Chaud devant pour le fédéralisme européen !

· Théo Boucart

L’actualité européenne est très riche en ce début d’été : alors que la Conférence sur l’avenir de l’Europe s’est clôturée début mai, la guerre en Ukraine met l’Union européenne (UE) devant ses responsabilités vis-à-vis de Kiev. Le tout dans un contexte en France d’élections législatives qui a vu la question européenne prendre (malgré elle) de l’importance entre la majorité présidentielle et l’union de la gauche. Dans ce contexte, les militants fédéralistes doivent plus que jamais faire entendre leur voix.

Alors que la présidence française du Conseil de l’UE s’est clôturée ce 30 juin, laissant la place à la République tchèque dans le cadre de la Troïka que ces deux pays partagent avec la Suède, il est temps de faire le bilan des six mois que le Président Emmanuel Macron avait annoncés comme déterminants pour l’avenir de l’UE. Cette présidence tournante du Conseil a été caractérisée par deux événements majeurs : l’un prévu de longue date (la Conférence sur l’Avenir de l’Europe), l’autre qui a pris l’Europe et le monde entier au dépourvu (l’agression russe sur l’Ukraine, en proie à une guerre depuis fin février). Ces deux événements sont certes révélateurs d’une certaine capacité de l’UE à s’adapter aux grands défis du monde contemporain, mais montrent également que cette dernière ne peut pas continuer à rester sourde aux impératifs de réformes vers une intégration plus fédéraliste.

Conférence sur l’avenir de l’Europe : une dynamique déjà essoufflée

La Conférence sur l’avenir de l’Europe s’est présentée comme le grand moment d’échange démocratique entre l’UE et ses citoyens jusqu’à sa clôture le 9 mai dernier. Les panels citoyens se sont regroupés en commissions thématiques qui ont européen !

proposé des idées pour réformer l’Union dans de nombreux domaines. Ces propositions ont été étudiées en avril dernier en séance plénière. Là où le bât blesse, c’est que la Conférence n’est pas une Convention qui ouvrirait de manière bien plus explicite une révision en profondeur de la structure institutionnelle de l’Union. Très rapidement après sa mise en place le 9 mai 2021, de nombreuses voix parmi les États membres se sont élevées pour exclure une révision des traités européens, seul moyen actuellement pour transformer l’Union européenne en entité politique d’essence progressivement fédérale. Quand bien même une certaine inflexion ait pu être observée depuis lors, Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’étant déclarés favorables à une révision des traités, force est de constater que la dynamique de la « CoFoE » est déjà essoufflée. L’espace médiatique est complètement phagocyté (à raison toutefois dans une certaine mesure) par la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine et la perspective d’adhésion de Kiev à l’UE.

Guerre en Ukraine : la quadrature du cercle pour l’Union C’est en effet le deuxième événement d’ampleur auquel la présidence française du Conseil a dû faire face. Le 24 février dernier a commencé une agression russe inédite vis-à-vis de son voisin ukrainien, pays pourtant souverain. Cette guerre apporte avec elle son lot de violence et de massacres, les images de Boutcha et de Marioupol s’ajoutent à celles de Srebrenica et Vukovar sur la liste des horreurs que l’Europe de l’après-guerre a subies. Quand bien même la Russie ait rapidement éprouvé des difficultés à conquérir de larges parties de territoires, à s’emparer de Kiev et ait par conséquent décidé de se concentrer sur les russe territoires du Donbass, un conflit de longue durée semble s’esquisser et pourrait même se transformer en conflit gelé, comme pour ce qui s’est passé en Transnistrie moldave ou en Ossétie géorgienne. Face à cette situation inédite dans l’Europe post- 1945, l’UE a su réagir de manière unie dans un certain nombre de domaines. L’Europe de la défense est revenue au premier plan des priorités, parallèlement au renforcement de l’OTAN avec l’adhésion à terme de la Suède et de la Finlande. La politique énergétique européenne est en train de se détourner définitivement du gaz russe. À l’exception de la Hongrie du président Orban, l’ensemble des partenaires européens semble parler d’une seule voix pour condamner les agissements de Vladimir Poutine et imposer des sanctions à la Russie. Cette guerre et les conclusions de la Conférence sur l’avenir de l’Europe sont pourtant deux événements qui doivent interpeller l’ensemble des citoyens européen quant au fait qu’une autre Europe est possible. Une Europe à la fois plus démocratique pour ses citoyens et plus forte sur le plan international, dans un monde de plus en plus instable.
Seule une Europe fédérale peut permettre ce double impératif, grâce à la subsidiarité permettant aux citoyens d’être au plus proche des décisions prises et à un gouvernement fédéral fort et responsable devant ses citoyens.

L’Europe au centre (malgré elle) des campagnes électorales en France Toute cette actualité européenne aurait pu influencer le débat des élections législatives en France qui a vu le parti du Président Macron perdre sa majorité absolue, le retour en force des partis de gauche et l’arrivée en force de l’extrême- droite du Rassemblement National (RN). Pourtant, il n’en fut (presque) rien. L’Europe a plus été vue comme un facteur d’opposition manichéenne entre le mouvement « Renaissance » de la majorité présidentielle et la « Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale » (NUPES) composée de La France Insoumise, du Parti Socialiste, d’Europe Ecologie – Les Verts et du Parti Communiste. Si les médias n’ont pas été très bons dans la couverture du sujet européen de ces élections, une très bonne discussion sur le concept de « désobéissance » entre le ministre délégué aux Affaires européenne, Clément Beaune, et la députée européenne de LFI Manon Aubry peut être retrouvée sur Mediapart. Les Fédéralistes européens sont entièrement d’accord pour dire que
l’Union européenne doit se réformer. Encore une fois, seule une Europe fédérale peut répondre aux défis immenses que notre Union fait actuellement face. À la multiple crise démocratique et géopolitique, doublée bien sûr de la crise environnementale de moins en moins latente doit répondre des politiques proches des citoyens et des territoires et un gouvernement fédéral fort et responsable démocratiquement capable de prendre des décisions fortes ayant une influence dans le monde, comme dit précédemment. Cela peut paraître redondant à force de le répéter, mais la réforme européenne peut de moins en moins attendre. Cet été est décisif pour le fédéralisme militant.

P.-S.

Théo Boucart. Ancien co-rédacteur-en-chef du Taurillon et responsable du pôle médias des Jeunes Européens – Strasbourg. Membre du CA de Presse fédéraliste.

À propos de l'auteur

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Théo Boucart

Co-rédacteur en chef du Taurillon – Ancien président des Jeunes Européens – Étudiants de Paris (2019), membre de l’UEF Ile-de-France

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