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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Simone Weil : L'incarnation de l'humanisme dans la th&#233;orie et dans l'action</title>
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		<dc:date>2022-03-06T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Silvia Romano</dc:creator>


		<dc:subject>F&#233;d&#233;'Femmes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;finie comme le &#171; seul grand esprit de notre temps &#187; par son &#233;diteur posthume, Albert Camus, Simone Weil a &#233;t&#233; une philosophe hors-classe, dou&#233;e d'une clairvoyance et d'une finesse intellectuelles remarquables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa pens&#233;e philosophique si riche et sophistiqu&#233;e, se fonde sur une admirable maitrise de la litt&#233;rature et de la philosophie classiques et se compl&#232;te, d'un c&#244;t&#233; d'une spiritualit&#233; profonde, et de l'autre, d'un indispensable besoin d'action sur le terrain qui la verra devenir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-Numero-191-Decembre-2021-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro 191 - D&#233;cembre 2021&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/+-Fede-Femmes-+" rel="tag"&gt;F&#233;d&#233;'Femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressefederaliste.eu/local/cache-vignettes/L150xH99/arton822-065ca.jpg?1730090242' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;finie comme le &#171; seul grand esprit de notre temps &#187; par son &#233;diteur posthume, Albert Camus, Simone Weil a &#233;t&#233; une philosophe hors-classe, dou&#233;e d'une clairvoyance et d'une finesse intellectuelles remarquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa pens&#233;e philosophique si riche et sophistiqu&#233;e, se fonde sur une admirable maitrise de la litt&#233;rature et de la philosophie classiques et se compl&#232;te, d'un c&#244;t&#233; d'une spiritualit&#233; profonde, et de l'autre, d'un indispensable besoin d'action sur le terrain qui la verra devenir ouvri&#232;re, syndicaliste, et combattante dans la Guerre d'Espagne aux c&#244;t&#233;s des anarchistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Oppos&#233;e au colonialisme, elle bl&#226;me l'artificialit&#233; des fronti&#232;res et critique la tendance de l'&#201;tat-nation &#224; &#233;craser &#171; tout ce qui est territorialement plus petit que lui &#187;, et dont le prestige sup&#233;rieur est li&#233; &#224; l'&#233;vocation de la guerre. M&#234;me si elle admire le mat&#233;rialisme de Marx, elle le critique aussi durement. Elle essaie d'amener le marxisme au bout, voire de l'incarner d'une fa&#231;on plus int&#233;grale que ce qui a &#233;t&#233; accompli par Marx lui-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces travaux, Simone Weil met &#224; nu les contradictions sur lesquelles se sont b&#226;ties les soci&#233;t&#233;s de son &#233;poque, afin de jeter des nouvelles bases sur lesquelles construire un avenir meilleur en France, en Europe et dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intransigeante, fine, nuanc&#233;e, &#233;clectique, la pens&#233;e de Simone Weil contient peut-&#234;tre les ingr&#233;dients n&#233;cessaires pour d&#233;crire le plus fid&#232;lement possible la v&#233;rit&#233; de son &#233;poque et des sc&#233;narios auxquels elle s'ouvrait. En m&#234;me temps, cette pens&#233;e complexe avec ses dichotomies, ont eu un prix. De son vivant Simone Weil s'est souvent retrouv&#233;e isol&#233;e et regard&#233;e avec m&#233;fiance. Son &#339;uvre, bien que pour la plupart publi&#233;e &#224; titre posthume, a &#233;t&#233; l'objet d'interpr&#233;tations ambigu&#235;s, voire fausses, qui l'ont injustement rel&#233;gu&#233;e dans l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait trop ambitieux pour qui &#233;crit, de pr&#233;tendre &#233;clairer l'int&#233;gralit&#233; de la pens&#233;e de &#171; l'Altissime &#187;(19) philosophe. Pour cela cette &#233;dition de F&#233;d&#233;'Femmes se contentera de ne mettre en lumi&#232;re que quelques-uns des concepts cl&#233;s transmis dans l'&#339;uvre de Simone Weil, pouvant nous aider &#224; recentrer notre r&#233;flexion f&#233;d&#233;raliste et europ&#233;enne. Remettre l'&#171; &#234;tre humain &#187; au centre du fonctionnement de notre soci&#233;t&#233;, anim&#233;e par des revendications identitaires et fractur&#233;e par des multiples crises, pourrait &#234;tre l'une des le&#231;ons principales &#224; tirer de la pens&#233;e de Simone Weil.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une vie courte et &#224; la fois incroyablement riche
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Origines et formation&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e &#224; Paris le 3 f&#233;vrier 1909 dans une famille juive alsacienne. Son p&#232;re Bernard Weil &#233;tait un m&#233;decin juif alsacien, sa m&#232;re, Salomea Reinherz, juive d'origine galicienne. Simone, et son fr&#232;re ain&#233; de trois ans, le math&#233;maticien Andr&#233; Weil, seront &#233;lev&#233;s dans un agnosticisme complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa sant&#233; fragile, en particulier entre 1912 et 1914, Simone Weil a toujours &#233;t&#233; une bonne &#233;l&#232;ve intellectuellement tr&#232;s &#233;veill&#233;e. Pendant les ann&#233;es de la guerre la famille Weil suivra les d&#233;placements du p&#232;re, m&#233;decin militaire, et Simone poursuivra ses &#233;tudes avec des enseignants priv&#233;s. Elle d&#233;couvrira les classiques et en particulier Platon &#224; travers la lecture de Ph&#233;don et de Criton. Son int&#233;r&#234;t envers les probl&#232;mes politiques est d&#233;j&#224; &#233;vident : elle a 15 ans quand pendant ses vacances d'&#233;t&#233; 1924 en Savoie (Challes-les-Eaux) elle s'entretient avec le personnel pour discuter des probl&#232;mes des ouvriers et des syndicats(20) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Weil commence ses &#233;tudes de philosophie en 1925, quand elle entre en hypokh&#226;gne au lyc&#233;e Henri-IV, o&#249; elle sera &#233;l&#232;ve du professeur de philosophie Alain(21), qui demeurera son ma&#238;tre. Elle s'int&#233;resse principalement &#224; la lecture et &#224; l'&#233;tude de Platon, Descartes, Spinoza et Kant. Pendant l'&#233;t&#233; 1927, en vacances &#224; Gouville-sur-Mer (Manche) elle fera une premi&#232;re exp&#233;rience de travail manuel dans la ferme de la Martini&#232;re de L&#233;on Letellier (1859-1926) et commence ainsi &#224; consid&#233;rer &#171; id&#233;ale &#187; la condition de ceux qui travaillent &#224; la fois intellectuellement et manuellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle participera &#224; la cr&#233;ation et aux activit&#233;s du groupe &#201;ducation sociale organisant des formations pour cheminots sous la responsabilit&#233; du syndicaliste et ami d'Alain, Lucien Cancou&#235;t. En parall&#232;le elle s'investie dans des activit&#233;s pacifistes dans le Comit&#233; international d'action et de propagande pour la paix et le d&#233;sarmement, anim&#233; par Madeleine Vernet (1878-1949)(22).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1928, &#224; l'&#226;ge de 19 ans elle est admise &#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure. Comme nombreux de ses camarades, elle adh&#232;re &#224; la Ligue des droits de l'homme o&#249; elle se bat pour la paix et la libert&#233; d'opinion et d'enseignement. Elle &#233;crira des articles pour la revue d'Alain Libres Propos autour de la notion de travail con&#231;u comme une &#171; intervention libre et m&#233;thodique de l'homme sur la nature, comme source de connaissance &#187;(23). Cette notion du travail, trait&#233;e aussi dans son M&#233;moire de Dipl&#244;me &#171; Science et perception dans Descartes &#187; restera centrale dans sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;but dans l'enseignement et dans l'engagement actif&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Re&#231;ue septi&#232;me &#224; l'agr&#233;gation de philosophie en 1931, &#224; 22 ans Simone Weil commence une carri&#232;re de professeur au lyc&#233;e du Puy-en-Velay, avant d'autres postes dans divers lyc&#233;es de province. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fortement port&#233;e par une compassion envers les exploit&#233;s, elle se rapproche des syndicats. En 1931 elle participe au XXVII&#176; Congr&#232;s de la CGT et en publie un compte-rendu dans Libres Propos. &#192; Le Puy elle rencontre Urbain Th&#233;venon, dirigeant syndicaliste &#224; Saint-&#201;tienne ; elle participe aux activit&#233;s des Coll&#232;ges du travail et contribue au journal du syndicat ind&#233;pendant L'Effort, &#224; La Tribune, et au Bulletin des Instituteurs(24) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pendant l'hiver 1932-1933 au Puy-en-Velay, solidaire des syndicats ouvriers, elle se joint au mouvement de gr&#232;ve contre le ch&#244;mage et les baisses de salaire. D&#233;cid&#233;e &#224; vivre avec cinq francs par jour, comme les ch&#244;meurs du Puy, elle sacrifie tout le reste de ses &#233;moluments de professeur &#224; la Caisse de Solidarit&#233; des mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1932 elle se rend en Allemagne et est d&#233;&#231;ue par l'inaction du parti communiste face &#224; l'avanc&#233;e du national-socialisme. Ainsi elle &#233;crit des articles dans les revues syndicalistes r&#233;volutionnaires L'&#201;cole &#233;mancip&#233;e et La R&#233;volution prol&#233;tarienne de Pierre Monatte, pour lesquels elle sera &#226;prement critiqu&#233;e par le parti communiste. Suivant l'&#233;volution de l'exp&#233;rience communiste en Union sovi&#233;tique, elle est cependant hostile au r&#233;gime instaur&#233; par Staline. En ce moment elle fait la connaissance de Boris Souvarine, un des fondateurs du PCF, ensuite exclu du parti en 1924. Cette rencontre ainsi que les &#233;changes au sein du comit&#233; de r&#233;daction de la revue La critique sociale fond&#233;e par Boris Souvarine et sa femme Colette Peignot, influenceront consid&#233;rablement la pens&#233;e de Simone Weil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rience directe du &#171; malheur &#187; des travailleurs&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, elle suspend sa carri&#232;re d'enseignante, et r&#233;digera son important essai politique &#171; R&#233;flexions sur les causes de la libert&#233; et de l'oppression sociale &#187;. Entre d&#233;cembre 1934 et 1935 elle d&#233;cide d'aller travailler volontairement comme ouvri&#232;re &#224; la cha&#238;ne, d'abord chez Alsthom &#224; Paris puis &#224; l'usine J. J. Carnaud &amp; Forges de Boulogne Billancourt, afin d'exp&#233;rimenter et de connaitre v&#233;ritablement la condition des plus humbles. Elle d&#233;crira ce &#171; malheur &#187; des travailleurs dans son Journal d'Usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1935, sa mauvaise sant&#233; l'emp&#234;che de poursuivre le travail en usine. Pendant des vacances au Portugal au mois de septembre, elle s'approchera pour la premi&#232;re fois de la religion chr&#233;tienne. Un peu plus tard elle &#233;crira &#224; son p&#232;re : &#171; j'ai eu soudain la certitude que le christianisme c'est la religion des esclaves par excellence, que les esclaves ne peuvent qu'y adh&#233;rer, et moi avec eux &#187;(25).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle reprend son m&#233;tier de professeur de philosophie au lyc&#233;e de Bourges mais continue sa r&#233;flexion sur comment soulager &#171; le malheur &#187; des ouvriers en usine. En mai 1936, le Front Populaire compos&#233; des socialistes (SFIO), communistes (SFIC) et des radicaux, remporte les &#233;lections. Aussit&#244;t, les usines sont occup&#233;es, la classe ouvri&#232;re triomphe. Simone Weil, sous le pseudonyme de Simone Galois, publie l'article &#171; La vie et la gr&#232;ve m&#233;tallos &#187; dans le num&#233;ro 224 de la Revue syndicaliste et communiste(26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La R&#233;sistance et sa fin&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1936, elle d&#233;cide de prendre part &#224; la Guerre d'Espagne o&#249; elle est enr&#244;l&#233;e pendant un mois et demi au sein de la colonne Durruti des combattants anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939 elle remet en question son engagement pacifiste et l'abandonnera d&#233;finitivement &#224; la suite de l'annexion par Hitler de la Bo&#233;tie-Moravie (le 15 mars). Pour s'opposer aux SS, elle r&#233;dige le &#171; Projet d'une formation d'infirmi&#232;res en premi&#232;re ligne &#187; et candidate pour &#234;tre enr&#244;l&#233;e. Ce projet ne sera jamais concr&#233;tis&#233;, &#224; cause de nombreux douloureux rejets dont celui du g&#233;n&#233;ral de Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1940, elle quitte Paris et se r&#233;fugie, avec sa famille &#224; Marseille en passant par Vichy et Toulouse. En cette p&#233;riode elle se consacre &#224; l'analyse du totalitarisme et de la crise de la civilisation occidentale, notamment dans &#171; Quelques r&#233;flexions sur l'origine de l'hitl&#233;risme &#187; et dans L'Iliade ou le probl&#232;me de la force. &#192; Marseille elle se rapproche des Cahiers du Sud dirig&#233;s par Jean Ballard. &lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1941, &#224; travers la m&#233;diation du p&#232;re Perrin, qui sera son guide religieux dans son parcours dans le christianisme, Simone Weil sera accueillie par Gustave Thibon, philosophe et paysan, dans sa ferme en Ard&#232;che. Ainsi, elle travaillera pendant un mois comme vendangeuse dans aupr&#232;s d'un vigneron &#224; Saint-Julien-de-Peyrolas(27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1942, elle s'embarque avec ses parents pour les &#201;tats-Unis. Cependant, refusant ce confort, elle revient en Europe au mois de novembre, d'abord &#224; Liverpool puis &#224; Londres. Ici, Simone Weil int&#232;gre en tant que r&#233;dactrice, le Service de l'Int&#233;rieur de la France Libre, dirig&#233; par Francis-Louis Closon(28). Dans un bureau pas loin, Ren&#233; Cassin travaillait, lui, sur ce qui sera la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme et qui sera adopt&#233;e par l'ONU apr&#232;s la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi pendant son s&#233;jour &#224; Londres, le jour Simone Weil analyse des rapports de r&#233;sistants en France, et le soir, rentr&#233;e &#224; sa chambre, elle &#233;crit incessamment, &#224; des rythmes &#233;puisants(29). C'est en cette p&#233;riode qu'elle &#233;crit L'enracinement. Pr&#233;lude &#224; une d&#233;claration des devoirs envers l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet, d&#233;chir&#233;e par le fait de n'avoir pas &#233;t&#233; autoris&#233;e &#224; rejoindre la R&#233;sistance en France, et d&#233;&#231;ue par les conflits internes &#224; la France Combattante, elle quitte d&#233;finitivement la R&#233;sistance(30). Simone Weil d&#233;cidera de s'abstenir de se nourrir, par solidarit&#233; avec les Fran&#231;ais de m&#233;tropole qui vivaient avec des rations strictes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 ao&#251;t 1943, elle s'&#233;teint dans un sanatorium &#224; Ashford (Kent). Les causes du d&#233;c&#232;s sont multiples et discut&#233;es (tuberculose pulmonaire, insuffisance cardiaque, manque de nourriture, &#233;puisement). Selon ses proches, ce qui a contribu&#233; &#224; d&#233;t&#233;riorer sa condition, c'est la douleur pour ne pas avoir pu rejoindre la R&#233;sistance, c'est-&#224;-dire l'impossibilit&#233; d'accorder son action &#224; sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; besoins de l'&#226;me &#187;, d'o&#249; le respect de l'autre &#224; la base de tout&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son dernier ouvrage L'enracinement, pr&#233;lude &#224; une d&#233;claration des devoirs envers l'&#234;tre humain, r&#233;dig&#233; en 1943 et rest&#233; inachev&#233; en raison de la mort pr&#233;matur&#233;e de son auteur, Simone Weil veut &#224; sa mani&#232;re contribuer au redressement de la France en d&#233;sh&#233;rence dans l'apr&#232;s-guerre. Son analyse politique met &#224; nu les contradictions de la civilisation humaine tout au long de son &#233;volution, des anciens grecs et romains jusqu'&#224; son &#233;poque. Elle souhaite ainsi jeter les bases pour la r&#233;alisation d'un nouvel &#171; ordre &#187;, respectueux des &#171; besoins de l'&#226;me &#187;, c'est-&#224;-dire de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; besoins de l'&#226;me &#187; sont des devoirs vitaux &#224; remplir envers tout &#234;tre humain. Elle les compare aux besoins du corps, &#171; plus &#233;vidents &#187; et &#171; assez faciles &#224; &#233;num&#233;rer &#187;, comme par exemple la faim : &#171; c'est donc une obligation &#233;ternelle envers l'&#234;tre humain que de ne pas le laisser souffrir de la faim quand on a l'occasion de le secourir &#187;(31). Ce sont des besoins limit&#233;s et qui s'ordonnent, en couple pour maintenir un &#233;quilibre : l'ordre, la libert&#233;, l'ob&#233;issance et la responsabilit&#233;, l'&#233;galit&#233; et la hi&#233;rarchie, l'honneur et le ch&#226;timent, la libert&#233; d'opinion, la s&#233;curit&#233; et le risque, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la participation au bien collectif, la v&#233;rit&#233;(32).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Satisfaire ces besoins est pour Weil une obligation &#233;ternelle et inconditionn&#233;e de chacun envers l'&#234;tre humain, envers soi-m&#234;me et envers autrui : &#171; seul est &#233;ternel le devoir envers l'&#234;tre humain comme tel &#187;(33). Ce que dans le langage commun nous appelons le respect de l'autre d&#233;coule selon elle de cette obligation &#233;ternelle qui lie chaque homme &#224; un autre homme. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La notion d'obligation prime celle de droit, qui lui est subordonn&#233;e et relative &#187;. Aucun &#234;tre humain en aucune circonstance ne peut se soustraire &#224; l'obligation de respecter ces besoins de l'&#226;me sans ne commettre un crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a une obligation envers tout &#234;tre humain, du seul fait qu'il est un &#234;tre humain, sans qu'aucune autre condition ait &#224; intervenir, et quand m&#234;me lui n'en reconna&#238;trait aucune. Cette obligation ne repose sur aucune convention. Car toutes les conventions sont modifiables selon la volont&#233; des contractants, au lieu qu'en elle aucun changement dans la volont&#233; des hommes ne peut modifier quoi que ce soit. &#187; (34)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les besoins de l'&#226;me ne sont pas satisfaits &#171; l'homme tombe peu &#224; peu dans un &#233;tat plus ou moins analogue &#224; la mort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une soci&#233;t&#233; malade
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les besoins de l'&#226;me ne sont satisfaits que dans une soci&#233;t&#233; stable ou les hommes sont riches d'un pass&#233; et poss&#232;dent des racines, une culture, des traditions de travail et de savoir. D'o&#249; le concept d'enracinement, d&#233;crit comme &#171; le besoin le plus important et le plus m&#233;connu de l'&#226;me humaine &#187; et l'un &#171; des plus difficiles &#224; d&#233;finir &#187;(35). &lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Simone Weil, l'&#234;tre humain a une racine par sa &#171; participation r&#233;elle, active et naturelle [&#8230;] &#224; l'existence d'une collectivit&#233; qui conserve vivants certains tr&#233;sors du pass&#233; et certains pressentiments d'avenir &#187;. &#202;tre attach&#233; &#224; conserver le pass&#233; ne constitue donc pas une attitude r&#233;actionnaire, l'avenir ne peut &#234;tre construit qu'&#224; partir d'un pass&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La participation &#171; naturelle &#187; indique ce qui est acquis &#171; automatiquement &#187;, c'est-&#224;-dire par le lieu, par la naissance, par la profession, par l'entourage. Et chaque &#234;tre humain &#171; a besoin d'avoir de multiples racines &#187; pr&#233;cise Simone Weil. De plus, &#171; les &#233;changes d'influences entre milieux tr&#232;s diff&#233;rents &#187; sont aussi indispensables que l'enracinement dans son propre entourage &#171; naturel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;racinement est de loin la plus dangereuse maladie des soci&#233;t&#233;s humaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un &#171; d&#233;racinement &#187; toutes les fois qu'il y a une conqu&#234;te militaire(36). Mais, &#171; m&#234;me sans conqu&#234;te militaire, le pouvoir de l'argent et la domination &#233;conomique peuvent imposer une influence &#233;trang&#232;re au point de provoquer la maladie du d&#233;racinement(37). Les relations sociales &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#234;me pays peuvent &#234;tre des facteurs tr&#232;s dangereux de d&#233;racinement. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'argent est un &#171; poison &#187; qui propage la &#171; maladie du d&#233;racinement &#187; : &#171; il d&#233;truit les racines partout o&#249; il p&#233;n&#232;tre en rempla&#231;ant tous les mobiles, par le d&#233;sir de gagner &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre facteur de d&#233;racinement est l'instruction telle qu'elle est devenue. Elle r&#233;sulte en une culture d&#233;velopp&#233;e dans un milieu tr&#232;s restreint, orient&#233; vers la technique, teint&#233;e par le pragmatisme et fragment&#233; par la sp&#233;cialisation. Le d&#233;sir d'apprendre pour apprendre, le d&#233;sir de v&#233;rit&#233; est devenu tr&#232;s rare, puisque le prestige de la culture est devenu presque exclusivement social(38).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, Simone Weil d&#233;veloppe le concept de d&#233;racinement, articul&#233; autour de trois grands axes : la condition des ouvriers des usines, des paysans et la nation. &#192; travers l'analyse de ces trois d&#233;racinements, elle m&#232;ne une analyse lucide et impitoyable de la civilisation. Ainsi elle identifie de nombreuses criticit&#233;s auxquelles il faudra trouver des solutions pour construire la soci&#233;t&#233; de l'apr&#232;s-guerre. Cela concerne le r&#244;le de la presse, des syndicats, des partis politique, le d&#233;peuplement des campagnes, les conditions de travail. Dans ces pages &#233;crites dans un seul jet, dans les derniers mois de sa vie, Simone Weil montre une connaissance profonde du pass&#233; et du pr&#233;sent de la civilisation humaine et de la soci&#233;t&#233;. Int&#233;ressantes aussi son approche au pacifisme, et ses r&#233;f&#233;rences &#224; la doctrine de Gandhi(39).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;racinement et la nation
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ceci est un d&#233;racinement &#171; g&#233;ographique &#187;, c'est-&#224;-dire par rapport aux collectivit&#233;s qui correspondent &#224; des territoires. Simone Weil, observe que &#171; le sens m&#234;me de ces collectivit&#233;s a presque disparu, except&#233; pour une seule, pour la nation &#187;(40). Toutefois, &#171; il y en a, il y en a eu beaucoup d'autres. Certaines plus petites, toute petites parfois : ville ou ensemble de villages, province, r&#233;gion certains englobant plusieurs nations ; certaines englobant plusieurs morceaux de nations &#187;. La nation, c'est-&#224;-dire l'&#201;tat, c'est substitu&#233; &#224; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Weil d&#233;nonce l'artificialit&#233; de la nation con&#231;ue &#224; son &#233;poque, c'est-&#224;-dire &#171; un ensemble de territoires et des populations assembl&#233;es par des &#233;v&#233;nements historiques, o&#249; le hasard a une grande part &#187;. Elle d&#233;nonce ce ph&#233;nom&#232;ne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et si l'&#201;tat a tu&#233; moralement tout ce qui &#233;tait territorialement parlant, plus petit que lui, il a aussi transform&#233; les fronti&#232;res territoriales en murs de prison pour enfermer les pens&#233;es &#187;(41).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aborde les totalitarismes et notamment le cas du r&#233;gime nazi. Pour elle, le totalitarisme c'est une tendance qui est propre &#224; l'&#201;tat, d&#233;j&#224; Richelieu et Louis XIV &#233;taient d&#233;j&#224; du totalitarisme. Le totalitarisme est le d&#233;sordre absolu, donc le contraire d'une soci&#233;t&#233; d'ordre o&#249; tous les besoins de l'&#226;me sont satisfaits(42).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simone Weil r&#233;v&#232;le les mystifications atour du concept de patrie, et la tromperie derri&#232;re les notions d'&#201;tat et de nation, qui dans le XX&#232;me si&#232;cle ont d&#233;sormais perdu le lien avec la notion de &#171; souverainet&#233; du peuple &#187;. L'&#201;tat, explique-t-elle, ne d&#233;signe plus le peuple souverain au sens des hommes de 1789 et de 1792, mais &#171; l'ensemble des populations reconnaissant l'autorit&#233; d'un m&#234;me &#201;tat ; c'est l'architecture form&#233;e par un &#201;tat et le pays domin&#233; par lui. Quand on parle de souverainet&#233; de la nation, cela veut dire uniquement souverainet&#233; de l'&#201;tat &#187;(43).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat c'est finalement ce qui s'oppose de plus &#224; l'enracinement par ce qu'il veut devenir une puissance exclusive qui tue tous les milieux vitaux et les milieux naturelles diversifi&#233;s, dont les m&#233;tiers, le village, le locale, la langue r&#233;gionale. Le r&#244;le de l'&#201;tat ne conviendrait que dans une soci&#233;t&#233; qui aurait d&#233;j&#224; r&#233;solu les probl&#232;mes du d&#233;racinement et du travail(44).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Anticolonialisme et &#171; f&#233;d&#233;ralisme mondial &#187;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors que ces propos ont &#233;t&#233; parfois d&#233;tourn&#233;s, la position anticolonialiste de Simone Weil est tr&#232;s claire, et tr&#232;s fortement ancr&#233;e dans la construction de son enti&#232;re r&#233;flexion. L'Enracinement c'est une contre histoire de l'&#201;tat, de la nation, de la patrie. Cet ouvrage a inspir&#233; par exemple Aim&#233; C&#233;saire dans son discours sur le colonialisme(45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre international, &#233;crit Simone Weil, &#171; suppose qu'un certain f&#233;d&#233;ralisme soit &#233;tabli non seulement entre les nations, mais &#224; l'int&#233;rieur de chaque grande nation [il faut donc jouer la Gironde contre le jacobinisme pour respecter le pluralisme]. &#192; plus forte raison, le lien entre les colonies et leur m&#233;tropole devrait-il devenir un lien f&#233;d&#233;ral au lieu d'&#234;tre un rapport de simple subordination &#187;(46).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Souleymane Bachir Diagne met en &#233;vidence la vision de Simone Weil, &#171; d'un f&#233;d&#233;ralisme mondial &#187; qui, &#171; en se substituant en particulier &#224; la relation coloniale, traduit un rejet total, absolu, de la division entre citoyens et sujets, entre l'univers de la civilit&#233; et les t&#233;n&#232;bres ext&#233;rieures de la barbarie &#187;(47).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail, comme &#233;l&#233;ment central dans une soci&#233;t&#233; saine et d&#233;mocratique&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; travail &#187; est au centre de toute la r&#233;flexion de Simone Weil, car pour construire une nouvelle soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la justice et sur les &#171; besoins &#187; de la personne humaine, on ne peut pas accepter que des personnes travaillent dans des conditions d&#233;gradantes, &#233;tant ainsi priv&#233;s de ces besoins vitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quilibre entre les pouvoirs qui r&#233;gissent la soci&#233;t&#233;, que le marxisme et la r&#233;volution n'ont pas r&#233;ussi &#224; renverser, ainsi que l'obstin&#233;e centralit&#233; accord&#233; &#224; l'argent, ne permettent pas aux ouvriers des usines et des champs, d'&#234;tre v&#233;ritablement audibles et repr&#233;sent&#233;s en leurs besoins plus profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un choix, tr&#232;s insolite pour une femme et d'autant plus &#224; son &#233;poque, Simone Weil d&#233;cide de connaitre directement ce &#171; malheur &#187; et partager le quotidien de celles et ceux qui sont aux marges de la soci&#233;t&#233;. Ces personnes inaudibles et invisibles dans la sph&#232;re publique sont les ouvriers, les femmes, les migrants, les &#233;trangers ou coloniaux(48).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle souligne comme les machines et leurs rythmes ne respectent pas les limites du corps ou de la pens&#233;e. La machine contr&#244;le et coordonne la personne, car elle impose la cadence du rythme du travail. Le &#171; malheur &#187; c'est donc la perte ou la peur de la perte des relations et des contacts, c'est destruction des conditions qui permettent d'&#234;tre humain, jusqu'&#224; la perte de la capacit&#233; de comprendre et &#234;tre compris(49).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Simone Weil, les machines ne doivent pas disposer des personnes mais la personne doit &#234;tre capable de cerner comment la machine fonctionne. Dans sa vision saine du travail, elle pr&#233;conise le moins de hi&#233;rarchie possible, et des lieux de travail le plus petit possible pour que l'individu ne se sente pas un num&#233;ro parmi les autres(50). Le lieu du travail doit devenir le lieu o&#249; on apprend &#224; porter &#171; attention &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'attention dans le travail &#171; non ali&#233;n&#233; &#187; permet d'&#234;tre r&#233;ceptif &#224; autre chose que soi, donc d'&#234;tre ouverts au monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie conclusive de L'enracinement, porte notamment sur la place que le travail physique doit occuper dans la vie sociale bien ordonn&#233;e : &#171; il doit en &#234;tre le centre spirituel &#187;. Pour Simone Weil, le travail est donc un sujet politique tout &#224; fait central, et on ne peut pas esp&#233;rer en une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique tant qu'il y a des personnes invisibles qui travaillent en des conditions d&#233;gradantes. L'&#201;tat-nation, avec ses jeux de pouvoirs, n'est pas capable de satisfaire les besoins des personnes les plus vuln&#233;rables de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;racinement dans notre &#233;poque, des le&#231;ons &#224; tirer ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la pr&#233;sentation de L'Enracinement, en 1949, Albert Camus &#233;crivait : &#171; il me para&#238;t impossible l'imaginer pour l'Europe une reconnaissance qui ne tienne pas compte des exigences que Simone Weil a d&#233;finies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, dans notre soci&#233;t&#233; contemporaine, nous retrouvons encore des cat&#233;gories des personnes invisibles demeurant aux marges de la soci&#233;t&#233;. Les imp&#233;ratifs de l'&#233;conomie, des march&#233;s financiers aux grandes multinationales, guident les choix politiques et orientent le progr&#232;s technologique, au d&#233;triment de la justice sociale, des besoins de la personne et de l'environnement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela nous renvoie aux conditions des travailleurs agricoles r&#233;duit &#224; un v&#233;ritable esclavage, dans plusieurs pays d'Europe, inclut la France, l'Espagne et l'Italie. Et encore, aux travailleurs des plateformes num&#233;riques, soumis aux choix des Applications sur leurs horaires et modalit&#233; de travail. Finalement, cette perte d'humanit&#233; concerne aussi le drame des migrants, abandonn&#233;s dans des camps de d&#233;tentions, laiss&#233;s mourir de froids aux fronti&#232;res europ&#233;ennes, ou noy&#233;s dans nos mers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, les le&#231;ons de Simone Weil sont d'une actualit&#233; br&#251;lante et peuvent encore guider nos actions et nos r&#233;flexions. Nous souhaitons citer, &#224; titre d'exemple, le cas de du sociologue italien Marco Omizzolo, qui s'est attaqu&#233; au ph&#233;nom&#232;ne du &#171; caporalato &#187;, c'est-&#224;-dire de l'exploitation des travailleurs agricoles, principalement des immigr&#233;s sans papiers, par les mafias locales. De fa&#231;on similaire &#224; l'exp&#233;rience de Simone Weil dont parmi d'autres il s'est inspir&#233;, Marco Omizzolo a &#233;tudi&#233; le ph&#233;nom&#232;ne du point de vue th&#233;orique par ses travaux de recherche, et fois exp&#233;riment&#233; directement du &#171; malheur &#187; des travailleurs agricoles dans les champs de l'Agropontino (sa r&#233;gion, &#233;picentre de son &#339;uvre). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a commenc&#233; son action par une v&#233;ritable &#339;uvre p&#233;dagogique avec des formations adress&#233;es aux travailleurs agricoles, visant &#224; leur apprendre la langue, mais surtout &#224; prendre conscience de leur condition et de connaitre leurs droits en tant que travailleurs et en tant qu'&#234;tres humains. Par ce travail continu sur le terrain, toujours guid&#233; par une analyse rigoureuse et lucide du contexte, il a r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une v&#233;ritable conscience commune autour du &#171; caporalato &#187; et mobilis&#233; plusieurs acteurs de la soci&#233;t&#233; civile. En particulier, en lien avec le monde syndicaliste, il a r&#233;ussi &#224; mobiliser ces travailleurs qui ont exprim&#233; leur &#171; malheur &#187; et leurs exigences l&#233;gitimes &#224; travers une gr&#232;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
En plus, de l'essentielle prise de conscience et de l'attention politique soulev&#233;e, cela a concr&#232;tement permis de mettre fin &#224; de nombreuses situations &#171; d'esclavage &#187;(51), de changer des lois et d'apporter des modifications dans le code p&#233;nal italien afin de mieux poursuivre ce type de crimes(52). Marco Omizzolo a re&#231;u le titre de &#171; chevalier de la R&#233;publique italienne &#187; et continue aujourd'hui &#224; se battre aux cot&#233;s des plus humbles, dans ce combat encore tr&#232;s dangereux et difficile, pour rendre plus visibles les invisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nous toutes et tous, de trouver la voie pour remettre au centre de notre soci&#233;t&#233; et de notre organisation politique, l'&#234;tre humain et le respect de ses besoins vitaux. Car l'une des finalit&#233;s du f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en, est la capacit&#233; de cohabiter en paix, en respectant la personne et toutes les collectivit&#233;s, avec leurs sp&#233;cificit&#233;s et diversit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;NOTES DE FIN
&lt;/h2&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 19 - Simone Weil l'altissime est le titre de l'ouvrage de Fran&#231;ois L'Yvonnet, Lemieux &#201;diteur, octobre 2015.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 20 - Simone Weil, Una costituente per l'Europa, Scritti londinesi, dirig&#233; par Domenico Canciani e Mariantonietta Vito, Ed.&#8206; Castelvecchi 2019.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 21 - Le philosophe Alain, de son vrai nom &#201;mile-Auguste Chartier (1868-1951), influen&#231;a une g&#233;n&#233;ration de philosophes, dont Raymond Aron, Jean Paul Sartre, Louis Poirier, entre autres.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 22 - Simone Weil, Una costituente..., op. cit., 5107.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 23 - Ibidem.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 24 - Ibidem p. 5118.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 25 - Ibidem p. 5173.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 26 - L'article est disponible via ce lien : &lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1936-06-la-vie-et-la-greve-des-ouvrieres-metallos-weil/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1936-06-la-vie-et-la-greve-des-ouvrieres-metallos-weil/&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 27 - Simone Weil, Una costituente..., op. cit. p. 5248.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 28 - Ibidem p. 5269.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 29 - Elias Forneris, &#171; Quand Simone Weil vivait &#224; Londres &#187;, Tocqueville 21, le 27 ao&#251;t 2021, disponible via ce lien : &lt;a href=&#034;https://tocqueville21.com/tribunes/simone-weil-a-londres/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://tocqueville21.com/tribunes/simone-weil-a-londres/&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 30 - Simone Weil, Una costituente..., op. cit. p. 5269.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 31 - Simone Weil, L'enracinement. Pr&#233;lude &#224; une d&#233;claration des devoirs envers l'&#234;tre humain, Payot &amp; Rivages, Paris, 2021, p. 17.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 32 - Cette liste pourrait sembler ambig&#252;e et susciter des doutes sur l'orientation de la pens&#233;e de Simone Weil. Afin de clarifier le sens de chacun de ces termes, L'Enracinement offre une d&#233;finition et une description de chaque besoin de l'&#226;me, au niveau th&#233;orique ainsi qu'au niveau pratique par des exemples concrets des m&#233;canismes qui se produisent dans la soci&#233;t&#233;, qu'il n'est pas possible d'approfondir dans ce r&#233;cit.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 33 - Simone Weil, L'enracinement. Pr&#233;lude&#8230;, op. cit., p. 15.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 34 - Ibidem p. 15.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 35 - Ibidem p. 55.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 36 - Ibidem p. 56. Pour Simone Weil, la conqu&#234;te militaire est &#171; toujours un mal &#187;, mais elle distingue plusieurs degr&#233;s de d&#233;racinement. Le d&#233;racinement est &#171; au minimum &#187; quand les conqu&#233;rants s'installent dans le pays conquis, se m&#233;langeant &#224; la population et prennent les racines eux-m&#234;mes. Quand le conqu&#233;rant reste &#233;tranger au territoire dont il devient possesseur, &#171; le d&#233;racinement est une maladie presque mortelle pour les populations soumises &#187;. Il atteint &#171; le degr&#233; plus aigu quand il y a d&#233;portations massives, comme dans l'Europe occup&#233;e par l'Allemagne &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 37 - Ibidem.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 38 - Ibidem p. 58.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 39 - Ibidem p. 174.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 40 - Ibidem p. 111.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 41 - Ibidem p. 136.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 42 - Robert Chenavier dans &#171; Avoir raison avec Simone Weil &#8211; une intellectuelle engag&#233;e &#187; d'A&#239;da N'Diaye, France Culture, disponible via ce lien : &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec/avoir-raison-avec-simone-weil-45-une-intellectuelle-engagee&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec/avoir-raison-avec-simone-weil-45-une-intellectuelle-engagee&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 43 - Simone Weil, L'enracinement, pr&#233;lude&#8230; &#187;, op. cit. p. 141.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 44 - Robert Chenavier dans &#171; Avoir raison avec Simone Weil &#187;, op. cit.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 45 - Ibidem.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 46 - Souleymane Bachir Diagne, dans Mondialisation ou globalisation ? Les le&#231;ons de Simone Weil, &#233;d. Coll&#232;ge de France 2019, p. 64.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 47 - Ibidem p.66.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 48 - Pascale Devette, dans &#171; Avoir raison avec Simone Weil&#8230; &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec/une-vie-au-travail&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec/une-vie-au-travail&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 49 - Ibidem.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 50 - Ibidem.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 51 - Le rapporteur sp&#233;cial des Nations Unies sur les formes contemporaines d'esclavage estimait en 2018 que plus de 400 000 ouvriers agricoles en Italie &#233;taient expos&#233;s &#224; l'exploitation et que pr&#232;s de 100 000 vivaient dans des &#171; conditions inhumaines &#187;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 52 - Pour approfondir, Marco Omizzolo, Sotto padrone. Uomini, donne e caporali nell'agromafia italiana, Ed. Fondazione Giangiacomo Feltrinelli 2019.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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