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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Le mouvement &#233;tudiant</title>
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		<dc:date>2008-06-26T07:32:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alberto Cavalli, Lucio Levi</dc:creator>



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&lt;p&gt;Article extrait de la revue Le F&#233;d&#233;raliste, Pavie, XII&#176; ann&#233;e, mai 1970. Il reprenait leur rapport commun &#224; un colloque organis&#233; en 1969 &#224; Turin par les Cercles f&#233;d&#233;ralistes de Milan, G&#234;nes, Turin et Pavie. &lt;br class='autobr' /&gt;
De larges extraits de ce textes sont parus dans le n&#176;140 de F&#233;d&#233;choses. &lt;br class='autobr' /&gt; Le mouvement &#233;tudiant est destin&#233; &#224; devenir un &#233;l&#233;ment permanent sur la sc&#232;ne politique des soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es. Par cons&#233;quent, toute force politique qui se donne comme objectif la transformation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-140-2008-2-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 140 &#8212; 2008/2&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Article extrait de la revue Le F&#233;d&#233;raliste, Pavie, XII&#176; ann&#233;e, mai 1970. Il reprenait leur rapport commun &#224; un colloque organis&#233; en 1969 &#224; Turin par les Cercles f&#233;d&#233;ralistes de Milan, G&#234;nes, Turin et Pavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De larges extraits de ce textes sont parus dans le n&#176;140 de F&#233;d&#233;choses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant est destin&#233; &#224; devenir un &#233;l&#233;ment permanent sur la sc&#232;ne politique des soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es. Par cons&#233;quent, toute force politique qui se donne comme objectif la transformation radicale de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat, tant dans leur dimension que dans leur structure, doit tenir compte du mouvement &#233;tudiant, c'est-&#224;-dire &#233;laborer, ne serait-ce que sommairement, une th&#233;orie qui sache expliquer la naissance du mouvement &#233;tudiant et une strat&#233;gie qui permette la convergence des &#233;nergies lib&#233;r&#233;es par le mouvement &#233;tudiant vers des objectifs concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exigence vaut en particulier pour les f&#233;d&#233;ralistes ; en effet, ils ont en commun avec le mouvement &#233;tudiant une attitude fondamentale qui consiste &#224; refuser d'agir par les canaux existants de la lutte politique (les partis et toutes les organisations qui, directement ou indirectement, participent &#224; la gestion du pouvoir), et ils misent, pour le renversement de l'Etat national, sur ces forces que lib&#232;rent les contradictions du syst&#232;me dans l'incapacit&#233; croissante o&#249; il se trouve de permettre l'ad&#233;quation des fins-valeurs qui se manifestent dans la situation historique aux possibilit&#233;s de les r&#233;aliser dans le cadre des structures existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous cherchons donc &#224; indiquer quelques-uns des facteurs les plus importants qui ont rendu possible la naissance du mouvement &#233;tudiant. Ces facteurs peuvent grossi&#232;rement se diviser en trois cat&#233;gories : &lt;br class='autobr' /&gt;
# transformations sociales g&#233;n&#233;rales dans les soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es qui fournissent les conditions n&#233;cessaires, m&#234;me si elles ne sont pas suffisantes, pour l'apparition des mouvements &#233;tudiants ; &lt;br class='autobr' /&gt;
# en cons&#233;quence, crise des structures institutionnelles, en particulier des structures &#233;ducatives, dans lesquelles les jeunes sont engag&#233;s et qui touchent la sph&#232;re de leur exp&#233;rience imm&#233;diate ; &lt;br class='autobr' /&gt;
# conditions historiques sp&#233;cifiques relatives surtout &#224; la r&#233;partition internationale du pouvoir qui explique que les mouvements &#233;tudiants soient justement apparus dans la phase actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re cat&#233;gorie de facteurs explique comment a pu se former un groupe social relativement bien d&#233;limit&#233; en mesure d'alimenter les mouvements &#233;tudiants et explique en outre les diff&#233;rences entre les mouvements &#233;tudiants actuels et ceux du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, nous assistons &#224; un ph&#233;nom&#232;ne sans pr&#233;c&#233;dents : les soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es permettent &#224; un nombre toujours croissant de jeunes d'acc&#233;der aux &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur. Ce ph&#233;nom&#232;ne est rendu possible par la productivit&#233; croissante du travail et par l'incidence moindre du capital variable sur le capital fixe qui en r&#233;sulte. Les effets de ce ph&#233;nom&#232;ne peuvent se d&#233;velopper tendanciellement par l'ajournement de l'entr&#233;e des nouvelles g&#233;n&#233;rations sur le march&#233; du travail, par l'avancement de l'&#226;ge de la retraite et par l'expulsion de groupes &#171; marginaux &#187; (par exemple, les femmes) des activit&#233;s de travail. Quelle est en fait d'entre ces strat&#233;gies la plus utilis&#233;e ? Cela d&#233;pend en derni&#232;re analyse d'appr&#233;ciations de nature politique d&#233;guis&#233;es en consid&#233;rations d'opportunit&#233; &#233;conomique. Toutefois, presque partout, on assiste &#224; une combinaison de ces diverses strat&#233;gies et aussi, par cons&#233;quent, au prolongement de la scolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; / &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, encore aujourd'hui, dans presque toutes les soci&#233;t&#233;s, le principe du &#171; droit &#224; l'&#233;tude &#187; est tr&#232;s &#233;loign&#233; de sa r&#233;alisation concr&#232;te et m&#234;me si l'on acc&#232;de toujours principalement aux diverses formes et aux diff&#233;rents niveaux de l'instruction par des m&#233;canismes de discrimination sociale qui permettent la persistance de situations privil&#233;gi&#233;es, c'est un fait qu'une part toujours croissante de jeunes d'&#226;ge scolaire trouve les portes de l'&#233;cole plus ouvertes que dans le pass&#233;. Ce fait a des r&#233;percussions importantes dans la structure de la soci&#233;t&#233;. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es s'est form&#233;e dans la population une couche nombreuse qui est soustraite dans une large mesure au contr&#244;le des institutions primaires (surtout la famille) et n'est pas encore soumise au contr&#244;le des structures de la production. C'est pourquoi se cr&#233;e dans la vie d'un nombre croissant d'individus une p&#233;riode de libert&#233; relative. Alors qu'il fut un temps o&#249; l'entr&#233;e dans la structure de la production &#233;tait presque imm&#233;diate et marquait le passage de l'adolescence &#224; la vie adulte, aujourd'hui, avec l'ajournement de cette entr&#233;e, un espace se cr&#233;e o&#249; il est permis &#224; des individus d&#233;j&#224; adultes par bien des c&#244;t&#233;s d'h&#233;siter sur le seuil de la vie adulte. Cet espace d' &#171; h&#233;sitation &#187; peut donc se transformer en espace d' &#171; exp&#233;rimentation &#187; de nouvelles formes de vie et de nouvelles valeurs ; il indique une situation d'int&#233;gration partielle, de conditionnement att&#233;nu&#233;, de plus grande tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de tendances potentiellement divergentes ; en exploitant cet espace, les jeunes deviennent en puissance des agents de transformation sociale. En conclusion, on peut dire que dans les soci&#233;t&#233;s industrielles avanc&#233;es sont rassembl&#233;es pour la premi&#232;re fois les conditions de la transformation de l'&#233;ternel conflit des g&#233;n&#233;rations en instrument de changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me cat&#233;gorie de facteurs est &#233;troitement li&#233;e &#224; la premi&#232;re dans la mesure o&#249; elle met l'accent sur la mani&#232;re dont les transformations qu'on a dites se refl&#232;tent sur les structures &#233;ducatives ; il s'agit en d'autre termes du ph&#233;nom&#232;ne qu'on appelle commun&#233;ment &#171; passage de l'universit&#233; d'&#233;lite &#224; l'universit&#233; de masse &#187;. En fait, ce passage a d&#233;termin&#233; une crise des conceptions traditionnelles de l'universit&#233; ; il en a transform&#233; profond&#233;ment les fonctions. R&#233;sultat : si l'id&#233;e qu'on se faisait de l'universit&#233; dans le pass&#233; et des fonctions qu'elle remplissait &#233;tait assez claire, l'id&#233;e qu'on se fait de l'universit&#233; d'aujourd'hui et des fonctions qu'elle remplit ou de l'universit&#233; de demain et des fonctions qu'elle remplira n'est pas claire du tout ; l'universit&#233; vit, elle aussi, sa &#171; crise d'identit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi cette transformation tire-t-elle son origine ? La premi&#232;re r&#233;ponse qu'on donne en g&#233;n&#233;ral &#224; cette question met l'accent sur les exigences nouvelles d'une structure productive en pleine transformation. Les transformations technologiques, dit-on , font tous les jours tomber en d&#233;su&#233;tude des qualifications li&#233;es &#224; des t&#226;ches qui ne sont plus demand&#233;es, tandis qu'elles cr&#233;ent sans cesse de nouvelles t&#226;ches qui, en g&#233;n&#233;ral, exigent des capacit&#233;s ou des connaissances d'un niveau de plus en plus &#233;lev&#233;. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de prolonger la phase d' &#171; apprentissage &#187; dans la mesure o&#249;, pour faire fonctionner des m&#233;canismes productifs raffin&#233;s, on a besoin de plus en plus de techniciens qualifi&#233;s et de moins en moins d'ouvriers &#224; faible niveau d'instruction g&#233;n&#233;rale et sp&#233;cialis&#233;e. L'universit&#233; serait donc appel&#233;e &#224; se transformer et &#224; s'&#233;largir pour r&#233;pondre &#224; cette demande des structures productives. Devant ce besoin d'adaptation, bien des gens, m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du mouvement &#233;tudiant, ont r&#233;agi en refusant un sch&#233;ma qui, dit-on, met l'universit&#233; au service de l'industrie. Il nous semble &#224; ce propos qu'en g&#233;n&#233;ral les structures &#233;ducatives, universit&#233; comprise, sont toujours plus ou moins directement li&#233;es &#224; la structure de l'emploi et donc au type de division du travail existant dans une soci&#233;t&#233;. C'est vrai qu'aux Etats-Unis, par exemple, les universit&#233;s re&#231;oivent de fa&#231;on acritique, sans m&#233;diation culturelle, les requ&#234;tes pr&#233;sent&#233;es par l'industrie et que, par cons&#233;quent, l'accusation de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des &#171; besoins des patrons &#187; est souvent justifi&#233;e, ce qui n'enl&#232;ve aucune valeur &#224; l'impossibilit&#233; de concevoir en derni&#232;re analyse une sph&#232;re de la &#171; culture &#187; abstraitement autonome par rapport au monde de la production et donc &#224; l'impossibilit&#233; de concevoir une universit&#233; qui, en derni&#232;re analyse, ne soit pas orient&#233;e en fonction de la structure professionnelle. Cela n'emp&#234;che pas d'admettre la finalit&#233; &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de l'abolition de la division capitalistique du travail ou tout simplement du &#171; retour &#187; &#224; des formes de production qui ne connaissent pas la division du travail ; toutefois, dans cette perspective, partir de l'universit&#233; et parler du mouvement &#233;tudiant, comme d'une force au moins relativement autonome, n'a pas de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour revenir &#224; la ligne centrale de notre argumentation, il nous semble assez m&#233;caniste de penser que l'universit&#233; est devenue une universit&#233; de masse seulement pour r&#233;pondre aux exigences nouvelles du monde de la production. Bien plus, d'un certain point de vue, il semble qu'on puisse m&#234;me affirmer tout simplement l'existence d'un lien contraire : dans la mesure o&#249; une soci&#233;t&#233; poursuit consciemment (par exemple, par l'action de ses &#233;lites politiques) la fin de la modernisation, elle est port&#233;e &#224; mettre l'accent sur l'&#233;largissement des moyens d'&#233;ducation de fa&#231;on relativement ind&#233;pendante des exigences du processus d'industrialisation. Dans ce sens, la cr&#233;ation de nouvelles capacit&#233;s techniques et intellectuelles, au lieu de d&#233;pendre du d&#233;veloppement &#233;conomique, peut &#234;tre vraiment en mesure de le stimuler. Ce m&#233;canisme d'incitation qui assigne aux structures &#233;ducatives un r&#244;le &#233;minemment autonome et novateur est typique de tous les syst&#232;mes en forte expansion et en particulier des pays en voie de d&#233;veloppement, o&#249; tr&#232;s souvent l'effet est renforc&#233; par l'id&#233;ologie nationaliste. Dans les pays de l'Europe occidentale au contraire, un ph&#233;nom&#232;ne analogue se produit, mais avec des effets tout &#224; fait diff&#233;rents. Ici aussi, dans bien des cas, la valeur de l'instruction et de la formation scientifique et technique est promue au rang d'exigence autonome par rapport au d&#233;veloppement du syst&#232;me productif. R&#233;sultat : dans de nombreux domaines, scientifiques et techniciens sortis de nos universit&#233;s ont &#233;t&#233; contraints &#224; l'&#233;migration par manque de carri&#232;res professionnelles tant au niveau de la production qu'au niveau de la recherche scientifique pure et appliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela devrait avoir montr&#233; que le rapport entre structures &#233;ducatives et structures productives est, &#224; notre avis, de type probl&#233;matique : il est impossible d'&#233;tablir un rapport de d&#233;pendance univoque et unidirectionnel, m&#234;me s'il nous semble utopique, en derni&#232;re analyse, de penser que les exigences de la production ne l'emportent pas sur celles de l'&#233;duction. Toutefois, s'il est une chose sur laquelle aucun doute n'est possible, c'est qu'une des caract&#233;ristiques saillantes des soci&#233;t&#233;s modernes (quelque ambigu&#235; que puisse &#234;tre la signification de ce mot) est pr&#233;cis&#233;ment la diffusion quantitative du &#171; bien &#187; instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'aspect quantitatif est secondaire par rapport aux aspects qualitatifs qui accompagnent le ph&#233;nom&#232;ne. Le passage &#224; l'universit&#233; de masse est en effet caract&#233;ris&#233; par une contradiction : d'un c&#244;t&#233;, il peut &#234;tre entendu comme le reflet du besoin de niveaux d'instruction de plus en plus &#233;lev&#233;s et de plus en plus r&#233;pandus, de l'autre comme le reflet d'une d&#233;qualification sociale croissante des grades universitaires. Une disparit&#233; croissante se manifeste donc entre l'attente de la soci&#233;t&#233; et les aspirations individuelles en mati&#232;re d'instruction d'un c&#244;t&#233; et le niveau des positions auxquelles l'instruction donne acc&#232;s, de l'autre. L'universit&#233; est de moins en moins un canal de promotion sociale (elle peut le rester justement dans la mesure seulement o&#249; l'acc&#232;s n'est pas ouvert &#224; tous), elle perd sa fonction d'instrument de la formation (et de la perp&#233;tuation) d'une &#233;lite, pour devenir une condition presque indispensable de l'exercice d'un nombre de plus en plus grand de r&#244;les professionnels. Quand on dit ironiquement qu'&#224; l'avenir le doctorat sera n&#233;cessaire m&#234;me pour pouvoir &#234;tre, par exemple, facteur, on pousse &#224; l'extr&#234;me une tendance qui est pourtant r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces transformations dans le recrutement et dans la fonction sociale de l'instruction soient profond&#233;ment en contradiction avec les structures, le fonctionnement et les conceptions qu'on a des institutions &#233;ducatives, ce n'est que trop &#233;vident. Cette contradiction indique pr&#233;cis&#233;ment une des dimensions fondamentales de la crise de l'&#233;cole et explique comment cette crise a ouvert un espace dans lequel ont pu se d&#233;velopper les mouvements &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au point o&#249; nous en sommes, il faut mentionner, ne serait-ce que tr&#232;s bri&#232;vement, un lien de nature plus g&#233;n&#233;rale qui est tr&#232;s important pour expliquer l'origine et la ph&#233;nom&#233;nologie des mouvements &#233;tudiants : les universit&#233;s (ou mieux, l'&#233;cole dans son ensemble) ne sont pas du tout seulement des lieux o&#249; se forment les capacit&#233;s n&#233;cessaires pour tenir des r&#244;les professionnels, elles font aussi partie de cet ensemble d'institutions qui travaillent &#224; assurer la transmission de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration des valeurs fondamentales d'une soci&#233;t&#233;, elles servent donc d'instruments &#224; la formation de ce minimum de consensus dont toute soci&#233;t&#233; a besoin pour pouvoir fonctionner. Quiconque d&#233;tient le pouvoir dans une soci&#233;t&#233; exerce &#224; ce propos une pression constante sur les institutions &#233;ducatives afin qu'elles remplissent efficacement cette fonction de nature essentiellement &#171; id&#233;ologique &#187; et &#171; conservatrice &#187;. Dans des soci&#233;t&#233;s plus simples que les soci&#233;t&#233;s modernes, c'est la famille qui remplissait principalement cette fonction, car elle &#233;tait en un certain sens un microcosme, capable de refl&#233;ter en soi et de reproduire le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; plus vaste. Plus une soci&#233;t&#233; devient complexe et diff&#233;renci&#233;e, plus il est n&#233;cessaire de prolonger la p&#233;riode de &#171; socialisation &#187; et de soustraire &#224; la famille les fonctions correspondantes. En un certain sens, il est vrai que l'&#233;cole agit &#171; in loco parentis &#187;, mais pas tant en continuant l'&#339;uvre accomplie par la famille (comme c'&#233;tait peut-&#234;tre le cas dans le pass&#233;) qu'en s'opposant &#224; elle, pour assurer une formation &#171; morale &#187; et &#171; id&#233;ologique &#187; que la famille donnerait insuffisamment ou ne donnerait pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universit&#233; qui devient une universit&#233; de masse r&#233;pond donc &#224; la n&#233;cessit&#233; o&#249; se trouvent les soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es et complexes de disposer de m&#233;canismes de formation du consensus et d'int&#233;gration sociale. Les rapports entre la soci&#233;t&#233; et l'universit&#233; se font donc plus &#233;troits dans la mesure o&#249; la soci&#233;t&#233; &#171; cro&#238;t &#187; en diff&#233;renciation et en complexit&#233; et o&#249; elle a besoin de &#171; bons citoyens &#187; et de &#171; bons travailleurs &#187; pour son d&#233;veloppement et son fonctionnement. Il ne devrait donc rien y avoir en soi de d&#233;mystifiant &#224; d&#233;clarer qu'existe un rapport de ce genre ; il est impossible d'imaginer une universit&#233; qui serait tourn&#233;e vers les valeurs de la &#171; culture &#187; et de la &#171; science &#187; au point de ne plus &#234;tre au service de la soci&#233;t&#233; et donc, ne serait-ce qu'indirectement, de la structure de pouvoir de ladite soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re observation nous conduit &#224; aborder un autre sujet, tr&#232;s important dans l'analyse de la probl&#233;matique propos&#233;e par le mouvement &#233;tudiant. Nous avons soutenu que les institutions d'instruction sup&#233;rieure ne peuvent &#233;viter d'&#234;tre conditionn&#233;es d'un c&#244;t&#233; par la structure &#233;conomique (ou plus g&#233;n&#233;ralement par le type de division sociale du travail) et de l'autre par la structure lato sensu politique (sans consid&#233;rer, pour ne pas compliquer le discours, le lien &#233;conomie-politique qui, toutefois, ne doit pas &#234;tre pour autant tenu pour n&#233;gligeable). L'existence de ce conditionnement ne devrait &#233;tonner personne, c'est plut&#244;t le contraire qui surprendrait : une universit&#233; &#171; libre &#187; de tout conditionnement de la part des structures &#233;conomico-politiques de la soci&#233;t&#233; environnante. Et pourtant, la d&#233;nonciation de ce conditionnement comporte toujours un &#233;l&#233;ment de d&#233;mystification dans la mesure, justement, o&#249; c'est ce conditionnement m&#234;me qui est syst&#233;matiquement cach&#233; par l'id&#233;ologie d'apr&#232;s laquelle les universit&#233;s seraient le lieu o&#249; tout est fait au nom de la &#171; science &#187; et de la &#171; culture &#187; pens&#233;es comme valeurs autonomes et o&#249; la &#171; libert&#233; acad&#233;mique &#187; serait la garantie de cette autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est assur&#233;ment pas question dans ce bref rapport d'aborder syst&#233;matiquement les probl&#232;mes de la &#171; neutralit&#233; &#187; de la science, des rapports entre la science et l'id&#233;ologie et, enfin, de la nature mystificatrice de la croyance d'apr&#232;s laquelle l'universit&#233; serait le sanctuaire consacr&#233; &#224; la recherche de la &#171; v&#233;rit&#233; &#187;. L'action du mouvement &#233;tudiant a &#233;t&#233; tout simplement d&#233;cisive pour d&#233;sacraliser l'universit&#233;, m&#234;me si d&#233;sormais tout le monde a vu que le roi &#233;tait nu sans avoir pourtant le courage de r&#233;pandre la nouvelle. La prise de conscience de la place faite &#224; l'universit&#233; dans une soci&#233;t&#233; qui, par l'interm&#233;diaire de l'&#233;cole, continue &#224; discriminer ceux qui devront occuper des positions de commandement et ceux qui devront occuper des positions subalternes, celle de l'existence de liens &#233;troits quelquefois entre l'universit&#233; et l'industrie (ou, comme c'est le cas aux Etats-Unis, entre l'universit&#233;, l'industrie de guerre et l'arm&#233;e), celle de l'utilisation fr&#233;quente de l'enseignement et de ses contenus comme m&#233;canismes de manipulation du consensus et, donc, celle de la dimension essentiellement politique de l'action de l'&#233;cole, cette prise de conscience, disions-nous, contient d&#233;j&#224; en soi les raisons de l'action de d&#233;mystification du mouvement &#233;tudiant. Dans un monde o&#249; le crit&#232;re dominant de la bont&#233; d'un choix quelconque est son degr&#233; d'efficience technique, r&#233;p&#233;ter (comme l'a fait le mouvement &#233;tudiant) que tout choix technique existe en tant que tel seulement dans un cadre o&#249; sont hors de cause certains choix de valeur et certains choix politiques et que, par cons&#233;quent, la dimension politique de l'acte ne peut pas &#234;tre &#233;limin&#233;e m&#234;me si l'on veut se cacher sous le manteau commode de la &#171; neutralit&#233; &#187; de la science, a constitu&#233; une saine bouff&#233;e de renouveau. Il va de soi que ce discours frappe plus directement les sciences sociales, qui servent &#233;videmment d'instruments au pouvoir, que les autres sciences et, en particulier, les sciences de la nature, mais celles-ci n'&#233;chappent pas pour autant &#224; un jugement qui met en &#233;vidence le conditionnement politique de leur d&#233;veloppement (on pense &#224; tout le secteur de la recherche spatiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la fonction id&#233;ologique de l'id&#233;e de &#171; neutralit&#233; &#187; de la science n'est pas niable, il faut toutefois se garder &#224; ce propos de toute g&#233;n&#233;ralisation acritique ; que le d&#233;veloppement de la recherche scientifique soit en tout cas conditionn&#233; par des instances de nature politique (visant, par cons&#233;quent, le pouvoir et non la &#171; v&#233;rit&#233; &#187;) ne d&#233;ment pas deux points d'importance fondamentale. Premi&#232;rement, la recherche scientifique, bien que d&#233;tourn&#233;e de ses fins sp&#233;cifiques par le &#171; ma&#238;tre &#187; qu'elle sert, permet l'accumulation de connaissances potentiellement utilisables dans un contexte social tout &#224; fait diff&#233;rent et &#224; la limite contre le pouvoir lui-m&#234;me qui les a rendues possibles. Deuxi&#232;mement, bien qu'irr&#233;alisables dans l'&#233;tat actuel de division de la soci&#233;t&#233; en classes et de l'humanit&#233; en nations, les valeurs de &#171; neutralit&#233; &#187; de la &#171; science &#187; et de la &#171; culture &#187; servent de point de rep&#232;re id&#233;al (dans la soci&#233;t&#233; utopique d&#233;livr&#233;e de l'esclavage de la production et du pouvoir, la science pourrait tendre &#171; librement &#187; vers la &#171; v&#233;rit&#233; &#187;) ou permettent aux institutions qui s'en font les v&#233;hicules (par exemple, les universit&#233;s) de poser des probl&#232;mes et de remplir une fonction critique &#224; l'&#233;gard de la soci&#233;t&#233; tout en restant profond&#233;ment conditionn&#233;e par elle. C'est pourquoi il est &#224; notre avis possible de recouvrer dialectiquement une id&#233;e de science, relative et probl&#233;matique en opposition avec une id&#233;e absolue et dogmatique, et d'identifier une fonction critique que les universit&#233;s peuvent remplir justement en vertu du lourd conditionnement auquel les soumet la structure &#233;conomico-politique de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant est un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif pour faire appara&#238;tre au premier plan cette fonction critique, latente, de l'universit&#233;. C'est justement l'&#233;troite relation existant entre l'universit&#233; et la soci&#233;t&#233; qui place les &#233;tudiants en tant que groupe social dans une position centrale et privil&#233;gi&#233;e d'o&#249; il est possible de saisir et d'attaquer les contradictions du syst&#232;me. Il a &#233;t&#233; dit que, pour l'&#233;tudiant d'aujourd'hui, vivre l'exp&#233;rience universitaire, c'&#233;tait comme, pour l'ouvrier de la r&#233;volution industrielle, vivre l'exp&#233;rience de l'usine, que c'&#233;tait dans l'universit&#233; que se refl&#233;taient aujourd'hui les contradictions primaires de la soci&#233;t&#233; et que, par cons&#233;quent, ce n'&#233;tait pas par hasard si les &#233;tudiants &#233;taient en premi&#232;re ligne pour d&#233;noncer ces contradictions et faire jaillir les &#233;nergies capables de produire un renversement dialectique et r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette comparaison contient ind&#233;niablement quelques &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233;, mais elle met en lumi&#232;re aussi les diff&#233;rences profondes entre les &#233;tudiants et les autres groupes sociaux ; les &#233;tudiants restent toujours un groupe social sui generis marqu&#233; par le caract&#232;re temporaire du r&#244;le d'&#233;tudiant ; il n'est donc pas possible de penser aux &#233;tudiants comme &#224; une &#171; classe r&#233;volutionnaire &#187; au sens o&#249; l'ont &#233;t&#233; les ouvriers au cours de la r&#233;volution industrielle ou les paysans au cours de la r&#233;volution chinoise. A notre avis, toute tentative d'interpr&#233;tation de la naissance des mouvements &#233;tudiants uniquement en termes de classes est destin&#233;e &#224; rester st&#233;rile. Les mouvements &#233;tudiants sont n&#233;s de la crise globale de la soci&#233;t&#233; moderne qui tire son origine &#224; la fois des contradictions de classes, qui n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;solues et perp&#233;tuent l'exploitation, et des contradictions des rapports internationaux qui alimentent l'imp&#233;rialisme. Mais l'imp&#233;rialisme n'est pas r&#233;ductible uniquement, comme dans la fameuse &#233;quation de L&#233;nine, &#224; ces forces qui ont pour effet de perp&#233;tuer l'exploitation de classe, de m&#234;me que les forces qui maintiennent l'humanit&#233; divis&#233;e en nations ne sont pas forc&#233;ment les m&#234;mes que celles qui maintiennent la soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes. Mais sur ce point, nous nous engageons &#224; revenir &#224; une autre occasion de fa&#231;on plus approfondie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, nous avons cherch&#233; &#224; expliquer, bien qu'encore tr&#232;s provisoirement, les transformations dans les structures et les fonctions des universit&#233;s qui ont rendu possible et conditionn&#233; le d&#233;veloppement des mouvements &#233;tudiants, qui ont dans d'autres termes cr&#233;&#233; la base sociale sur laquelle il est possible de construire un mouvement politique, ne serait-ce qu'en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le changement de la nature et de la fonction des institutions universitaires datent d&#233;sormais de quelques d&#233;cennies, au moins en ce qui concerne les pays les plus avanc&#233;s sur le plan industriel et technologique, o&#249; le savoir scientifique et technique joue un r&#244;le fondamental dans la production. Par cons&#233;quent, ce type d'explication ne nous permet de comprendre le probl&#232;me qu'en ses termes g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause qui a rendu historiquement possible la formation de mouvements &#233;tudiants doit &#234;tre recherch&#233;e dans les modifications intervenues dans les ann&#233;es 60 sur le terrain politique international. Le fait crucial de cette d&#233;cennie est en fait la crise de l'assiette mondiale du pouvoir due &#224; la d&#233;sagr&#233;gation progressive des blocs. Or, il existe un lien pr&#233;cis entre la crise de l'ordre international et la naissance du mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les deux grandes puissances exerc&#232;rent leur h&#233;g&#233;monie sans oppositions dans leurs sph&#232;res d'influence respectives, la dynamique de l'antagonisme entre les blocs &#233;tait en mesure d'absorber toutes les ressources mat&#233;rielles et morales des individus, des partis et des Etats. La guerre froide ne laissait pas de place &#224; des positions diff&#233;rentes du &#171; communisme &#187; ou de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Les d&#233;cisions politiques, quand elles n'&#233;taient pas impos&#233;es, se limitaient au choix entre la sph&#232;re d'influence sovi&#233;tique et la sph&#232;re d'influence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;veloppement des Etats de l'Europe occidentale et orientale, de la Chine et du tiers-monde, a contraint les deux puissances h&#233;g&#233;moniques &#224; att&#233;nuer leur comp&#233;tition et &#224; commencer le processus de d&#233;tente, dans le vain espoir d'arr&#234;ter la d&#233;sagr&#233;gation des blocs. Un nouvel &#233;quilibre mondial multipolaire se profile et, par cons&#233;quent, l'espace laiss&#233; libre &#224; l'action des Etats et des forces politiques tend &#224; augmenter. C'est l'espace qui s'ouvre aux forces neuves. Or, ces forces, partout o&#249; elles se manifestent, s'installent dans l'opposition &#224; l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, avec l'affaiblissement de la discipline internationale rigide qui avait caract&#233;ris&#233; la Guerre froide, la couverture id&#233;ologique de l'ordre mondial bipolaire tombe en lambeaux. Le stalinisme et le maccarthysme perdent toute justification. Les mythes d'une Russie patrie et bastion du &#171; communisme &#187; et d'une Am&#233;rique patrie et bastion de la &#171; d&#233;mocratie &#187; ne sont plus croyables. Les deux puissances guides des blocs n'offrent plus &#224; l'humanit&#233; un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; &#224; imiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en 1964 que le mouvement &#233;tudiant se manifesta pour la premi&#232;re fois &#224; Berkeley, une des universit&#233;s les plus modernes et les plus libres du monde, aux Etats-Unis, le centre du syst&#232;me imp&#233;rial occidental. Le fil conducteur de l'agitation &#233;tudiante, c'est la d&#233;nonciation de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. En particulier, de la guerre du Viet-Nam, sa nature (guerre d'une grande puissance mondiale contre un petit peuple du tiers-monde), sa f&#233;rocit&#233; (emploi d'armes sp&#233;ciales, bombardement de villes, torture), ses circonstances (la guerre &#233;clate dans un climat de d&#233;tente internationale) sont propres &#224; mettre en pleine lumi&#232;re la profonde d&#233;g&#233;n&#233;ration subie par l'ordre mondial. Les Etats-Unis (comme l'Union sovi&#233;tique), pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts de puissance menac&#233;s dans plusieurs secteurs, sont contraints &#224; recourir de plus en plus fr&#233;quemment &#224; des solutions militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie et communisme se sont transform&#233;s, au service des grandes puissances, d'id&#233;ologies lib&#233;ratrices en instruments diplomatiques de conservation du statu quo international et en instruments r&#233;pressifs des mouvements de lib&#233;ration en lutte contre l'imp&#233;rialisme : les franges de plus en plus consistantes qui se d&#233;tachent des forces de gauche traditionnelles refusent l'encadrement dans les vieilles divisions et choisissent comme nouveaux points de rep&#232;re internationaux la Chine, le Viet-Nam ou Cuba, symboles de r&#233;sistance victorieuse &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la d&#233;t&#233;rioration de l'&#233;quilibre mondial a d&#233;termin&#233; un d&#233;placement sensible de l'&#233;quilibre interne de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, qui se manifeste par l'influence accrue des industries de guerre et des chefs militaires sur toutes les institutions de la soci&#233;t&#233;, y compris l'universit&#233;. Ce ph&#233;nom&#232;ne est &#224; la base de la d&#233;composition du syst&#232;me d&#233;mocratique am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la collaboration internationale des Etats-Unis et de l'URSS correspond, &#224; l'int&#233;rieur des Etats, la convergence progressive des forces de gauche et de droite, l'int&#233;gration des partis communistes au syst&#232;me et la formation de nouveaux ferments d'opposition radicale extra-parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte des jeunes est la r&#233;action &#224; la st&#233;rilisation des id&#233;ologies traditionnelles d&#233;sormais incapables de comprendre et d'orienter la phase actuelle de l'histoire, et &#224; la crise de l'assiette mondiale du pouvoir qui se r&#233;percute &#224; l'int&#233;rieur de tous les Etats, en les rendant de plus en plus faibles et incapables de remplir leurs missions, m&#234;me les plus modestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Europe occidentale, o&#249; le vide de pouvoir a contribu&#233; &#224; la transformation des Etats-Unis en gendarme et banquier du monde, que la crise se manifeste avec le plus d'acuit&#233;. D&#233;pass&#233;s par l'histoire, &#224; cause de leurs dimensions, r&#233;duits au rang de sujets passifs de la politique internationale, les pays europ&#233;ens ne peuvent qu'avaliser l'imp&#233;rialisme des grandes puissances et la politique des blocs ou se rebeller sous la forme st&#233;rile et vell&#233;itaire du nationalisme de type gaulliste. Du reste, les tragiques &#233;v&#233;nements de Tch&#233;coslovaquie ont d&#233;montr&#233; de la fa&#231;on la plus claire qu'il n'y a pas d'alternatives possibles dans les cadres politiques &#233;tablis, que l'ind&#233;pendance en politique int&#233;rieure d&#233;pend de l'ind&#233;pendance en politique ext&#233;rieure, qu'il n'y a pas de libert&#233; sans la puissance n&#233;cessaire &#224; la d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de l'Etat en Europe occidentale a d&#233;sormais atteint un point si avanc&#233; que les institutions sont m&#233;pris&#233;es et sont en train de perdre le consensus de secteurs de plus en plus vastes de la population. L'esprit de r&#233;volte, qui s'&#233;tend m&#234;me au-del&#224; du monde &#233;tudiant, n'est que l'aboutissement &#224; gauche, encore anarcho&#239;de, faute d'objectifs r&#233;alistes de pouvoir, d'un ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral qui se manifeste &#224; droite et au centre par l'apathie, le scepticisme, la d&#233;cadence des valeurs civiques, et qui pourrait nous ramener, avec le rappel &#224; l'ordre &#224; tout prix, en pr&#233;sence de la violence qui r&#233;appara&#238;t dans la vie sociale, &#224; de nouvelles formes de fascisme. Mais la raison indique clairement l'autre terme de l'alternative. Il s'agit d'asseoir le pouvoir politique sur une base plus forte, plus ouverte, plus &#233;volutive que la base nationale. Il faut donc fonder sur l'unit&#233; &#233;conomique europ&#233;enne le premier noyau f&#233;d&#233;ral et donner ainsi la vie &#224; l'embryon du p&#244;le europ&#233;en, indispensable, comme le p&#244;le chinois, &#224; la formation d'un ordre international plus flexible, pacifique, ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en proposant dans le cadre de l'analyse des contradictions qui ont engendr&#233; les mouvements &#233;tudiants un discours en termes de f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en, nous ne voulons certes pas tenter une &#233;ni&#232;me fois de capter les &#233;nergies lib&#233;r&#233;es par ce mouvement, nous voulons seulement affirmer qu'en l'absence du d&#233;veloppement d'une strat&#233;gie politique &#171; autonome &#187;, le mouvement &#233;tudiant est in&#233;vitablement destin&#233; &#224; tomber victime de ces forces politiques qui, dans le cadre existant, cherchent &#224; r&#233;cup&#233;rer et &#224; r&#233;absorber les pouss&#233;es qu'il laisse &#233;chapper (cf. en France et en Italie les s&#233;ductions r&#233;p&#233;t&#233;es des PC qui trouvent toujours quelques oreilles dispos&#233;es &#224; les &#233;couter).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile de d&#233;couvrir les raisons qui ont emp&#234;ch&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent le d&#233;veloppement d'une strat&#233;gie politique, &#171; autonome &#187;, du mouvement, qui est forc&#233;, par cons&#233;quent, de suivre la voie sans issue de l'action directe pour l'action directe, laquelle produit in&#233;vitablement, m&#234;me avec des intentions r&#233;volutionnaires, des effets r&#233;formistes. Les mouvements &#233;tudiants, nous l'avons vu, refl&#232;tent la crise globale de notre soci&#233;t&#233; qui se manifeste par l'incapacit&#233; de surmonter les contradictions de la structure de classe et de l'ordre international. La r&#233;ponse &#224; la crise globale a donc &#233;t&#233;, au moins dans cette premi&#232;re phase, elle aussi globale ; la contestation va du refus de l'imp&#233;rialisme dans les rapports internationaux, au refus de l'autorit&#233; dans le rapport entre &#233;tudiant et enseignant &#224; l'universit&#233; et dans le rapport entre p&#232;re et fils dans la famille. Le caract&#232;re global de la crise, de la contestation et de la lutte a permis, du reste, aux mouvements &#233;tudiants d'entrevoir, bien que de mani&#232;re embryonnaire, d'autres mod&#232;les de soci&#233;t&#233; et d'humanit&#233;, de concevoir encore une fois l'utopie, de proposer &#224; nouveau la r&#233;flexion sur les valeurs ultimes de l'histoire. Quelle que soit l'issue du processus en cours, le mouvement &#233;tudiant aura eu le m&#233;rite de remettre en valeur, &#224; une &#233;poque de culture relativiste et technique, les potentialit&#233;s d'une perspective totalisante et d'une consid&#233;ration dialectique de la r&#233;alit&#233; sociale. Mais c'est justement ce caract&#232;re global qui peut se transformer sur le plan politique en une limite grave de l'exp&#233;rience des mouvements &#233;tudiants. La traduction des valeurs ultimes en objectifs politiques concrets et r&#233;alisables qui, tout en maintenant avec ces valeurs un lien dialectique (c'est en quoi consiste pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;laboration d'une strat&#233;gie politique r&#233;volutionnaire et &#171; autonome &#187;), pr&#233;suppose justement l'abandon du plan global pour placer la lutte dans le cadre des possibilit&#233;s offertes par la situation historique. Aux groupes &#171; culturels &#187;, il est permis d'anticiper de plusieurs si&#232;cles m&#234;me les solutions qui seront propos&#233;es de temps en temps par le cours de l'histoire ; les groupes &#171; politiques &#187; doivent toujours au contraire tenir compte de la r&#233;alit&#233;, c'est &#224; dire des possibilit&#233;s qu'offre de temps en temps le cours de l'histoire de faire un pas en avant dans la r&#233;alisation des valeurs ultimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.../&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant, dans presque tous les pays, mais en particulier en Europe occidentale, se trouve aujourd'hui devant cette alternative : s'il veut passer de la contestation globale &#224; la construction d'une force politique r&#233;volutionnaire, il doit choisir le cadre dans lequel il veut agir, les objectifs qu'il veut atteindre, autrement dit, il doit &#233;laborer sa strat&#233;gie politique. Ces choix seront d'une grande importance pour le d&#233;veloppement du mouvement ; si, par exemple, l' &#171; internationalisme &#233;tudiant &#187;, qui est pourtant une des caract&#233;ristiques les plus prometteuses du mouvement, est sacrifi&#233; en faveur de la &#171; r&#233;volution dans chaque pays &#187;, il n'est pas difficile de pr&#233;voir que le mouvement &#233;tudiant lui-m&#234;me tombera victime, comme en son temps le mouvement ouvrier, du m&#233;canisme de conservation le plus puissant dont disposent les classes dominantes pour diviser le front r&#233;volutionnaire : l'Etat national. Au contraire, si le mouvement &#233;tudiant r&#233;fl&#233;chit sur les causes qui l'ont produit et sait les identifier dans l'in&#233;gale r&#233;partition du pouvoir dans le monde actuel qui rend possible l'imp&#233;rialisme (en Gr&#232;ce comme au Viet-Nam, en Tch&#233;coslovaquie comme en Am&#233;rique latine), alors il saura choisir un cadre supranational de lutte et des objectifs interm&#233;diaires capables de remettre en cause la r&#233;partition du pouvoir dans le monde. Sur ce point, il est possible d'ouvrir un dialogue entre f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens et mouvement &#233;tudiant ; les f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens, au moins pour ces groupes qui ont d&#233;velopp&#233; une th&#233;matique autonome et avanc&#233;e, n'aiment pas l'd&#233;e de la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne (pour elle-m&#234;me, ndlr) ; pour eux, celle-ci n'a que valeur d'instrument afin de remettre en cause la situation actuelle des rapports de puissance et de cr&#233;er un cadre qui permette de repenser en termes nouveaux l'assiette sociale de l'humanit&#233;. A l'origine de leur mouvement, il y a aussi, comme pour les mouvements &#233;tudiants, la perception du profond &#233;cart entre les valeurs ultimes de l'homme et sa situation actuelle dans un monde qui n'a pas encore surmont&#233; l'exploitation de classe et la guerre entre les nations, et la volont&#233; qui en r&#233;sulte d'orienter l'action vers ces fins et ces valeurs ultimes. Cette perception, il est vrai, peut pousser l'action dans des directions diff&#233;rentes pas n&#233;cessairement toutes incompatibles entre elles. Nous, f&#233;d&#233;ralistes, pensons que la bataille pour la F&#233;d&#233;ration europ&#233;enne est la bataille qui nous est impos&#233;e par la situation historique actuelle parce que l'existence d'une pluralit&#233; d'Etats dans l'espace europ&#233;en nous para&#238;t &#234;tre la contradiction primaire (c'est &#224; dire une contradiction dont d&#233;pendent d'autres contradictions) de notre syst&#232;me politico-social actuel. Nous voudrions inviter tous ceux qui d'une fa&#231;on ou d'une autre se reconnaissent dans le mouvement &#233;tudiant (et beaucoup d'entre nous s'y reconnaissent, ou au moins y reconnaissent beaucoup de leurs exigences) &#224; d&#233;battre ce choix qui est le n&#244;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alberto CAVALLI :&lt;/strong&gt; &#224; l'&#233;poque professeur de sociologie &#224; l'Universit&#233; de Pavie &#224; l'&#233;poque de la r&#233;daction de cet article. L'un des fondateurs de la revue Lotta di classe e integrazione europea. Enseigne toujours &#224; Pavie et milite au MFE &#224; G&#234;nes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucio LEVI :&lt;/strong&gt; &#224; l'&#233;poque professeur d'institutions politiques compar&#233;es &#224; l'Universit&#233; de Turin o&#249; il ensiegne toujours. Membre de l'Executive Board du WFM et du Comit&#233; f&#233;d&#233;ral de l'U.E.F. Directeur de The Federalist Debate.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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