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Les peuples, dernière chance pour l’Union européenne ?

13 avril 2013, par Paul Oriol

François Hollande n’a pas voulu faire la même erreur que François Mitterrand : « la relance dans un seul pays », ce qui l’avait rapidement conduit à un virage et à rentrer dans le rang.

Comme Mitterrand, il n’a pas voulu rompre avec l’Union européenne (UE). Il a annoncé qu’il refuserait de soumettre le pacte fiscal dans sa forme originale à l’Assemblée nationale et qu’il obtiendrait auparavant un volet « relance ». M. Schockenhoff, député allemand et vice-président du groupe CDU/CSU, président du groupe franco-allemand, a répondu que le pacte pouvait être modifié « dans sa rhétorique », non dans sa « substance ».

Nous pouvons y mettre un beau paragraphe sur la croissance. Nous pouvons aussi répéter de nouveau ce qui y est déjà dit avec d’autres mots et en expliquant que nous nous engageons aussi à nous préoccuper de la croissance. Comme ça, Hollande pourra dire chez lui : ’J’ai fait en sorte que le pacte budgétaire traite de croissance’. http://www.euractiv.fr/electionpresidentielle/pacte-budgetaire-allemagne-preparearrivee-hollande-14444.html

C’est effectivement ce qu’il s’est passé. François Hollande a, finalement, assumé au nom de la France la signature, par son prédécesseur, du Pacte de solidarité et de croissance. Sans pouvoir réellement l’infléchir. Ce que, fraîchement élu, il disait avoir réussi au sommet de juin 2012 et qui n’a été entériné ni en novembre ni, encore moins, en janvier 2013.

Pour avancer, il a rompu son isolement en constituant un front de la relance avec, essentiellement, Mario Monti (pourtant un eurocrate) et Mariano Rajoy (pourtant un conservateur) face à la coalition libéro-vertueuse regroupée derrière Angela Merkel : coalition renforcée par le Royaume uni et David Cameron. Dont l’énergie a été récompensée, faisant de cette alliance un groupe plus libéral qu’européen.

En plus, au delà de leurs sentiments personnels, Angela Merkel comme David Cameron, pour gagner les prochaines élections, doivent tenir compte de la montée de l’euroscepticisme dans leur propre camp : UKIP (United Kingdom Independence Party = Parti pour l’indépendance du Royaume uni ) et Alternative für Deutschland (Alternative pour l’Allemagne)… http://www.endzeit-news.org/neue-partei-alternative-furdeutschland-will-euro-abschaffen/

François Hollande a refusé l’affrontement et la croissance reste un voeu pieux. Il a accepté le pacte que beaucoup, non seulement à gauche, estiment catastrophique pour la croissance et pour les peuples de l’Union.

Face au Royaume uni de Cameron et à l’Allemagne de Merkel, la France de Hollande ne fait pas le poids. N’est pas de Gaulle qui veut. L’Europe et la France d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier.

La seconde guerre mondiale est finie. Et l’après guerre aussi. Les politiques au pouvoir aujourd’hui sont nés après la guerre ! Le passé historique a cédé au présent économique. La solidarité de l’après-guerre a fait place à l’individualisme, la vision communautaire de l’Europe aux égoïsmes nationaux. Et le libéralisme triomphe…

Le dernier sommet européen en est la preuve évidente. Pour la première fois le budget de l’UE a été revu à la baisse. Et chaque chef d’Etat n’a parlé que de ses intérêts d’Etat réels ou supposés. Aucun n’a incarné une vision à long terme de l’UE et aucune instance européenne. Reste, peut-être, le Parlement européen.

Hollande, sans dire ouvertement qu’il ne respectera pas le pacte, avance en traînant les pieds. Il sait qu’il a des alliés. Les « pays du club med », mais aussi la politique économique des États-Unis, les déclarations des plus grands économistes et même, dans une certaine mesure, le Fonds monétaire international.

N’ayant pas réussi à entraîner l’UE dans une politique de relance, il doit élargir le nombre de ses alliés, notamment les PECO (pays de l’Europe centrale et orientale), ces alliés traditionnels de la France, bêtement méprisés par Jacques Chirac. Ils ont adhéré à l’UE à défaut de pouvoir adhérer directement aux États-Unis, ils sont séduits par la puissance allemande et sa réussite économique dont, comme les autres, ils pâtiront un jour.

François Hollande espère dans une reprise qui tarde mais qui lui permettrait une autre politique économique et d’avancer vers le respect des critères de Maastricht, de façon peut-être plus efficace et surtout moins douloureuse.

Cette reprise pourrait venir des États-Unis ! Avec les nouvelles surprenantes qui s’accumulent, l’économie américaine semble se relever de la crise plus vite que prévu. Chômage en nette baisse, des indices boursiers en pleine forme... Cette semaine a vite chassé les inquiétudes occasionnées par le déclenchement des coupes budgétaires automatique. Malgré une alerte avec une chute de la croissance du dernier trimestre 2012, la première puissance mondiale a retrouvé une forme de tous les diables. http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/08/etats-unis-crise-dette-bourse-emploi-croissance-deficit_n_2838057.html

Jusqu’à maintenant, au niveau institutionnel, seul le Parlement européen a joué son rôle dans le débat sur le budget. Traduira-t-il ses déclarations fortes par un rejet du budget européen ? Etant donné que la presque totalité des gouvernements sont de droite, le risque est grand que les députés refusent de déjuger leurs gouvernements ! Refuser de voter le budget serait loin d’être une catastrophe. Ce serait même un bienfait à plusieurs titres.

Comme l’a fait remarquer Cohn-Bendit, si le vote du PE est positif, le budgets annuel de l’UE est adopté pour 7 ans ! Deux mandatures du PE. Avec une législation de ce type, le budget de la France voté en 2012 par la majorité UMP serait valable pour toute la présente mandature et le début de la suivante !

Plus grave, en adoptant ce budget pour 7 ans, le Conseil semble dire que la crise va durer 7 ans et qu’il ne faut pas prévoir un développement budgétaire de l’UE pendant cette même période ! C’est un message clair de régression européenne. Budget de crise ou budget de croisière anti européen ? Si le PE rejette le budget adopté par le Conseil, le budget de 2012 sera reconduit en 2013, puis, éventuellement, en 2014... Ceci aurait l’énorme intérêt de placer le budget de l’UE au centre du débat des élections européennes de 2014. Enfin, une élection européenne pourrait avoir comme objet central l’UE et son budget ! Ce serait donner aux peuples de l’Union une partie du pouvoir qui leur a toujours été refusé. Ce pourrait être l’occasion de l’ouverture d’un espace public européen !

Perspective intéressante. Mais les peuples auront-ils la patience d’attendre et de subir jusque là. A chaque fois qu’ils en ont la possibilité, ils disent leur opposition à la politique suivie : en votant pour l’opposition ou en s’abstenant parce qu’ils pensent que l’opposition ne fera pas mieux ou en votant pour ceux que les « compétents » qui ont la solution à tous les problèmes depuis des années, appellent des « clowns »...

Et, au delà des élections, les peuples de l’Union se révoltent tour à tour, de la Grèce au Portugal, de l’Italie à la Bulgarie, séparément dans de nombreux pays de l’Union. Mais ces révoltes sont séparées. Dispersées. L’indignation est partout. Sans véritable printemps européen. Pour tout chambouler. Jusqu’à quand ? Car si malgré une crise financière qui dure maintenant depuis 5 ans , l’euro se porte bien grâce notamment à une décision de Mario Draghi, la cure d’austérité entraîne de lourds sacrifices pour les populations sans ouvrir de perspectives, d’espérance pour les peuples.

Il n’y a pas d’espace politique européen, les élections européennes de 2014 pourraient ouvrir un tel espace. Il n’y a pas « d’espace social » européen. Mais de multiples espaces nationaux politiques ou sociaux. Les peuples du nord de la Méditerranée sauront-ils créer des réseaux sociaux européens nécessaires pour aller au delà des « indignés » et ouvrir la voie à une Europe de la solidarité. Paradoxalement, le salut viendra-t-il de la révolte des peuples contre les gouvernements fossoyeurs de l’Europe au profit du libéralisme ? Sur quelles forces peuvent-ils compter ?

Il est permis de rêver.


Paul Oriol

Auteur de Résidents étrangers citoyens ! Plaidoyer pour une citoyenneté européenne de résidence (2003)