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	<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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	<description>Presse f&#233;d&#233;raliste diffuse des publications relatives au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en et mondial.</description>
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		<title>Presse f&#233;d&#233;raliste</title>
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		<title>Qu'est-ce que le gouvernement f&#233;d&#233;ral ?</title>
		<link>https://www.pressefederaliste.eu/Qu-est-ce-que-le-gouvernement</link>
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		<dc:date>2008-04-14T22:32:31Z</dc:date>
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		<dc:creator>Kenneth C. Wheare</dc:creator>



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&lt;p&gt;[sommaire] &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement f&#233;d&#233;ral est une chose dont la plupart des gens, dans le Royaume uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord n'ont aucune exp&#233;rience directe et personnelle, et il leur est difficile, par cons&#233;quent, de comprendre ce que c'est. De plus quand ils le rencontrent, de temps &#224; autre, dans les journaux, ils trouvent &#233;galement difficile de comprendre &#224; quoi il sert, et pourquoi un tel syst&#232;me de gouvernement a bien pu &#234;tre invent&#233;. Car, lorsque le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-kenneth-c-wheare-" rel="directory"&gt;Kenneth C. WHEARE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[sommaire]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral est une chose dont la plupart des gens, dans le Royaume uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord n'ont aucune exp&#233;rience directe et personnelle, et il leur est difficile, par cons&#233;quent, de comprendre ce que c'est. De plus quand ils le rencontrent, de temps &#224; autre, dans les journaux, ils trouvent &#233;galement difficile de comprendre &#224; quoi il sert, et pourquoi un tel syst&#232;me de gouvernement a bien pu &#234;tre invent&#233;. Car, lorsque le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral des Etats-Unis, du Canada ou de l'Australie est dans l'actualit&#233;, c'est g&#233;n&#233;ralement parce que quelque l&#233;gislation vot&#233;e en bonne et due forme par la l&#233;gislature d'un de ces pays, ou par une partie de cet appareil l&#233;gislatif, a &#233;t&#233; invalid&#233;e par l'autorit&#233; juridique supr&#234;me de la f&#233;d&#233;ration. Les habitants de notre pays ne sont pas habitu&#233;s &#224; un tel syst&#232;me. Ils sont habitu&#233;s &#224; une forme de gouvernement dont l'une des caract&#233;ristiques essentielles est qu'un seul appareil l&#233;gislatif &#171; le Roi-dans-son-Parlement &#187;, &#224; Westminster, a autorit&#233; pour faire les lois pour tout le Royaume uni, sur tous les sujets quels qu'ils soient ; et &#224; ce que ces lois, une fois vot&#233;es, pr&#233;valent sur les r&#232;gles &#233;nonc&#233;es par tout autre corps du royaume et soient accept&#233;es par les cours de justice comme des lois valides et supr&#234;mes. Le r&#233;sultat c'est que les gens de ce pays peuvent se demander si les actes du Parlement sont de bonnes lois, mais qu'ils n'ont aucun doute que ce sont bien des lois valables. Dans une f&#233;d&#233;ration il n'en va pas de m&#234;me : l&#224;, il n'est pas possible pour une cour de d&#233;clarer que des lois qui sont presque universellement reconnues comme de bonnes lois ne sont pas une l&#233;gislation valable. Cette obstruction institutionnelle, dans une f&#233;d&#233;ration, de la volont&#233; des repr&#233;sentants &#233;lus du peuple exprim&#233;e dans les actes de la l&#233;gislature, nous parait un syst&#232;me &#233;trange. Pourquoi les gens adoptent-ils une telle forme de gouvernement et pourquoi continuent-ils de la tol&#233;rer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une communaut&#233; dans le Royaume uni qui aura plus de facilit&#233;s que les autres &#224; comprendre la nature du gouvernement f&#233;d&#233;ral et ce &#224; quoi il sert : ce sont les habitants de l'Irlande du Nord. Car les habitants de l'Irlande du Nord ont ceci de commun avec ceux d'une f&#233;d&#233;ration que leurs vies sont r&#233;gl&#233;es non pas par un seul parlement mais par deux. La vie des gens dans le restant du Royaume uni -l'Angleterre, l'Ecosse et le Pays de Galles- est r&#233;gie par un seul Parlement : le Parlement de Westminster qui a autorit&#233; pour r&#233;gler toutes leurs affaires . L'Irlande du Nord partage ce Parlement de Westminster avec le reste du Royaume uni pour la r&#233;gularisation de certains sujets r&#233;serv&#233;s, par exemple, la d&#233;fense, les affaires &#233;trang&#232;res, la navigation a&#233;rienne, le commerce ext&#233;rieur, les &#233;trangers et la naturalisation, la monnaie, le copyright, la succession au tr&#244;ne, la marine marchande -tous sujets d'int&#233;r&#234;t commun pour l'ensemble du Royaume uni. Pour la r&#233;glementation de tous les autres domaines, le peuple d'Irlande du Nord a son propre parlement, &#224; Stormont, pr&#232;s de Belfast ; et ils sont libres de faire des lois concernant la paix, l'ordre et le bon gouvernement de l'Irlande du Nord. L'objet de ce syst&#232;me c'est clairement que les questions qui touchent en premier lieu l'Irlande du Nord soient r&#233;gl&#233;es en Irlande du Nord et que le reste du Royaume uni soit r&#233;gi en commun par un Parlement &#224; Westminster au sein duquel l'Irlande du Nord est habilit&#233;e &#224; coop&#233;rer par ses propres repr&#233;sentants avec ceux des autres parties du Royaume uni.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que n'est pas le gouvernement f&#233;d&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais un tel syst&#232;me n'est pas le gouvernement f&#233;d&#233;ral. Il poss&#232;de certaines de ses caract&#233;ristiques mais pas toutes. Il y a une division des fonctions au Royaume uni entre un Parlement ayant autorit&#233; dans certains domaines et une assembl&#233;e ayant autorit&#233; dans d'autres domaines pour une partie seulement du royaume. La division des fonctions entre des assembl&#233;es est une caract&#233;ristique du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Une simple division des fonctions, cependant, ne suffit pas pour d&#233;finir le f&#233;d&#233;ralisme. La division doit &#234;tre faite d'une certaine fa&#231;on et, au Royaume uni, tel n'est pas le cas. Les pouvoirs du Parlement de Stormont d&#233;pendent du Parlement de Westminster et ils peuvent &#234;tre accrus ou diminu&#233;s, voire totalement abolis, par ce dernier. De plus, bien que le Parlement d'Irlande du Nord ne soit pas autoris&#233; &#224; l&#233;gif&#233;rer sur certains sujets r&#233;serv&#233;s pour la l&#233;gislature du Parlement du Royaume uni, celui-ci n'est pas limit&#233; &#224; ce seul domaine r&#233;serv&#233;. Il peut faire des lois sur n'importe quel sujet touchant &#224; l'Irlande du Nord, et si ces lois sont en conflit avec des lois vot&#233;es par le Parlement de Stormont, dans n'importe quel domaine, alors, ce sont les lois du Parlement du Royaume uni qui pr&#233;valent. Il n'y a eu aucune modification du principe que le Parlement du Royaume uni puisse l&#233;gif&#233;rer dans n'importe quel domaine, quel qu'il soit et pour tout le royaume. Tout ce qui s'est pass&#233; dans le cas de l'Irlande du Nord, c'est que le Parlement du Royaume uni a d&#233;fini une certaine sph&#232;re dans laquelle le Parlement d'Irlande du Nord n'est pas autoris&#233; &#224; l&#233;gif&#233;rer et qui se trouve donc sous le contr&#244;le exclusif du Parlement de Westminster . Il sous-entend par cette division qu'il n'a pas l'intention, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, de s'immiscer dans la sph&#232;re qu'il a conf&#233;r&#233;e au Parlement d'Irlande du Nord, bien qu'il en ait l&#233;galement le pouvoir, et qu'il s'en tiendra &#224; son propre domaine r&#233;serv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc l'essence de ce syst&#232;me c'est que le Parlement de Stormont est subordonn&#233; &#224; celui du Royaume uni ; il tient ses pouvoirs de ce dernier, qui les d&#233;tient lui, selon son bon plaisir et les exerce &#224; sa convenance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les actes du Parlement d'Irlande du Nord, s'ils transgressent la sph&#232;re qui leur est impartie sont nuls et non avenus ; les lois du Parlement du Royaume uni, sur quelque sujet que ce soit sont valides et pr&#233;valent. Ce n'est pas le f&#233;d&#233;ralisme mais la d&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'adjectif &#171; f&#233;d&#233;ral &#187; ne peut pas s'appliquer &#224; un syst&#232;me o&#249; les gouvernements des composantes d'un territoire, sont, sur le mod&#232;le de l'Irlande du Nord, subordonn&#233;s au gouvernement de l'ensemble du territoire, il ne peut pas non plus s'appliquer &#224; un syst&#232;me o&#249; le gouvernement de tout le territoire est subordonn&#233; aux gouvernements des parties composantes. Un syst&#232;me de cette esp&#232;ce -quelque fois appel&#233; conf&#233;d&#233;ration, ou ligue- fut essay&#233; par les treize colonies am&#233;ricaines avant qu'elles n'adoptent leur syst&#232;me f&#233;d&#233;ral actuel par la Constitution de 1787 . Dix ans plus t&#244;t ils avaient r&#233;dig&#233; les Articles de la Conf&#233;d&#233;ration, en vertu desquels ils avaient &#233;tabli un Congr&#232;s des Etats-Unis avec pour seuls et exclusifs droits ceux de d&#233;cider de la guerre et de la paix, de signer des trait&#233;s et alliances, de g&#233;rer la monnaie, d'&#233;tablir et de r&#233;glementer les postes d'un Etat &#224; un autre, ainsi que les forces terrestres et navales au service des Etats-Unis. Mais ce Congr&#232;s &#233;tait compos&#233; de d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacun des Etats ; ses d&#233;cisions sur la plupart des sujets importants exigeaient l'assentiment de neuf Etats pour &#234;tre effectives -et il n'avait pas le pouvoir d'&#233;tablir des imp&#244;ts pour collecter les taxes afin de mettre en &#339;uvre ses services. Ainsi &#233;tabli, le gouvernement des Etats-Unis n'&#233;tait nullement un gouvernement s&#233;par&#233;, autonome, supr&#234;me dans sa propre sph&#232;re, mais un gouvernement subordonn&#233; aux gouvernements des Etats dont une minorit&#233; pouvait suffire &#224; emp&#234;cher le Congr&#232;s des Etats-Unis de prendre des d&#233;cisions qu'ils d&#233;sapprouvaient et chacun d'entre eux conservait entre ses mains, gr&#226;ce &#224; son droit exclusif de lever des imp&#244;ts, le pouvoir de nullifier (annuler) les d&#233;cisions du Congr&#232;s en ne collectant pas les sommes n&#233;cessaires &#224; leur ex&#233;cution. Ceci, encore, ce n'est pas le f&#233;d&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qu'est le gouvernement f&#233;d&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors, qu'est-ce que le f&#233;d&#233;ralisme ? Son essence, consiste, je pense, en ceci : que dans un syst&#232;me f&#233;d&#233;ral les fonctions de gouvernement sont divis&#233;es de telle fa&#231;on que la relation entre le gouvernement qui a autorit&#233; sur tout le territoire et les gouvernements qui ont autorit&#233; sur des parties du territoire, n'est pas une relation de sup&#233;rieur &#224; subordonn&#233;s, comme c'est le cas dans la relation entre le Parlement de Westminster et le Parlement de Stormont, mais que c'est une relation de partenaires coordonn&#233;s dans le processus gouvernemental. Dans le gouvernement f&#233;d&#233;ral il y a une division des fonctions gouvernementales entre une autorit&#233;, habituellement appel&#233;e gouvernement f&#233;d&#233;ral, qui a pouvoir de r&#233;gler certaines questions pour tout le territoire et un ensemble d'autorit&#233;s, habituellement appel&#233;es gouvernements des Etats, qui ont pouvoir de r&#233;gler certaines autres questions pour les parties composantes du territoire. Cette division, on l'a dit, est faite d'une certaine fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la r&#233;partition effective des fonctions entre gouvernement f&#233;d&#233;ral et gouvernements des Etats, ne peut pas &#234;tre modifi&#233;e, ni par le gouvernement f&#233;d&#233;ral agissant de son propre chef, ni par les gouvernements des Etats agissant seuls, et deuxi&#232;mement, l'exercice par le gouvernement f&#233;d&#233;ral des fonctions qui lui sont attribu&#233;es ne peut pas &#234;tre contr&#244;l&#233; par les gouvernements des Etats, ni vice versa. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral signifie donc une division des fonctions entre des autorit&#233;s coordonn&#233;es, des autorit&#233;s qui ne sont nullement subordonn&#233;es les unes aux autres, ni dans l'&#233;tendue, ni dans l'exercice des fonctions qui leur sont attribu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A quoi sert le gouvernement f&#233;d&#233;ral ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si c'est cela le gouvernement f&#233;d&#233;ral, &#224; quoi sert-il ? Pourquoi est-ce qu'on l'adopte ? Pourquoi les gens ne se contentent-ils pas de la d&#233;volution ? On peut donner une r&#233;ponse br&#232;ve &#224; ces questions : si tout ce que les gens veulent, c'est pouvoir r&#233;gler les affaires locales localement d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, et s'ils sont pr&#234;ts &#224; laisser en m&#234;me temps &#224; un parlement national non seulement le pouvoir de r&#233;gler les affaires nationales mais aussi le pouvoir de r&#233;gler les affaires locales, si cela lui chante, c'est-&#224;-dire une supr&#233;matie potentielle sur toutes les questions quelles qu'elles soient du territoire, alors un syst&#232;me de d&#233;volution suffira. Ce syst&#232;me &#233;tait consid&#233;r&#233; comme appropri&#233; pour les besoins de l'Irlande du Nord. Il fut &#233;galement adopt&#233; dans l'Union Sud-Africaine : ici, chacune des quatre provinces de l'Union a (en fait avait. Ndt) un conseil provincial qui a (avait) le pouvoir de prendre les ordonnances sur les questions qui lui ont (avaient) &#233;t&#233; attribu&#233;es par la Constitution. Parmi les domaines ainsi attribu&#233;s se trouvaient l'&#233;ducation &#233;l&#233;mentaire, l'agriculture, les h&#244;pitaux, les autorit&#233;s locales, les ponts et chauss&#233;es et les imp&#244;ts provinciaux &#224; des fins provinciales. De telle fa&#231;on il y a (avait) un contr&#244;le local des affaires locales. Mais toutes les ordonnances provinciales exigent (exigeaient) l'assentiment du Gouverneur g&#233;n&#233;ral de l'Union, c'est-&#224;-dire du gouvernement de l'Union. De plus, le Parlement de l'Union conserve (conservait) le pouvoir, non seulement, de l&#233;gif&#233;rer sur les questions d'importance pour toute l'Union, mais aussi d'envahir les sph&#232;res attribu&#233;es aux Conseils provinciaux dans la Constitution et de suspendre, ou nullifier, les ordonnances provinciales. Ce syst&#232;me convient (convenait) aussi longtemps que les provinces de l'Union ne d&#233;sirent (d&#233;siraient) pas avoir un contr&#244;le absolu, garanti et exclusif de certains domaines. Si elles souhaitent effectivement cette division plus radicale des fonctions, c'est alors le f&#233;d&#233;ralisme et non plus la d&#233;volution, qui est le syst&#232;me de gouvernement appropri&#233;. Par cons&#233;quent, c'est seulement quand des communaut&#233;s territoriales sont dispos&#233;es &#224; coop&#233;rer les unes avec les autres pour la r&#233;gulation de certaines questions, et seulement de ces questions, et quand elles sont d&#233;cid&#233;es en m&#234;me temps &#224; demeurer s&#233;par&#233;es et supr&#234;mes, chacune sur son propre territoire pour la r&#233;gulation d'autres questions, que le gouvernement f&#233;d&#233;ral est appropri&#233;. Le f&#233;d&#233;ralisme r&#233;pond &#224; ce d&#233;sir de coop&#233;ration dans certains domaines associ&#233; &#224; la d&#233;termination de rester s&#233;par&#233;s dans d'autres. C'est parce que les colonies am&#233;ricaines avaient cette attitude les unes par rapport aux autres qu'elles form&#232;rent la f&#233;d&#233;ration des Etats-Unis d'Am&#233;rique, en &#233;num&#233;rant dans leur constitution les domaines qu'elles conc&#233;daient au Congr&#232;s f&#233;d&#233;ral pour leur r&#233;gulation -le commerce ext&#233;rieur, le commerce inter-Etats, la monnaie, la naturalisation, la poste, le copyright, la d&#233;fense et ainsi de suite. La liste des sujets f&#233;d&#233;raux est tr&#232;s semblable &#224; la liste des sujets r&#233;serv&#233;s pour leur r&#233;gulation par le Parlement du Royaume uni, relativement &#224; l'Irlande du Nord, mais la relation du Congr&#232;s f&#233;d&#233;ral par rapport &#224; un gouvernement d'Etat aux Etats-Unis est tr&#232;s diff&#233;rente de celle du Parlement du Royaume uni par rapport au Parlement d'Irlande du Nord. Le Congr&#232;s des Etats-Unis ne peut l&#233;gif&#233;rer sur aucun sujet en dehors de ceux qui sont list&#233;s dans la constitution et ne peut donc pas envahir la sph&#232;re des comp&#233;tences des Etats : tandis que le Parlement du Royaume uni, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, peut l&#233;gif&#233;rer, sur n'importe quelle question en Irlande du Nord. Des arrangements similaires ont &#233;t&#233; faits en Australie et au Canada de fa&#231;on &#224; r&#233;pondre au d&#233;sir des colonies, dans ces territoires, de coop&#233;rer dans certains domaines et de conserver un pouvoir de r&#233;gulation s&#233;par&#233; dans d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A quoi ressemble le gouvernement f&#233;d&#233;ral ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; d'expliquer ce qu'est le gouvernement f&#233;d&#233;ral et &#224; quoi il sert. On peut ensuite se demander : &#224; quoi ressemble-t-il ? L'appareil gouvernemental, dans une f&#233;d&#233;ration, est-il arrang&#233; d'une fa&#231;on sp&#233;ciale ? Y a-t-il des traits caract&#233;ristiques qui distinguent les institutions d'un gouvernement f&#233;d&#233;ral ? Il y en a. Et deux ou trois peuvent &#234;tre mentionn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, comme le gouvernement f&#233;d&#233;ral implique une division des fonctions et comme les Etats qui forment la f&#233;d&#233;ration demandent que cette division soit explicite et garantie et qu'ils n'abandonnent pas davantage de pouvoirs qu'ils ne le pensent, il est essentiel pour un gouvernement f&#233;d&#233;ral qu'il y ait une constitution &#233;crite qui mat&#233;rialise la division des pouvoirs et qui lie toutes les autorit&#233;s gouvernementales dans l'ensemble de la f&#233;d&#233;ration. De cette constitution toutes les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales et toutes les autorit&#233;s d'Etat tirent leurs pouvoirs et toutes les actions qu'ils ex&#233;cutent et qui y sont contraires sont invalides. La constitution doit &#234;tre la loi du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi, que les Etats-Unis, l'Australie, le Canada, et la Suisse ont tous des constitutions &#233;crites dans lesquelles on trouve inscrites les limites des pouvoirs attribu&#233;s respectivement au gouvernement f&#233;d&#233;ral, d'Etat ou provincial, cantonal. La Constitution des Etats-Unis se d&#233;clare elle-m&#234;me : &#171; la loi supr&#234;me du pays ; et les juges dans chaque Etat seront li&#233;s par celle-ci, m&#234;me s'il y a dans la Constitution ou les lois de n'importe quel Etat des articles contraires &#224; celle-ci. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, si la division des pouvoirs doit &#234;tre garantie et si la constitution qui incarne la division doit-&#234;tre contraignante pour le gouvernement f&#233;d&#233;ral aussi bien que pour les gouvernements des Etats, il s'ensuit que le pouvoir d'amender la partie de la constitution qui incarne la division des pouvoirs ne peut &#234;tre conf&#233;r&#233; ni au gouvernement f&#233;d&#233;ral agissant de son propre chef ni aux gouvernements des Etats agissant seuls. Il est pr&#233;f&#233;rable, bien que non essentiel au f&#233;d&#233;ralisme, que le pouvoir soit exerc&#233; par les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales et aux autorit&#233;s des Etats agissant en coop&#233;ration, comme c'est le cas, par exemple aux Etats-Unis, o&#249; les amendements doivent &#234;tre approuv&#233;s par une majorit&#233; des deux tiers, dans les deux assembl&#233;es du Congr&#232;s, en m&#234;me temps qu'&#224; une majorit&#233; simple des chambres des trois quarts des Etats. En Australie et en Suisse, le peuple est associ&#233; au processus d'amendement par voie de referendum. Le pouvoir d'amendement peut encore &#234;tre investi dans une autorit&#233; ext&#233;rieure, comme c'est le cas au Canada, dont la constitution ne peut &#234;tre amend&#233;e que par le Parlement du Royaume uni . Mais, quelque soit l'arrangement utilis&#233;, la chose essentielle c'est que, ni le gouvernement f&#233;d&#233;ral, ni les gouvernements des Etats, ne soient autoris&#233;s &#224; modifier unilat&#233;ralement l'&#233;tendue des pouvoirs qu'ils exercent, car s'ils pouvaient le faire, le f&#233;d&#233;ralisme s'en trouverait modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, s'il doit y avoir une division des pouvoirs et si cette division doit &#234;tre inscrite dans une constitution il s'ensuit que dans tout cas de dispute entre le gouvernement des Etats et le gouvernement f&#233;d&#233;ral quant &#224; l'extension des pouvoirs qui leur sont attribu&#233;s par la constitution, un organisme autre que les gouvernements des Etats ou le gouvernement f&#233;d&#233;ral, doit &#234;tre autoris&#233; &#224; trancher en ce qui concerne ces conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par hasard, donc, qu'il existe, aux Etats-Unis, en Australie et au Canada, une institution de cette sorte. Les Etats-Unis ont leur Cour supr&#234;me ; l'Australie a une Haute Cour, avec, dans certains cas, le Comit&#233; judiciaire du Conseil priv&#233;. La Suisse n'a pas d'institution qui exerce pleinement cette fonction et dans cette mesure son syst&#232;me est incompl&#232;tement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conflits sur les limites du pouvoir des Etats et celles du pouvoir f&#233;d&#233;ral sont monnaie courante dans une f&#233;d&#233;ration, et occupent de nombreux juristes. En fait, on peut dire que le f&#233;d&#233;ralisme ne pourrait pas vivre sans les juristes ; et que les juristes, peut-&#234;tre, ne vivraient pas aussi bien sans le f&#233;d&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement si les autorit&#233;s de gouvernement dans une f&#233;d&#233;ration veulent &#234;tre v&#233;ritablement coordonn&#233;es dans la pratique aussi bien qu'en droit, il est essentiel que soient disponibles pour chacune d'entre elles, sous un seul et unique contr&#244;le, des ressources financi&#232;res suffisantes pour le fonctionnement des fonctions qui lui sont assign&#233;es de par la constitution. Il n'est pas bon d'attribuer des fonctions &#224; l'autorit&#233; f&#233;d&#233;rale ou &#224; l'autorit&#233; d'Etat et d'inventer des limitations et barri&#232;res l&#233;gales de fa&#231;on &#224; ce que chacune soit strictement limit&#233;e &#224; l'ex&#233;cution de ses fonctions relatives, &#224; moins qu'en m&#234;me temps on ait pr&#233;vu de fa&#231;on ad&#233;quate que chaque autorit&#233; ait les moyens d'accomplir sa t&#226;che sans avoir besoin de faire appel &#224; l'autre pour une assistance financi&#232;re. Car si les autorit&#233;s d'Etat, par exemple, trouvent que les services qui leur sont attribu&#233;s sont trop on&#233;reux pour qu'elles les fournissent, et si elles demandent &#224; l'autorit&#233; f&#233;d&#233;rale des subventions ou des financements pour les assister, elles ne sont plus coordonn&#233;es avec le gouvernement f&#233;d&#233;ral, elles lui sont subordonn&#233;es. La subordination financi&#232;re marque en fait, la fin du f&#233;d&#233;ralisme, peu importe avec quel soin les formes l&#233;gales semblent pr&#233;serv&#233;es. Il s'ensuit, par cons&#233;quent, que les autorit&#233;s d'Etat comme les autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales dans une f&#233;d&#233;ration doivent recevoir le pouvoir, dans la constitution, d'avoir acc&#232;s, les unes et les autres, &#224; des ressources financi&#232;res suffisantes et qu'elles peuvent contr&#244;ler de fa&#231;on autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque pouvoir doit avoir la possibilit&#233; de taxer et d'emprunter par lui m&#234;me pour financer ses propres services. Il n'est pas facile de concevoir et de mettre au point une division des pouvoirs financiers et de taxation au d&#233;but d'une f&#233;d&#233;ration qui satisfassent infailliblement ce crit&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vraisemblable qu'aucune pr&#233;vision fiable ne pourra &#234;tre faite du co&#251;t des services attribu&#233;s aux autorit&#233;s respectives ni du rendement des pouvoirs de taxation attribu&#233;s &#224; chacune. L'exp&#233;rience pourra montrer qu'une certaine modification de la division des services et des ressources s'av&#232;re n&#233;cessaire. Il faut s'y attendre et y pourvoir, sinon le syst&#232;me de gouvernement f&#233;d&#233;ral ne tardera pas &#224; se disloquer, dans la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quatre &#233;l&#233;ments -une constitution supr&#234;me &#233;crite, un processus d'amendement qui ne puisse pas &#234;tre actionn&#233; par le gouvernement f&#233;d&#233;ral ou le gouvernement d'un Etat agissant seul, une cour supr&#234;me qui d&#233;termine le sens de la constitution en cas de dispute, et l'autonomie financi&#232;re pour chacune des autorit&#233;s coordonn&#233;es- semblent &#234;tre certains des traits essentiels d'un syst&#232;me de gouvernement f&#233;d&#233;ral. Il y a d'autres traits que certains -ou tous les gouvernements f&#233;d&#233;raux- poss&#232;dent par exemple, une repr&#233;sentation &#233;gale pour chacun des Etats dans la Chambre haute du Parlement f&#233;d&#233;ral, comme en Australie, au Canada et aux Etats-Unis ; ou la s&#233;paration des personnes composant le gouvernement, l'ex&#233;cutif et le judiciaire, comme aux Etats-Unis. Ceci peut conduire au bon fonctionnement d'un gouvernement f&#233;d&#233;ral particulier. Mails il n'y a pas de cons&#233;quences essentielles sur sa nature f&#233;d&#233;rale. On peut ne pas les trouver dans une constitution et cette constitution peut, cependant, rester f&#233;d&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral peut &#234;tre modifi&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La tonalit&#233; de mon pamphlet est dogmatique. J'ai expos&#233; de fa&#231;on claire et radicale un crit&#232;re du gouvernement f&#233;d&#233;ral -la division bien d&#233;limit&#233;e et coordonn&#233;e des fonctions gouvernementales- ce qui implique que dans la mesure ou un syst&#232;me de gouvernement ne se conforme pas &#224; ce crit&#232;re il n'a pas le droit de se dire f&#233;d&#233;ral. Ceci, c'est mon point de vue. Mais je dois dire tout de suite que ce n'est pas une opinion qui serait int&#233;gralement accept&#233;e par tous ceux qui &#233;tudient les institutions politiques. Beaucoup d'entre eux le trouveraient trop rigide. Pour att&#233;nuer mon dogmatisme dans la d&#233;finition du f&#233;d&#233;ralisme, je pense qu'il est important de dire cela. Il ne faut pas entendre que j'argumente que, parce qu'un Etat ne peut pas se d&#233;finir comme un Etat f&#233;d&#233;ral orthodoxe, il est par cons&#233;quent condamn&#233; politiquement. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral, pur et sans m&#233;lange, n'est pas forc&#233;ment partout et toujours un bon gouvernement. Quelques modifications dans la division compl&#232;tement d&#233;limit&#233;e et coordonn&#233;e caract&#233;ristique du f&#233;d&#233;ralisme peuvent &#234;tre essentielles, si un bon gouvernement, ou un gouvernement efficace et d&#233;cisif veut &#234;tre mis en &#339;uvre dans une communaut&#233; donn&#233;e. Il peut &#234;tre plus sage pour un groupe d'Etats qui construisent un syst&#232;me pour eux-m&#234;mes d'adopter un f&#233;d&#233;ralisme strict dans certaines mati&#232;res et un f&#233;d&#233;ralisme modifi&#233; ou pas de f&#233;d&#233;ralisme du tout dans d'autres domaines. Le f&#233;d&#233;ralisme n'est pas une fin en soi. C'est un moyen de fournir un syst&#232;me de gouvernement dans des circonstances ou des gens sont pr&#234;ts &#224; abandonner certains pouvoirs limit&#233;s et souhaitent conserver d'autres pouvoirs limit&#233;s, ces deux classes de pouvoirs pouvant &#234;tre exerc&#233;s par des autorit&#233;s coordonn&#233;es. L&#224; o&#249; cette condition n'existe pas le f&#233;d&#233;ralisme n'est pas n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un examen des gouvernements qu'on appelle g&#233;n&#233;ralement des f&#233;d&#233;rations r&#233;v&#232;le le fait que peu d'entre eux sont int&#233;gralement f&#233;d&#233;raux. Dans la plupart d'entre eux des modifications du f&#233;d&#233;ralisme strict ont &#233;t&#233; introduites, et du point de vue de l'auteur de ces lignes ils ne s'en portent pas plus mal. Le Canada est le meilleur exemple . Le gouvernement f&#233;d&#233;ral au Canada a re&#231;u certains pouvoirs dans la constitution pour contr&#244;ler la mani&#232;re dont les gouvernements provinciaux exercent les pouvoirs qui leur sont attribu&#233;s. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral nomme et peut d&#233;mettre le lieutenant-gouverneur dans une province, le chef nominal du gouvernement provincial, il peut lui demander de refuser d'approuver une loi vot&#233;e en bonne et due forme par la l&#233;gislature provinciale et la r&#233;server pour &#171; la signification du bon plaisir &#187; du gouverneur-g&#233;n&#233;ral du Canada, qui est le chef du gouvernement f&#233;d&#233;ral et qui agit sur les conseils des ministres f&#233;d&#233;raux ; et il peut rejeter n'importe quelle loi d'une l&#233;gislature provinciale, m&#234;me si elle a &#233;t&#233; vot&#233;e en bonne et due forme par la l&#233;gislature et a re&#231;u l'approbation du lieutenant-gouverneur. Ces pouvoirs ne sont en aucun cas lettre morte : ils ont &#233;t&#233; exerc&#233;s (ces derni&#232;res ann&#233;es) pour nullifier une partie de la l&#233;gislation vot&#233;e par le gouvernement du Cr&#233;dit social de la Province d'Alberta dont le gouvernement f&#233;d&#233;ral canadien n'approuvait pas la politique. Le r&#233;sultat de ces dispositions c'est que les gouvernements provinciaux du Canada, quand ils mettent en &#339;uvre le processus l&#233;gislatif sur les sujets qui leur sont attribu&#233;s par la constitution canadienne sont clairement subordonn&#233;s et non pas coordonn&#233;s au gouvernement f&#233;d&#233;ral, et, dans cette mesure, le f&#233;d&#233;ralisme est modifi&#233;. Ces modifications peuvent &#234;tre justifi&#233;es par la raison qu'elles apportent de l'uniformit&#233; et de l'unit&#233; l&#224; o&#249; il peut y en avoir besoin et qu'elles contrebalancent un exc&#232;s de s&#233;paratisme toujours inh&#233;rent dans le f&#233;d&#233;ralisme, et qui pourrait mettre en danger l'int&#233;grit&#233; de la f&#233;d&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple de modification du f&#233;d&#233;ralisme strict se trouve dans la disposition dans certains Etats f&#233;d&#233;raux, que le pouvoir de l&#233;gif&#233;rer sur de nombreux et importants sujets n'est pas donn&#233; exclusivement &#224; l'autorit&#233; f&#233;d&#233;rale ou aux autorit&#233;s des Etats mais est conf&#233;r&#233; &#233;galement aux deux avec une disposition que, en cas de conflit, la l&#233;gislation d'une seule autorit&#233; -d'habitude la l&#233;gislature f&#233;d&#233;rale- pr&#233;vale sur celle de l'autre. Ceci se produit en Australie, et aux Etats-Unis, par exemple, et dans une moindre mesure au Canada. En Australie et aux Etats-Unis la plupart des sujets qui sont donn&#233;s &#224; la l&#233;gislature f&#233;d&#233;rale sont des sujets sur lesquels les l&#233;gislatures des Etats peuvent &#233;galement l&#233;gif&#233;rer &#224; moins que, et jusqu'&#224; ce qu'une l&#233;gislation f&#233;d&#233;rale ne soit vot&#233;e en ce qui les concerne, sur quoi la l&#233;gislation d'Etat doit c&#233;der le pas &#224; la l&#233;gislation f&#233;d&#233;rale en cas de conflit. Ce pouvoir de l&#233;gislation simultan&#233;e est consid&#233;r&#233;, par de nombreux observateurs, comme contraire &#224; la stricte doctrine du f&#233;d&#233;ralisme, mais il est &#233;vident qu'il peut, n&#233;anmoins, introduire dans le gouvernement une flexibilit&#233;, une vari&#233;t&#233; et une possibilit&#233; d'exp&#233;rimentation appr&#233;ciables et dans certains cas indispensables. On ne soulignera jamais trop le fait que, m&#234;me si le f&#233;d&#233;ralisme doit n&#233;cessairement &#234;tre d&#233;fini dogmatiquement, il ne doit pas n&#233;cessairement &#234;tre suivi religieusement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement difficile d'&#233;tablir un gouvernement f&#233;d&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les forces du s&#233;paratisme et de l'individualisme qui rendent le f&#233;d&#233;ralisme n&#233;cessaire rendent presque impossible tout gouvernement d'un super-Etat. Et lorsqu'une f&#233;d&#233;ration a r&#233;ussi &#224; exister avec beaucoup de difficult&#233;, ce n'est qu'avec beaucoup de difficult&#233;s qu'elle continue d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son fonctionnement exige une grande habilit&#233; et du tact. Son succ&#232;s exige une patience &#233;norme et une &#233;norme capacit&#233; de compromis chez les hommes d'Etat qui la mettent en &#339;uvre. Un gouvernement rapide et d&#233;cid&#233; est impossible. Il faut &#233;viter les sujets qui risquent d'entra&#238;ner de profonds d&#233;saccords. Les changements ne peuvent intervenir qu'au rythme du plus lent. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral est un gouvernement conservateur. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral est par dessus tout l&#233;galiste. Il est cr&#233;&#233; et r&#233;gul&#233; par un document l&#233;gal, il est sauvegard&#233; par une cour de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis, le conservatisme et le l&#233;galisme, ce sont l&#224; &#224; la fois les vertus et les vices du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Il est sage de les rappeler quand on propose d'&#233;difier un nouveau gouvernement f&#233;d&#233;ral dans le monde. Ceux qui, effectivement, proposent un tel gouvernement f&#233;d&#233;ral, n&#233;anmoins, peuvent avoir envie de me dire, &#224; ce point : les difficult&#233;s dont vous avez parl&#233; nous semblent bien moins urgentes, et plus &#233;loign&#233;es. Nos plus grandes difficult&#233;s viennent non pas de ceux qui pr&#233;f&#232;rent un gouvernement unitaire pour l'Europe &#224; un gouvernement f&#233;d&#233;ral pour l'Europe mais de ceux qui ne croient pas que n'importe quelle forme de gouvernement, au sens strict du terme, pour l'Europe, soit possible ou souhaitable. Le v&#233;ritable obstacle pour nous, c'est le tenant de l'Etat souverain ind&#233;pendant, et non pas le partisan de l'Etat unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est vrai. Il est vrai &#233;galement qu'ils doivent s'attendre, quand ils surmontent les objections de ceux qui croient &#224; l'Etat ind&#233;pendant et souverain, &#224; faire face, ensuite, aux objections de ceux qui, habitu&#233;s aux certitudes simples du gouvernement unitaire, d&#233;clarent qu'ils ne croient pas au f&#233;d&#233;ralisme. Il m'a paru raisonnable, par cons&#233;quent, de rappeler que le f&#233;d&#233;ralisme n'est pas toujours appropri&#233;, ou facile &#224; faire fonctionner. Il est juste de rappeler, en m&#234;me temps, que, pour le moins, le gouvernement f&#233;d&#233;ral est un gouvernement : c'est l'ordre, pas l'anarchie, c'est, enfin, la paix et non la guerre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Joseph Montchamp.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kenneth C. WHEARE : introduction</title>
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		<dc:date>2008-04-14T22:23:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luigi V. Majocchi</dc:creator>



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&lt;p&gt;A la veille de la seconde guerre mondiale, durant la p&#233;riode qui s'&#233;tend du Pacte de Munich &#224; l'&#233;croulement de la France, au sein de la mouvance du pacifisme britannique et &#224; la suite des id&#233;es novatrices exprim&#233;es par l'am&#233;ricain Clarence Streit dans son ouvrage Union Now , le groupe britannique Federal Union, a su lucidement imputer la guerre &#224; l'anarchie internationale, donner naissance &#224; un large mouvement d'opinion et proposer la formule du gouvernement f&#233;d&#233;ral comme la seule capable de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressefederaliste.eu/-kenneth-c-wheare-" rel="directory"&gt;Kenneth C. WHEARE&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la veille de la seconde guerre mondiale, durant la p&#233;riode qui s'&#233;tend du Pacte de Munich &#224; l'&#233;croulement de la France, au sein de la mouvance du pacifisme britannique et &#224; la suite des id&#233;es novatrices exprim&#233;es par l'am&#233;ricain Clarence Streit dans son ouvrage Union Now , le groupe britannique Federal Union, a su lucidement imputer la guerre &#224; l'anarchie internationale, donner naissance &#224; un large mouvement d'opinion et proposer la formule du gouvernement f&#233;d&#233;ral comme la seule capable de r&#233;soudre le probl&#232;me europ&#233;en et, en perspective, de r&#233;aliser, avec la F&#233;d&#233;ration mondiale, la paix perp&#233;tuelle. Fond&#233; durant l'&#233;t&#233; 1938 &#224; l'initiative de trois jeunes hommes, Charles Kimber, Derek Rawnsley et Patrick Ransome, qui n'acceptaient pas la fatalit&#233; de la guerre, ce mouvement est issu d'une longue tradition de pens&#233;e plongeant ses racines dans la culture du constitutionalisme du 18&#232;me si&#232;cle, d' origine lib&#233;rale, et dans les enseignements de Philip Kerr et Lionel Curtis . En juin 1940, Federal Union compte d&#233;j&#224; 239 sections et plus de 10.000 membres. Parmi ceux-ci, des personnalit&#233;s comme Lord Aston, William Beveridge, Ernest Bevin, Noel Brailsford, William B. Curry, Julian Huxley, Ivor Jennings, C.E. Joad, Harold Laski, Walter Layton, Ronald Mackay, Salvador de Madariaga, Lionel Robbins, Wickham Steed, Arnold Toynbee, C.V. Usborne, Barbara Wootton, les archev&#234;ques de York et Durham, sans compter, naturellement, Philip Kerr et Lionel Curtis. Mais, au del&#224; des adh&#233;sions recueillies, ce qui est extraordinaire c'est le d&#233;bat que Federal Union r&#233;ussit &#224; susciter en y engageant les plus hautes expressions de la pens&#233;e britannique : de Lord Halifax &#224; A. Eden, de Leo Amery &#224; Sir Archibald Sinclair, de N. Chamberlain &#224; Winston Churchill. C'est au cours de ce d&#233;bat que le leader du Parti travailliste, Clement R. Attlee, pronon&#231;a la formule devenue c&#233;l&#232;bre : &#171; L'Europe doit se f&#233;d&#233;rer ou p&#233;rir &#187;. On sait que ce d&#233;ploiement de forces poussa le Foreign Office &#224; &#233;tudier, en mars 1940, le projet d'un &#171; Acte d'association perp&#233;tuelle entre le Royaume uni et la France &#187;, un projet qui, soutenu activement par Jean Monnet, amena Winston Churchill, le 16 juin, c'est-&#224;-dire &#224; la veille de la capitulation fran&#231;aise devant le III &#232;me. Reich, &#224; faire la proposition d'une union indissoluble entre la France et la Grande-Bretagne : &#171; Les deux gouvernements d&#233;clarent que la France et la Grande-Bretagne ne seront plus deux Etats distincts, mais constitueront une union franco-britannique. La constitution de l'Union mettra en place des organes communs pour la d&#233;fense, la politique ext&#233;rieure, les finances et l'&#233;conomie. Tout citoyen fran&#231;ais jouira imm&#233;diatement de la citoyennet&#233; britannique, tout sujet britannique deviendra un citoyen fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; de la propagande usuelle et des initiatives pour influencer la classe politique, Federal Union avait compris que, pour le succ&#232;s de son combat, l'engagement &#224; ses c&#244;t&#233;s du monde de la culture serait d&#233;cisif. La plupart ignorait la cause r&#233;elle de la guerre -la souverainet&#233; absolue des Etats- ; une ignorance qui pr&#233;valait dans le monde du pacifisme et le rendait enclin &#224; l'appeasement et en faisait ainsi un complice objectif du nazisme ; les pr&#233;jug&#233;s qui faisaient consid&#233;rer comme impossible la limitation de cette souverainet&#233; &#233;taient encore plus grands ; l'aveuglement sur l'inad&#233;quation de toute forme de collaboration internationale fond&#233;e sur les bonnes intentions, ou sur l'illusion &#8211;qu'elle soit lib&#233;rale, d&#233;mocrate ou socialiste- de la rendre durable gr&#226;ce au caract&#232;re identique des r&#233;gimes politiques des divers pays, ce qui aurait engendr&#233; spontan&#233;ment et comme un sous-produit la paix, &#233;tait g&#233;n&#233;ral. La faillite de la Soci&#233;t&#233; des nations (SDN) n'avait ouvert les yeux qu'aux seuls f&#233;d&#233;ralistes. Ils &#233;taient les seuls &#224; savoir que seul un gouvernement f&#233;d&#233;ral est en mesure de limiter la souverainet&#233; des Etats en les subordonnant &#224; une loi internationale sanctionn&#233;e par un pouvoir politique international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait faire admettre cette v&#233;rit&#233; &#224; tous ceux qui d&#233;siraient sinc&#232;rement la paix, mais ne connaissaient pas les moyens susceptibles de la r&#233;aliser. Et il fallait donc donner de l'autorit&#233; au point de vue f&#233;d&#233;raliste. Ainsi, en octobre 1939, a &#233;t&#233; fond&#233; &#224; l'initiative de Patrick Ransome le Federal Union Research Institute &#171; pour entreprendre une &#233;tude scientifique des probl&#232;mes pos&#233;s en cas de cr&#233;ation d'une f&#233;d&#233;ration entre des Etats ayant une longue tradition de souverainet&#233; &#187; . Les universitaires les plus s&#233;rieux de l'&#233;poque, pas tous f&#233;d&#233;ralistes, mais tous dispos&#233;s &#224; mettre au service d'une cause juste leur comp&#233;tence reconnue sur les questions qu'ils avaient l'intention d'aborder : de William Beveridge &#224; C.E.M. Joad, de Lionel Robbins &#224; Barbara Wootton, de A.L. Goodhart &#224; K. Zilliacus, furent convi&#233;s &#224; participer. Il y avait &#233;galement parmi eux, Kenneth C. Wheare, un illustre constitutionaliste diplom&#233; d'Oxford, &#224; qui fut confi&#233;e la t&#226;che de d&#233;crire la nature du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Leurs contributions, diffus&#233;es initialement sous la forme de Federal Tracts, furent par la suite recueillies par Patrick Ransome dans le volume Studies in Federal Planning publi&#233; en 1943. Dans sa pr&#233;sentation il &#233;crivait avec une extraordinaire sagacit&#233; : &#171; Le f&#233;d&#233;ralisme ne peut &#234;tre institu&#233; que dans des zones o&#249; le gouvernement supranational est n&#233;cessaire et possible, et il se pr&#233;sente comme quelque chose de plus qu'un simple ersatz d'une association d'Etats ind&#233;pendants au plan mondial, particuli&#232;rement affaiblie. Comme le disait Sir William Beveridge, &#8216;le f&#233;d&#233;ralisme est un rem&#232;de de cheval contre une maladie virulente, pas une lotion tonique &#224; asperger sur le monde'. Lorsque la majeure partie de ces essais ont &#233;t&#233; &#233;crits il semblait que l'aire dans laquelle cette m&#233;decine forte &#233;tait la plus n&#233;cessaire c'&#233;tait celle que l'on appelait d'un terme un peu vague l'Europe occidentale, Allemagne comprise... Beaucoup de choses se sont pass&#233;es depuis et la guerre civile europ&#233;enne est devenue une guerre mondiale &#187;. Il est donc, &#224; l'issue du conflit, difficile de d&#233;terminer le terrain ad&#233;quat pour l'affirmation du f&#233;d&#233;ralisme. Mais il n'est pas difficile d'&#233;tablir que &#171; partout o&#249; l'on entend construire un r&#233;el gouvernement international, en renon&#231;ant &#224; la simple coop&#233;ration internationale, c'est au f&#233;d&#233;ralisme que les architectes du nouvel ordre devront s'adresser s'ils veulent r&#233;aliser un syst&#232;me de gouvernement qui garantisse les aspects essentiels de la libert&#233; individuelle et les conditions de la paix internationale &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans la culture du f&#233;d&#233;ralisme constitutionnel, si l'on fait abstraction de sa cr&#233;ation qui co&#239;ncide avec les premi&#232;res r&#233;flexions de Alexander Hamilton, l'essai de Kenneth C. Wheare que nous reproduisons ici int&#233;gralement, constitue un v&#233;ritable jalon. Le discours est toujours limpide et clair, l'argumentation directe et convaincante, les d&#233;finitions sont nettes et pr&#233;cises. Le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral est caract&#233;ris&#233; par une &#171; division des fonctions gouvernementales entre une autorit&#233;, habituellement appel&#233;e gouvernement f&#233;d&#233;ral, qui a pouvoir de r&#233;gler certaines questions pour la totalit&#233; du territoire, et, un ensemble d'autorit&#233;s, habituellement nomm&#233;es gouvernements des Etats, qui ont le pouvoir de r&#233;gler certaines autres questions pour les parties composantes du territoire&#8230; Le gouvernement f&#233;d&#233;ral signifie donc une division des fonctions entre des autorit&#233;s coordonn&#233;es, nullement subordonn&#233;es les unes aux autres, ni dans l'&#233;tendue, ni dans l'exercice des fonctions qui leur sont attribu&#233;es &#187;. Si c'est cela le gouvernement f&#233;d&#233;ral, alors, voici quels en sont les &#233;l&#233;ments constitutifs : &#171; une constitution supr&#234;me &#233;crite, un processus d'amendement qui ne puisse pas &#234;tre actionn&#233; par le gouvernement f&#233;d&#233;ral ou les gouvernements des Etats agissant seuls, une cour supr&#234;me qui d&#233;termine le sens de la constitution en cas de dispute, et l'autonomie financi&#232;re pour chacune des autorit&#233;s coordonn&#233;es &#187;. Quant aux conditions historiques qui le rendent possible, elles se manifestent seulement &#171; lorsque des communaut&#233;s territoriales sont dispos&#233;es &#224; coop&#233;rer les unes avec les autres pour la r&#233;gulation de certaines questions, et seulement de ces questions, et quand elles sont en m&#234;me temps d&#233;cid&#233;es &#224; demeurer s&#233;par&#233;es et supr&#234;mes, chacune sur son propre territoire pour la r&#233;gulation d'autres questions &#187;. Et, comme s'il pr&#233;voyait l'ignorance de ceux qui consid&#232;rent comme doctrinaire et abstrait le choix entre le mod&#232;le f&#233;d&#233;ral et le mod&#232;le conf&#233;d&#233;ral pour mener &#224; bien la construction d&#233;mocratique et constitutionnelle de l'Union europ&#233;enne, Wheare conc&#233;dait que &#171; le f&#233;d&#233;ralisme n'est pas une forme de gouvernement toujours appropri&#233;e ou facile &#224; faire fonctionner &#187; mais il estimait &#233;galement juste de rappeler que &#171; le gouvernement f&#233;d&#233;ral est un gouvernement : c'est l'ordre, pas l'anarchie, c'est, enfin, la paix et non la guerre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le fait que Wheare d&#233;finisse le gouvernement f&#233;d&#233;ral comme un gouvernement conservateur pourrait surprendre le lecteur. L'expression ne doit pas induire en erreur et il faut faire les deux observations suivantes. En premier lieu, cette d&#233;finition suit imm&#233;diatement celle selon laquelle &#171; les changements ne peuvent intervenir qu'au rythme du plus lent &#187; (et le contexte sugg&#232;re aussit&#244;t qu'il s'agit de changements de type constitutionnel). Il est donc clair, que Wheare entendait par ce caract&#232;re &#171; conservateur &#187; du syst&#232;me f&#233;d&#233;ral la garantie substantielle de l'ind&#233;pendance des Etats membres d'une f&#233;d&#233;ration. Donc, contrairement &#224; une id&#233;e diffus&#233;e avec art et accept&#233;e par ignorance, dans une v&#233;ritable f&#233;d&#233;ration il n'est pas possible d'&#233;touffer l'ind&#233;pendance des Etats membres, ni d'imposer &#224; une nation des coutumes ext&#233;rieures &#224; ses traditions, et ainsi de suite. En second lieu, il faut pr&#233;ciser que le terme &#171; conservateur &#187; concerne ici principalement la stabilit&#233; constitutionnelle et non l'orientation gouvernementale. Les f&#233;d&#233;rations, comme les Etats unitaires, connaissent aussi bien des gouvernements de droite que des gouvernements de gauche. Il ne faut toutefois pas oublier que, dans le cas des f&#233;d&#233;rations, la stabilit&#233; constitutionnelle, est garantie par l'Etat et non par le gouvernement, ce qui &#233;quivaut &#224; la paix perp&#233;tuelle entre les Etats membres qui n'ont plus besoin des armes (comme les Etats traditionnels) mais seulement des juges pour d&#233;fendre leur ind&#233;pendance. Vu qu'il n'y a pas d'autres voies pour d&#233;sarmer les Etats, il en r&#233;sulte que, dans le monde actuel quasiment arriv&#233; &#224; un point o&#249; les armes ne sont plus un moyen de d&#233;fense mais un moyen d'autodestruction et d'extermination universelle, le choix f&#233;d&#233;ral, abstraction faite de toute politique gouvernementale possible, reste en tout &#233;tat de cause le choix le plus progressiste qu'une communaut&#233; humaine puisse faire aujourd'hui. Cela implique qu'il conviendrait d'acc&#233;l&#233;rer autant que possible la construction de la f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne afin d'indiquer au monde la voie vers le renforcement f&#233;d&#233;ral des Nations unies et le d&#233;sarmement universel.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Wheare est revenu sur la d&#233;finition du f&#233;d&#233;ralisme &#224; l'occasion d'une intervention, intitul&#233;e &#171; Quelques questions th&#233;oriques au sujet du f&#233;d&#233;ralisme &#187; , au colloque organis&#233; par la International Political Science Association qui s'est tenu &#224; Oxford du 19 au 24 septembre 1963. A cette occasion, Wheare a reconnu le gouvernement f&#233;d&#233;ral comme la forme la plus accomplie du constitutionnalisme et d&#233;clar&#233; accepter la d&#233;finition de Sir Robert Garran, le p&#232;re de la constitution australienne, selon lequel le gouvernement f&#233;d&#233;ral est &#171; la forme de gouvernement dans laquelle la souverainet&#233; -ou le pouvoir politique- est partag&#233;e entre le gouvernement central et les gouvernements locaux de telle mani&#232;re que chacun d'eux soit, dans sa propre sph&#232;re de comp&#233;tences, ind&#233;pendant des autres &#187;. Et, r&#233;pondant &#224; une objection de Carl Friedrich selon qui &#171; le f&#233;d&#233;ralisme est incompatible avec le concept traditionnel de souverainet&#233; &#187;, Wheare a observ&#233; : &#171; tant pis pour le concept traditionnel. Qui a le dernier mot n'est pas n&#233;cessairement celui qui l'a sur toutes les questions ; certains pourront l'avoir dans tel cas, d'autres dans tel autre. C'est cela la plus grande d&#233;couverte des architectes de la constitution am&#233;ricaine &#187;. Le syst&#232;me f&#233;d&#233;ral est donc un syst&#232;me &#224; souverainet&#233; partag&#233;e dans le cadre de ses comp&#233;tences respectives, dans lequel le fait de l'ind&#233;pendance est aussi important que celui de la coordination. Cela amenait Wheare &#224; r&#233;futer l'opinion de A. H. Birch et de M. J. C. Vile pour lesquels, selon les mots de ce dernier, &#171; le f&#233;d&#233;ralisme est un syst&#232;me de gouvernement dans lequel les autorit&#233;s centrales et r&#233;gionales sont li&#233;es par une relation de mutuelle interd&#233;pendance politique ; dans ce syst&#232;me s'institue un &#233;quilibre par lequel aucun niveau de gouvernement ne devient dominant au point de dicter ses d&#233;cisions &#224; l'autre, mais chacun peut influencer l'autre et n&#233;gocier avec lui jusqu'&#224; le convaincre &#187;. Selon Wheare, en fait, &#171; c'est l'ind&#233;pendance ou (si l'on pr&#233;f&#232;re la terminologie de Carl J. Friedrich l'autonomie) qui est essentielle au gouvernement f&#233;d&#233;ral. Il n'y a pas de syst&#232;me f&#233;d&#233;ral sans cette autonomie r&#233;gionale et g&#233;n&#233;rale, mais il peut bien exister un syst&#232;me f&#233;d&#233;ral avec une interd&#233;pendance et une coop&#233;ration modeste et m&#234;me insignifiante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans une pol&#233;mique avec Friedrich, qui soutenait comment &#171; le f&#233;d&#233;ralisme &#233;tait le terme le plus appropri&#233; pour d&#233;crire le processus de f&#233;d&#233;ralisation d'une communaut&#233; politique &#187;, Wheare distinguait &#171; la forme institutionnelle, r&#233;sultat du processus &#187;, &#224; laquelle il donnait le nom de &#171; f&#233;d&#233;ration &#187;, du processus lui-m&#234;me qui pouvait bien se d&#233;finir comme une &#171; f&#233;d&#233;ralisation &#187;, &#224; condition que son aboutissement soit une f&#233;d&#233;ration. Pour une fois, David Hume, tr&#232;s perturb&#233; lorsque les hommes jouaient avec les mots, ne se sera pas retourn&#233; dans sa tombe.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour les f&#233;d&#233;ralistes, la le&#231;on de Wheare a une grande port&#233;e. L'Etat f&#233;d&#233;ral, en brisant le loyalisme exclusif de l'Etat national, est la formule la plus ad&#233;quate pour l'organisation d'une &#171; soci&#233;t&#233; f&#233;d&#233;rale &#187;. C'est-&#224;-dire le type de soci&#233;t&#233; qui se forme au cours des stades les plus avanc&#233;s du processus historique d&#233;coulant soit de la crise de l'Etat national (qui a engendr&#233; la soci&#233;t&#233; nationale, artificielle ferm&#233;e et n&#233;gatrice de toute particularit&#233; locale) soit du d&#233;veloppement des forces productives qui provoque une interd&#233;pendance croissante des rapports humains tendant &#224; co&#239;ncider avec la plan&#232;te tout enti&#232;re. Dans les f&#233;d&#233;rations historiques, les niveaux de gouvernement qui ont organis&#233; un loyalisme &#171; divis&#233; &#187; sont au nombre de deux. Mais la formule serait parfaitement &#224; m&#234;me d'organiser, en une s&#233;rie croissante de cercles concentriques, tous les centres possibles concern&#233;s par le loyalisme des individus : de la cellule de la solidarit&#233; sociale (le quartier) jusqu'&#224; l'institution de l'unit&#233; du genre humain tout entier (le gouvernement mondial). Le gouvernement f&#233;d&#233;ral est donc le mod&#232;le constitutionnel qui permet de r&#233;aliser les valeurs tant du &#8216;communitarisme' que du cosmopolitisme. C'est encore plus clair si l'on consid&#232;re que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a)	la f&#233;d&#233;ration est la formule politique qui r&#233;alise la paix car elle d&#233;sarme les Etats et les subordonne au droit coercitif d'un pouvoir, un droit face auquel tous les Etats membres sont &#233;gaux ind&#233;pendamment de leur taille. C'est pour cette raison que l'Etat f&#233;d&#233;ral est la plus haute expression du constitutionnalisme et de l'Etat de droit. Mais le gouvernement f&#233;d&#233;ral affirme &#233;galement la d&#233;mocratie internationale car il soustrait les relations entre les Etats &#224; la logique des rapports de force et les soumet au contr&#244;le d&#233;mocratique. Cette formule politique est donc la seule qui permette d'envisager avec d&#233;termination un gouvernement mondial constitutionnel et d&#233;mocratique, un gouvernement qui, &#224; l'&#233;poque du possible holocauste nucl&#233;aire et du risque de catastrophe &#233;cologique, n'est plus seulement une exigence de la raison. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral, enfin, aide &#224; envisager, de mani&#232;re un peu moins confuse, la perspective de la &#171; communaut&#233; atlantique &#187; d'une part et de la &#171; maison commune europ&#233;enne &#187; de l'autre, qui acqui&#232;rent des contours plus pr&#233;cis si elles se d&#233;finissent comme des f&#233;d&#233;rations de f&#233;d&#233;rations. Ceci est important car alors, sur cette base, la formule du &#171; gouvernement mondial partiel &#187; que Albert Einstein retenait comme une &#233;tape n&#233;cessaire sur la voie de la construction du gouvernement mondial, et comme un objectif urgent apr&#232;s Hiroshima, prend un contour moins vague ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b)	la f&#233;d&#233;ration est la seule formule constitutionnelle qui permette de penser de mani&#232;re unitaire le processus de d&#233;passement de l'Etat national actuellement en cours en Europe. Il s'agit d'un d&#233;passement qui a pris, vers le haut, la forme de l'unification europ&#233;enne, et, vers le bas, celle de la r&#233;gionalisation et d'une d&#233;mocratie participative &#224; base territoriale. Il est &#233;vident que le fait d&#233;cisif c'est l'Europe. Mais, avec l'affirmation du f&#233;d&#233;ralisme au niveau europ&#233;en, l'application du principe f&#233;d&#233;ral au sein m&#234;me des Etats qui pourraient devenir des f&#233;d&#233;rations de r&#233;gions (avec un S&#233;nat des r&#233;gions) devient envisageable ; &#224; l'int&#233;rieur des r&#233;gions, qui pourraient devenir des f&#233;d&#233;rations de provinces (avec un S&#233;nat des provinces) ; et jusqu'&#224; l'int&#233;rieur des communes (avec un S&#233;nat des quartiers). C'est dans un tel cadre que le concept de planification d&#233;mocratique, d&#233;centralis&#233;e et articul&#233;e, devient compatible avec celui d'une planification globale. C'est encore dans un tel cadre, qu'en attribuant la souverainet&#233; mon&#233;taire &#224; l'Union et la politique de la solidarit&#233; &#224; des niveaux de gouvernement proches des citoyens et susceptibles de la financer par le seul pr&#233;l&#232;vement fiscal, qu'il serait possible de corriger la tendance de l'Etat providence &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence. C'est toujours dans un tel cadre qu'il serait possible de donner une r&#233;ponse positive &#224; la l&#233;gitime attente d'&#233;mancipation des minorit&#233;s nationales longtemps opprim&#233;es par des r&#233;gimes despotiques ou imp&#233;riaux (hier les pays de l'Est europ&#233;en, aujourd'hui de nombreux peuples de l'Union sovi&#233;tique ou de la Yougoslavie) sans ramener l'humanit&#233; sur la voie de la division arm&#233;e au terme de laquelle se profile clairement la seule perspective du retour &#224; l'anarchie tribale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c)	la f&#233;d&#233;ration, &#224; la diff&#233;rence de l'Etat national qui pouvait s'&#233;tendre par l'imp&#233;rialisme, est une formule ouverte. Une fois constitu&#233; un premier noyau, tous les Etats, dispos&#233;s &#224; accepter la constitution et les limitations corr&#233;latives de souverainet&#233;, pourront y adh&#233;rer. Le cas de l'Union des treize colonies am&#233;ricaines, &#233;tendue jusqu'&#224; ses dimensions actuelles, reste exemplaire. Cela signifie que le crit&#232;re de la &#171; g&#233;om&#233;trie variable &#187;, contest&#233; avec quelques bonnes raisons lorsqu'il s'agit du d&#233;veloppement de l'int&#233;gration europ&#233;enne, devient absolument normal lorsqu'il s'applique aux d&#233;veloppements constitutionnels de l'Union. Pour fonder la f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne, il n'est donc pas n&#233;cessaire que l'ensemble des Etats membres adh&#232;rent d&#232;s l'origine. De la m&#234;me mani&#232;re qu'il ne serait pas n&#233;cessaire que tous les Etats du monde adh&#232;rent en m&#234;me temps pour que l'on puisse cr&#233;er la f&#233;d&#233;ration mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luigi V. Majocchi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Introduction publi&#233;e dans la revue Il Federalista, Pavie, XXXIII &#232;me. ann&#233;e, 1991, N&#176; 1, pp. 74-81.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduit de l'italien par Jean-Francis Billion et Jean-Luc Prevel)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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