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Editorial

juin 2012

Elections franco-françaises … « profiteurs de la souveraineté nationale » … et gouvernance bâtarde de l’Europe

Les élections présidentielles puis législatives se sont déroulées comme à l’habitude : c’est-à-dire sans véritable débat concernant la politique européenne, sauf de la part des formations ouvertement eurosceptiques (de droite ou de gauche) et de EELV qui, seule, s’est affirmé clairement favorable à une Europe fédérale. Nos fidèles lecteurs ont assez eu l’occasion de lire nos textes vengeurs concernant la politique européenne intergouvernementaliste de Sarkozy pour avoir douté que nous puissions le regretter, même une seconde !

Nous étions donc interrogatifs, mais voulions rester « relativement » confiants dans la définition d’une politique européenne moins étriquée par la nouvelle majorité présidentielle, sans attendre toutefois de miracle, conscients de la chape de plomb nationaliste, voire franchouillarde, qui colle aux semelles d’une bonne part de la classe politique française comme un sparadrap au pouce du capitaine Hadock. C’est, malgré tout, avec déception que nous avons assisté à l’absence de réaction, voire à l’hostilité de François Hollande à la politique de la main tendue de Angela Merkel réclamant une union politique de l’Europe. Dans le même registre nous avons enregistré l’absence de Laurent Fabius le 19 juin à Berlin où dix Ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (UE) s’étaient réunis pour projeter la mise en place d’une fédération européenne. Nous attendons avec intérêt… de voir s’il se rendra à la nouvelle invitation de ses collègues pour une nouvelle rencontre de ce « Groupe des Ministres des Affaires étrangères pour l’avenir de l’Europe » prochainement en Espagne.

Chaque fois qu’il est question de transfert(s) d’une souveraineté nationale, de plus en plus illusoire, trompeuse et formelle, mais dont certains restent fort aises d’être les « profiteurs » selon l’expression d’Altiero Spinelli, les responsables français de quelque bord qu’ils soient, freinent des quatre fers. Quitte à bloquer toute évolution de l’Europe vers son unité politique. Rappelons-nous : 1954 et l’échec de la CED ; 1994 et le refus français de donner suite à la proposition de MM. Schäuble et Lamers de créer un noyau dur pour aller vers une Europe fédérale... ; 2005, et les palinodies politiciennes d’une partie de la gauche et de la droite de gouvernement (Fabius en particulier !) qui ont pollué jusqu’à l’échec la ratification du Traité constitutionnel européen… dont l’absence a terriblement pesé dans l’inefficacité de la gouvernance de l’UE durant la crise actuelle… quoiqu’en pense la « gauche du non » et, plus particulièrement, les altermondialistes dont nous nous sentons pourtant proches en d’autres domaines.

Dans ces conditions le Conseil européen des 27 et 28 juin ne pouvait que s’inscrire dans la continuité des demi-mesures prises selon le plus petit dénominateur commun propre à la gouvernance bâtarde à laquelle l’Europe des Etats-nations croupions semble condamnée.

… Raisons, malgré tout, d’espérer de la nouvelle donne française…

En dehors de la politique européenne stricto sensu nous avions d’autres raisons de souhaiter la victoire de François Hollande aux présidentielles. Ce candidat s’était engagé à rechercher pour l’UE une plus juste répartition des efforts financiers demandés aux populations et une politique européenne de relance économique ; en ce dernier domaine le récent Sommet européen semble avoir marqué quelques avancées. Une Intitiative citoyenne eurropéenne est du reste lancée par le MFE italien (cf.p. 20) ; nous y reviendrons. Les fédéralistes souhaitaient également mettre un terme à la dérive du sarkozisme vers un bonapartisme faisant la part belle au populisme fascisant alors que François Hollande s’était engagé pour le droit de vote des étrangers non-comunautaires aux élections municipales, mesure réclamée par Fédéchoses et la JEF France depuis le début des années 1970.

Enfin, François Hollande s’était engagé à revenir sur une réforme territoriale recentralisatrice et à engager un nouveau cycle de décentralisation impérativement nécessaire pour libérer les potentialités de l’hexagone du carcan qui les étouffe. Il est trop tôt pour dire ce qu’il en sera réellement… mais on peut en revanche se réjouir de l’élection en Bretagne d’un premier député autonomiste de Régions et Peuples Solidaires avec le soutien de EELV et du Parti socialiste.

… Limites de la démocratisation nationale et globalisation de la démocratie

Le monde arabe offre aujourd’hui le spectacle de peuples qui se sont soulevés, et continuent de se soulever (en Syrie aujourd’hui), pour réclamer la liberté, la démocratie pluraliste et la justice sociale. Un mouvement qui se fait dans la douleur et qui reste très fragile… mais qui illustre aussi à merveille les limites de la démocratisation nationale. En effet, la démocratisation strictement nationale n’est plus viable en temps de globalisation… sans globalisation de la démocratie.

Faute de globalisation de la démocratie, les peuples du monde continueront à ’être soumis au diktat des potentats locaux, des marchés financiers et des multinationales, profiteurs de la souveraineté nationale et de la division de l’humanité.