d&#233;raliste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L104xH150/albertini_mario-857c4.jpg?1762288665' class='spip_logo spip_logo_right' width='104' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Publi&#233; initialement dans le Dizionario storico dell'integrazione europea, 1950-2017, Editore Rubbino, Soveria Mannella (CZ) &#8211; Presse f&#233;d&#233;raliste remercie la direction du Dictionnaire de son aimable autorisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte fran&#231;ais de Jean-Francis Billion et Pierre Jouvenat, valid&#233; par l'auteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mario Albertini (Pavie, 1919-1997) a &#233;t&#233; professeur &#224; l'universit&#233; de Pavie, o&#249; il a enseign&#233; l'histoire. Histoire, sciences politiques, doctrine de l'&#201;tat et philosophie politique &#8211; et dirigeant du Movimento federalista europeo (MFE) italien, dont il a &#233;t&#233; le secr&#233;taire de 1966 &#224; 1970 et le pr&#233;sident de 1970 &#224; 1995 &#8211; et de l'Union des f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens (UEF), dont il a &#233;t&#233; le pr&#233;sident de 1975 &#224; 1984. Fondateur du magazine Il Federalista en 1959, &#233;galement publi&#233; en anglais depuis 1984 sous le titre The Federalist, il en est rest&#233; le directeur jusqu'&#224; sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fondements m&#233;thodologiques de la th&#233;orie politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour cerner la personnalit&#233; intellectuelle d'Albertini., il faut la comparer &#224; celle d'Altiero Spinelli, le fondateur du MFE, dont le plus grand m&#233;rite est d'avoir amen&#233; le f&#233;d&#233;ralisme sur le terrain de l'action. Ayant d&#233;cid&#233; de concentrer toute son &#233;nergie sur l'action pour la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, Spinelli a agi comme si l'on pouvait trouver la th&#233;orie f&#233;d&#233;raliste d&#233;j&#224; &#233;labor&#233;e dans les classiques de la pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini est un continuateur de Spinelli, qui a &#233;crit &#224; son sujet : &#171; Il est bon qu'il y ait un type Saint-Just dans le MFE &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini a d&#233;velopp&#233; l'autonomie du f&#233;d&#233;ralisme avant tout sur le plan th&#233;orique. Sur ce point, il a surpass&#233; son ma&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;laboration th&#233;orique d'Albertini s'est d&#233;velopp&#233;e en &#233;troite relation avec les sciences historico-sociales. Celles-ci permettent, &#224; travers l'analyse des structures de production et de pouvoir, de conna&#238;tre les conditions objectives dans lesquelles nos comportements sont immerg&#233;s et qui ne d&#233;pendent pas de nos d&#233;sirs, aussi nobles soient-ils. Sur la base de cette connaissance, il est possible de distinguer, bien qu'avec une grande marge d'approximation, ce qui dans l'histoire doit &#234;tre attribu&#233; au cours objectif des &#233;v&#233;nements et ce qui, au contraire, peut &#234;tre d&#233;termin&#233; par le libre arbitre, c'est-&#224;-dire par un dessein politique. Les sciences historico-sociales contribuent donc &#224; d&#233;finir l'espace qui, dans l'histoire, appartiennent respectivement &#224; la n&#233;cessit&#233; et &#224; la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles remplissent une fonction indispensable &#224; l'action politique. Par cons&#233;quent, ce n'est que si l'on conna&#238;t la place occup&#233;e par la n&#233;cessit&#233; dans l'histoire et les lois qui r&#233;gissent le fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, qu'il est possible d'identifier les ouvertures permettant l'intervention transformatrice de l'action humaine. L'attitude d'Albertini envers la science &#233;tait la m&#234;me que celle du jeune Marx, selon qui la preuve de la justesse de la pens&#233;e r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; transformer la r&#233;alit&#233;. L'approfondissement th&#233;orique est donc pour Albertini l'expression d'une exigence pratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mod&#232;le &#233;labor&#233; par Albertini pour l'analyse politique est le r&#233;sultat de la synth&#232;se de diff&#233;rentes th&#233;ories : le mat&#233;rialisme historique, la th&#233;orie de la Raison d'&#201;tat et celle de l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique est la th&#233;orie qui consid&#232;re le mode de production comme le d&#233;terminant en ultime instance du cours de l'histoire et du changement social. Le pr&#233;suppos&#233; de toute l'histoire humaine est que ce sont les individus r&#233;els qui produisent leurs moyens de subsistance. Le mode de production est la cat&#233;gorie qui repr&#233;sente la pierre angulaire et le principe d'ordonnancement de toute la r&#233;alit&#233; sociale. Albertini a soumis le mat&#233;rialisme historique &#224; une r&#233;vision critique et l'a consid&#233;r&#233; comme le type id&#233;al le plus g&#233;n&#233;ral sur lequel il est possible de fonder l'architecture des sciences sociales. &#171; Si l'on ne confond pas &#187;, a-t-il &#233;crit, &#171; le concept de production sociale avec ceux, moins g&#233;n&#233;raux, de classe ou d'&#233;conomie au sens sp&#233;cifique, et si l'on ne con&#231;oit pas l'&#233;volution de la production comme la cause n&#233;cessaire et suffisante, mais seulement en tant que cause n&#233;cessaire, du devenir historique, [...] on ne peut pas ne pas admettre : a) que le mode de production est bien le ph&#233;nom&#232;ne historique le plus g&#233;n&#233;ral ; b) que doivent effectivement lui correspondre la dimension et la nature des autres ph&#233;nom&#232;nes sociaux (sociaux au sens large : &#233;conomiques, juridiques, politiques, culturels, etc.) &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat et le syst&#232;me mondial des &#201;tats constituent le cadre juridique et politique dans lequel se d&#233;roule le processus de production. Marx et Engels leur attribuent un r&#244;le super-structurel. Cela ne signifie pas que ce r&#244;le soit non pertinent dans la d&#233;termination du cours de l'histoire. Sans l'&#201;tat, c'est-&#224;-dire sans l'ordre public et la d&#233;fense vis-&#224;-vis des autres &#201;tats, et sans le syst&#232;me mondial des &#201;tats, c'est-&#224;-dire sans un minimum d'ordre international, le fonctionnement du processus de production ne serait pas possible. Le rapport qui existe entre les processus historico-sociaux et les structures politiques est, pour reprendre une image c&#233;l&#232;bre de Trotski, la m&#234;me que celui qui existe entre la vapeur et un cylindre &#224; piston. Le mouvement d&#233;pend de la vapeur, mais sans le cylindre &#224; piston, la vapeur s'&#233;vaporerait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les structures de pouvoir poss&#232;dent une &#171; autonomie relative &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elles ob&#233;issent aux lois sp&#233;cifiques de la vie politique, qui ne sont qu'&#171; en ultime instance &#187; contraintes &#224; se plier aux exigences de la production. L'adoption de cette th&#233;orie permet &#224; Albertini de formuler un jugement global sur la soci&#233;t&#233; contemporaine et d'identifier la tendance fondamentale de l'histoire de notre temps, &#171; la tendance &#224; l'unit&#233; du genre humain &#187;. Il s'agit d'une tendance irr&#233;versible : &#171; Dans les premi&#232;res &#233;tapes de la r&#233;volution industrielle la croissance de l'interd&#233;pendance de l'action humaine s'est d&#233;velopp&#233;e surtout en profondeur, au sein des &#201;tats. Avec la lutte lib&#233;rale et d&#233;mocratique de la bourgeoisie contre l'aristocratie et celle socialiste du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie elle-m&#234;me, cette phase a d'abord intensifi&#233;, puis d&#233;pass&#233;, la division en classes antagonistes dans les soci&#233;t&#233;s &#233;volu&#233;es. Cependant, en raison de cette int&#233;gration, elle a simultan&#233;ment renforc&#233; la division de l'humanit&#233; en groupes s&#233;par&#233;s, constitu&#233;s des &#201;tats bureaucratiques et id&#233;alis&#233;s, dans la repr&#233;sentation id&#233;ologique, comme la parent&#233; de sang ou d'on ne sait quoi, les &#8216;nations'. Le d&#233;veloppement croissant de l'interd&#233;pendance de l'action humaine fera &#233;clater la division de l'humanit&#233; en &#8216;nations' &#187;. Et Albertini conclut : &#171; Nous sommes d&#233;j&#224; entr&#233;s dans le cours historique qui d&#233;sarmera les nations, en les unissant dans la F&#233;d&#233;ration mondiale &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie de la raison d'&#201;tat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique ne suffit pas &#224; fournir les coordonn&#233;es entre lesquelles placer l'analyse f&#233;d&#233;raliste. L'action r&#233;volutionnaire est une action politique qui tend avant tout &#224; transformer les structures de pouvoir. De l&#224;, d&#233;coule la pertinence de l'analyse politique. Albertini emprunte &#224; la th&#233;orie de la raison d'&#201;tat l'hypoth&#232;se selon laquelle dans la vie politique pr&#233;valent les comportements qui renforcent la s&#233;curit&#233; et le pouvoir de l'&#201;tat. La composante interne de la raison d'&#201;tat c'est l'expression du besoin de l'&#201;tat d'affirmer sa souverainet&#233; sur les autres centres de pouvoir existant sur son territoire, c'est-&#224;-dire d'attribuer au gouvernement le monopole de la force et &#224; l'&#201;tat le contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233; civile. La composante externe de la raison d'&#201;tat est la cons&#233;quence de la dispersion de la souverainet&#233; entre de nombreux &#201;tats. Avec la consolidation de la souverainet&#233; de l'&#201;tat moderne, la composante externe est devenue la manifestation la plus pertinente de la raison d'&#201;tat. En raison de la division du monde en &#201;tats souverains, qui ne reconnaissent aucun pouvoir qui leur soit sup&#233;rieur, la force domine dans les relations internationales et la s&#233;curit&#233; occupe la premi&#232;re place dans les pr&#233;occupations des gouvernements. &#171; Le r&#233;sultat &#187;, &#233;crit Albertini, &#171; c'est l'ins&#233;curit&#233; universelle et un &#233;tat constant de tension et de pr&#233;paration militaire &#8211; la situation qualifi&#233;e &#224; juste titre par les f&#233;d&#233;ralistes d'&#8216;anarchie internationale' &#8211; ainsi que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence autoritaire des &#201;tats. Il en r&#233;sulte &#233;galement le d&#233;sordre &#233;conomique &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour garantir la s&#233;curit&#233;, les gouvernements sont pr&#234;ts &#224; sacrifier toute autre valeur de la coexistence politique et &#224; utiliser tous les moyens, en violant, si n&#233;cessaire, les normes de droit et de morale. La raison d'&#201;tat est une force motrice aveugle et irr&#233;sistible, qui ne conna&#238;t pas de limites et s'impose &#224; tout homme d'&#201;tat, ind&#233;pendamment des principes qui inspirent son action. Elle n'est pas le libre choix d'une valeur (la guerre plut&#244;t que la paix, l'autoritarisme plut&#244;t que la libert&#233;), mais la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; d'adapter la structure et la politique de l'&#201;tat aux conditions nationales et internationales de sa survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est seulement dans le cadre de la cadre de la pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste que la th&#233;orie de la raison d'&#201;tat peut &#234;tre pens&#233;e de mani&#232;re rigoureuse. Albertini note que &#171; seule la finalit&#233; de la paix, qui inclue le but de contr&#244;ler dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral la politique de tous les &#201;tats, et non seulement celle de son propre &#201;tat, qui fait de la politique internationale un objet autonome de la volont&#233; humaine. Dans tous les autres cas, chacun se limitant &#224; contr&#244;ler directement exclusivement la politique de son propre &#201;tat, la politique internationale d&#233;pend surtout du processus d'affrontement entre les &#201;tats, c'est-&#224;-dire d'un facteur transcendant la volont&#233; de tous. [&#8230;] Seule la th&#233;orie du gouvernement supranational, ou la connaissance du fait que l'on peut contr&#244;ler les rapports entre les &#201;tats et de la mani&#232;re par laquelle il est possible de faire cesser leur affrontement, configure les relations internationales comme un processus cr&#233;&#233; par les hommes et soumis &#224; leurs choix, et donc comme une activit&#233; dont la cause est bien connue et parfaitement explicable &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie de la raison d'&#201;tat n'est pas une loi &#233;ternelle de la politique, mais la th&#233;orie de la politique d'une phase de l'histoire : celle de l'anarchie internationale. Le f&#233;d&#233;ralisme permet d'&#233;tablir &#171; le cadre &#224; l'int&#233;rieur de laquelle le concept [de raison d'&#201;tat] peut et doit &#234;tre appliqu&#233; &#187;. C'est-&#224;-dire qu'elle (la raison d'&#201;tat) &#171; doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme quelque chose qui correspond &#224; un certain type d'organisation politique de l'humanit&#233; (syst&#232;me d'&#201;tats souverains et exclusifs, d&#233;fense par les armes de l'ind&#233;pendance nationale, n&#233;cessit&#233; pour chaque nation de maximiser ses ressources de puissance, subordination de toutes les nations &#224; la hi&#233;rarchie des rapports de force et de toutes les valeurs &#224; celle de la d&#233;fense de la nation), et tombe avec un autre type d'organisation (f&#233;d&#233;ration mondiale, ind&#233;pendance des nations garantie par le droit, &#233;galit&#233; des nations comme cons&#233;quence de l'&#233;limination de la d&#233;fense arm&#233;e et donc aussi de la hi&#233;rarchie d&#233;coulant des rapports de force &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception mat&#233;rialiste de l'histoire et la th&#233;orie de la raison d'&#201;tat sont g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;es comme incompatibles, comme les courants de pens&#233;e qui les ont produits. Cependant, lorsqu'elles sont consid&#233;r&#233;es comme compl&#233;mentaires, elles permettent de clarifier des corr&#233;lations autrement inexplicables. Par exemple, le mat&#233;rialisme historique explique la relation entre l'industrialisation et la naissance des &#201;tats bureaucratiques modernes de dimensions nationales. Ce qui explique la diff&#233;rence entre la structure rigide et centralis&#233;e des &#201;tats du continent europ&#233;en et celle &#233;lastique et d&#233;centralis&#233;e de la Grande-Bretagne est un facteur politique : la pression militaire subie par les &#201;tats &#233;tait plus forte sur le continent que sur les &#238;les. C'est un facteur qui n'a pas de relation directe avec la structure du syst&#232;me de production.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'hypoth&#232;se d'Albertini est que le mat&#233;rialisme historique et la th&#233;orie de la raison d'&#201;tat sont des mod&#232;les compl&#233;mentaires. Le mat&#233;rialisme historique permet d'expliquer la relation entre une phase donn&#233;e de l'&#233;volution du mode de production et la taille et la forme des &#201;tats, alors que le champ d'adaptation non d&#233;fini par le mat&#233;rialisme historique serait couvert par la th&#233;orie de la raison d'&#201;tat, entendue comme une th&#233;orie fond&#233;e sur le principe de l'autonomie relative du pouvoir politique par rapport &#224; l'&#233;volution du mode de production. L'hypoth&#232;se de leur compl&#233;mentarit&#233;, semble permettre de s'approcher de la connaissance et de la pr&#233;diction du cours de l'histoire, plus que l'une ou l'autre des deux approches s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie de l'id&#233;ologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, Albertini d&#233;veloppe la th&#233;orie de l'id&#233;ologie, entendue comme forme que prend la pens&#233;e dans la sph&#232;re de la politique. Les id&#233;ologies, sur la base de leur projection dans l'avenir et de la tentative, jamais pleinement r&#233;alis&#233;e, d'atteindre une connaissance globale de la situation historique dont elles sont issues (les id&#233;ologies ont toujours r&#233;uni des connaissances th&#233;oriques et des mystifications), indiquent &#224; la volont&#233; humaine une valeur &#224; r&#233;aliser et les moyens correspondants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot id&#233;ologie a deux significations. &#171; S'il est in&#233;vitable, sur le plan du langage courant (apr&#232;s Marx), de faire correspondre au terme &#8216;id&#233;ologie' l'auto-mystification politique et sociale &#187;, note Albertini, &#171; il n'est toutefois pas possible de r&#233;duire les &#8216;id&#233;ologies' (au pluriel : lib&#233;ralisme, etc.) &#224; la pure et simple &#8216;id&#233;ologie' (au singulier : l'auto-mystification). Il n'y a pas de sens &#224; identifier totalement le lib&#233;ralisme, le socialisme, etc. avec l'auto-mystification. Les grandes id&#233;ologies traditionnelles, jusqu'au marxisme, constituent une grande partie de notre patrimoine de culture politique et de nos outils de connaissance des faits historico-sociaux, m&#234;me s'il est vrai qu'il s'agit d'un savoir sous une forme non critique (sans possibilit&#233; de contr&#244;le autre que celle de la sagesse) et s'il est en outre vrai que, pour cela, c'est au sein de ces id&#233;ologies que &#8216;l'id&#233;ologie' se manifeste comme auto-mystification &#187;. Albertini &#233;tablit ainsi le lien entre les deux notions d'id&#233;ologie : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme processus mental, l'auto-mystification d&#233;pend [...] de la confusion entre jugements de valeur et affirmations factuelles. Il s'ensuit que si l'on distingue et isole la valeur, on laisse tomber tout ce qui est fait d&#233;guiser en valeur et on r&#233;cup&#232;re tout ce qui est valeur d&#233;guis&#233;e en fait. Cela montre que l'auto-mystification ne se manifeste pas (ou peut &#234;tre &#233;limin&#233;e) si l'on traite (ou retraite) la valeur en tant que telle, c'est-&#224;-dire comme le mod&#232;le d'une situation souhaitable, sans confondre l'&#233;laboration du mod&#232;le ou un objectif avec la connaissance des moyens appropri&#233;s pour l'atteindre &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;ologies sont des sch&#233;mas conceptuels qui servent &#224; conna&#238;tre la soci&#233;t&#233; et l'histoire et &#224; en orienter le changement. Elles d&#233;finissent un projet politique, qui &#233;claire le sens d'une &#233;poque historique &#224; travers l'affirmation des institutions et des valeurs correspondantes. L'id&#233;ologie est, selon Albertini, la forme que prend une pens&#233;e politique active. Elle rend possible la convergence de la pens&#233;e indispensable &#224; la coh&#233;sion d'un groupe politique et la coh&#233;rence de ses principes d'action. Elle se distingue de la pens&#233;e philosophique et religieuse par son caract&#232;re actif, c'est-&#224;-dire son orientation vers l'action.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme comme id&#233;ologie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Puisque les institutions sont conditionn&#233;es par la soci&#233;t&#233;, qui constitue l'infrastructure des institutions, et que celles-ci constituent &#224; leur tour des instruments de gouvernement servant &#224; produire des d&#233;cisions politiques et donc &#224; poursuivre certaines valeurs d&#233;termin&#233;es, une d&#233;finition compl&#232;te du f&#233;d&#233;ralisme exige que, &#224; c&#244;t&#233; de son aspect institutionnel, l'on prenne &#233;galement en compte son aspect historico-social et son aspect de valeur. &#201;tudi&#233; de ce point de vue, le f&#233;d&#233;ralisme se pr&#233;sente comme une id&#233;ologie qui a un aspect de structure (l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral), un aspect de valeur (la paix) et un aspect historico-social (le d&#233;passement de la division de la soci&#233;t&#233; en classes et en nations).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect de valeur du f&#233;d&#233;ralisme est la paix. La relation qui existe entre le f&#233;d&#233;ralisme et la paix est la m&#234;me que celle qui existe entre le lib&#233;ralisme et la libert&#233;, la d&#233;mocratie et l'&#233;galit&#233;, le socialisme et la justice sociale. Dans cette perspective, Albertini r&#233;cup&#232;re la vision kantienne, dont la pertinence est mise &#224; l'ordre du jour par la crise de l'&#201;tat national et par le d&#233;veloppement, au-del&#224; des fronti&#232;res des &#201;tats, de l'interd&#233;pendance de l'action humaine, dont l'unification europ&#233;enne est l'expression la plus d&#233;velopp&#233;e. Ces ph&#233;nom&#232;nes &#233;tant entendus comme des pr&#233;misses &#224; la r&#233;alisation de la paix perp&#233;tuelle par la construction de la F&#233;d&#233;ration mondiale. Nier, avec la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, la nation signifie nier &#171; la culture de la division politique du genre humain &#187; et, en m&#234;me temps, d'affirmer &#171; au si&#232;ge m&#234;me des nations &#187; le &#171; mod&#232;le multinational, [...] la culture politique de l'unit&#233; du genre humain &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect structurel du f&#233;d&#233;ralisme est l'&#201;tat f&#233;d&#233;ral, qui permet de surmonter les structures ferm&#233;es et centralis&#233;es de l'&#201;tat national vers le bas, avec la formation de v&#233;ritables autonomies r&#233;gionales et locales, et vers le haut, avec la r&#233;alisation de formes efficaces de solidarit&#233; politique et sociale au-dessus des &#201;tats nationaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aspect historico-social du f&#233;d&#233;ralisme consiste &#224; surmonter la division de l'humanit&#233; en classes et en nations antagonistes, ouvrant la voie &#224; la formation d'une soci&#233;t&#233; f&#233;d&#233;rale, dans laquelle le loyalisme &#224; la soci&#233;t&#233; dans son ensemble coexiste avec celle vers des communaut&#233;s territoriales plus petites sans que l'une prenne le pas sur l'autre. Dans les soci&#233;t&#233;s f&#233;d&#233;rales ayant exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, cet &#233;quilibre social s'est d&#233;velopp&#233; en partie seulement parce que, d'une part, la lutte des classes a fait pr&#233;valoir le sens d'appartenance &#224; une classe sur toute autre forme de solidarit&#233; sociale et emp&#234;ch&#233; que de forts liens de solidarit&#233; s'enracinent dans les communaut&#233;s r&#233;gionales et locales et que, d'autre part, la lutte entre les &#201;tats au niveau international a conduit au renforcement du pouvoir central au d&#233;triment des pouvoirs locaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception du f&#233;d&#233;ralisme en tant qu'id&#233;ologie ne fait pas qu'&#233;clairer les limites des conceptions r&#233;ductrices qui le d&#233;finissent comme une simple technique constitutionnelle (Kenneth C. Wheare) . La critique d'Albertini est &#233;galement dirig&#233;e contre les courants politiques, tels que le f&#233;d&#233;ralisme int&#233;gral d'Alexandre Marc ou de Denis de Rougemont et celui qui se r&#233;f&#232;re &#224; Daniel Elazar, qui ne soulignent que l'aspect social. Selon Albertini, il s'agit d'une conception g&#233;n&#233;rique et historiquement ind&#233;termin&#233;e, faisant remonter les origines du f&#233;d&#233;ralisme &#224; la nuit des temps, quand se form&#232;rent les premi&#232;res formes d'association entre tribus et dont on en trouve des traces &#224; toutes les &#233;poques : dans les ligues entre les Cit&#233;s-&#233;tats de la Gr&#232;ce antique, dans l'Empire romain, &#224; l'&#233;poque des communes de l'Italie et de l'Allemagne m&#233;di&#233;vales, dans le Saint Empire romain germanique, et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Albertini, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative est une condition essentielle des institutions f&#233;d&#233;rales. La premi&#232;re constitution f&#233;d&#233;rale est donc celle des &#201;tats-Unis, tandis que les formations politiques ant&#233;rieures, telles que celles mentionn&#233;es ci-dessus, n'ont pas de caract&#232;re f&#233;d&#233;ral ; bien que pr&#233;sentant une articulation territoriale du pouvoir, elles n'avaient pas de caract&#232;re structure d&#233;mocratique. Elles peuvent, tout au plus, &#234;tre classifi&#233;es comme des manifestations anticipatrices du f&#233;d&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Crise de l'&#201;tat national et unification europ&#233;enne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition rappel&#233;e ci-dessus a permis &#224; Albertini de s&#233;quencer les phases de d&#233;veloppement de la pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste. La premi&#232;re phase, de la R&#233;volution fran&#231;aise &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, est caract&#233;ris&#233;e par l'affirmation, m&#234;me sur le seul plan des principes, de la composante communautaire et cosmopolite du f&#233;d&#233;ralisme contre les aspects autoritaires et guerriers de l'&#201;tat national. Dans la deuxi&#232;me phase, de la Premi&#232;re &#224; la Seconde Guerre mondiale, les crit&#232;res du f&#233;d&#233;ralisme ont &#233;t&#233; utilis&#233;s pour interpr&#233;ter la crise de l'&#201;tat national et du syst&#232;me europ&#233;en des &#201;tats. Dans la troisi&#232;me phase, d&#233;but&#233;e apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale et qui se poursuit encore aujourd'hui, l'utilisation des cadres conceptuels et des instruments politiques et institutionnels du f&#233;d&#233;ralisme est n&#233;cessaire pour r&#233;soudre la crise de l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est plus facile de comprendre la signification du f&#233;d&#233;ralisme si l'on commence &#224; le consid&#233;rer du point de vue de ce qu'il nie plut&#244;t que de celui de ce qu'il affirme. Les d&#233;terminations positives de la th&#233;orie f&#233;d&#233;raliste se sont pr&#233;cis&#233;es avec l'exp&#233;rience de la n&#233;gation de la division de l'humanit&#233; en &#201;tats souverains et de la centralisation du pouvoir politique. Ces ph&#233;nom&#232;nes s'&#233;tant manifest&#233;s sous la forme la plus claire dans l'Europe des nations, le f&#233;d&#233;ralisme a pris forme avant tout comme n&#233;gation de l'&#201;tat national. &lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini a d&#233;velopp&#233; une nouvelle th&#233;orie de la nation afin de d&#233;molir le paradigme nation-centrique de la politique, expression d'une culture archa&#239;que, incapable de s'attaquer aux grands probl&#232;mes du monde contemporain. La m&#233;thode employ&#233;e par Albertini consiste &#224; d&#233;finir la nation sur la base d'une observation empirique du comportement des individus. Le comportement national est un comportement de loyaut&#233;. La r&#233;f&#233;rence objective de ce comportement est l'&#201;tat, qui n'est cependant pas pens&#233; en tant que tel, mais comme une entit&#233; illusoire, &#224; laquelle se rattachent des exp&#233;riences culturelles, esth&#233;tiques, sportives, dont le caract&#232;re sp&#233;cifique n'est pas national. Pourquoi, se demande Albertini, lorsqu'un Italien regarde la baie de Naples, dit-il : &#171; l'Italie est belle &#187; ? Cette d&#233;claration est sous-tendue par un fait politique. Les individus, qui fr&#233;quentent des &#233;coles nationales, c&#233;l&#232;brent des f&#234;tes nationales, paient des imp&#244;ts nationaux, font leur service militaire national, qui les pr&#233;pare &#224; tuer et mourir pour la nation, expriment ces comportements en termes d'all&#233;geance &#224; une entit&#233; mythique, la nation, repr&#233;sentation id&#233;alis&#233;e des &#201;tats bureaucratiques et centralis&#233;s. Cette id&#233;alisation de la r&#233;alit&#233; est un reflet mental des relations de pouvoir entre les individus et l'&#201;tat national.&lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini a &#233;tendu la notion d'id&#233;ologie, que Marx avait li&#233;e aux positions de classe, aux relations de pouvoir au sein de l'&#201;tat. Sur cette base, il est possible de d&#233;mystifier l'id&#233;e de nation, n&#233;e comme une id&#233;e r&#233;volutionnaire et aujourd'hui transform&#233;e en un facteur de conservatisme. Dans la mesure o&#249; elle d&#233;crit la division politique entre les nations comme &#233;tant juste, naturelle et m&#234;me sacr&#233;e, l'id&#233;e de nation contrecarre la tendance sous-jacente de l'histoire contemporaine, &#224; savoir l'internationalisation du processus de production, qui exige de l'&#201;tat qu'il s'organise sur de vastes espaces politiques selon des sch&#233;mas multinationaux et f&#233;d&#233;raux.&lt;br class='autobr' /&gt;
La n&#233;gation de l'&#201;tat national par la pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste s'est manifest&#233;e d&#232;s l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire d&#232;s la premi&#232;re apparition de l'id&#233;ologie nationale. Mais pendant longtemps, elle ne s'est exprim&#233;e qu'en tant que principe. Dans la r&#233;alit&#233; historique, les conditions qui auraient permis au f&#233;d&#233;ralisme de se pr&#233;senter comme une alternative politique &#224; l'organisation de l'Europe en &#201;tats nationaux n'&#233;taient pas encore r&#233;unies et donc le principe f&#233;d&#233;ral ne pouvait pas se traduire en action politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La situation va changer avec l'av&#232;nement de la soci&#233;t&#233; industrielle et plus pr&#233;cis&#233;ment avec la deuxi&#232;me phase du processus d'industrialisation, qui &#171; accro&#238;t l'intensit&#233; et la fr&#233;quence des relations entre individus de diff&#233;rents &#201;tats, &#233;largissant ainsi la sph&#232;re de la politique internationale &#187; (1993, p. 147). &#192; ce stade, un nouveau ph&#233;nom&#232;ne commence &#224; se manifester : la crise de l'&#201;tat national. C'est l&#224; le concept sur lequel se fonde l'autonomie th&#233;orique du f&#233;d&#233;ralisme contemporain. Il occupe la place centrale qu'avait, dans la th&#233;orie lib&#233;rale la &#171; crise de l'ancien r&#233;gime &#187; et dans la th&#233;orie socialiste et communiste &#171; la crise du capitalisme &#187;. Il permet d'identifier la contradiction fondamentale dans une enti&#232;re phase historique et de formuler sur elle un jugement historique global. Il s'agit d'un concept que tant Lev Trotski que Luigi Einaudi ont utilis&#233; pour expliquer la Premi&#232;re Guerre mondiale. L'imp&#233;rialisme allemand est analys&#233; comme l'expression en n&#233;gatif du besoin de l'unit&#233; europ&#233;enne. L'alternative &#224; une Europe unifi&#233;e dans la violence est pour tous LES deux dans les &#201;tats-Unis d'Europe. C'est seulement apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale qu'il deviendra possible de poursuivre cet objectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;gration europ&#233;enne est le probl&#232;me historique qui est au centre de toute l'&#233;laboration th&#233;orique d'Albertini. Il a &#233;labor&#233; une grande quantit&#233; de cat&#233;gories analytiques constituant un appareil conceptuel complexe n&#233;cessaire pour dominer th&#233;oriquement et pratiquement ce processus. L'espace manque ici pour en illustrer toutes les facettes. Je vais me limiter &#224; en tracer les lignes de fond.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, les &#201;tats nationaux &#171; ne sont plus en mesure de faire face seuls aux deux t&#226;ches fondamentales auxquelles tout &#201;tat est confront&#233; : celle du d&#233;veloppement &#233;conomique et celle de la d&#233;fense des citoyens &#187;. L&#224; est la cause de la crise du consensus envers les institutions nationales. Il en d&#233;coule que les gouvernements nationaux &#171; se trouvent en permanence face &#224; l'alternative entre l'impuissance dans la division ou la force dans l'unit&#233; [&#8230;] leur propre raison d'&#201;tat [&#8230;] les oblige, sans &#233;chappatoire, &#224; r&#233;soudre ensemble les probl&#232;mes. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1968, Albertini arrive &#224; la conclusion que l'int&#233;gration europ&#233;enne a d&#233;sormais atteint un &#171; caract&#232;re irr&#233;versible &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il argumente cette affirmation comme ceci : &#171; L'int&#233;gration dans le cadre des Six n'est que le stade le plus avanc&#233; d'un processus plus vaste d'int&#233;gration de l'activit&#233; humaine au plan mondial qui, semble-t-il, rev&#234;t le caract&#232;re d'un nouveau cycle historique &#224; son d&#233;but, c'est-&#224;-dire celui d'une force historique irr&#233;versible. Une &#233;volution de ce type, n'exclue pas, &#233;videmment, la possibilit&#233; de crises, voire de p&#233;riodes d'arr&#234;t ou m&#234;me de retour en arri&#232;re, pouvant, par hypoth&#232;se, concerner le March&#233; commun lui-m&#234;me. Mais elle exclut, par principe, la possibilit&#233; d'un retour durable &#224; des formes de march&#233; national ferm&#233; &#187;. Et, il conclut que le caract&#232;re irr&#233;versible du processus, c'est-&#224;-dire d'un fait historique primaire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini a consacr&#233; une grande part de ses &#233;nergies intellectuelles &#224; l'&#233;tude de l'unification europ&#233;enne, entendue comme la premi&#232;re expression du cours supranational de l'histoire. Le f&#233;d&#233;ralisme est la th&#233;orie qui permet de comprendre et de contr&#244;ler ce processus. Il a un r&#244;le analogue &#224; ceux tenus dans le pass&#233; par les id&#233;ologies lib&#233;rale, d&#233;mocratique et socialiste : &#224; travers l'&#233;laboration et l'affirmation de la culture de la paix, il propose un projet de soci&#233;t&#233; capable de donner une r&#233;ponse aux plus grands probl&#232;mes de notre &#233;poque et il ouvre &#224; nouveau la possibilit&#233; de penser l'avenir qui avait disparu dans le cadre des id&#233;ologies traditionnelles, &#224; cause de l'&#233;puisement de leur &#233;lan r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne se tiendra &#171; sur le terrain de la n&#233;gation de la division politique de l'humanit&#233; &#187;. &#171; C'est &#187;, selon Albertini, &#171; la chose historiquement la plus importante. La culture nationale, comme th&#233;orie de la division politique du genre humain, est la culture qui a l&#233;gitim&#233; dans les faits, en mystifiant le lib&#233;ralisme, la d&#233;mocratie et le socialisme, sovi&#233;tique ou non, le devoir de tuer. La culture de la n&#233;gation de la division politique du genre humain, c'est la n&#233;gation historique de ce devoir ; c'est l'affirmation, dans la sph&#232;re de la pens&#233;e, du droit politique, et non seulement spirituel, de ne pas tuer, et pour cela le cadre historique de la lutte pour l'affirmer m&#234;me dans la pratique, au-del&#224; de la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, avec la F&#233;d&#233;ration mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le gradualisme constitutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; europ&#233;enne, telle qu'envisag&#233;e par Spinelli pendant la Seconde Guerre mondiale durant sa rel&#233;gation forc&#233;e &#224; Ventotene, n'&#233;tait pas une simple pr&#233;diction historique. C'&#233;tait le but d'une action politique. Apr&#232;s la guerre, c'est progressivement devenu une r&#233;alit&#233; &#233;conomique et institutionnelle, bas&#233;e sur l'int&#233;r&#234;t des gouvernements &#224; collaborer entre-eux et &#224; promouvoir une politique d'int&#233;gration.&lt;br class='autobr' /&gt;
En relation avec ces d&#233;veloppements, l'objectif strat&#233;gique que le Movimento federalista europeo (MFE) a choisi d&#232;s sa fondation &#8211; concr&#233;tiser l'adh&#233;sion des citoyens &#224; l'unit&#233; europ&#233;enne par une campagne d'agitation de l'opinion publique pour pr&#233;parer la convocation d'une assembl&#233;e constituante europ&#233;enne &#8211; s'est modifi&#233;e dans la perspective du &#171; gradualisme constitutionnel &#187;. Cette expression, invent&#233;e par Albertini, indique un tournant dans la strat&#233;gie f&#233;d&#233;raliste, qui abandonne le maximalisme des origines, tire une le&#231;on du succ&#232;s du gradualisme &#233;conomique et place l'objectif constituant &#224; la fin d'une s&#233;rie d'actes constitutionnels interm&#233;diaires repr&#233;sentant autant d'&#233;tapes vers la construction de la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne. Ces &#233;tapes sont l'&#233;lection directe du Parlement europ&#233;en et la monnaie unique. Albertini a identifi&#233; ces objectifs &#224; l'avance et le MFE et l'Union europ&#233;enne des f&#233;d&#233;ralistes ont contribu&#233; &#224; les r&#233;aliser, en construisant le front des forces politiques et sociales et le consensus de l'opinion publique n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme et les autres id&#233;ologies&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de la paix qualifie le f&#233;d&#233;ralisme comme une id&#233;ologie ind&#233;pendante. L'attitude &#224; l'&#233;gard de la paix et de la guerre distingue le f&#233;d&#233;ralisme des autres id&#233;ologies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les th&#233;oriciens lib&#233;raux, d&#233;mocrates et socialistes, lorsqu'ils ont r&#233;fl&#233;chi &#224; l'avenir des relations internationales, ont imagin&#233; que les peuples, devenus ma&#238;tres de leur destin en se lib&#233;rant de la domination monarchique et aristocratique, ou bourgeoise et capitaliste, n'auraient plus recours &#224; la guerre. Ce que le lib&#233;ralisme, la d&#233;mocratie et le socialisme ont en commun c'est la vision de la politique internationale appel&#233;e internationalisme, qui analyse la politique internationale avec les m&#234;mes cat&#233;gories qu'utilis&#233;es pour expliquer la politique int&#233;rieure. L'internationalisme impute les tensions internationales et les guerres exclusivement &#224; la nature des structures internes des &#201;tats et consid&#232;re la paix comme une cons&#233;quence automatique et n&#233;cessaire de la transformation de leurs structures internes. L'internationalisme est une conception politique qui, d'un point de vue th&#233;orique, ne reconnait pas l'autonomie du syst&#232;me politique international &#224; l'&#233;gard de la structure interne des &#201;tats ni celle de la politique ext&#233;rieure &#224; l'&#233;gard de leur politique int&#233;rieure. Enfin, sur le plan pratique, l'internationalisme consid&#232;re comme prioritaire l'engagement pour r&#233;aliser la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des divers &#201;tats et attribue un r&#244;le subordonn&#233; aux objectifs de la paix et de l'ordre international. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire, la pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste identifie l'anarchie internationale comme le facteur qui emp&#234;che la consolidation de la libert&#233;, de la d&#233;mocratie et de la justice sociale au sein des &#201;tats et indique dans la paix, c'est-&#224;-dire la cr&#233;ation d'un ordre juridique international, la condition pour vaincre les tendances belliqueuses et autoritaires toujours latentes dans l'&#201;tat. Il s'agit d'un v&#233;ritable renversement du point de vue pr&#233;valant encore aujourd'hui, qui consid&#232;re comme prioritaire la r&#233;forme de l'&#201;tat par rapport &#224; l'objectif de l'ordre international et qui s'illusionne sur le fait que la paix puisse &#234;tre la cons&#233;quence automatique de l'affirmation des principes lib&#233;raux, d&#233;mocratiques et socialistes au sein des diff&#233;rents &#201;tats. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fin de compte, &#171; alors que l'affirmation historique de chacune de ces id&#233;ologies constitue l'une des pr&#233;misses de la paix, la paix, &#224; son tour (en tant que gouvernement mondial) constitue la pr&#233;misse n&#233;cessaire de leur r&#233;alisation int&#233;grale, ce qui montre imm&#233;diatement que la paix ne peut pas &#234;tre construite par le simple renforcement de ces id&#233;ologies &#187; . &lt;br class='autobr' /&gt;
La relation entre le f&#233;d&#233;ralisme et les autres id&#233;ologies n'est pas concurrentielle, mais compl&#233;mentaire. Le f&#233;d&#233;ralisme &#171; ne se pr&#233;sente pas comme une id&#233;ologie alternative au lib&#233;ralisme, &#224; la d&#233;mocratie et au socialisme qui, ayant exprim&#233; et organis&#233; la lib&#233;ration de la bourgeoisie, de la petite-bourgeoisie et du prol&#233;tariat, ont historiquement assum&#233; des formes antagonistes et r&#233;ciproquement exclusives, limitant ainsi la r&#233;alisation m&#234;me de leurs valeurs de libert&#233; et l'&#233;galit&#233; &#8211; qui, en tant que telles, sont compl&#233;mentaires et non pas alternatives. Il s'ensuit que le f&#233;d&#233;ralisme [...] ne peut se d&#233;velopper qu'en collaborant &#224; une affirmation toujours plus compl&#232;te des valeurs de libert&#233; et d'&#233;galit&#233; par le truchement de la paix, qui ne trouve son les conditions de sa r&#233;alisation morale, institutionnelle et historique que dans le f&#233;d&#233;ralisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mod&#232;les normatifs et la philosophie de l'histoire.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude du f&#233;d&#233;ralisme a r&#233;v&#233;l&#233; l'existence d'un aspect de valeur de ce concept. Il s'agit d'une caract&#233;ristique de tous les concepts cruciaux du vocabulaire politique &#224; commencer par le mot &#171; politique &#187;. Machiavel avait observ&#233; que les conflits politiques ne peuvent &#234;tre r&#233;solus que par des moyens l&#233;gaux ou par des moyens violents. Cet &#233;tat de fait se pr&#233;sente comme une d&#233;chirure dans le tissu de la coexistence politique et une contradiction dans l'approche des significations de la vie politique. L'analyse empirique de la politique, qui se limite &#224; l'observation de la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est, se manifeste comme une approche partielle, renvoyant &#224; l'id&#233;e d'un but non atteint : la politique &#233;mancip&#233;e de la violence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini avait commenc&#233; sa r&#233;flexion sur la politique en &#233;laborant ses propres cat&#233;gories dans le cadre de la science politique, mais il s'est vite rendu compte que l'approche descriptive ou empirique ne permettait pas une analyse compl&#232;te des probl&#232;mes pos&#233;s par la politique. Selon Albertini, &#171; la politique n'est pas vraiment elle-m&#234;me si elle laisse subsister, &#224; c&#244;t&#233; de la sph&#232;re des rapports r&#233;ellement juridiques, une sph&#232;re de rapports de force et d'abus de pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
[...] Cette id&#233;e [...] de la politique, tout en &#233;tant un aspect constant du processus historique, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment un aspect [...] de la politique dans son &#233;laboration, n'est pas encore devenu un &#233;l&#233;ment de la connaissance positive de la r&#233;alit&#233; sociale. Cette id&#233;e est encore confin&#233;e aux domaines de l'utopie et de l'id&#233;ologie [...] L'&#233;tude positive des faits, d'autre part, est &#224; son tour confin&#233;e &#224; un soi-disant &#8216;r&#233;alisme' [...], qui en v&#233;rit&#233; n'est pas du tout r&#233;aliste mais r&#233;ducteur parce qu'il ne sait pas consid&#233;rer les id&#233;aux comme r&#233;els &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tude d'auteurs tels que Kant, pour ce qui est de la paix, et Proudhon, pour ce qui est de la propri&#233;t&#233;, met en &#233;vidence la possibilit&#233; de surmonter les limites th&#233;oriques d'un examen s&#233;par&#233; des deux aspects de la politique. &#171; En partant d'une donn&#233;e primaire d'observation, les caract&#233;ristiques empiriques &#187; des relations de pouvoir, se manifestant respectivement en mati&#232;re de propri&#233;t&#233; ou de relations internationales, &#171; et d'un fait primaire th&#233;orisable, la transformation r&#233;volutionnaire du comportement humain, Proudhon a pu d&#233;montrer que [...] l'&#233;conomie ne devient elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire peut v&#233;ritablement se fonder sur le travail que si, et seulement si, en se d&#233;veloppant sur la base du droit et non d'un conflit d'int&#233;r&#234;ts &#224; l'&#233;tat sauvage, elle &#233;limine la domination du faible par le fort &#187;. Et Kant, de son c&#244;t&#233;, a pu montrer que la politique ne devient elle-m&#234;me que si, une fois expuls&#233;e la violence des relations internationales, chaque &#201;tat, m&#234;me le plus petit, peut attendre sa s&#233;curit&#233; et la protection de ses int&#233;r&#234;ts non pas de sa propre force, mais seulement de la force collective d'une grande f&#233;d&#233;ration de peuples. En fin de compte, Proudhon et Kant pensaient que les rapports de force appartenaient &#224; la sph&#232;re de la pathologie sociale et que les mod&#232;les normatifs qu'ils avaient &#233;labor&#233;s repr&#233;senteraient &#171; dans leur ensemble le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; (physiologie sociale) &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La disposition mentale d'Albertini &#224; l'&#233;gard de la politique est celle du scientifique, mais d'un scientifique ayant une attitude active envers la politique. Eh bien, la politique est l'expression de la &#171; tentative de soumettre l'avenir aux plans de la raison &#187;. Cela implique, entre autres, que l'on admettre la pr&#233;sence de la raison dans l'histoire (c'est-&#224;-dire que l'histoire a un sens) ; et cela implique &#233;galement que l'on choisisse effectivement le progr&#232;s &#8211; au lieu de se demander dans l'abstrait s'il est possible ou impossible &#8211; &#233;vitant ainsi l'erreur catastrophique d'appliquer la raison &#224; tout, sauf &#224; ce qui d&#233;cide de tout, le cours de l'histoire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini a consacr&#233; une grande partie de son travail th&#233;orique &#224; la discussion des mod&#232;les normatifs, en particulier &#224; celui de la paix, qui a permis de d&#233;finir les contours plus g&#233;n&#233;raux du projet f&#233;d&#233;raliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie de la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En adoptant la le&#231;on kantienne qui indique que la paix est le but ultime du cours de l'histoire, Albertini construit l'id&#233;e de la paix comme un mod&#232;le normatif. La paix est la valeur qui permet de donner un ordre rationnel au monde et un sens &#224; l'histoire. Elle est d&#233;finie par Kant en des termes neufs, qui s'&#233;cartent du sens que le mot a encore aujourd'hui : la paix entendue au sens de l'absence d'hostilit&#233;s ou comme la suspension des hostilit&#233;s dans l'intervalle entre deux guerres (paix n&#233;gative). Selon Kant, la paix n'est pas un &#233;tat de nature, mais quelque chose qui doit &#234;tre &#233;tabli par la cr&#233;ation d'un ordre juridique et garantie par un pouvoir sup&#233;rieur aux &#201;tats (paix positive). En d&#233;finissant la paix comme l'organisation politique qui rend la guerre impossible, Kant trace une nouvelle ligne de d&#233;marcation entre la paix et la guerre et place la tr&#234;ve (c'est-&#224;-dire la situation dans laquelle, m&#234;me si ont cess&#233; les hostilit&#233;s, la menace de leur r&#233;ouverture demeure) du c&#244;t&#233; de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, le dogme sur lequel repose encore la pens&#233;e politique dominante, c'est que notre nation constitue le centre de l'univers politique. Le paradigme centr&#233; sur l'&#201;tat (stato-centrique) consid&#232;re la politique du point de vue de l'int&#233;r&#234;t national et de sa promotion et non pas de celle du bien commun de l'humanit&#233;. D'une part, note Albertini, &#171; le monde des &#201;tats [...] est le monde de la guerre &#187;. D'autre part, &#171; au sein de chaque &#201;tat, la politique est pr&#233;cis&#233;ment l'activit&#233; par laquelle sont r&#233;solus pacifiquement les conflits &#187;. En outre, &#171; l'histoire pr&#233;sente [...] une tendance constante &#224; l'&#233;largissement de la taille des &#201;tats, c'est-&#224;-dire &#224; la transformation d'anciennes zones de guerre en zones de paix int&#233;rieure &#187;. Si la politique est &#171; le processus d'&#233;limination progressive des guerres, [...] la guerre est l'expression de l'imperfection de la politique et la paix est l'expression de la perfection de la politique &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini a d&#233;velopp&#233; &#224; plusieurs reprises des analyses sur la nature de la F&#233;d&#233;ration mondiale. Ici, je rappelle celle qui lie le gouvernement mondial au contr&#244;le du processus historique. &#171; Avec l'id&#233;e du gouvernement mondial &#187;, a-t-il observ&#233; &#171; nous acqu&#233;rons la possibilit&#233; de penser distinctement le processus historique non contr&#244;l&#233; et celui qui l'est. Dans ce cas [...] la volont&#233; g&#233;n&#233;rale, qui se forme d&#233;sormais aussi au niveau mondial, n'a plus &#224; se soumettre &#224; la n&#233;cessit&#233; (comme choc international de volont&#233;s nationales). La volont&#233; politique passe donc de la sph&#232;re de l'h&#233;t&#233;ronomie &#224; celle de l'autonomie. Et cela implique, dans le m&#234;me temps, le passage d'une histoire de caract&#232;re d&#233;terministe &#224; une histoire guid&#233;e par la libert&#233; &#187;. Avec le gouvernement mondial, la politique mondiale cesse d'&#234;tre le r&#233;sultat d'une confrontation anarchique entre &#201;tats et peut devenir l'objet de choix libres et d&#233;mocratiques. Les fins de la politique ne sont plus choisies sous la pression de la n&#233;cessit&#233;, mais de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie essentielle &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Albertini Mario, Proudhon, Vallecchi, Florence, 1974 ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Albertini M., Il federalismo, Il Mulino, Bologna, 1993 ; Lo Stato nazionale, Il Mulino, Bologna, 1997 ; Nazionalismo e federalismo, Il Mulino, Bologna, 1999 ; Una rivoluzione pacifica, Il Mulino, Bologna, 1999 ; tous ouvrages publi&#233;s dans la collection &#171; Biblioteca federalista &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Terranova Flavio, Il federalismo di Mario Albertini, collection &#171; Quaderni della rivista Il Politico &#187;, Giuffr&#232;, Milan, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fran&#231;ais : &lt;br class='autobr' /&gt;
Mario Albertini, L'&#201;tat national, coll &#171; Textes f&#233;d&#233;ralistes &#187;, Lyon, F&#233;d&#233;rop, 1975, 221 p., diffusion Presse f&#233;d&#233;raliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mario Alberetini, Le f&#233;d&#233;ralisme &#8211; Anthologie et d&#233;finition, coll &#171; Textes f&#233;d&#233;ralistes &#187;, Lyon, Presse f&#233;d&#233;raliste, 2025, &#224; para&#238;tre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Guerre franco-prussienne, la Commune et l'&#233;clatement de la Premi&#232;re Internationale</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/La-Guerre-franco-prussienne-la-Commune-et-l-eclatement-de-la-Premiere</link>
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		<dc:date>2021-11-05T20:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'Internationale &#224; l'&#233;preuve de la Guerre franco-prussienne &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la veille de la guerre franco-prussienne, la section parisienne de l'Internationale s'adressa au mouvement ouvrier allemand dans un manifeste qui condamnait &#171; la guerre pour une question de pr&#233;pond&#233;rance ou de dynastie &#187; comme &#171; une absurdit&#233; criminelle &#187; et le mettait en garde de ne pas se laisser tromper sur les intentions r&#233;elles du peuple fran&#231;ais, en se laissant entra&#238;ner dans une &#171; guerre fratricide &#187;. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-190-Septembre-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 190 - Septembre 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH149/arton793-8dada.png?1732190903' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='149' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Internationale &#224; l'&#233;preuve de la Guerre franco-prussienne
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la guerre franco-prussienne, la section parisienne de l'Internationale s'adressa au mouvement ouvrier allemand dans un manifeste qui condamnait &#171; la guerre pour une question de pr&#233;pond&#233;rance ou de dynastie &#187; comme &#171; une absurdit&#233; criminelle &#187; et le mettait en garde de ne pas se laisser tromper sur les intentions r&#233;elles du peuple fran&#231;ais, en se laissant entra&#238;ner dans une &#171; guerre fratricide &#187;. Les internationalistes de Berlin s'associ&#232;rent &#224; la D&#233;claration des travailleurs de Paris et, apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; que dans leur comportement envers les travailleurs fran&#231;ais il n'y avait &#171; aucune haine nationale &#187;, mais &#171; des sentiments fraternels &#187;, ils affirm&#232;rent comme s'ils &#233;taient pouss&#233;s par un pouvoir irr&#233;sistible : &#171; nous subissons la force et entrons contraints et forc&#233;s dans les bandes guerri&#232;res qui vont entra&#238;ner la mis&#232;re et la ruine de nos pays pacifiques &#187;1. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dramatique &#233;change de d&#233;clarations qui t&#233;moigne de l'existence, peu de jours avant l'&#233;clatement de la guerre, d'une forte solidarit&#233; internationale entre les travailleurs mais, en m&#234;me temps, de l'impuissance de cette solidarit&#233; &#224; &#233;viter la guerre, constitue le premier document significatif de la subordination de l'int&#233;r&#234;t de classe &#224; la raison d'&#201;tat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; l'aspiration &#224; intervenir dans la politique internationale, l'action de la Premi&#232;re Internationale ne r&#233;ussit pas &#224; exercer la plus petite influence sur le syst&#232;me europ&#233;en des puissances, mais subit au contraire passivement le cours des &#233;v&#233;nements. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;clenchement de la guerre franco-prussienne en 1870 surprit l'Internationale dans un &#233;tat d'impr&#233;paration totale, alors qu'elle ne se posait m&#234;me pas le probl&#232;me d'appliquer la d&#233;lib&#233;ration du Congr&#232;s de Bruxelles pr&#233;voyant l'organisation d'une gr&#232;ve pour emp&#234;cher la guerre. Il est vrai qu'il y eut en France des tentatives d'insurrection, mais elles furent rapidement &#233;cras&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La position des socialistes allemands face &#224; la guerre ne fut pas si simple. &#192; l'Assembl&#233;e de l'Allemagne du Nord, Liebknecht et Bebel, les deux chefs du parti social-d&#233;mocrate d'inspiration marxiste, fond&#233; &#224; Eisenach en 1869, jugeant l'un et l'autre les adversaires &#233;galement responsables, s'abstinrent &#224; l'occasion du vote sur les cr&#233;dits de guerre, alors que les d&#233;put&#233;s de l'Association g&#233;n&#233;rale des ouvriers allemands, fond&#233;e par Las&#173;salle en 1862, les vot&#232;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la m&#234;me &#233;poque le Comit&#233; central du parti social-d&#233;mocrate allemand d&#233;savoua la position de Liebknecht et de Bebel, condamnant l'agression de la France et s'alignant implicitement sur les positions du gouvernement prussien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels approuv&#232;rent en substance l'attitude prise par les deux leaders socio-d&#233;mocrates allemands. L'internationale, dans une adresse r&#233;dig&#233;e par Marx et approuv&#233;e par l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale le 23 juillet 1870, d&#233;finit la guerre de la Prusse comme une guerre d&#233;fensive, mais d&#233;non&#231;a en m&#234;me temps la politique prussienne de puissance. Toutefois Marx et Engels, mis en face du fait accompli, prirent position pour la cause allemande, car la chute de Napol&#233;on et l'unification allemande auraient offert au mouvement ouvrier des deux pays des conditions de lutte plus favorables. En outre, comme l'&#233;crivait Marx, la victoire allemande aurait co&#239;ncid&#233; avec la victoire du marxisme sur la pens&#233;e proudhonienne. En effet, &#171; la pr&#233;pond&#233;rance allemande d&#233;placerait... le centre de gravit&#233; du mouve&#173;ment ouvrier de l'Europe occidentale de la France &#224; l'Allemagne, et il suf&#173;fira de comparer le mouvement ouvrier dans les deux pays de 1866 jusqu'&#224; ce jour pour voir que la classe ouvri&#232;re allemande est sup&#233;rieure &#224; la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, qu'il s'agisse du point de vue th&#233;orique ou du point de vue de l'organisation. Sa sup&#233;riorit&#233; sur le mouvement ouvrier fran&#231;ais au plan universel aurait signifi&#233; dans le m&#234;me temps la sup&#233;riorit&#233; de notre th&#233;orie sur celle de Proudhon. &#187;2&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre fut l'&#233;v&#233;nement d&#233;cisif qui fit &#233;clater les contradictions de l'Internationale, r&#233;v&#233;la ses profondes divisions et d&#233;truisit l'illusion que la solidarit&#233; entre les mouvements ouvriers de tous les pays pouvait pr&#233;valoir sur les &#233;go&#239;smes nationaux. Les sentiments nationalistes, qui se diffus&#232;rent de part et d'autre du front, pr&#233;valurent sur les aspirations internationalistes et les &#233;touff&#232;rent, compromettant gravement les efforts pour faire p&#233;n&#233;trer le socialisme internationaliste dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Commune
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de Paris fut une des cons&#233;quences de la d&#233;faite de la France. Ce fut la premi&#232;re r&#233;volution socialiste de l'histoire. Selon Marx, &#171; c'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, ... la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du travail &#187;3. M&#234;me si elle ne surv&#233;cut qu'un peu plus de deux mois, elle pr&#233;figura dans les grandes lignes les caract&#232;res du r&#233;gime socialiste, dont beaucoup d'aspects, encore aujourd'hui, ne se sont r&#233;alis&#233;s dans aucune partie du monde : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;ligibilit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires de l'administration publique et des juges, r&#233;duction des r&#233;tributions de tous les fonctionnaires de l'&#201;tat au niveau des salaires ouvriers, dissolution du pouvoir dans les communes, d&#233;finies &#171; organismes de travail ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#187;, ce qui comportait la suppression de la division des pouvoirs et une large d&#233;centralisation r&#233;duisant les fonctions du gouvernement central &#224; l'essentiel, et enfin l'&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s dans les communes au suffrage universel avec mandat imp&#233;ratif. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'exp&#233;rience de la Commune, Marx tire l'enseignement que &#171; la classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre telle qu'elle la machine de l'&#201;tat et de la faire fonctionner pour son propre compte &#187;4. Cette machine doit &#234;tre d&#233;truite et il faut lui substituer une nouvelle qui permette &#171; l'autogouvernement des producteurs &#187;. Ce principe, dont s'inspirera le socialisme r&#233;volutionnaire, constituera l'une des bases th&#233;oriques de l'action de L&#233;nine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le mouvement ouvrier de l'Europe occidentale, apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune et de l'alternative r&#233;volutionnaire au pouvoir bourgeois, s'engagea sur la voie du r&#233;formisme, c'est-&#224;-dire de la transformation de l'&#201;tat bourgeois par le moyen des r&#233;formes, et de la strat&#233;gie de la transition graduelle au socialisme. Ce n'est que dans les pays arri&#233;r&#233;s comme la Russie, que m&#251;riront des conditions favorables &#224; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;faite de la Commune et l'an&#233;antissement du mouvement ouvrier fran&#231;ais mettent en lumi&#232;re une autre limite de l'internationalisme prol&#233;tarien. La Commune n'est pas l'expression d'une phase r&#233;volutionnaire arriv&#233;e &#224; maturation dans les pays &#224; haut d&#233;veloppement industriel. Elle fut une explosion provoqu&#233;e plus par les cons&#233;quences de la guerre et l'&#233;croulement de l'&#201;tat fran&#231;ais que de l'organisation du mouvement ouvrier. L'Internationale, comme le reconnut Marx lui-m&#234;me, ne fut pas la force motrice de la Commune, pas plus qu'elle ne fut en mesure de mobiliser sa propre organisation pour renforcer les rapports de force avec les classes dominantes. La r&#233;volution n'avait pas trouv&#233;, en effet, de conditions favorables &#224; son extension. Isol&#233;e dans un seul pays elle fut facilement battue. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, une fois la guerre finie, le front contre-r&#233;volutionnaire des gouvernements se reconstitue ; leur int&#233;r&#234;t commun &#224; &#233;touffer la r&#233;volution s'affirme au-dessus des &#233;go&#239;smes nationaux. En particulier, les Prussiens, en lib&#233;rant les prisonniers de guerre, permettent &#224; la France de reconstituer son arm&#233;e, qui servira &#224; &#233;craser la Commune. Marx observe &#171; qu'apr&#232;s la plus terrible guerre des temps modernes, le vaincu et le vainqueur fraternisent pour massacrer en commun le prol&#233;tariat &#187;5.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Causes de l'&#233;chec de la Premi&#232;re Internationale
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'adresse de l'Internationale, r&#233;dig&#233;e par Marx et approuv&#233;e par l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 23 juillet 1871, au d&#233;but de la guerre franco-prussienne, affirmait que &#171; l'alliance des ouvriers de tous les pays finira par tuer la guerre &#187;6, ce fut la guerre qui balaya l'Internationale et r&#233;v&#233;la sa fragilit&#233; int&#233;rieure. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, l'&#233;pilogue sanglant de la Commune et la g&#233;n&#233;ralisation dans les autres pays de la r&#233;pression contre l'Internationale, &#224; laquelle, comme l'observe Marx, &#171; l'entendement bourgeois, tout impr&#233;gn&#233; d'esprit policier &#187;, attribue des pouvoirs imaginaires, se la repr&#233;sentant comme &#171; une sorte de conjuration secr&#232;te, dont l'autorit&#233; centrale commande de temps en temps des explosions en diff&#233;rents pays &#187;7, marquent un arr&#234;t dans le d&#233;veloppement du mouvement socialiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contrainte &#224; subir les d&#233;chirures d'une guerre non d&#233;sir&#233;e et la f&#233;roce r&#233;pression des gouvernements europ&#233;ens apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune, la Premi&#232;re Internationale dut accepter le combat avec les classes domi&#173;nantes sur un terrain qu'elle n'avait pas choisi et elle en fut secou&#233;e d'une mani&#232;re irr&#233;m&#233;diable. Cet affrontement r&#233;v&#233;la brutalement l'&#233;norme dis&#173;proportion de pouvoir dans la balance des forces entre les deux adversai&#173;res et le caract&#232;re illusoire de l'alternative r&#233;volutionnaire dont l'Internatio&#173;nale &#233;tait porteuse. C'est la cause fondamentale de la fin de la Premi&#232;re Internationale. En comparaison la division entre marxistes et anarchistes n'est qu'une cause secondaire8. L'Internationale pourra rena&#238;tre, mais sur de nouvelles bases. Une phase de l'histoire du socialisme, celle des barricades et de l'action r&#233;volutionnaire directe, au moins en Europe occi&#173;dentale, &#233;tait achev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES DE FIN&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 29 - Giacomo Perticone, Rome, Le tre Internazionali, Atlantica, 1945, pp. 35 et 36.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 30 - Lettre de K. Marx &#224; F. Engels, 20 juillet 1870, notre traduction.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 31 - K. Marx, Moscou, La guerre civile en France, &#338;uvres choisies, &#233;ditions du Progr&#232;s, tome II, 1976, p.236.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 32 - Ibid., p. 230.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 33 - Ibid., p. 255.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 34 - K. Marx, F. Engels, Moscou, Premi&#232;re adresse du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'association internationale des travailleurs sur la guerre franco-allemande, &#233;ditions du Progr&#232;s, tomme II, 1976, p. 205.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 35 - K. Marx, La guerre civile&#8230;, op. cit., p. 256.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 36 - &#201;douard Doll&#233;ans &#233;crit &#224; ce sujet : &#171; La guerre. Voil&#224; la cause du d&#233;clin de l'Internationale. Sans doute, &#224; cette cause essentielle vient se joindre une cause seconde : le conflit, provocateur des scissions au sein de l'Internationale, entre les id&#233;ologues qui s'acharnent &#224; faire triompher leurs conceptions &#233;go&#239;stes et pr&#233;f&#232;rent d&#233;chirer de leurs propres mains l'Internationale que de renoncer la victoire de leur personnalit&#233;. Mais ce n'est l&#224; encore qu'une cause seconde. La guerre franco-allemande et ses cons&#233;quences naturelles ont rompu pour un temps l'&#233;lan du mouvement ouvrier. (&#201;. Doll&#233;ans, Paris, Histoire du mouvement ouvrier, Armand Colin, 1956, p. 315).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appel pour l'Union des f&#233;d&#233;ralistes : Unir les f&#233;d&#233;ralistes pour r&#233;pondre aux d&#233;fis mondiaux</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Appel-pour-l-Union-des-federalistes-Unir-les-federalistes-pour-repondre-aux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Appel-pour-l-Union-des-federalistes-Unir-les-federalistes-pour-repondre-aux</guid>
		<dc:date>2021-09-17T12:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Guido Montani, Lucio Levi, Nicola Vallinoto</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les congr&#232;s du Wold Federalist Movement (WFM) et de l'UEF Europe vont avoir lieu dans les prochains mois. Plusieurs militants f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et mondiaux lancent un appel pour que les deux associations travaillent conjointement sur les enjeux actuels, au premier titre desquels ils placent la pr&#233;paration de la COP26. Une premi&#232;re conf&#233;rence commune a eu lieu le 15 juin sur le sujet, alliant des propositions f&#233;d&#233;rales europ&#233;ennes et mondiales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde est confront&#233; &#224; la r&#233;surrection (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-189-Juin-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 189 - Juin 2021&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les congr&#232;s du Wold Federalist Movement (WFM) et de l'UEF Europe vont avoir lieu dans les prochains mois. Plusieurs militants f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et mondiaux lancent un appel pour que les deux associations travaillent conjointement sur les enjeux actuels, au premier titre desquels ils placent la pr&#233;paration de la COP26. Une premi&#232;re conf&#233;rence commune a eu lieu le 15 juin sur le sujet, alliant des propositions f&#233;d&#233;rales europ&#233;ennes et mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est confront&#233; &#224; la r&#233;surrection du nationalisme, qui revient sous de nouvelles formes, celles du souverainisme et du populisme, au manque de confiance mutuelle entre les protagonistes de la politique mondiale, qui g&#233;n&#232;re la course aux armements, les pand&#233;mies telles que le Covid 19 ainsi que d'autres d&#233;fis globaux tels que le changement climatique, le d&#233;placement du pouvoir de d&#233;cision des &#201;tats vers la finance et les entreprises multinationales, l'augmentation des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales, le crime organis&#233; international et le terrorisme, les migrations, la d&#233;forestation, la surpopulation, l'&#233;puisement des ressources naturelles, les catastrophes environnementales et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; les difficult&#233;s auxquelles l'UEF et le WFM sont confront&#233;s, il nous semble qu'une nouvelle tendance favorable s'est amorc&#233;e dans la politique mondiale apr&#232;s la d&#233;faite du souverainisme lors des &#233;lections europ&#233;ennes et am&#233;ricaines de 2019 et 2020 et les propositions avanc&#233;es par le G20 pour un imp&#244;t minimum mondial sur les soci&#233;t&#233;s et une allocation de droits de tirage sp&#233;ciaux (DTS) du FMI, qui sont des dispositions similaires au plan de relance de l'UE con&#231;u pour lutter contre la pand&#233;mie, financer la transition num&#233;rique et environnementale et attribuer aux pays &#224; faible revenu et en premier lieu &#224; l'Union africaine une quantit&#233; ostensible de ressources.&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension mondiale des d&#233;fis susmentionn&#233;s sugg&#232;re que le moment est venu de surmonter la division historique des f&#233;d&#233;ralistes, qui remonte &#224; leur fondation. Si les f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et mondiaux combattent ensemble ces d&#233;fis, leur engagement sera plus efficace. Unis, nous serons plus forts.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'approche des Congr&#232;s de l'UEF et du WFM, nous souhaitons transmettre ce message afin de cr&#233;er un groupe de contact charg&#233; des t&#226;ches suivantes :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; diffuser le mot d'ordre &#171; L'union fait la force &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lancer un d&#233;bat sur une strat&#233;gie commune des f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et mondiaux &#224; proposer &#224; leurs Congr&#232;s respectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui sont d'accord pour lancer cette discussion sont invit&#233;s &#224; r&#233;pondre &#224; cet appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Individual supporters : Luca Alfieri, Young World Federalists (YWF) - Bernard Barthalay, Economist, President of Power Europe - Keith Best, Executive Chair World Federalist Movement/Institute for Global Policy - Brando Benifei, MEP and President of Spinelli Group - Andreas Bummel, Co-founder and Director of Democracy Without Borders and the UNPA Campaign - Alain Calmes, President of UEF Luxembourg - James Christie, Ambassador Canadian Multifaith Council, Past Chair Council WFM, Past President WFM-Canada - Michele Ciavarini Azzi, President of UEF Belgium - No&#233; Dethier, President of UEF Auvergne-Rh&#244;ne-Alpes - Bob Flax, Executive Director, Citizens for Global Solutions (USA) - Daphn&#233;e Gogou, Vice-President of UEF-Greece - Fernando Iglesias, President of WFM, Member of the Chamber of Deputies of Argentina - Ivo Kaplan, Secretary-General of the UEF-Czech Republic - Philippe Laurette, Co-founder of Power Europe, General Delegate of Europe and Enterprise - Lucio Levi, Former President of MFE-Italy, Editor of The Federalist Debate - Pilar Llorente de Azua, UEF Federal Committee - Camila Lopez Badra, Executive Director of Democracia Global (BA) - Eston McKeague, Executive Director of the YWF - Tom&#225;s Molina, President of Democracy Without Borders, Spain - Guido Montani, Former President of MFE-Italy and Vice-President of UEF - Adeline Morais Afonso, National Board of UEF-France - Eszter Nagy, Secretary of UEF-Hungary - Oph&#233;lie Omnes, President of UEF-France - Alejandro Peinado, General Secretary of UEF Spain - Silvia Romano, General Secretary of UEF Paris &#206;le-de-France - Dom&#232;nec Ruiz Devesa, MEP and Vice President of UEF - Nicola Vallinoto, WFM, Editor of the International Democracy Newsletter - Catherine Vieilledent, Secretary-General of UEF Group Europe - John Vlasto, Democracy Without Borders (UK Associate), One World Trust (Trustee), Young World Federalists (Adviser) - Fergus Watt, Executive Director WFM Canada - Jean-Francis Billion President of Presse f&#233;d&#233;raliste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Organizations : Democracia Global - Democracy Without Borders - Young World Federalists - UEF France - UEF Auvergne Rh&#244;ne-Alpes - UEF Paris Ile-de-France - Presse federaliste - Political Review : Pour le f&#233;d&#233;ralisme &#8211; F&#233;d&#233;choses.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La th&#233;orie du f&#233;d&#233;ralisme</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/La-theorie-du-federalisme-838</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/La-theorie-du-federalisme-838</guid>
		<dc:date>2020-10-13T18:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Collection &#171; Textes f&#233;d&#233;ralistes &#187; 18e volume La th&#233;orie du f&#233;d&#233;ralisme par Lucio Levi Pr&#233;face de Jean-Francis Billion &lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN : 9782491429041 282 pages 148 x 248 mm 25 euros &lt;br class='autobr' /&gt; function initPayPalButton() paypal.Buttons( style : shape : 'rect', color : 'blue', layout : 'vertical', label : 'paypal', , &lt;br class='autobr' /&gt; createOrder : function(data, actions) return (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Textes-federaliste-" rel="directory"&gt;Textes f&#233;d&#233;ralistes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L103xH150/livreon13-2-dc074.png?1730035206' class='spip_logo spip_logo_right' width='103' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Collection &#171; Textes f&#233;d&#233;ralistes &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
18e volume&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;La th&#233;orie du f&#233;d&#233;ralisme&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; par Lucio Levi&lt;br class='manualbr' /&gt;Pr&#233;face de Jean-Francis Billion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ISBN : 9782491429041&lt;br class='manualbr' /&gt;282 pages&lt;br class='manualbr' /&gt;148 x 248 mm&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;25 euros&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div style=&#034;text-align: center;max-width:300px;margin:0 auto 2rem;&#034;&gt;&lt;form target=&#034;paypal&#034; action=&#034;https://www.paypal.com/cgi-bin/webscr&#034; method=&#034;post&#034;&gt;
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&lt;/form&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;smart-button-container&#034;&gt; &lt;div style=&#034;text-align: center;max-width:300px;margin:auto;&#034;&gt; &lt;div id=&#034;paypal-button-container&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;script src=&#034;https://www.paypal.com/sdk/js?client-id=Ab6yVRzE4bxsL2cnxpwY0rH9qbPXbFNvjMF-l8tlTqh2P6cRyupansH93PFYxDqxfXV6rtTZ4bdNDykR&amp;currency=EUR&#034; data-sdk-integration-source=&#034;button-factory&#034;&gt;&lt;/script&gt; &lt;script&gt; function initPayPalButton() { paypal.Buttons({ style: { shape: 'rect', color: 'blue', layout: 'vertical', label: 'paypal', }, createOrder: function(data, actions) { return actions.order.create({ purchase_units: [{&#034;description&#034;:&#034;La th&#233;orie du f&#233;d&#233;ralisme par Lucio Levi&#034;,&#034;amount&#034;:{&#034;currency_code&#034;:&#034;EUR&#034;,&#034;value&#034;:25}}] }); }, onApprove: function(data, actions) { return actions.order.capture().then(function(details) { alert('Transaction completed by ' + details.payer.name.given_name + '!'); }); }, onError: function(err) { console.log(err); } }).render('#paypal-button-container'); } initPayPalButton(); &lt;/script&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sommaire&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le F&#233;d&#233;raliste et la Constitution des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Kant, la F&#233;d&#233;ration mondiale, la Paix perp&#233;tuelle et l'&#233;mancipation humaine&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La composante f&#233;d&#233;raliste de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le f&#233;d&#233;ralisme et la critique de l'&#201;tat national dans les ann&#233;es 1800&lt;/li&gt;&lt;li&gt; La Premi&#232;re Guerre mondiale, la crise de l'&#201;tat national et le probl&#232;me de l'unit&#233; europ&#233;enne&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le f&#233;d&#233;ralisme constitutionnel anglo-saxon et la crise du syst&#232;me europ&#233;en des &#201;tats entre les deux guerres mondiales&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le d&#233;veloppement de l'autonomie th&#233;orique du f&#233;d&#233;ralisme apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Autres ouvrages de Lucio Levi dans la m&#234;me collection :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Crise de l'&#201;tat national, firmes multinationales et mouvement ouvrier, 1977, 134 p.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; L'Internationalisme ne suffit pas. Internationalisme marxiste et f&#233;d&#233;ralisme, 1984, 70 p.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;iframe id=&#034;haWidget&#034; allowtransparency=&#034;true&#034; src=&#034;https://www.helloasso.com/associations/presse-federaliste/boutiques/librairie-presse-federaliste/widget-bouton&#034; style=&#034;width: 100%; height: 70px; border: none;&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<enclosure url="https://www.pressefederaliste.eu/IMG/pdf/flyer_lucio_levi_-_la_theorie_du_federalisme-2.pdf" length="285030" type="application/pdf" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trois r&#233;flexions sur les apports de Proudhon &#224; la pens&#233;e f&#233;d&#233;raliste</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Trois-reflexions-sur-les-apports-de-Proudhon-a-la-pensee-federaliste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Trois-reflexions-sur-les-apports-de-Proudhon-a-la-pensee-federaliste</guid>
		<dc:date>2020-03-19T21:07:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre-Joseph Proudhon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les textes qui suivent, sont extraits de l'ouvrage de Lucio Levi, Lanham (MA), Federalist Thinking, ed. University Press of America Inc., 2008, 160 p., pp. 39-49. Recension de ce livre, Jean-Francis Billion, F&#233;d&#233;choses-pour le f&#233;d&#233;ralisme, n&#176; 141, septembre 2008. Federalist Thinking &#233;tant une premi&#232;re version compl&#233;t&#233;e du livre de Levi, Rome &#8211; Bari, Il Pensiero federalista, &#233;d. Editori Laterza, 2002, 172 p. Une seconde version, &#224; nouveau largement compl&#233;t&#233;e et amend&#233;e de ces deux ouvrages (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-183-Decembre-2019-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 183 - D&#233;cembre 2019&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Pierre-Joseph-Proudhon-+" rel="tag"&gt;Pierre-Joseph Proudhon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH111/arton690-cb28a.jpg?1732190903' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='111' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les textes qui suivent, sont extraits de l'ouvrage de Lucio Levi, Lanham (MA), Federalist Thinking, ed. University Press of America Inc., 2008, 160 p., pp. 39-49. Recension de ce livre, Jean-Francis Billion, F&#233;d&#233;choses-pour le f&#233;d&#233;ralisme, n&#176; 141, septembre 2008. Federalist Thinking &#233;tant une premi&#232;re version compl&#233;t&#233;e du livre de Levi, Rome &#8211; Bari, Il Pensiero federalista, &#233;d. Editori Laterza, 2002, 172 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une seconde version, &#224; nouveau largement compl&#233;t&#233;e et amend&#233;e de ces deux ouvrages est actuellement sous presse pour para&#238;tre prochainement en fran&#231;ais dans la collection &#8220;Textes f&#233;d&#233;ralistes&#8221; de Presse f&#233;d&#233;raliste, dans une traduction de Joseph Montchamp et Jean-Luc Prevel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme de Pierre Joseph Proudhon (et de Constantin Frantz) et la n&#233;gation de l'&#201;tat national&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le courant politique dominant au 18&#176; si&#232;cle avait favoris&#233; l'&#233;tablissement du principe national. Le point de vue f&#233;d&#233;raliste qui &#233;tait pr&#233;sent en m&#234;me temps, bien qu'il n'e&#251;t pas la possibilit&#233; de s'affirmer, &#233;tait capable de montrer les aspects n&#233;gatifs de cette phase de l'histoire europ&#233;enne et les limites de l'&#201;tat national. Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) condamnait la formation de l'&#201;tat italien et Constantin Frantz (1817-1891) avait la m&#234;me r&#233;action &#224; l'&#233;gard de l'&#201;tat allemand ; tous les deux, contrairement &#224; l'opinion la plus r&#233;pandue &#224; leur &#233;poque, consid&#233;raient que le principe national et l'&#201;tat unitaire n'&#233;taient pas des facteurs de d&#233;veloppement de la d&#233;mocratie, mais de nouvelles formes d'oppression, qu'ils n'&#233;taient pas des facteurs de paix mais des sources d'antagonismes et de violences sans pr&#233;c&#233;dents entre les &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de l'unification de l'Italie, Proudhon &#233;crivait : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un &#201;tat de 26 millions d'&#226;mes, comme serait l'Italie, est un &#201;tat dans lequel toutes les fiert&#233;s provinciales et municipales sont confisqu&#233;es au profit d'une puissance sup&#233;rieure, qui les gouvernent. L&#224;, toute localit&#233; doit se taire, l'esprit de clocher, faire silence : hors le jour des &#233;lections, dans lequel le citoyen manifeste sa souverainet&#233; par un nom propre &#233;crit sur un bulletin, la collectivit&#233; est absorb&#233;e dans le pouvoir central&#8230; La fusion, en un mot, c'est-&#224;-dire l'an&#233;antissement des nationalit&#233;s particuli&#232;res, o&#249; vivent et se distinguent les citoyens, en une nationalit&#233; abstraite o&#249; l'on ne respire ni ne se conna&#238;t plus : voil&#224; l'unit&#233;&#8230; Et qui profite de ce r&#233;gime d'unit&#233; ? Le peuple ? Non, les classes sup&#233;rieures &#187;. (1959, pp. 98-100)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon &#233;tait critique du principe national, c'est &#224; dire de la fusion de l'&#201;tat et de la nation. Avec une clairvoyance surprenante, dans une page publi&#233;e apr&#232;s sa mort, dans la collection de fragments France et Rhin, dans laquelle les r&#233;sultats de sa longue et laborieuse r&#233;flexion intellectuelle sur la question nationale semblent concentr&#233;s, une v&#233;rit&#233; &#233;merge seulement aujourd'hui en pleine lumi&#232;re, en pr&#233;sence du d&#233;clin historique de l'&#201;tat national et des pouss&#233;es r&#233;gionalistes qui sont &#233;videntes partout en Europe, qu'il nous est possible d'appr&#233;cier dans toute sa port&#233;e. &#171; La nation fran&#231;aise actuelle se compose d'au moins vingt nations distinctes, et dont le caract&#232;re observ&#233; dans le peuple et chez les paysans, est encore fortement tranch&#233;&#8230; Le Fran&#231;ais est un &#234;tre de convention, il n'existe pas&#8230; Une nation si grande ne tient qu'&#224; l'aide de la force. L'arm&#233;e permanente sert surtout &#224; cela. Otez cet appui &#224; l'administration et &#224; la police centrales, la France tombe dans le f&#233;d&#233;ralisme. Les attractions locales l'emportent &#187;. (1959, pp. 594-595)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Proudhon sous-entend, c'est qu'il existe une nationalit&#233; spontan&#233;e qui est le r&#233;sultat de liens naturels entre les communaut&#233;s locales, leur territoire et leur culture, et une nationalit&#233; organis&#233;e qui est le r&#233;sultat de liens entre l'&#201;tat et les individus qui vivent sur son territoire et qui est l'expression du besoin d'uniformit&#233; sociale et culturelle, et d'une loyaut&#233; exclusive pour l'&#201;tat bureaucratique et centralis&#233;. De cette fa&#231;on, il apportait une contribution importante &#224; la compr&#233;hension du principe de nationalit&#233; en l'expliquant comme un mythe dont le but est de justifier l'&#201;tat d&#233;mocratique unitaire, n&#233; de la R&#233;volution fran&#231;aise, qui se soutient gr&#226;ce &#224; une arm&#233;e permanente qui exige la conscription obligatoire, &#224; un appareil bureaucratique et policier centralis&#233; et &#224; la fusion de l'&#201;tat et de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, Frantz montrait comment les nations qui ne sont pas des &#171; types naturels &#187; mais des &#171; formations historiques, caract&#233;ristique qu'elles partagent avec l'&#201;tat &#187; et comment elles se modifient au cours de l'histoire comme le font les fronti&#232;res des &#201;tats (Frantz, 1879, p. 347). De cette fa&#231;on, il d&#233;voilait la pr&#233;tention de la classe politique allemande qui consistait &#224; pr&#233;senter l'exp&#233;rience unitaire du peuple allemand comme un fait existant depuis un pass&#233; tr&#232;s lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les deux, Proudhon et Frantz, furent capables de pr&#233;voir que le m&#233;lange explosif que pr&#233;sentait la fusion de l'&#201;tat et de la nation augmenterait l'agressivit&#233; des &#201;tats et leur caract&#232;re belliqueux et les transformerait en &#171; machines de guerre &#187;. En particulier, ils pressentirent le potentiel perturbateur de l'&#233;tablissement du principe national dans l'Europe centrale et orientale o&#249; il &#233;tait impossible de tracer avec pr&#233;cision des fronti&#232;res d'Etats en conformit&#233; avec ce principe. Ils comprenaient que l'organisation de l'Europe en &#201;tats nationaux finirait par rompre l'&#233;quilibre des puissances, causerait des tensions internationales et jetterait le continent dans une s&#233;rie de &#171; guerres nationales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que l'&#233;tablissement du principe national poussait les &#201;tats &#224; se transformer en groupements centralis&#233;s, ferm&#233;s, hostiles et enclins &#224; la guerre, l'extension de la r&#233;volution industrielle avait tendance &#224; accro&#238;tre et &#224; intensifier les relations sociales et &#224; les unifier sur des r&#233;gions toujours plus vastes, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de former de nouveaux espaces &#233;conomiques, politiquement organis&#233;s et de dimensions continentales. Sa perception de cette tendance historique amena Frantz &#224; pr&#233;voir le d&#233;clin du syst&#232;me des &#201;tats europ&#233;ens, confront&#233;s &#224; la mont&#233;e des &#201;tats Unis et de la Russie au rang de puissances mondiales. Une unification f&#233;d&#233;rale &#233;tait la seule solution pour que l'Europe devienne &#171; une troisi&#232;me puissance &#187; et rivalise dans des conditions d'&#233;galit&#233; avec les puissances qui avaient des dimensions continentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme alternative &#224; l'unification de l'Allemagne, Frantz souhaitait et envisageait un nouvel ordre f&#233;d&#233;ral b&#226;ti autour d'un noyau germanique. D'ailleurs l'Allemagne, d'apr&#232;s Schelling (1795-1854), est &#171; un peuple de peuples &#187;, elle est donc mieux adapt&#233;e pour se structurer suivant le principe f&#233;d&#233;ral et multinational de coexistence pacifique de plusieurs peuples, plut&#244;t que de se transformer en un &#201;tat centralis&#233; et bureaucratique. Une f&#233;d&#233;ration allemande aurait pu, ensuite, constituer le premier centre d'un nouvel ordre international, destin&#233; &#224; s'&#233;tendre au reste de l'Europe et &#224; transformer les rapports de force entre les &#201;tats en relations fond&#233;es sur le droit. Comme Proudhon, Frantz insiste sur la compl&#233;mentarit&#233; de l'aspect communautaire et de l'orientation cosmopolite du f&#233;d&#233;ralisme. Il &#233;crit : &#171; Tandis que le f&#233;d&#233;ralisme, d'une part nous am&#232;ne &#224; op&#233;rer sur un espace plus large, d'autre part il d&#233;veloppe la vie locale, les communes, les corporations, les associations [&#8230;]. Nous pouvons affirmer avec certitude que l'avenir, d'un c&#244;t&#233; fera avancer les id&#233;es cosmopolites et, de l'autre, les id&#233;es communautaires et la coop&#233;ration &#187; (Frantz, 1878, p. 206). Cependant, dans l'ensemble, le f&#233;d&#233;ralisme de Frantz est marqu&#233; par la nostalgie de certains aspects pr&#233;-nationaux de la soci&#233;t&#233; et son rejet du principe national se d&#233;finit plus comme une fa&#231;on de donner une continuit&#233; &#224; l'ordre universel poursuivi par l'empire m&#233;di&#233;val qu'en termes de d&#233;passement (au sens dialectique de l'expression) de l'&#201;tat national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le f&#233;d&#233;ralisme politique de Proudhon tend vers une r&#233;alisation int&#233;grale du principe de souverainet&#233; populaire proclam&#233; par la R&#233;volution fran&#231;aise et inscrit dans des textes constitutionnels, mais vid&#233; de son sens par la centralisation qui met le citoyen au service de l'&#201;tat. Dans une page des Contradictions politiques, l'id&#233;al communautaire de Proudhon qui constitue une composante essentielle de son f&#233;d&#233;ralisme, s'exprime avec une grande vigueur. Il s'incarne dans l'aspiration du peuple &#224; participer activement dans les nombreux aspects de la vie de la commune qui est la cellule de base de l'&#201;tat, et &#224; affirmer son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La commune est par son essence&#8230; un &#234;tre souverain. En cette qualit&#233;, la commune a le droit de se gouverner elle-m&#234;me, de s'administrer, de s'imposer des taxes, de disposer de ses propri&#233;t&#233;s et de ses revenus, de cr&#233;er pour sa jeunesse des &#233;coles, d'y nommer des professeurs, de faire sa police, d'avoir sa gendarmerie, et sa garde civique ; de nommer ses juges ; d'avoir ses journaux, ses r&#233;unions, ses soci&#233;t&#233;s particuli&#232;res, ses entrep&#244;ts, sa mercuriale, sa banque, etc. La commune prend des arr&#234;t&#233;s, rend des ordonnances : qui emp&#234;che qu'elle n'aille jusqu'&#224; se donner des lois ? Elle a son Eglise, son culte, son clerg&#233;, librement &#233;lus ; elle discute publiquement, en conseil municipal, dans ses journaux ou ses cercles, tout ce qui touche &#224; ses int&#233;r&#234;ts ou excite son opinion&#8230; Il n'y a point de milieu : la commune sera souveraine ou succursale, tout ou rien &#187;. (1952, pp. 245-246)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport gouvernement central-gouvernement local typique de l'&#201;tat national est invers&#233;. La commune est consid&#233;r&#233;e comme le centre principal d'organisation de la vie collective : c'est elle qui est investie de pouvoirs tels que faire les lois, lever les imp&#244;ts, maintenir l'ordre public, nommer les juges, r&#244;les traditionnellement r&#233;serv&#233;s au pouvoir national. Si le f&#233;d&#233;ralisme est une formule politique qui exige l'attribution aux entit&#233;s collectives plus petites d'un plus grand nombre de pouvoirs que jamais auparavant, il permet aussi d'organiser le pouvoir politique &#224; tous les niveaux o&#249; se d&#233;roule la vie sociale, du plus bas (la communaut&#233; territoriale et fonctionnelle) au plus haut (le genre humain), si bien que la soci&#233;t&#233; soit sujette en m&#234;me temps &#224; une &#171; loi d'unit&#233; &#187; et une &#171; loi de divergence &#187; et ob&#233;isse dans le m&#234;me temps &#224; un &#171; mouvement centrip&#232;te &#187; et &#224; un &#171; mouvement centrifuge &#187;. &#171; Le r&#233;sultat de ce dualisme &#187;, selon Proudhon, est de faire en sorte qu'un jour, par la f&#233;d&#233;ration des forces libres et la d&#233;centralisation de l'autorit&#233;, tous les &#201;tats, grands et petits, r&#233;unissent les avantages de l'unit&#233; et de la libert&#233;, de l'&#233;conomie et du pouvoir, de l'esprit cosmopolite et du sentiment patriotique. Ainsi le f&#233;d&#233;ralisme est une formule politique de port&#233;e universelle, &#171; la forme politique de l'humanit&#233; &#187;. (1982, vol. II, p. 288)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il consid&#232;re comme &#171; contradictoire &#187; l'id&#233;e d'une &#171; conf&#233;d&#233;ration universelle &#187;. Ainsi &#171; L'Europe serait encore trop grande pour une conf&#233;d&#233;ration unique : elle ne pourrait former qu'une conf&#233;d&#233;ration de conf&#233;d&#233;rations&#8230; Alors toute nationalit&#233; reviendrait &#224; la libert&#233; ; alors se r&#233;aliserait l'id&#233;e d'un &#233;quilibre europ&#233;en, pr&#233;vu par tous les publicistes et hommes d'&#201;tat, mais impossible &#224; obtenir avec de grandes puissances &#224; constitution unitaire &#187;. (1959, p. 335).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon utilise indiff&#233;remment les termes de f&#233;d&#233;ration et conf&#233;d&#233;ration qui, dans un langage scientifique plus rigoureux, ont des sens oppos&#233;s. Mais la confusion n'est pas seulement verbale. Il n'avait pas conscience de la nouvelle forme d'Etat qui &#233;tait n&#233;e de la Convention de Philadelphie. Il n'&#233;tait pas en position de se repr&#233;senter le fonctionnement d'une f&#233;d&#233;ration qui permet au pouvoir politique de s'organiser sur plusieurs niveaux autonomes, coordonn&#233;s entre eux et qui se limitent mutuellement. Il pensait que l'objectif des institutions f&#233;d&#233;rales &#233;tait &#171; de garantir aux &#201;tats conf&#233;d&#233;r&#233;s leur souverainet&#233; &#187; (1959, p. 319) et donc d'assurer la subordination de l'autorit&#233; centrale aux &#201;tats membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue institutionnel sa th&#233;orie politique a un caract&#232;re conf&#233;d&#233;ral. Cependant il concevait le f&#233;d&#233;ralisme comme l'instrument le plus efficace pour affirmer le droit contre la force dans les relations entre groupes sociaux pour instaurer la paix entre les nations et, en somme, pour organiser l'humanit&#233; suivant un ordre cosmopolite et, en m&#234;me temps, pour concilier l'unit&#233; avec la diversit&#233;, &#224; la fois dans les relations entre Etats et entre les groupes sociaux. D'apr&#232;s Proudhon, la d&#233;mocratie sur le plan national, telle qu'elle avait &#233;t&#233; institu&#233;e par la R&#233;volution fran&#231;aise n'est pas, en principe, en contradiction avec la d&#233;mocratie au niveau local et supranational, donc elle n'est pas en contradiction avec la cr&#233;ation d'institutions d&#233;mocratiques dot&#233;es de pouvoirs ind&#233;pendants &#224; tous les niveaux o&#249; la vie sociale se d&#233;roule. Croire que la d&#233;mocratie ne peut s'exprimer qu'&#224; un seul niveau de gouvernement est la limite la plus s&#233;rieuse de la pens&#233;e nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1862, en faisant le bilan de son itin&#233;raire politique, Proudhon &#233;crivait : &#171; Si, en 1840, j'ai d&#233;but&#233; par l'anarchie, conclusion de ma critique de l'id&#233;e gouvernementale, c'est que je devais finir par la f&#233;d&#233;ration, base n&#233;cessaire du droit des gens europ&#233;en, et, plus tard, de l'organisation de tous les &#201;tats &#187; (1874-75, vol. XII, p. 220). Son point de vue f&#233;d&#233;raliste permettait &#224; Proudhon de d&#233;noncer le caract&#232;re pathologique et donc transitoire de la formule politique de l'&#201;tat national. Le d&#233;clin du r&#244;le historique de ce type d'&#201;tat est mis en relief en Europe aujourd'hui par le processus d'unification r&#233;gionale et la tendance &#224; la d&#233;centralisation et, dans le monde, par sa subordination aux acteurs du processus de globalisation. Le mod&#232;le d'un &#201;tat ferm&#233; et centralis&#233; qui organise la division politique plut&#244;t que l'unit&#233; du genre humain et poursuit le monisme &#224; la place du pluralisme social n'est plus adapt&#233; au d&#233;veloppement des forces productives et aux nouvelles dimensions prises par les probl&#232;mes &#224; la fois domestiques et de politique internationale. Tout ceci prouve la valeur proph&#233;tique de l'affirmation de Proudhon que &#171; le vingti&#232;me si&#232;cle ouvrira l'&#226;ge des f&#233;d&#233;rations, ou l'humanit&#233; recommencera un purgatoire de mille ans &#187;. (Proudhon, 1959, pp. 355-56).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Proudhon et la critique des limites du lib&#233;ralisme, de la d&#233;mocratie et du socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;d&#233;ralisme, de cette fa&#231;on, se qualifie comme la th&#233;orie politique qui permet de r&#233;soudre les probl&#232;mes laiss&#233;s en suspens par la R&#233;volution fran&#231;aise avec son affirmation de principe d'une &#171; R&#233;publique une et indivisible &#187; et de surmonter les contradictions du mod&#232;le de l'&#201;tat national unitaire. La R&#233;volution fran&#231;aise avait &#233;mancip&#233; la nation en reconnaissant la souverainet&#233; populaire, mais les principes de centralisation du pouvoir politique et le nationalisme s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;s en opposition avec la libert&#233;, la d&#233;mocratie et le socialisme. C'est la raison pour laquelle Proudhon &#233;crit, &#171; Qui dit libert&#233; dit f&#233;d&#233;ration ou ne dit rien. Qui dit r&#233;publique dit f&#233;d&#233;ration ou, encore une fois, ne dit rien. Qui dit socialisme dit f&#233;d&#233;ration ou encore ne dit rien &#187;. (1959, p. 383)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, Proudhon montre comment la structure de l'&#201;tat unitaire r&#233;duit en une formule juridique vide le principe de s&#233;paration des pouvoirs qui est la garantie du libre gouvernement. Il y a une contradiction insurmontable entre le principe de la s&#233;paration des pouvoirs et celui de la centralisation. Tandis que le premier est bas&#233; sur l'autonomie de certains centres de pouvoirs (le Parlement, les &#233;lus locaux, etc.) par rapport au gouvernement central, et donc sur la pr&#233;sence de contrepoids, d'oppositions, d'antagonismes entre les pouvoirs de l'&#201;tat, le second ne tol&#232;re aucun centre d'initiative politique en dehors du gouvernement central. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'id&#233;e d'une limitation de l'&#201;tat, l&#224; o&#249; r&#232;gne le principe de centralisation des groupes, est donc une incons&#233;quence, pour ne pas dire une absurdit&#233;. Il n'y a d'autres limites &#224; l'&#201;tat, que celles qu'il s'impose de lui-m&#234;me en abandonnant &#224; l'initiative municipale et individuelle certaines choses dont provisoirement il ne se soucie point. Mais, son action &#233;tant illimit&#233;e, il peut arriver qu'il veuille l'&#233;tendre sur les choses qu'il avait d'abord d&#233;daign&#233;es ; et comme il est le plus fort, comme il ne parle et n'agit jamais au nom de l'int&#233;r&#234;t public, non seulement il obtiendra ce qu'il demande ; devant l'opinion et les tribunaux, il aura encore raison &#187;. (1952, p. 246)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un &#201;tat unitaire, la lutte politique se d&#233;roule dans un seul contexte institutionnel pour la conqu&#234;te d'un seul pouvoir ; il n'est sujet &#224; aucune limitation effective et il est l'arbitre de la Constitution elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, Proudhon est critique de la d&#233;mocratie jacobine qui a perfectionn&#233; la centralisation de l'&#201;tat. &#171; La d&#233;mocratie a peu de consid&#233;ration &#224; l'&#233;gard des libert&#233;s individuelles et pour le respect de la loi, car elle est incapable de gouverner dans des conditions diff&#233;rentes de celles de l'unit&#233;, ce qui n'est rien d'autre que du despotisme [&#8230;] La d&#233;mocratie est surtout centralisatrice et unitaire ; elle abhorre le f&#233;d&#233;ralisme &#187;. (1959, p. 382)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de d&#233;mocratie qui attribue la souverainet&#233; au peuple, vu comme une entit&#233; ferm&#233;e sur elle-m&#234;me, uniforme, indivisible et qui condamne comme une attaque &#224; la souverainet&#233; populaire tout ce qui peut diviser, diff&#233;rencier, opposer des volont&#233;s qui concourent &#224; former la volont&#233; de la nation, ne devrait pas &#224; proprement parler s'appeler d&#233;mocratie, parce que tous les groupes sociaux &#233;tant sujets &#224; la m&#234;me autorit&#233; et &#224; la m&#234;me administration perdent leur autonomie. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Dans le pacte social, convenu &#224; la mani&#232;re de Rousseau et des jacobins, le citoyen se d&#233;met de sa citoyennet&#233; et la commune, et au dessus d'elle le d&#233;partement et la province, absorb&#233;s dans l'autorit&#233; centrale, ne sont plus que des succursales sous la direction imm&#233;diate du minist&#232;re. Les cons&#233;quences ne tardent pas &#224; se faire sentir : le citoyen et la commune sont priv&#233;s de toute dignit&#233;, le sans-g&#234;ne de l'&#201;tat se multiplie et les charges du contribuable croissent en proportion. Ce n'est plus le gouvernement qui est fait par le peuple, c'est le peuple qui est fait par le gouvernement. Le pouvoir envahit tout, s'empare de tout, s'arroge tout, pour toujours&#8221; (1959, p. 345).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;mocratie qui fonctionne seulement au niveau national, sans base de gouvernement local autonome n'est qu'une d&#233;mocratie nominale, parce qu'elle contr&#244;le d'en haut et &#233;touffe les communaut&#233;s, c'est &#224; dire la vie concr&#232;te des gens. Le principe m&#234;me de souverainet&#233; populaire devient un mythe dont le but est de l&#233;gitimer la subordination du peuple au pouvoir central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, Proudhon n'est pas seulement, comme les socialistes de son temps, un critique de l'exploitation capitaliste, mais aussi des aspects autoritaires et centralisateurs du socialisme. Il d&#233;nonce la mystification cach&#233;e derri&#232;re l'expression &#171; propri&#233;t&#233; collective &#187; et il entend d&#233;montrer que, m&#234;me si la propri&#233;t&#233; est transf&#233;r&#233;e des citoyens priv&#233;s &#224; la communaut&#233; repr&#233;sent&#233;e par l'&#201;tat, l'erreur fondamentale qui consiste &#224; attribuer la propri&#233;t&#233; &#224; certains individus, qui s'approprient le fruit du travail des autres, n'est pas &#233;limin&#233;e. Changer le d&#233;tenteur de la propri&#233;t&#233; ne changerait pas substantiellement la nature de cette institution, de fait, cela aboutirait simplement &#224; &#171; reproduire sur un plan invers&#233; toutes ses contradictions &#187;. C'est &#224; dire qu'il y aurait une transformation des relations de production, mais le contr&#244;le et la gestion des moyens de production seraient donn&#233;s &#224; un groupe social particulier et, par cons&#233;quent, l'exploitation ne serait pas &#233;limin&#233;e. Dans sa pol&#233;mique contre le socialisme utopique &#171; le communisme rudimentaire &#187; suivant l'expression de Marx, Proudhon observe : &#171; Chose singuli&#232;re ! La communaut&#233; syst&#233;matique, n&#233;gation r&#233;fl&#233;chie de la propri&#233;t&#233;, est con&#231;ue sous l'influence directe du pr&#233;jug&#233; de priorit&#233; ; et c'est la propri&#233;t&#233; qui se retrouve au fond de toutes les th&#233;ories des communistes. Les membres d'une communaut&#233;, il est vrai, n'ont rien en propre ; mais la communaut&#233; est propri&#233;taire, et propri&#233;taire non seulement des biens, mais des personnes et des volont&#233;s &#187;. (1926, p. 326)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la fusion du pouvoir &#233;conomique et du pouvoir politique constitue la pr&#233;misse d'une forme nouvelle et plus oppressive de dictature : &#171; De tous leurs pr&#233;jug&#233;s inintelligents et r&#233;trogrades celui que les communistes caressent le plus est la dictature. Dictature de l'industrie, dictature du commerce, dictature de la pens&#233;e, dictature dans la vie sociale et la vie priv&#233;e, dictature partout : tel est le dogme&#8230; Apr&#232;s avoir supprim&#233; toutes les volont&#233;s individuelles, ils les concentrent dans une individualit&#233; supr&#234;me, qui exprime la pens&#233;e collective, et, comme le moteur immobile d'Aristote, donne l'essor &#224; toutes les activit&#233;s subalternes &#187;. (1923, vol. II, p. 301)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Proudhon et le f&#233;d&#233;ralisme int&#233;gral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La partie n&#233;gative de la pens&#233;e de Proudhon est donc constitu&#233;e par une double n&#233;gation : n&#233;gation du centralisme et de l'autoritarisme de l'&#201;tat et de l'exploitation de l'homme par l'homme. L'un des aspects les plus int&#233;ressants de cette pens&#233;e est repr&#233;sent&#233; par sa conception &#171; int&#233;grale &#187; du f&#233;d&#233;ralisme. En fait, &#224; c&#244;t&#233; de son f&#233;d&#233;ralisme politique, il a formul&#233; l'id&#233;e d'un f&#233;d&#233;ralisme &#233;conomique et social, n&#233;cessaire pour limiter les pouvoirs de l'&#201;tat et des groupes privil&#233;gi&#233;s qui soutiennent son pouvoir. &#171; Toutes mes id&#233;es &#233;conomiques&#8230; peuvent se r&#233;sumer en ces trois mots : F&#233;d&#233;ration agricole-industrielle ; toutes mes vues politiques se r&#233;duisent &#224; une formule semblable : F&#233;d&#233;ration politique ou D&#233;centralisation&#8230; Toutes mes esp&#233;rances actuelles et futures sont exprim&#233;es par ce troisi&#232;me terme, corollaire des deux autres : F&#233;d&#233;ration progressive &#187;. (1959, pp. 361-62)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Proudhon, le f&#233;d&#233;ralisme &#233;conomique ne co&#239;ncide pas avec l'abolition de la propri&#233;t&#233;. Son id&#233;e de la propri&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e &#224; la fois comme &#171; vol &#187; et comme une condition de la &#171; libert&#233; &#187; a pu para&#238;tre contradictoire &#224; certains. Pour la pr&#233;senter, je suivrai l'analyse de Mario Albertini (1974). Nous avons vu que Proudhon, dans sa critique du centralisme collectiviste et de la propri&#233;t&#233; d'&#201;tat des moyens de production a mis en lumi&#232;re l'impossibilit&#233; d'&#233;liminer l'aspect individualiste de la propri&#233;t&#233; qui consiste &#224; attribuer &#224; certains les moyens de production. De ce point de vue, nous pouvons saisir pourquoi Proudhon assigne &#224; la propri&#233;t&#233; la t&#226;che de &#171; servir de contrepoids &#224; la puissance publique, contrebalancer l'Etat, par ce moyen assurer la libert&#233; individuelle : tel sera donc, dans le syst&#232;me politique, la fonction, principale, de la propri&#233;t&#233;&#8230; Pour que le citoyen soit quelque chose dans l'Etat, il ne suffit donc pas qu'il soit libre de sa personne ; il faut que sa personnalit&#233; s'appuie, comme celle de l'Etat, sur une portion de mati&#232;re qu'il poss&#232;de en toute souverainet&#233;, comme l'&#201;tat a la souverainet&#233; du domaine public. Cette condition est remplie par la propri&#233;t&#233; &#187;. (1866, p. 138)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit &#224; la propri&#233;t&#233; appara&#238;t, par cons&#233;quent, comme la condition de l'autonomie individuelle et de l'attribution &#224; chacun des fruits de son travail. La propri&#233;t&#233; doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e dans le cadre dialectique des relations entre l'&#201;tat et la soci&#233;t&#233;. Son r&#244;le est d'assurer l'autonomie de la vie &#233;conomique et sociale face &#224; l'&#201;tat. &#171; La puissance de l'&#201;tat est une puissance de concentration ; donnez-lui l'essor, et toute individualit&#233; dispara&#238;tra bient&#244;t, absorb&#233;e dans la collectivit&#233; ; la soci&#233;t&#233; tombe dans le communisme ; la propri&#233;t&#233;, au rebours, est une puissance de d&#233;centralisation ; parce qu'elle-m&#234;me est absolue, elle est anti-despotique, anti-unitaire ; c'est en elle qu'est le principe de toute f&#233;d&#233;ration : et c'est pour cela que la propri&#233;t&#233;, transport&#233;e dans une soci&#233;t&#233; politique, devient aussit&#244;t r&#233;publicaine &#187;. (1866, p. 144)&lt;br class='autobr' /&gt;
Proudhon reconna&#238;t l'existence de l'&#233;go&#239;sme individuel dans lequel il trouve &#233;galement un aspect positif et, quoiqu'il en soit, il n'a pas l'illusion qu'il puisse &#234;tre &#233;limin&#233;. Il reste n&#233;anmoins le fait que, la chose importante qui ne peut pas &#234;tre &#233;limin&#233;e, c'est l'attribution &#224; quelqu'un des moyens de production. Mais, en m&#234;me temps, il affronte le probl&#232;me de l'&#233;limination des privil&#232;ges ou, en particulier, les aspects n&#233;gatifs des relations sociales bas&#233;es sur la propri&#233;t&#233;. La propri&#233;t&#233; des moyens de production peut se trouver entre les mains de ceux qui les emploient et cela n'implique pas de forme d'injustice ou d'exploitation. Mais la propri&#233;t&#233; peut &#234;tre s&#233;par&#233;e du travail, ce qui donne lieu au droit d'aubaine, c'est &#224; dire &#224; cette distorsion de la propri&#233;t&#233; qui consiste &#224; s'approprier le fruit du travail des autres. Ceci, c'est l'aspect de la propri&#233;t&#233; qui doit &#234;tre aboli pour &#233;liminer les relations de force de la soci&#233;t&#233;. L'abolition du droit d'aubaine, ou pour utiliser une expression plus ordinaire, de la plus-value, consisterait &#224; accorder la possession des moyens de production &#224; des individus ou groupes qui les emploient. Une fois que la plus-value est &#233;limin&#233;e et que la propri&#233;t&#233; est sous contr&#244;le social, chaque forme d'autoritarisme est destin&#233;e &#224; dispara&#238;tre et le pouvoir de l'&#201;tat se trouve contraint dans des limites efficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conform&#233;ment &#224; cette id&#233;e d&#233;centralis&#233;e et anti-autoritaire de la gestion de l'&#233;conomie, Proudhon &#233;labore un mod&#232;le d'organisation des usines et des entreprises qu'on peut d&#233;finir comme autogestion ouvri&#232;re. Les principes les plus importants sur lesquels cette autogestion est bas&#233;e sont les suivants : tous les travailleurs sont co-propri&#233;taires ; toutes les positions sont &#233;lectives et les r&#232;glementations sont sujettes &#224; l'approbation des membres ; chacun a le droit de remplir n'importe quelle position, les salaires sont fonction de la nature du poste occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'agriculture, Proudhon est pour la propri&#233;t&#233; individuelle et l'&#233;tablissement de communes rurales ayant pour t&#226;che de distribuer la terre &#224; ceux qui la cultivent et de la r&#233;organiser suivant les buts de coop&#233;ration et d'utilit&#233; sociale. Les travailleurs associ&#233;s en unit&#233; de production de base (entreprises autog&#233;r&#233;es et communes rurales) constituent les cellules de base de cette f&#233;d&#233;ration agricole et industrielle dans laquelle la propri&#233;t&#233; des moyens de production est attribu&#233;e en m&#234;me temps &#224; l'organisation de la soci&#233;t&#233; &#233;conomique dans son ensemble, &#224; chaque r&#233;gion, &#224; chaque association de travailleurs et &#224; chaque travailleur. La f&#233;d&#233;ration agricole et industrielle permet de cette fa&#231;on de r&#233;organiser les structures productives sous le contr&#244;le des travailleurs associ&#233;s en de nombreux groupes autonomes, tandis que la solidarit&#233; entre eux est assur&#233;e par le lien f&#233;d&#233;ral. Ce type d'organisation de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;conomie rend possible de r&#233;aliser ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui un plan d&#233;centralis&#233; d&#233;mocratique, fond&#233; sur les besoins des communaut&#233;s fonctionnelles et territoriales. En fait, quand un plan est d&#233;cid&#233; au centre, sans relation r&#233;elle avec les demandes et les besoins des communaut&#233;s locales, il n'est pas seulement autoritaire mais &#233;galement inefficace, parce qu'il n'est pas fond&#233; sur les besoins r&#233;els des hommes. Donc, l'organisation &#233;conomique et sociale f&#233;d&#233;raliste pr&#233;sente une formule qui permet d'&#233;viter le double danger repr&#233;sent&#233; par la domination arbitraire des groupes capitalistes et par celle, tout aussi arbitraire, de groupes dominants qui justifient leurs pouvoirs au nom du communisme. Ce type de plan et l'autogestion semblent donner &#224; la classe ouvri&#232;re une forme d'association capable d'enlever aux groupes dominants les leviers de la direction id&#233;ologique, &#233;conomique et politique et de lib&#233;rer les &#233;nergies n&#233;cessaires pour subordonner le capital au travail. Ici, nous pouvons noter que Proudhon, en essayant de s'imaginer ou de dessiner une soci&#233;t&#233; future lib&#233;r&#233;e de la domination et de l'exploitation, la pr&#233;sente, suivant la situation de son temps, comme une soci&#233;t&#233; d'ouvriers et de paysans qui auraient soumis &#224; leur contr&#244;le les moyens de production et auraient &#233;limin&#233; les classes dominantes qui avaient leurs privil&#232;ges fond&#233;s sur le capital et la rente. La limite de ce point de vue se trouve dans le fait, d&#233;j&#224; per&#231;u par Marx (1970, vol. II, pp. 400-411), que le processus de lib&#233;ration de l'homme et la cr&#233;ation de rapports sociaux communautaires ne peut pas avoir lieu sans transformation en profondeur de la structure de la soci&#233;t&#233; qui &#233;liminerait les r&#244;les m&#234;mes des ouvriers et des paysans, comme cela sera rendu possible aujourd'hui par la &#171; r&#233;volution scientifique et technologique &#187; (Richta R., 1969). Cela permet d'&#233;liminer le travail manuel et la raret&#233; des biens mat&#233;riels et, en m&#234;me temps, la comp&#233;tition pour le n&#233;cessaire ; donc, cela nous laisse esp&#233;rer l'&#233;limination progressive du travail ali&#233;nant comme une possibilit&#233; concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sources &lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Th&#233;orie de l'imp&#244;t, Paris, &#233;d. Dentu, 1861&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Th&#233;orie de la propri&#233;t&#233;, Paris, &#233;d. Librairie internationale, 1866&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Correspondance, Paris, &#233;d. Lacroix, 14 volumes, 1874-1875&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Syst&#232;me des contradictions &#233;conomiques ou philosophie de la mis&#232;re, dans Oeuvres compl&#232;tes, Paris, &#233;d. Rivi&#232;re, 1923&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Qu'est-ce-que la propri&#233;t&#233; ? Recherches sur le principe du droit et du gouvernement. Premier M&#233;moire, dans, &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, &#233;d. Rivi&#232;re, 1926&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Contradictions politiques, dans, Oeuvres compl&#232;tes, Paris, &#233;d. Rivi&#232;re, 1952&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Du principe f&#233;d&#233;ratif et oeuvres diverses sur les probl&#232;mes politiques europ&#233;ens, dans, &#338;uvre compl&#232;tes, Paris, &#233;d. Rivi&#232;re, 1959&lt;/li&gt;&lt;li&gt; De la justice dans la r&#233;volution et dans l'&#233;glise, dans Oeuvres compl&#232;tes, Gen&#232;ve-Paris, &#233;d. Slatkine, 1982&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Aspects structurels de la crise de la gauche</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Aspects-structurels-de-la-crise-de-la-gauche</link>
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		<dc:date>2019-01-20T16:27:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>



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&lt;p&gt;La crise de la gauche est un ph&#233;nom&#232;ne de large ampleur qui n'est pas circonscris &#224; l'Italie (ou &#224; La France, ndt.), mais qui int&#233;resse tout le mode occidental et industrialis&#233;. Ce n'est pas un fait conjoncturel, transitoire, mais il puise ses racines dans les changements de nature structurelle qui concernent le mode de production et l'ordre politique international. La gauche perd progressivement du consensus car elle n'a pas su affronter ces modifications. D'autre part, ces changements (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-180-Decembre-2018-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 180 - D&#233;cembre 2018&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise de la gauche est un ph&#233;nom&#232;ne de large ampleur qui n'est pas circonscris &#224; l'Italie (ou &#224; La France, ndt.), mais qui int&#233;resse tout le mode occidental et industrialis&#233;. Ce n'est pas un fait conjoncturel, transitoire, mais il puise ses racines dans les changements de nature structurelle qui concernent le mode de production et l'ordre politique international. La gauche perd progressivement du consensus car elle n'a pas su affronter ces modifications. D'autre part, ces changements sont tellement profonds qu'ils ont entrain&#233; des cons&#233;quences similaires pour la droite mod&#233;r&#233;e de grouvernement, pour laquelle on enregistre un d&#233;clin similaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin de la centralit&#233; de la classe ouvri&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu la crise de la gauche est une crise de la repr&#233;sentativit&#233; politique. Les partis communistes et socialistes, de m&#234;me que les syndicats, se sont cr&#233;&#233;s pour repr&#233;senter la classe ouvri&#232;re et en affirmer le pouvoir. Marx insistait sur le d&#233;veloppement de la r&#233;volution industrielle, car elle avait accru le nombre des ouvriers et l'influence parlementaire et syndicale de la classe ouvri&#232;re, cr&#233;ant ainsi les conditions pour porter au pouvoir les partis ouvriers. Aujourd'hui, la r&#233;volution scientifique change la composition de la soci&#233;t&#233; : alors que croit le nombre des membres du secteur tertiaire, la classe ouvri&#232;re, qui &#233;tait le v&#233;hicule des r&#233;volutionnaires et des r&#233;formes socialistes, est en voie d'extinction. Un ph&#233;nom&#232;ne analogue s'&#233;tait d&#233;roul&#233; avec la r&#233;volution industrielle, qui avait entra&#238;n&#233; la diminution du nombre des paysans, qui repr&#233;sente aujourd'hui un pourcentage (en Italie, ndt.) de l'ordre de 3 % du total de la population active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la gauche continue de d&#233;fendre les droits des anciens travailleurs (les retrait&#233;s), mais pas des nouveaux (les jeunes), qui doivent lutter contre le ch&#244;mage, la pr&#233;carit&#233;, les nouvelles formes d'exploitation et de pauvret&#233;, les in&#233;galit&#233;s croissantes. La classe ouvri&#232;re actuelle est compos&#233;e de travailleurs non qualifi&#233;s form&#233;s dans le meilleur des cas &#224; op&#233;rer dans les domaines de la restauration, de la propret&#233;, des transports, du commerce, etc. avec des contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e ou &#224; temps partiel et des bas salaires. &#192; la diff&#233;rence de la classe ouvri&#232;re de l'&#233;poque des cha&#238;nes de montage, il s'agit d'une masse inorganis&#233;e et indistincte, sensible &#224; la force d'attraction du populisme et &#224; la recherche d'un refuge dans le nationalisme et le protectionisme. L'exploitation a pris l'espect de la pr&#233;carit&#233;. La repr&#233;sentation des personnes marginalis&#233;es et des milieux sociaux les plus faibles est une t&#226;che que la gauche n'arrive plus &#224; remplir. C'est pourquoi ceux-ci se sont senti trahis et abandonn&#233;s par ceux qui devaient les prot&#233;ger. Ne trouvant pas de protection dans un projet collectif progresssiste beaucoup de personnes apparteannt aux classes sociales les plus faibles ont d&#233;cid&#233; de se fier &#224; des id&#233;es r&#233;actionnaires comme le protectionisme et le nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle veut continuer &#224; avoir une vocation majoritaire, la gauche doit apporter une r&#233;ponse &#224; ces demandes. Quels sujets sociaux veut-elle rep&#233;rsenter ? &#192; quels besoins et instances sociales veut-elle r&#233;pondre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centralit&#233; de la classe ouvri&#232;re n'existe plus, mais les in&#233;galit&#233;s produites par une mondialisation non gouvern&#233;e croissent. &#8220; Nous sommes les 99 %&#8221;, criaient les militants du mouvement Occcupy Wall Street. Ils avaient raison, mais ils ont &#233;t&#233; d&#233;faits et ils ont battu en retraite, car ils n'avaient pas une strat&#233;gie pouvant aller au del&#224; de la d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;rosion de la souverainet&#233; nationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'int&#233;gration europ&#233;enne et la mondialisation ont d&#233;termin&#233; l'&#233;rosion de la souverainet&#233; nationale. Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, le pouvoir de d&#233;cider de l'avenir des &#201;tats nationaux (europ&#233;ens plus particuli&#232;rement, ndt.) a &#233;migr&#233; vers Washington et Moscou, en passant sous le contr&#244;le des deux superpuissances, et s'est d&#233;plac&#233; vers des centres de pouvoir productifs et financiers multinationaux, qui ont conquis des positions dominantes sur le march&#233; europ&#233;en et mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre mondial bipolaire s'est &#233;miett&#233; en 1989 avec la chute dy mur de Berlin, la fin des blocs et de la guerre froide. Ce qui est advenu en 1989 n'est pas seulement un chanegment du syst&#232;me mondial des &#201;tats. Cela a &#233;t&#233; &#233;galement le d&#233;but d'un processus dans lequel la mondialisation a commenc&#233; &#224; produire de permiers effets visibles sur le syst&#232;me international &#224; travers de l'&#233;rosion de la soiuverainet&#233; des &#201;tats. Ces derniers ne sont plus en mesure de produire les biens publics fondamentaux qui justifiaient leur existence : la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure et ext&#233;rieure, la protection de l'environnement, la recherche scientifique, un volume d'investissements suffisant &#224; promouvoir le d&#233;veloppement durable, la cr&#233;ation d'emploi et la gestion des flux migratoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouveaux acteurs non &#233;tatiques ont fait leur apparition (les soci&#233;t&#233;s multinationales, les agences de quotation, les mouvements de la soci&#233;t&#233; civile, les organsiations religieuses, la criminalit&#233; organis&#233;e, le terrorisme international, etc.) qui rivalisent avec les &#201;tats pour la conqu&#232;te du pouvoir de d&#233;cision au plan international. Un r&#244;le d&#233;terminant est jou&#233; par les grands groupes financiers, qui ont asservi &#224; leurs int&#233;r&#234;ts l'&#233;conomie r&#233;elle, tandis que l'&#233;conomie a pris le dessus sur la politique. C'est dans cet espace qu'a &#233;clat&#233; la crise financi&#232;re et &#233;conomique globale. Elle n'a pas seulement montr&#233; que les march&#233;s ne sont pas capables de s'autor&#233;guler et que la politique, ne r&#233;sistant pas aux imp&#233;ratifs des march&#233;s, ne sert plus l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Elle a &#233;galement d&#233;menti la th&#232;se selon laquelle le libre jeu des forces du march&#233; promeut la diffusion universelle de la richesse, de la libert&#233; et de la paix. De fait, les in&#233;galit&#233;s sociales se sont accrues, et les lobies &#233;conomiques cherchent &#224; influencer l'&#233;tablissement des lois, &#224; contr&#244;ler l'information et &#224; corrompre les Minist&#232;res et la magistrature. La mondialisation est gouvern&#233;e par la politique, mais cette derni&#232;re est impuissante car les &#201;tats sont rest&#233;s nationaux alors que le march&#233; est devenu global. La globalisation unifie le monde sur le plan structurel, tandis que la politique encore domin&#233;e par l'id&#233;e de la nation, le maintient divis&#233; sur le plan des superstructures qui sont le cadre dans lequel se prennent les d&#233;cisions politiques. Il y a un th&#232;me que la gauche a &#233;lud&#233; : la diff&#233;rence entre le citoyen et le migrant. Les citoyens ont le droit de vote ; les migrants ne l'ont pas. La aguche se comporte comme si la solidarit&#233; internationale ne la concernait pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La crise de la d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;rosion de la souverainet&#233; &#233;tatique porte avec elle la crise de la d&#233;mocratie. Parmi les citoyens s'est diffus&#233;e la sensation que le pouvoir de prendre les d&#233;cisions les plus importantes ont migr&#233;es des institutions soumises &#224; leur contr&#244;le vers des centres de pouvoir internationaux qui ob&#233;issent eclusivement aux imp&#233;ratifs du profit et qui ne sont soumis &#224; aucune forme de contr&#244;le d&#233;mocratique. En fait, les d&#233;cisions qui se prennent au niveau national, l&#224; o&#249; existent les institutions d&#233;mocratiques, ont un caract&#232;re toujours moins important en comparaison avec celles plus importantes qui se prennent au niveau international. L&#224;, n'existent pas d'institutions d&#233;mocratiques, si l'on exclue le Parlement europ&#233;en &#8211; laboratoire de la d&#233;mocratie internationale &#8211; qui n'a toujours pas acc&#233;d&#233; &#224; toutes les pr&#233;roagtives constitutionnelles qu'ont g&#233;n&#233;ralement les parlements. Face &#224; cet &#233;cart entre pouvoir et d&#233;mocratie dans un monde o&#249; les citoyens ont perdu le contr&#244;le des d&#233;cisions dont d&#233;pend leur avenir, nous devons nous demander combien de temps poura encore survivre la d&#233;mocratie. Si l'on veut &#233;viter que la mondialisation ne d&#233;truise la d&#233;mocratie, il convient de d&#233;mocratiser la mondialisation. En l'absence d'une nouvelle pens&#233;e politique capable d'interpr&#233;ter les changements en cours, la gauche a fini par se conformer &#224; la pens&#233;e dominante &#8211; le n&#233;o-lib&#233;ralisme &#8211; et a perdu ainsi le consentement des &#233;lecteurs. D'autre part, bien qu'ils n'aient pas su &#233;viter la crise financi&#232;re et &#233;conomique, les puissants groupes &#233;conomiques qui guident le processus de la mondialisation ont pris le desssu sur les gouvernements et les ont contraint &#224; intervenir pour r&#233;parer les dommages dela crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La nouvelle ligne de division entre nationalisme et f&#233;d&#233;ralisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'ils veulent gouverner les processus historiques comme l'int&#233;gration europ&#233;enne et la mondialisation, qui transcendent les &#201;tats nationaux et conditionnent tous les aspects de la vie politique et &#233;conomique nationale, les forces politiques doivent d&#233;passer le vieil ordre des priorit&#233;s de leur strat&#233;gie politique : le r&#233;formisme national. La cr&#233;ation d'un nouvel ordre politique europ&#233;en et mondial, qui permette de r&#233;organiser le pouvoir sur plusieurs niveaux de gouvernement, du local &#224; l'europ&#233;en et au mondial, est la pr&#233;misse pour r&#233;soudre tous les probl&#232;mes de politique int&#233;rieure. Ce projet ne comporte pas l'abolition des &#201;tats nationaux. La redistribution des pouvoirs vers le haut et vers le bas selon le mod&#232;le f&#233;d&#233;ral, premettra aux &#201;tats nationaux de trouver un r&#244;le adapt&#233; &#224; leurs dimensions. L'objectif prioritaire est celui d'amener le pouvoir, la d&#233;mocratie et la statalit&#233; au nuveau supranational. Les &#201;tats nationaux une fois d&#233;barasss&#233;s de la responsabilit&#233; accablante de la politique &#233;trang&#232;re et de s&#233;curit&#233;, du gouvernement des march&#233;s et des probl&#232;mes de l'environnement, il sera plus ais&#233; de tranf&#233;rer le pouvoir &#233;galement vers les communaut&#233;s territoriales plus petites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Le probl&#232;me qu'il faut tout d'abord r&#233;soudre, faute de quoi tout autre progr&#232;s n'est qu'apparence &#187;, peut-on lire dans le Manifeste de Ventotene, &#171; est celui de l'abolition d&#233;finitive de la division de l'Europe en &#201;tats nationaux souverains &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Altiero Spinelli, avec Ernesto Rossi, Le Manifeste de Ventotene. Pour une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le centre de la lutte politique doit &#234;tre d&#233;plac&#233; du plan national au plan international, o&#249; se prennent les d&#233;cisions dont d&#233;pendent le destin des peuples et il faut affirmer une nouvelle ligne de division entre les forces du progr&#232;s et celles du conservatisme. &#8220; La ligne de d&#233;marcation entre les partis progressistes et les partis r&#233;actionnaires ne suit donc plus d&#233;sormais la ligne formelle du degr&#233; plus ou moins &#233;lev&#233; de d&#233;mocratie ou de socialisme &#224; constituer, mais la ligne fondamentale la plus r&#233;cente s&#233;parant ceux qui consid&#232;rent comme but essentiel de la lutte l'objectif de jadis, c'est-&#224;-dire la conqu&#234;te du pouvoir politique national, et qui feront, involontairement certes, le jeu des forces r&#233;actionnaires en laissant se solidifier dans le vieux moule la lave incandescente des passions populaires et r&#233;appara&#238;tre les anciennes absurdit&#233;s, et ceux qui consid&#232;rent comme t&#226;che essentielle la cr&#233;ation d'un &#201;tat international stable, qui orienteront vers cet objectif les forces po&#172;pulaires et qui, apr&#232;s avoir conquis le pouvoir national, s'en serviront en tout premier lieu comme d'un instrument pour r&#233;aliser l'unit&#233; internationale. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 51.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle ligne de division ne vaut plus seulement pour l'Europe. Avec l'affirmation de la mondialisation, elle doit &#234;tre appliqu&#233;e au monde dans son ensemble. La politique, qui s'&#233;tait montr&#233;e impuissante face &#224; la t&#226;che de gouevrner l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233;, revient actuellement sur sc&#232;ne. Deux r&#233;ponses politiques oppos&#233;es &#224; la mondialisation se pr&#233;sentent : celle de la soci&#233;t&#233; ferm&#233;e et de la soci&#233;t&#233; ouverte, de l'unilat&#233;ralisme et du multipolarisme, du nationalisme et du f&#233;d&#233;ralisme. Le nationalisme repr&#233;sente le retour au pass&#233; avec les d&#233;sastres qui l'ont accompagn&#233;. La voie &#224; parcourir est celle de l'ad&#233;quation des institututions politques (les Nations unies) et &#233;conomiques (Fonds mon&#233;taire international, Organisation mondiale du commerce, Banque mondiale) aux dimensions atteintes par l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233; de mani&#232;re &#224; ouvir la vioie au gouvernement de la mondialisation. Durant la p&#233;riodde de transition dans laquelle nous vivons aujourd'hui, les &#201;atts-Unis et la Russie repr&#233;sentent l'ordre ancien, ils chevauchent sur la vague du nationalisme dans el but de prot&#233;ger leurs anciens privil&#232;ges. Mais leurs efforts sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec, car il est impossible d'aller contre le cours de l'histoire. Il y a donc une opportunit&#233; qui puisse permettre de reprendre le chemin evrs l'unification europ&#233;enne et de renforcer et de d&#233;locratiser les organisations inetrnationales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pi&#232;ges des r&#233;seaux sociaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la soci&#233;t&#233; industrielle &#224; celle de la connaissance a augment&#233; &#233;norm&#233;ment la circulation des insformations et la possibilit&#233; d'un acc&#232;s universel et pratiquement gratuit &#224; la connaissance. Cela ne signifie pas que les r&#233;seaux soient neutres. Ce ne sont pas seulement les profits astronomiques accumul&#233;s par les patrons des r&#233;seaux qui suscite notre indignation. Il y a quelque chose de plus grave et inquiettant qui &#233;chape &#224; l'observateur n&#233;gligent : la manipulation des cerveaux. La disponibilit&#233; d'une quantit&#233; in&#233;puisable d'informations va au d&#233;triment de la r&#233;flexion, c'est-&#224;-dire de l'usage des cat&#233;gories abstraites qui se contentent de s&#233;lectionner les informations, de les interpr&#233;ter et de les utiliser pour changer un monde mal fait. &#192; quoi peut bien nous servir l'immense patrimoine de donn&#233;es et de connaissances auxquelles nous pouvons acc&#233;der si nous n'avons pas une m&#233;thode pour les organiser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapidit&#233; de la circulation des informations pousse les utilisateurs des r&#233;seaux &#224; exprimer des opinions non m&#233;dit&#233;es et &#224; simplifier les termes du d&#233;bat en ligne avec l'exercice d'alternatives pu&#233;riles, telle que celle entre &#8220;j'aime&#8221; et &#8220;j'aime pas&#8221;. Ce qui se traduit par un abrutissement collectif. Au lieu de pr&#233;parer la voie &#224; un nouvelle soci&#233;t&#233; des lumi&#232;res, internet a ouvert la voie au triomphe de l'incomp&#233;tence. Le pi&#232;ge le plus grave r&#233;side dans le fait que l'utilisation des r&#233;seaux &#8211; consid&#233;r&#233; d&#233;sormais par tous comme une n&#233;cessit&#233; &#8211; comporte la confiscation de notre temps par les patrons des r&#233;seaux : une esp&#232;ce de narcose qui schl&#233;rose la pens&#233;e et l'action r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La g&#233;n&#233;ralisation de l'utilisation des medias sociaux a diffus&#233; l'illusion que la possibilit&#233;, qui n'a pas de pr&#233;c&#233;dents dans l'histoire, de communiquer avec tous signifie poss&#233;der une nouvel et puissant instrument de mobilisation politique. La r&#233;alit&#233; est que le potentiel des mouvements de la soci&#233;t&#233; civile globale s'est dispers&#233; en mille ruisselets et s'est st&#233;rilis&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233; d&#233;fi de la r&#233;volution digitale est en premier lieu d'ordre culturel. Pour la gouverner il faut des comp&#233;tences qui permettent de donner un sens aux choses : capacit&#233; de concpetualiser, d'abstraire, de r&#233;fl&#233;chir, d'exercer une pens&#233;e critique. Le gouvernement d&#233;mocratique des r&#233;seaux est une t&#226;che que la gauche doit assumer dans son propre proramme politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Personne n'a de recettes pr&#233;fabriqu&#233;es. La r&#233;ponse ne peut que na&#238;tre de la confrontation des id&#233;es. Mais, &#224; mon avis, cette confrontation des id&#233;es ne peut faire &#224; moins que de partir de deux grands probl&#232;mes que j'ai mis en &#233;vidence pr&#233;c&#233;demment : a) d&#233;finir une nouvelle repr&#233;sentation sociale, l'organiser et la rendre influente ; b) identifier l'espace institutionnel plus large que les vieux &#201;tats nationaux dans lequel &#339;uvrer. Ce sont des probl&#232;mes tellement importants par rapport aux horizons &#233;troits dans lesquels se meut habituellement la politique que la gauche ne s'en est jamais r&#233;ellement pr&#233;occup&#233;e, sauf pour se trouver &#224; par la suite impr&#233;par&#233;e &#224; affronter des d&#233;fis de dimensions globales, comme ceux de la mondialisation non gouvern&#233;e des march&#233;s, des changements climatiques, des flux migratoires, du retour de la guerre ayx confins de l'Europe, du d&#233;sarmement et ainsi de suite. Le moment est maintenant venu d'affronter ces probl&#232;mes. Sino,, la gauche risque de s'isoler dans une non-pertinence politique et en cons&#233;quence de confier les gouvernements des gouvernements europ&#233;ens aux forces r&#233;actionnaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me limite ici &#224; sousligner qu'il y a &#224; l'horizon une occasion &#224; ne pas perdre : les &#233;lections europ&#233;ennes pour les &#233;lections europ&#233;ennes de mai 2019. De la m&#234;me mani&#232;re que Macron a transforme les &#233;lections pr&#233;sidentielles fran&#231;aises en une sorte de referendum pour ou contre l'unit&#233; europ&#233;enne, les &#233;lections europ&#233;ennes de 2019 doivent assumer une signification analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Trait&#233; de Lisbonne (art. 17) &#233;tablit que le Conseil europ&#233;en, compte tenu des &#233;lections europ&#233;ennes, propose le candidat &#224; la Pr&#233;sidence de la Commission europ&#233;enne, et que le Parlement europ&#233;en l'&#233;lise. Il s'agit d'une proc&#233;dure qui vise &#224; restituer la souverainet&#233; aux citoyens europ&#233;ens et cherche &#224; &#233;quilibrer la puissance excessive du Conseil europ&#233;en avec un Prarlement europ&#233;en d&#233;mocratiquement &#233;lu. Toutefois, les &#233;lections europ&#233;ennes ont toujours &#233;t&#233; une somme d'&#233;lections nationales, dont les enjeux &#233;taient les rapports de force entre les partis dans les divers pays. L'innovation dans la constitution mat&#233;rielle de l'Union europ&#233;enne (UE), apparue durant la campagne &#233;lectorale europ&#233;eenne de 2014, a &#233;t&#233; constitu&#233;e par la d&#233;cision des partis de pr&#233;senter la candidature de la Pr&#233;sidence de la Commission les t&#234;tes de listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis se sont affront&#233;s dans tout le continent. Il y a eu des d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s retransmis en direct entre les candidats et les medias ont diffus&#233; des informations sur leurs positions. En outre, les candidats ont discut&#233; des th&#232;mes concernant le gouvernement de l'UE. En bref, il y a eu cr&#233;ation d'un embryon d'une politique d&#233;mocratique dans l'UE et d'un d&#233;but d'une d&#233;mocratie parlementaire europ&#233;enne. Bien sur, le syst&#232;me est encore incomplet. Mais le changement s'est effectu&#233; et on ne retournera pas en arri&#232;re. Avec le temps, ce processus a la potentialit&#233; de permettre aux citoyens europ&#233;ens de choisir le chef de l'ex&#233;cutif europ&#233;en et son programme de gouvernement, comme c'est le cas dans les r&#233;gimes d&#233;mocratiques confirm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orientons le d&#233;bat sur l'avenir de la gauche, dans la perspective de la pr&#233;paration du programme &#233;lectoral du PSE, de la formation d'une coalition de partis acpable de gagner les &#233;lections europ&#233;ennes et de porter &#224; la Pr&#233;sidence de la Commission un leader de la gauche. C'est la seule perspective qui puisse permettre &#224; la gauche de passer la t&#234;te au dessus de la vague d'o&#249; l'on peut voir les horizons europ&#233;ens et mondiaux vers lesquels il convient de porter les regards et l'action politique si l'on veut gouverner la mondialisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucio Levi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universitaire et &#233;crivain, membre du Comit&#233; f&#233;d&#233;ral de l'UEF Europe, ancien membre du Comit&#233; ex&#233;cutif du WFM et Directeur de The Federalist Debate - Turin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'italien par Jean-Francis Billion - Lyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Altiero Spinelli, avec Ernesto Rossi, &lt;i&gt;Le Manifeste de Ventotene. Pour une Europe libre et unie. Projet d'un Manifeste. Et autres&lt;/i&gt; (1941-1947), pr&#233;face d'Eugenio Colirni, coll. Textes f&#233;d&#233;ralistes, &#233;d. Presse F&#233;d&#233;raliste, Lyon, 2017, p. 347, cit. p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les populistes s'emparent du pouvoir en Italie</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Les-populistes-s-emparent-du-pouvoir-en-Italie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressefederaliste.eu/Les-populistes-s-emparent-du-pouvoir-en-Italie</guid>
		<dc:date>2018-09-06T20:56:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s les &#233;lections tenues en Italie le 4 mars 2018 deux partis populistes &#8211; le parti anti-establishment Mouvement 5 &#233;toiles (5SM) et la Ligue d'extr&#234;me droite &#8211; ont form&#233; un gouvernement et obtenu un vote de confiance au Parlement. Il s'agit d'un &#233;v&#232;nement angoissant si l'on consid&#232;re que dans l'Europe de l'apr&#232;s-guerre le processus d'unification europ&#233;enne avait promu la paix, la prosp&#233;rit&#233; et la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est vrai que les quatre gouvernements Berlusconi, de droite, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-179-Aout-2018-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 179 - Ao&#251;t 2018&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s les &#233;lections tenues en Italie le 4 mars 2018 deux partis populistes &#8211; le parti anti-establishment Mouvement 5 &#233;toiles (5SM) et la Ligue d'extr&#234;me droite &#8211; ont form&#233; un gouvernement et obtenu un vote de confiance au Parlement. Il s'agit d'un &#233;v&#232;nement angoissant si l'on consid&#232;re que dans l'Europe de l'apr&#232;s-guerre le processus d'unification europ&#233;enne avait promu la paix, la prosp&#233;rit&#233; et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est vrai que les quatre gouvernements Berlusconi, de droite, eurosceptiques et populistes (1994-95, 2001-05, 2005-06, 2008-11), avaient repr&#233;sent&#233; des signes annonciateurs du tournant actuel, qui montre que l'Italie est le grand malade de l'Europe. Et le cas italien n'est pas isol&#233;. Mais l'Italie est un &#201;tat fondateur de l'Union europ&#233;enne (UE), le troisi&#232;me pays de l'UE en termes de poids d&#233;mographique et &#233;conomique et elle se trouve au centre de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;valuer la signification du changement arrive en Italie, il est utile de mentionner l'opinion exprim&#233;e par Steve Bannon, le strat&#232;ge de la campagne &#233;lectorale de Donald Trump. Il a exult&#233; apr&#232;s le r&#233;sultat des &#233;lections politiques italiennes et d&#233;cid&#233; de rester &#224; Rome afin d'&#233;tudier le laboratoire de la droite souverainiste mondiale. &#8220;Toutes les routes de la nouvelle droite souverainiste mondiale m&#232;nent &#224; Rome&#8221;, a-t-il d&#233;clar&#233; dans un interview &#224; un journal italien, en ajoutant que les &#233;lecteurs italiens &#8220;ont frapp&#233; au c&#339;ur la b&#234;te europ&#233;enne&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne semble pas exag&#233;r&#233; d'affirmer que ces partis populistes repr&#233;sentent une menace pour la d&#233;mocratie. Durant les consultations du Pr&#233;sident Mattarella pour la formation du gouvernement, l'Italie a subi l'attaque la plus s&#233;rieuse &#224; sa constitution depuis la fondation de la R&#233;publique. Le r&#233;el leader de la coalition qui soutient le gouvernement est Matteo Salvini, le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Ligue, dont le dessein, plus ou moins soutenu par le 5SM, est de quitter l'euro et de revenir &#224; la lire. Il partage ce projet avec Marine Le Pen et d'autres leaders populistes. Il a propos&#233; Paolo Savona comme Ministre de l'&#233;conomie, l'auteur d'un plan de sortie de l'euro. Le Pr&#233;sident Mattarella a oppos&#233; son veto &#224; cette nomination, &#233;tant donn&#233; que la simple annonce d'un plan de sortie de l'euro aurait encourag&#233; une attaque de la sp&#233;culation internationale, une perte de valeur catastrophique de la valeur de l'&#233;pargne des soci&#233;t&#233;s et des familles, la fuite des capitaux, l'effondrement des obligations, l'accroissement des &#233;carts entre les taux des emprunts italiens et allemands &#224; dix ans, l'accroissement de la dette publique, qui est la deuxi&#232;me de la zone euro (132 % du PIB) apr&#232;s celle de la Gr&#232;ce, et le risque d'un d&#233;faut de l'Italie. Si l'on tient compte que l'Italie est beaucoup plus importante que la Gr&#232;ce et qu'elle a une responsabilit&#233; particuli&#232;re en fonction de sa qualit&#233; de membre fondateur de l'UE, son d&#233;faut aurait pu entra&#238;ner vers le bas l'ensemble de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les raisons pour lesquelles un Plan B avait &#233;t&#233; con&#231;u, c'est-&#224;-dire un coup d'&#201;tat &#224; froid. Le but &#233;tait de provoquer une crise financi&#232;re dramatique qui aurait mise en cause la participation de l'Italie &#224; l'Union mon&#233;taire et cr&#233;&#233; les conditions pour une sortie de l'euro une fin de semaine apr&#232;s la cl&#244;ture des march&#233;s financiers. Ce plan consid&#233;rait que, pour quitter l'euro une simple d&#233;cision gouvernementale sans vote du Parlement aurait &#233;t&#233; suffisante. La sortie de l'euro se serait accompagn&#233;e d'un d&#233;faut massif de la dette publique, de l'ordre de 15 &#224; 25 %. Le Pr&#233;sident Mattarella, parfaitement inform&#233; de l'existence de ce plan, a invit&#233; &#224; discuter ouvertement des raisons pour ou contre l'adoption de l'euro, un sujet qui n'avait pas &#233;t&#233; abord&#233; durant la campagne &#233;lectorale. En fin de compte, afin d'&#233;viter les risques de nouvelles &#233;lections, les deux partis populistes ont accept&#233; de fonder un gouvernement au sein duquel Paolo Savona a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; au Minist&#232;re des Affaires europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se projette vers les processus de longue dur&#233;e et les questions de structures et d'intentions &#224; long terme, la victoire populiste, comme celle de Mussolini en 1922, peut ouvrir la voie &#224; une nouvelle forme de fascisme. Invent&#233; en Italie, le fascisme a conquis l'Europe. Il est possible que l'histoire se r&#233;p&#232;te au 21&#232;me si&#232;cle. En fait, il y a une analogie frappante entre l'actuelle crise &#233;conomique et politique globale avec celle plan&#233;taire qui s'est d&#233;roul&#233;e entre les deux guerres mondiales. &#192; l'&#233;poque, la grande d&#233;pression de 1929, l'arriv&#233;e au pouvoir de Musssolini et d'Hitler ainsi que la seconde guerre mondiale ; aujourd'hui, la crise &#233;conomique et financi&#232;re, la mont&#233;e du populisme et du nationalisme, le d&#233;clin du consensus envers les institutions d&#233;mocratiques (y compris celles de l'UE), les attaques terroristes, les massacres de l'&#201;tat islamique au nom du culte de la mort (un trait tr&#232;s similaire au nazisme), le retour de la guerre dans la p&#233;riph&#233;rie de l'Europe en Ukraine, en Syrie, &#224; Gaza, en Irak, au Y&#233;men et en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes profondes des deux crises sont dans les transformations syst&#233;miques du mode de production et de l'ordre politique international. Comme c'est toujours le cas, la transition d'un ancien &#224; un nouvel ordre politique g&#233;n&#232;re un vide de pouvoir qui ouvre la voie au d&#233;veloppement de la violence, au d&#233;sordre &#233;conomique et &#224; des r&#233;gimes autoritaires. C'est ce qui s'est produit &#224; l'&#233;poque des guerres mondiales, durant la transition du syst&#232;me europ&#233;en des &#201;tats au syst&#232;me mondial bipolaire des &#201;tats et ce qui se produit aujourd'hui dans l'&#233;re de la globalisation, marqu&#233;e par la primaut&#233; d'acteurs non-&#233;tatiques &#8211; en premeir lieu de la finance mondiale &#8211; sur les &#201;tats et la pr&#233;valence d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s sur les int&#233;r&#234;ts collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais actuellement la crise financi&#232;re er &#233;conomique a marqu&#233; l'&#233;chec du concept de march&#233;s autor&#233;gul&#233;s et de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale. Les politiques, qui avaient cess&#233; de gouverner l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233;, remontent en sc&#232;ne. Deux r&#233;ponses politiques &#224; la globalisation s'opposent : le nationalisme et le globalisme. Le nationalisme erpr&#233;sente le retour au pass&#233; avec son &#233;talage de d&#233;sastres. La seule alternative politiqque est l'ajustement des institutions politiques aux dimensions prises par l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233; afin de pr&#233;parer la voie &#224; une globalisation r&#233;gul&#233;e. Dans l'actuelle p&#233;riode transitoire, les &#201;tats-Unis et la Russie erpr&#233;sentent l'ordre ancien, chevauchant la vague du nationalisme dans le but de prot&#233;ger leurs anciens privil&#232;ges. Mais leurs efforts sont vou&#233;s &#224; l'&#233;chec, vu qu'il ets impossible d'aller contre le cours de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la Chine et l'UE ont un int&#233;r&#234;t vital &#224; maintenir l'ouveture des march&#233;s, en r&#233;gulant leurs modes d'op&#233;rer et en corrigeant leurs distorsions. L'UE est un projet innachev&#233;. La faiblesse de l'Union mon&#233;taire repose dans la contradiction entre une monnaie unique et l'absence d'union fiscale et politique. La solution n'est pas dans un retrait de l'euro, mais dans le renforcement de l'Union. Les &#201;tats europ&#233;ens sont trop petits pour survivre dans la comp&#233;tition globale. C'est seulement unis, qu'ils peuvent joeur un r&#244;le global. Divis&#233;s ils sont insignifiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan &#8220;ma&#238;tres chez nous&#8221;, souvent utilis&#233; par les populistes, est sans fondement. L'Italie, comme tous les autres &#201;tats de l'UE, est un pays avec une souverainet&#233; limit&#233;e. Durant la guerre froide, son appartenance &#224; l'Alliance atlantique et la division de l'Europe en deux zones d'influence dirig&#233;es pas les superpuissances ont barr&#233; la route du pouvoir au Parti communiste italien et lui ont assign&#233; le r&#244;le d'un parti d'opposition permanente. Apr&#232;s la chute du mur de Berlin, l'appartenance &#224; l'UE suite &#224; l'entr&#233;e en vigueur du Trait&#233; de Maastricht (1993), la cr&#233;ation de l'Union mon&#233;taire (1999) et la mise en circulation de l'euro (2002), ont lanc&#233; un m&#233;canisme supranational qui oblige les &#201;tats membres de l'UE &#224; op&#233;rer de concert dans le cadre de param&#232;tres macro-&#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re paradoxale, le d&#233;clin de popularit&#233; et la d&#233;saffection croissante envers le projet europ&#233;en, a commenc&#233; &#224; appara&#238;tre de fa&#231;on significative dans les ann&#233;es 1990, avec la cr&#233;ation de l'Union europ&#233;enne et le Trait&#233; de Maastricht, qui repr&#233;sentait de mani&#232;re indiscutable un pas en avant vers le renforcement et la d&#233;mocratisation des institutions europ&#233;ennes. Il convient de rappeler que, durant ces ann&#233;es, il exsitait un soutien quasiment unanime des polulations envers le projet europ&#233;en. Par exemple, le r&#233;f&#233;rendum organis&#233; par le Mouvement f&#233;d&#233;raliste europ&#233;en en Italie sur l'attribution d'un mandat constituant au Parlement europ&#233;en &#8211; li&#233; aux &#233;lections europ&#233;ennes de 1989 &#8211; a &#233;t&#233; approuv&#233; avec une majorit&#233; de 88,03 % des votants. Depuis lors, les sentiments anti-europ&#233;ens ont grandi sans rel&#226;che en liaison avec les succ&#232;s &#233;lectoraux croissants des populistes, des partis de la droite nationaliste, qui ont pris les leviers du pouvoir en Hongrie et en Pologne. Le Brexit marque une &#233;tape dans cette direction, vu qu'il peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un signe pr&#233;monitoire d'une d&#233;sint&#233;gration du processus d'Union europ&#233;enne. Il faut souligner qu'en France et en Grande-Bretagne, qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme les berceaux de la d&#233;mocratie moderne, les partis anti-europ&#233;ens &#8211; le Front National et l'UKIP &#8211; ont re&#231;u les plus garnds nombres de votes aux &#233;lections europ&#233;ennes de 2014.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment expliquer ce changement d'orientation ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il existe des aspects europ&#233;ens sp&#233;cifiques dans la stagnation et la r&#233;gression de l'unification europ&#233;enne &#8211; le fait qu'il s'agisse d'une construction inachev&#233;e, non encore dot&#233;e d'un budget suffisant et de ressources s&#233;curis&#233;es pour faire face aux d&#233;fis qui attendent l'UE &#8211; la racine profonde de cette grave crise se trouve dans la mondialisation, et plus pr&#233;cis&#233;ment dans les d&#233;fis mondiaux que l'UE est incapable d'affronter tels que le gouvernement de la globalisation, la r&#233;forme du syst&#232;me mon&#233;taire international, la r&#233;gulation des flots migratoires, la lutte contre le changement climatique, l'&#233;limination des armes de destruction massive, l'expansion des principes du r&#232;gne de la loi et de la d&#233;mocratie au niveau international. Vue l'impuissance des politiques &#224; gouverner les processus &#233;conomiques, sociaux et culturels d'un monde globalis&#233;, les &#233;lecteurs abandonnent les partis politiques traditionnels et donnent leur consentement aux nouveaux partis populistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, les institutions europ&#233;ennes ont endigu&#233;, au moins en partie, la vague montante du populisme et des tendances autoritaires. Par exemple, l'Italie a &#233;t&#233; condamn&#233;e par la Cour europ&#233;enne des Droits de l'homme pour le crime de torture contre des manifestants lors du Sommet du G8 tenu &#224; G&#234;nes en 2001. Dans le m&#234;me temps, une proc&#233;dure d'infraction a &#233;t&#233; lanc&#233;e par la Commission europ&#233;enne contre la Pologne pour violation du principe d'ind&#233;pendance du pouvoir judiciaire. En bref, la cr&#233;ation d'un niveau de pouvoir europ&#233;en au-dessus des &#201;tats-nations repr&#233;sente une protection pour le libre gouvernement et est la principale diff&#233;rence avec l'&#233;poque du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible de renverser cette tendance n&#233;gative ? Les &#233;lections europ&#233;ennes, qui se d&#233;rouleront en mai 2019, offrent une opportunit&#233; unique &#8211; peut-&#234;tre la derni&#232;re &#8211; de stopper la vague populiste. De m&#234;me qu'Emmanuel Macron a transform&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles fran&#231;aises en un referendum pour ou contre l'unit&#233; europ&#233;enne, les &#233;lections europ&#233;ennes peuvent prendre la m&#234;me signification : un d&#233;fi aux partis populistes sur le terrain de la refondation de l'UE. En effet, seule &#8220;une Europe souveraine, unie et d&#233;mocratique&#8221; &#8211; il s'agit d'une citation du discours de Macron &#224; La Sorbonne &#8211; est en mesure de faire face aux d&#233;fis globaux qu'elle doit affronter et de coop&#233;rer avec les autres protagonistes des politiques mondiales afin de b&#226;tir un monde meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification de l'unification europ&#233;enne repose dans le d&#233;passement de l'organisation du monde en &#201;tats-nations, qui a produit la plus forte concentration de pouvoir et a d&#233;termin&#233; la plus forte division entre les groupes humains jamais connue dans l'histoire. C'est pourquoi, la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne peut &#234;tre vue comme le mod&#232;le et le moteur de l'unification et de la pacification du monde tout entier. En tant que F&#233;d&#233;ration d'&#201;tats-nations, elle sera un point de rep&#232;re dans l'&#233;volution des formes de gouvernement. Apr&#232;s la cit&#233;-&#201;tat, consid&#233;r&#233;e comme l'institution qui a permis de pacifier les tribus, et l'&#201;tat-nation, qui a assur&#233; la paix entre les villes et les r&#233;gions, la F&#233;d&#233;ration repr&#233;sente la forme de gouvernement qui permet de pacifier les nations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Lucio Levi est professeur de Science politique et de politiques compar&#233;es &#224; l'Universit&#233; de Turin. Ancien Pr&#233;sident du MFE, section italienne de l'UEF et du WFM, Directeur de la revue The Federalst Debate et Directeur scientifique de l'International Democracy Watch du Centre d'&#233;tudes f&#233;d&#233;ralistes de Turin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'italien par Jean-Francis Billion - Lyon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le politique est de retour : l'affrontement mondial entre le nationalisme et le f&#233;d&#233;ralisme</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Le-politique-est-de-retour-l-affrontement-mondial-entre-le-nationalisme-et-le</link>
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		<dc:date>2017-09-30T21:00:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a une analogie frappante entre l'actuelle crise politique et &#233;conomique mondiale et la crise mondiale de l'entre-deux-guerres. &#192; l'&#233;poque, la grande d&#233;pression de 1929, les accessions de Mussolini et d'Hitler au pouvoir, et la seconde guerre mondiale ; de nos jours, l'instabilit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re, la mont&#233;e des populismes et du nationalisme, la baisse de l'adh&#233;sion aux institutions d&#233;mocratiques, m&#234;me en Europe, les attaques terroristes, les massacres de l'&#201;tat islamique au nom (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-176-Septembre-2017-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 176 - Septembre 2017&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a une analogie frappante entre l'actuelle crise politique et &#233;conomique mondiale et la crise mondiale de l'entre-deux-guerres. &#192; l'&#233;poque, la grande d&#233;pression de 1929, les accessions de Mussolini et d'Hitler au pouvoir, et la seconde guerre mondiale ; de nos jours, l'instabilit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re, la mont&#233;e des populismes et du nationalisme, la baisse de l'adh&#233;sion aux institutions d&#233;mocratiques, m&#234;me en Europe, les attaques terroristes, les massacres de l'&#201;tat islamique au nom du culte de la mort &#8211; un trait tr&#232;s similaire au nazisme &#8211; le retour de la guerre &#224; la p&#233;riph&#233;rie de l'Europe, de l'Ukraine &#224; la Syrie&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les deux crises ont des origines syst&#233;miques : les modifications du mode de production et de l'ordre politique international. La premi&#232;re moiti&#233; du XX&#176; si&#232;cle a vu la transition entre la premi&#232;re et la deuxi&#232;me &#233;tape de la production industrielle. Les techniques de production introduites par les lignes d'assemblage et le tapis roulant, en m&#234;me temps que l'usage du p&#233;trole, de l'&#233;lectricit&#233;, et des moteurs &#224; combustion interne provoqua le d&#233;clin de l'&#201;tat-nation et la mont&#233;e des &#201;tats multinationaux et f&#233;d&#233;raux, avec une dimension macro-r&#233;gionale. L'accession des &#201;tats-Unis et de l'Union sovi&#233;tique au rang de premi&#232;res puissances mondiales a sign&#233; la p&#233;riode de transition entre l'&#233;poque des &#201;tats-nations et celle des &#201;tats macro-r&#233;gionaux et des organismes internationaux regroupant plusieurs &#201;tats. L'Union europ&#233;enne (UE) et plusieurs autres organisations regroupant plusieurs &#201;tats-nations. L'UE et les autres organisations internationales font partie de ce processus. La fin du XX&#176; si&#232;cle a vu le d&#233;but du passage du mode industriel au mode scientifique de production. Le savoir scientifique est la force motrice du progr&#232;s &#233;conomique et social. L'automatisation &#233;pargne aux travailleurs la fatigue qu'ils &#233;prouvaient lors de l'&#232;re industrielle, augmente la quantit&#233; de biens n&#233;cessaires pour satisfaire leurs besoins mat&#233;riels et en r&#233;duit les prix. La r&#233;volution des technologies de la communication et des transports intensifie la circulation des biens, des capitaux, des personnes, des informations et des produits culturels. La r&#233;volution scientifique engendre des march&#233;s globaux, une soci&#233;t&#233; civile connect&#233;e, des &#201;tats souverains r&#233;duits au nanisme, m&#234;me pour les plus grands que nous appelons superpuissances, et la cr&#233;ation d'un besoin d'institutions globales. Il convient de remarquer que l'unification europ&#233;enne et la globalisation correspondent &#224; deux phases distinctes de l'histoire : respectivement la seconde phase du mode industriel de production et celle du mode scientifique de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces changements dans le mode de production ont &#233;t&#233; assortis de modifications profondes au sein des structures politiques. Apr&#232;s la fin de la seconde guerre mondiale, le syst&#232;me des &#201;tats europ&#233;ens tel que codifi&#233; par la paix de Westphalie (1648) a &#233;t&#233; remplac&#233; en 1945 par un syst&#232;me mondial domin&#233; par les &#201;tats-Unis et l'URSS. Les &#201;tats-nations europ&#233;ens sont devenus des satellites des deux superpuissances. De nos jours, le monde se transforme en un monde multipolaire. L'histoire et la th&#233;orie des relations internationales nous enseignent que dans les syst&#232;mes multipolaires, un &#233;quilibre des pouvoirs tend &#224; prendre une forme dans laquelle il est improbable qu'un &#201;tat seul puisse devenir plus fort que tous les autres &#201;tats du syst&#232;me, coalis&#233;s. Ce syst&#232;me favorise le respect des r&#232;gles communes. D'un autre c&#244;t&#233;, si un pouvoir dominant se forme, il est amen&#233; &#224; m&#233;priser les droits des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui distingue l'&#233;mergence de ce syst&#232;me mondial multipolaire par rapport &#224; des syst&#232;mes internationaux similaires, comme le &#171; concert europ&#233;en &#187; (1648-1945), c'est que les &#201;tats doivent affronter un d&#233;fi nouveau : la concurrence avec des acteurs non &#233;tatiques &#8211; avant tout, les oligarchies financi&#232;res et les firmes transnationales, mais aussi le crime organis&#233; et le terrorisme international &#8211; pour le pouvoir de la prise de d&#233;cision au niveau international.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; d'autres cycles de la politique mondiale, o&#249; l'ordre international &#233;tait soutenu par la stabilit&#233; h&#233;g&#233;monique d'une grande puissance unique &#8211; d'abord, la pax britannica dans le syst&#232;me des &#201;tats europ&#233;ens, ensuite, la pax americana dans le syst&#232;me mondial &#8211; de nos jours, une redistribution des pouvoirs est en cours entre une pluralit&#233; d'acteurs dont aucun n'a les ressources suffisantes pour pr&#233;tendre &#224; une h&#233;g&#233;monie mondiale. Si cette tendance se confirme, nous serons en mesure d'affirmer que la guerre froide fut le dernier conflit de la vieille &#233;cole pour l'h&#233;g&#233;monie mondiale. Par cons&#233;quent, &#224; partir de maintenant, l'ordre international ne sera assur&#233; qu'&#224; travers la coop&#233;ration fond&#233;e sur des r&#232;gles de droit entre les acteurs de la politique mondiale et le multilat&#233;ralisme &#224; travers le cadre des institutions internationales. C'est ainsi que le politique pourra reprendre la main sur l'&#233;conomie et r&#233;gir la mondialisation. La crise &#233;conomique et financi&#232;re mondiale a sign&#233; la faillite de l'id&#233;e que les march&#233;s puissent s'autor&#233;guler et de la doctrine n&#233;olib&#233;rale. Le politique, qui avait abandonn&#233; le gouvernement des affaires &#233;conomiques et sociales, est en train d'occuper de nouveau le devant de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux r&#233;ponses politiques sont dans la course : le nationalisme, et le mondialisme. Le nationalisme repr&#233;sente un retour vers le pass&#233; avec sa gamme de catastrophes. La seule alternative est l'adaptation des institutions politiques &#224; l'&#233;chelle &#224; laquelle se d&#233;roulent la vie &#233;conomique et la vie sociale, donc de paver le chemin vers la mondialisation. Dans la p&#233;riode de transformations que nous vivons actuellement, les &#201;tats-Unis et la Russie repr&#233;sentent l'ordre ancien, entretiennent la vague nationaliste dans le dessein de d&#233;fendre leurs vieux privil&#232;ges. Mais leurs efforts sont condamn&#233;s &#224; &#234;tre vains, de par l'impossibilit&#233; d'aller &#224; l'encontre du cours de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la Chine et l'UE ont des int&#233;r&#234;ts vitaux &#224; garder leurs march&#233;s ouverts, &#224; r&#233;guler leurs modus operandi, et &#224; combler leurs lacunes. M&#234;me si sa construction est incompl&#232;te, l'exp&#233;rience europ&#233;enne est un mod&#232;le pour le reste du monde. Elle a prouv&#233; sa capacit&#233; &#224; gouverner un espace multinational &#224; travers des institutions qui tendent &#224; prendre une direction f&#233;d&#233;rale. L'UE a &#233;t&#233; capable de concilier les principes d'une &#233;conomie de march&#233; avec ceux de l'&#201;tat de droit et du constitutionalisme au niveau europ&#233;en. Si elle devient un acteur global capable de parler d'une seule voix, elle obtiendra assez de pouvoir pour promouvoir ses valeurs d&#233;mocratiques au-del&#224; de ses fronti&#232;res, soit dans les endroits o&#249; il n'y a jamais eu de d&#233;mocratie (Chine, Arabie &lt;br class='autobr' /&gt;
saoudite, Cor&#233;e du Nord, Soudan, etc.), soit l&#224; o&#249; elle est en retrait (Russie, Turquie, Hongrie, Pologne), dans le cadre d'une mondialisation r&#233;gul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau mondial, une fracture opposant les progressistes et les r&#233;actionnaires s'esquisse &#8211; elle fait &#233;cho &#224; celle trac&#233;e par le Manifeste de Ventotene : la ligne de fracture entre le nationalisme et le f&#233;d&#233;ralisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucio Levi.&lt;/strong&gt; Professeur honoraire &#224; l'Universit&#233; de Turin. Directeur scientifique de l'International Democracy Watch, soutenu par le Centre d'&#233;tudes sur le f&#233;d&#233;ralisme, et membre du comit&#233; f&#233;d&#233;ral de l'UEF. Ancien Pr&#233;sident du MFE italien. Directeur de &lt;i&gt;The Federalist Debate&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est l'&#233;ditorial du n&#176; 1 &#8211; 2017 de &lt;i&gt;The Federalist Debate&lt;/i&gt; - Turin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Alexandre Marin - Paris&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La cr&#233;ation d'un &#201;tat palestinien et la paix au Moyen-Orient</title>
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		<dc:date>2017-02-13T08:05:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>


		<dc:subject>Il y a &#171; 30 ans &#187; nous avons publi&#233;&#8230;</dc:subject>
		<dc:subject>Palestine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Editorial de F&#233;d&#233;choses n&#176; 30 &#8211; 2&#176; trimestre 1980 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Lucio Levi, aujourd'hui Directeur de The Federalist Debate &#8211; Membre du Comt&#233; f&#233;d&#233;ral de l'UEF - Turin &lt;br class='autobr' /&gt; La crise du gouvernement russo-am&#233;ricain du monde interdit de contr&#244;ler dans son &#233;volution, le mouvement d'&#233;mancipation du monde arabe et musulman. Ce mouvement qui, en d'autres circonstances, aurait pu apporter une contribution positive &#224; la d&#233;tente et au d&#233;veloppement &#233;conomique du Moyen-Orient et du reste du monde, est devenu l'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-174-Decembre-2016-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 174 &#8211; D&#233;cembre 2016&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Il-y-a-30-ans-nous-avons-publie-+" rel="tag"&gt;Il y a &#171; 30 ans &#187; nous avons publi&#233;&#8230;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Editorial de F&#233;d&#233;choses n&#176; 30 &#8211; 2&#176; trimestre 1980&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Lucio Levi, aujourd'hui Directeur de &lt;i&gt;The Federalist Debate&lt;/i&gt; &#8211; Membre du Comt&#233; f&#233;d&#233;ral de l'UEF - Turin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise du gouvernement russo-am&#233;ricain du monde interdit de contr&#244;ler dans son &#233;volution, le mouvement d'&#233;mancipation du monde arabe et musulman. Ce mouvement qui, en d'autres circonstances, aurait pu apporter une contribution positive &#224; la d&#233;tente et au d&#233;veloppement &#233;conomique du Moyen-Orient et du reste du monde, est devenu l'un des facteurs les plus dangereux pour la paix, ainsi que le d&#233;montrent les r&#233;cents d&#233;veloppements comme la prise des otages am&#233;ricains en Iran et l'intervention militaire sovi&#233;tique en Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les racines de l'extr&#233;misme arabe sont dans l'ennuyeuse question de la non-reconnaissance des droits du peuple palestinien. Tant que cette question ne sera pas r&#233;solue, non seulement il n'y aura pas de paix au Moyen-Orient, mais la stabilit&#233; politique du monde entier sera expos&#233;e &#224; un grave danger, car c'est dans cette r&#233;gion que sont situ&#233;es les sources d'approvisionnement &#233;nerg&#233;tiques vitales pour les pays industrialis&#233;s et surtout pour l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la reconnaissance du droit du peuple palestinien &#224; l'auto-d&#233;termination et &#224; s'organiser dans un Etat ind&#233;pendant peut &#244;ter &#224; l'extr&#233;misme arabe sa principale justification et son majeur moyen d'expression. C'est ainsi que pourront &#234;tre renforc&#233;es les positions comme celle du gouvernement &#233;gyptien qui, par la reconnaissance d'Isra&#235;l, ont ouvert la voie, sem&#233;e d'emb&#251;ches, mais porteuse de r&#233;sultats positifs, de la coexistence pacifique entre Arabes et Isra&#233;liens. D'autre part, dans la mesure o&#249; Isra&#235;l refuse la perspective de la cr&#233;ation d'un Etat palestinien et provoque les Arabes par de nouvelles implantations en Cisjordanie, il se condamne &#224; la ruine et expose l'ensemble du monde occidental &#224; un grave p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rompre la spirale de l'affrontement toujours plus aigu entre le nationalisme isra&#233;lien et le nationalisme arabe, il convient donc de s'attaquer et de donner une solution parall&#232;lement, aux probl&#232;mes de la cr&#233;ation de l'Etat palestinien et de la s&#233;curit&#233; des fronti&#232;res d'Isra&#235;l. Une initiative dans ce sens ne peut venir que des deux grandes puissances, dont le recours toujours plus fr&#233;quent &#224; la force est l'expression de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence politique. Les pays de la Communaut&#233; europ&#233;enne, s'ils &#233;taient en mesure d'agir de mani&#232;re unitaire et de d&#233;velopper une position commune, pourraient contribuer &#224; l'affirmation d'un &#233;quilibre mondial, favorisant ainsi la relance de la d&#233;tente. L'initiative de Giscard d'Estaing en faveur de l'auto-d&#233;termination du peuple palestinien et l'approbation qu'elle a re&#231;ue des autres gouvernements de la Communaut&#233; repr&#233;sentent un bon pr&#233;misse pour b&#226;tir une solution au probl&#232;me du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#244;le international de l'Europe ne pourra &#234;tre efficace que si la Communaut&#233; &#339;uvre pour mener &#224; terme son unification politique, commenc&#233;e avec l'&#233;lection directe du Parlement europ&#233;en. Une &#233;tape fondamentale sur cette voie est l'unification mon&#233;taire. Elle permettrait de flanquer le dollar d'un nouveau moyen de paiement international et de stabiliser le march&#233; des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, il deviendrait possible d'utiliser les ressources mon&#233;taires exc&#233;dentaires, d&#233;tenues par les pays producteurs de p&#233;trole, pour acqu&#233;rir en Europe des technologies &#224; transf&#233;rer vers les pays du Quart-Monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Emp&#234;cher le d&#233;membrement de l'Ukraine</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Empecher-le-demembrement-de-l</link>
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		<dc:date>2014-05-01T08:30:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucio Levi</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le triomphe de l'insurrection populaire qui a abattu la dictature sanguinaire et corrompue de Yanoukovitch signe la reprise du processus d&#233;mocratique en Ukraine. Mais la crise n'est pas finie. Le reflux que le printemps arabe a connu montre que la chute des dictatures oppressives repr&#233;sente seulement le premier pas d'une longue et difficile transition. La transition vers la d&#233;mocratie n&#233;cessite deux pr&#233;suppos&#233;s : le d&#233;veloppement &#233;conomique et la stabilit&#233; internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Ukraine est au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-163-Mars-2014-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 163 &#8211; Mars 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le triomphe de l'insurrection populaire qui a abattu la dictature sanguinaire et corrompue de Yanoukovitch signe la reprise du processus d&#233;mocratique en Ukraine. Mais la crise n'est pas finie. Le reflux que le printemps arabe a connu montre que la chute des dictatures oppressives repr&#233;sente seulement le premier pas d'une longue et difficile transition. La transition vers la d&#233;mocratie n&#233;cessite deux pr&#233;suppos&#233;s : le d&#233;veloppement &#233;conomique et la stabilit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ukraine est au bord du d&#233;sastre &#233;conomique. Les oligarques qui se sont empar&#233;s du pouvoir &#233;conomique en profitant de la transition sauvage vers le capitalisme, ont saccag&#233; le pays et soumis la classe politique &#224; leur pouvoir. Le plan d'aides d'urgence que Moscou avait activ&#233; apr&#232;s la renonciation du gouvernement de Kiev &#224; signer l'accord d'association avec l'Union europ&#233;enne (UE) a &#233;t&#233; suspendu apr&#232;s la chute de Yanoukovitch. Il est maintenant un aspect de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE auquel participe aussi le Fonds mon&#233;taire international (FMI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette h&#233;sitation entre l'Est et l'Ouest montre comment l'Ukraine est devenue l'enjeu d'une querelle qui semble nous reporter &#224; l'&#233;poque de la guerre froide. Le risque le plus grave que court le pays dans ce moment dramatique, c'est celui du d&#233;membrement. Si la situation devait &#233;chapper au contr&#244;le des forces politiques qui se disputent le gouvernement du pays et aux acteurs ext&#233;rieurs dont d&#233;pend l'ordre mondial, alors s'ouvrirait la crise internationale la plus grave depuis la fin de la guerre froide le long de la ligne qui s&#233;pare deux grandes r&#233;gions du monde : l'UE et la Communaut&#233; des Etats ind&#233;pendants (CEI). Le pays est divis&#233; : en Ukraine occidentale c'est l'&#226;me europ&#233;enne qui pr&#233;vaut et en Ukraine orientale c'est l'&#226;me russe. Mais la d&#233;cision sur son avenir se prend ailleurs. Ce qu'il faut absolument &#233;viter, c'est que la d&#233;cision soit impos&#233;e en termes de choix entre l'Est et l'Ouest. Malheureusement l'annexion de la Crim&#233;e par la Russie repr&#233;sente un pas irr&#233;versible vers une spirale de r&#233;torsions r&#233;ciproques qui risque de remettre en cause les r&#233;sultats positifs que la collaboration de l'Occident avec la Russie avait obtenus les mois pr&#233;c&#233;dents dans les dossiers syrien et iranien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant, on peut observer que Poutine a viol&#233; le droit international et, bien que la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;f&#233;rendum sur l'annexion de la Crim&#233;e ait &#233;t&#233; vici&#233;e par l'occupation militaire russe, sur le plan politique que le vote a de toute fa&#231;on respect&#233; la volont&#233; de la majorit&#233; des habitants de la r&#233;gion. Le fait est toutefois qu'il y a aussi en Crim&#233;e des minorit&#233;s ethniques et linguistiques (en plus des Tatars, il y a aussi une minorit&#233; italienne) qui ont droit &#224; &#234;tre prot&#233;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan militaire, la Russie a une sup&#233;riorit&#233; indiscutable. En Crim&#233;e, il y a des bases militaires russes qui assurent &#224; la flotte russe un d&#233;bouch&#233; vers la M&#233;diterran&#233;e. L'Ukraine est assi&#233;g&#233;e par la Russie qui contr&#244;le une grande partie de ses fronti&#232;res terrestres et maritimes. Il est dans l'int&#233;r&#234;t de l'Occident, et surtout de l'UE, d'&#233;loigner l'option militaire qui risque de mettre en cause les fondements de l'ordre mondial et de le pr&#233;cipiter dans un conflit aux dimensions catastrophiques. Il faut aussi reconna&#238;tre que la proposition d'association de l'Ukraine &#224; l'UE a contribu&#233; &#224; d&#233;clencher la crise. Ce pays qui a fait partie de la Russie durant des si&#232;cles, repr&#233;sente un &#233;l&#233;ment strat&#233;gique du projet de Poutine d'instituer une union douani&#232;re euro-asiatique et, plus g&#233;n&#233;ralement, de la tentative de faire que la Russie r&#233;cup&#232;re le statut de grande puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE doit clarifier quelles sont ses fronti&#232;res et o&#249; doit s'arr&#234;ter le processus de l'&#233;largissement vers l'Est qui aujourd'hui int&#233;resse les Balkans occidentaux. C'est en effet l&#224; que passent les fronti&#232;res de l'Europe. Sur le plan politique, cela signifie que l'Europe doit reconna&#238;tre le droit des Etats situ&#233;s &#224; ses fronti&#232;res orientales de se doter d'une organisation r&#233;gionale. En particulier, dans cette r&#233;gion, un processus d'int&#233;gration peut se d&#233;velopper, permettant d'atteindre les &#233;conomies d'&#233;chelle et les dimensions politiques n&#233;cessaires pour assurer le d&#233;veloppement &#233;conomique et l'ind&#233;pendance politique dans un monde o&#249; les regroupements r&#233;gionaux d'Etats -&#224; c&#244;t&#233; des Etats qui ont d&#233;j&#224; acquis une dimension macro-r&#233;gionale- sont destin&#233;s &#224; s'imposer comme acteurs de la politique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une possibilit&#233; d'accord sur la crise pr&#233;suppose que l'Ukraine renonce &#224; adh&#233;rer &#224; des organisations internationales dont la Russie n'est pas membre comme l'UE et l'OTAN. Zbigniew Brzezinski et Henry Kissinger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Z. Brzezinski, &#171; Russia Needs to be Offered a 'Finland Option' for Ukraine&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont r&#233;cemment &#233;voqu&#233; le mod&#232;le de la Finlande pour l'Ukraine ce qui veut dire, le choix d'un statut international ni anti-europ&#233;en, ni anti-russe. La proposition est s&#233;duisante parce qu'elle oriente la pens&#233;e vers des solutions qui &#233;loignent les perspectives d'affrontement entre des positions inconciliables et le d&#233;membrement. Toutefois, ce mod&#232;le appartient &#224; la guerre froide, &#224; un monde qui &#233;tait divis&#233; en deux et qui aujourd'hui n'existe plus et ne pourra plus revenir. Il n'y a plus d'Union sovi&#233;tique, ni d'affrontement entre communisme et capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me politique international est en train d'&#233;voluer d'une mani&#232;re irr&#233;versible vers un &#233;quilibre multipolaire. Mais ce qui est nouveau, c'est que les relations entre les Etats sont envelopp&#233;es dans un r&#233;seau touffu d'organisations internationales qui sont l'expression de la n&#233;cessit&#233; de cog&#233;rer un nombre croissant de probl&#232;mes qui ne peuvent plus &#234;tre r&#233;solus isol&#233;ment par les diff&#233;rents Etats. On peut aujourd'hui projeter et exp&#233;rimenter de nouvelles formes d'organisations internationales capables d'ouvrir des perspectives innovantes par rapport aux anciennes formules neutralistes dans le sens d'une Ukraine qui d&#233;velopperait des relations de coop&#233;ration &#224; la fois avec la Russie et avec l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit ouvrir rapidement une n&#233;gociation entre les Etats Unis, la Russie et l'UE qui associe toutes les forces politiques internes et qui les engage dans la construction d'un accord qui maintienne l'unit&#233; du pays et d&#233;veloppe de nouvelles formes de coop&#233;ration entre l'UE et la CEI. Il existe diverses institutions interr&#233;gionales qui regroupent tous les acteurs int&#233;ress&#233;s par la n&#233;gociation, c'est &#224; dire les Etats-Unis, la Russie et l'UE : en premier lieu l'Organisation pour la s&#233;curit&#233; et la coop&#233;ration en Europe (OSCE), mais aussi le Conseil OTAN-Russie et le Conseil de l'Europe (o&#249; les Etats-Unis sont observateurs). Au lieu d'appliquer la logique traditionnelle &#171; ou d'ici, ou de l&#224; &#187; de l'&#233;poque du nationalisme, pourquoi ne pas adopter celle du &#171; &#224; la fois d'ici et de l&#224; &#187; du mod&#232;le f&#233;d&#233;raliste ? Un f&#233;d&#233;ralisme d'un type nouveau peut ouvrir la voie &#224; l'exp&#233;rimentation d'une formule institutionnelle qui permette l'association de l'Ukraine &#224; la fois &#224; l'espace &#233;conomique europ&#233;en et &#224; l'union douani&#232;re centre-asiatique : formule qui permettrait d'&#233;viter la guerre civile et de sauvegarder l'int&#233;grit&#233; territoriale du pays. L'Ukraine n'est pas un cas isol&#233;. Il existe des exemples analogues d'Etats charni&#232;res entre deux grandes r&#233;gions du monde (par exemple la Turquie, &#224; la fronti&#232;re entre l'Europe et le Moyen-Orient ou le Mexique &#224; la fronti&#232;re entre l'Am&#233;rique du nord et l'Am&#233;rique latine), qui peuvent jouer le r&#244;le de pont et &#234;tre le vecteur de nouvelles formes de solidarit&#233; interr&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Ukraine, comme l'UE, d&#233;pend du robinet du gaz et du p&#233;trole russe. D'une part, comme l'Europe sera encore longtemps tributaire de la Russie pour l'approvisionnement en ressources &#233;nerg&#233;tiques, il est urgent que l'UE adopte une politique &#233;nerg&#233;tique pour r&#233;duire sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des importations de carburants fossiles et unir les forces pour acc&#233;l&#233;rer la transition vers les &#233;nergies renouvelables. D'autre part, la Russie n'est pas, pour le moment, en mesure d'affronter la concurrence de l'UE, mais elle a besoin de son march&#233;. Elle est consciente des faiblesses structurelles de son syst&#232;me de production bas&#233; sur les exportations de gaz et de p&#233;trole -qui lui a offert le b&#233;n&#233;fice temporaire d'une force financi&#232;re significative- et vise &#224; moderniser son &#233;conomie &#224; travers la formation d'une union douani&#232;re euro-asiatique. Un accord &#233;conomique qui assure la coop&#233;ration entre l'Europe et la Russie sur le plan des approvisionnements &#233;nerg&#233;tiques (de la part de la Russie) et des technologies avanc&#233;es (de la part de l'UE) et qui lie l'accord &#224; l'affirmation au sein de la CEI des principes de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative et de l'Etat de droit, repr&#233;sente la condition pour mettre sur pied la solution de la crise de l'Ukraine dans un cadre de stabilit&#233; et de coop&#233;ration entre des communaut&#233;s r&#233;gionales contigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, pour maintenir l'unit&#233; politique de l'Ukraine, la coexistence entre les diverses composantes ethniques, linguistiques et religieuses pr&#233;sentes dans le pays, ne peut &#234;tre garantie que par une r&#233;forme des institutions dans un sens f&#233;d&#233;ral -et plus sp&#233;cifiquement de l'application d'une forme de f&#233;d&#233;ralisme asym&#233;trique- qui pr&#233;voie la concession aux r&#233;gions orientales principalement russophones, de marges plus larges d'auto-gouvernement dans les secteurs de l'instruction, de la culture et de la gestion des forces de police. La flexibilit&#233; du f&#233;d&#233;ralisme asym&#233;trique est telle qu'elle permet la concession d'un statut sp&#233;cial d'autonomie &#224; la Crim&#233;e qui rende compatible son inclusion dans le syst&#232;me d&#233;fensif russe, avec l'appartenance &#224; l'Etat ukrainien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insignifiance politique dont l'UE a fait preuve dans cette circonstance dramatique montre que le cha&#238;non manquant pour construire un nouvel ordre politique et &#233;conomique international, c'est une Europe qui soit capable de parler d'une seule voix. C'est en endiguant l'agressivit&#233; des Etats-Unis &#224; l'&#233;gard de la Russie, qu'une UE plus forte et coh&#233;rente acquerrait l'autorit&#233; pour corriger le dessein &#224; caract&#232;re imp&#233;rial et nationaliste de Poutine qui tend &#224; r&#233;organiser la r&#233;gion euro-asiatique en faisant appel &#224; la grande m&#232;re Russie. C'est en cr&#233;ant un climat plus propice &#224; la coop&#233;ration internationale dans les secteurs de la s&#233;curit&#233; et de l'&#233;conomie qu'elle pourrait d&#233;samorcer les facteurs qui ont pouss&#233; la Russie &#224; choisir le nationalisme et l'autoritarisme et favoriser l'&#233;volution de la Russie vers la r&#233;organisation dans un sens f&#233;d&#233;ral, &#224; la fois de ses propres institutions et des relations avec les ex- r&#233;publiques sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Promouvoir et consolider la construction des institutions d&#233;mocratiques en Ukraine en cr&#233;ant les conditions pour impliquer dans ce projet la Russie et les ex r&#233;publiques sovi&#233;tiques : voil&#224; un objectif ambitieux qui doit &#234;tre mis au centre de la campagne &#233;lectorale europ&#233;enne. Nous avons vu que le d&#233;veloppement &#233;conomique et la stabilit&#233; internationale sont les conditions pour affirmer la d&#233;mocratie &#224; laquelle l'Europe peut apporter une contribution d&#233;cisive. Mener &#224; son terme la r&#233;volution d&#233;mocratique pour laquelle le peuple de la place Ma&#239;dan a montr&#233; qu'il &#233;tait dispos&#233; &#224; sacrifier sa vie, c'est l'objectif auquel l'Europe doit consacrer toute son &#233;nergie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Z. Brzezinski, &#171; Russia Needs to be Offered a 'Finland Option' for Ukraine&#8221;, Financial Times, 22 f&#233;vrier 2014 ; H. Kissinger, &#171; Ukraine Crisis : Kiev Should Bridge East and West &#187;, The Independent, 9 mars 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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