Fédéchoses n° 99 - 1998

Rhône-Alpes : carriérisme, crise de l’État et démocratie

À l’occasion des dernières élections régionales, une partie de la classe politique a montré à l’évidence qu’elle privilégiait son maintien ou son accession au pouvoir au mépris des valeurs qu’elle était censée représenter. L’acceptation des voix des élus du Front national pour l’élection des présidents de plusieurs régions signifie la banalisation de ses thèses, voir même leur approbation. Ce que certains ont donné à voir c’est que l’essentiel est de se faire élire, fût-ce en pactisant avec le diable.

Le Front national rassemble aujourd’hui les voix de 15 % de l’électorat sur des thèmes racistes et xénophobes, phénomène unique en Europe. Une force politique de cette importance peut effectivement servir d’appoint à tous ceux qui sont prêts à tout pour garder ou exercer le pouvoir...

Charles Millon, président du Conseil régional Rhône-Alpes, pour lequel nous avions une certaine estime du fait de ses prises de position pour une Europe à caractère fédéral, a parmi d’autres succombé au désir de conserver son poste, même avec les votes de ceux dont il prétendait (et prétend toujours) combattre les idées d’exclusion.

Les réactions vives et nombreuses, auxquelles nous nous sommes associés sont réconfortantes mais elles ne peuvent suffire.

En effet, une telle attitude de la part d’un élu, soi-disant démocrate et responsable, illustre à merveille l’état d’avancement de la crise de l’État-national. À ce petit jeu, rien d’étonnant à ce que la France, dernier exemple en Europe d’État bureaucratique et centralisé, tienne le pompon !

En France, plus que partout ailleurs en Europe, et c’est ce qui explique les pulsions fascisantes de l’électorat, les élections se réduisent aujourd’hui à une répartition de positions de pouvoir, dont le peuple se sent exclu, car le cadre politique et institutionnel ne permet plus de résoudre ses problèmes.

Dans un tel contexte tous les moyens sont bons à certains pour faire de la politique et il n’y a malheureusement rien d’étonnant à ce que, comme le procès Papon, le résultat des élections régionales nous ramène à la France de Vichy.

Il est temps que les citoyens et la partie saine de la classe politique et de la société civile se rassemblent sur le seul véritable enjeu politique qui vaille : la construction d’une Europe politique seule à même d’aborder les enjeux du XXIe siècle.

Pour bâtir le rempart fédéral de la démocratie et vaincre le Front national il faut mobiliser les citoyens et leurs représentants à travers un processus constituant pour bâtir une Union européenne démocratique et capable d’agir.

Les événements de ces dernières semaines suffisent à convaincre que le temps presse.

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