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Eric Besson, Pour la Nation, … un plaidoyer nationaliste !

mars 2010, par Fabien Cazenave

Pour la Nation, que notre Ministre a sorti à l’occasion du débat sur l’identité nationale qu’il a lui-même lancé. Ce n’est pas du Ernest Renan, mais ce livre a le mérite de se lire rapidement (deux heures) et de permettre de mieux comprendre qu’Éric Besson est un nationaliste engagé.

Éric Besson, un vrai nationaliste à la française

Éric Besson est comme Philippe Séguin. Un enfant né au Maghreb qui a perdu son père aux combats sans le connaître et est très marqué par le fait d’être pupille de la nation. Cela le travaille et il en fait une éthique de vie. Il se sent redevable à l’État qu’il confond avec la Nation. Les deux sont totalement indissociables pour lui. Leur corollaire centralisateur en découle. De ce point de vue, il est bien le fruit de l’idée de nation telle que la révolution jacobine française l’a créée.

Par ailleurs, il a une vision un peu binaire de la nation. Celle-ci s’est construite dans la victoire militaire (de Bouvines ou de Valmy) et celle de l’Etat sur les seigneurs. Que cela soit le Roi ou bien la République, l’unification est ce qui a permis de créer une nation en France.

Évidemment, on ne peut qu’être sceptique de lire que les dynasties royales et la République seraient un même combat. Cela manque d’une densité qui permette de lier logiquement les affirmations avancées sur la centralisation, la laïcité et la gestion de l’immigration. Certains passages sur son ministère de l’immigration sont vraiment hors de propos. Il se justifie et mélange tout. On sent bien que ce sont deux sujets maladroitement réunis.

En gros, la France existe depuis Clovis et a un destin dans les affaires du monde. Bref, bien peu de vision d’avenir à se mettre sous la dent.

Le nationalisme à la française est aujourd’hui bien tourné vers le passé. On se cherche des racines pour se voir briller plutôt que de chercher comment on pourrait briller dans le monde d’aujourd’hui et celui de demain.

Un nationalisme binaire

Il est intéressant de lire qu’Éric Besson a peur du nationalisme. Il a la justesse de constater que le nationalisme est né à la suite de l’idée de nation et qu’il en est une déviance. Déviance terrible qui a entrainé la guerre sur notre continent notamment. Le Ministre se place ainsi en opposant aux nationalistes. Bizarrement, il n’emploie jamais le mot de « patriote » qui correspond pourtant à sa conception d’un nationaliste qui n’aime pas le nationalisme.

Autre déviance de la nation, ses opposants. Ces imbéciles qui ne sont pas à fond dans une idée créée de toute pièce au XVIIIe siècle sont donc dans le « post-nationalisme ». Des gauchos altermondialos, alliés inconscients des ultra-libéraux qui veulent un monde sans frontière. Il n’y a pas de juste milieu. Il est dans sa logique : qui conteste l’idée de nation, conteste l’idée d’existence même d’Etat. Ce serait donc un monde sans règle, sauf celle de la loi du plus fort qui nous serait alors offert. Apocalypse quand tu nous tiens.

Éric Besson et l’Europe, le rêve d’une « fédération de Nations »

En bon nationaliste, M. Besson parle de la France dans le monde. Conscient que la France toute seule ne pèse plus grand chose, il nous propose de participer activement à la construction européenne. Si, si… : La France ne pourra s’intégrer dans la mondialisation qu’en participant à l’intégration européenne. Pour que notre nation retrouve son statut de puissance mondiale, l’Europe est le seul avenir possible. [...] La crise économique a remis en lumière le rôle des États-nations. Mais elle a aussi démontré combien l’intégration européenne pouvait être utile à notre nation pour peser à l’échelle mondiale. [...] L’une des questions posées par cette nouvelle gouvernance mondiale sera inévitablement la représentation des nations européennes en son sein.

Pour lui, l’Europe n’est qu’un trépied pour la France. Il a ainsi une vision totalement divisée de l’Union européenne. Il ne cite le Pacte européen sur l’immigration adopté durant la Présidence française non pas parce que cette question est aujourd’hui à traiter de manière européenne mais comme un exemple de coopération entre États qui semblent à le lire totalement séparés. Il est totalement dans une vision intergouvernementale de l’Europe où se rencontrent des États. Inutile de préciser que le Parlement européen ou la Commission n’existent pas dans cette vision de la construction européenne.

Enfin, il n’est pas nécessaire à ses yeux de penser que l’UE puisse se doter d’une constitution « apanage de la nation » . La nation française est le summum. Il faut chercher après le Traité de Lisbonne, « un nouveau projet commun. Car la recherche de cette union sans cesse plus étroite entre peuples européens constitue le nouvel universalisme de notre Nation ». Cette dernière phrase du livre me laisse perplexe et j’ai du mal à la comprendre. Va-t-on imposer une union avec notre vision française aux autres États européens ? Cela ne peut donc pas être autre chose qu’une Europe à la française ?

Je n’ai rien trouvé dans ce livre qui donne une vision d’avenir de la France et de sa place dans l’Europe. En revanche, j’ai trouvé la confirmation que M. Besson est un vrai nationaliste qui ne peut imaginer son pays autrement qu’en tant que pupille de la nation. Peut-on demander à quelqu’un qui est dans une relation France-Maghreb d’avoir une vision France-Europe ?