À propos de la fédération mondiale

Historique et perspectives du fédéralisme mondial

, par Jean-Francis Billion

La décennie de l’immédiat après-guerre, de 1945 à 1954, est de toute première importance pour le fédéralisme mondial. Ce sont les années qui suivent la fin de la guerre et l’utilisation, pour la première fois, de l’arme atomique. Elles sont celles des actions symboliques, populaires et spectaculaires de l’ancien pilote militaire américain Garry Davis, déchirant son passeport américain et demandant la protection des Nations unies alors en session au Palais de Chaillot. Ce sont aussi celles qui verront s’opposer les tenants de deux stratégies naissantes pour un gouvernement fédéral mondial, celle reposant sur la convocation d’une Assemblée constituante des peuples (ACP) et celle privilégiant une réforme progressive de la Charte des Nations unies approuvée peu auparavant à la Conférence de San Francisco de 1945 qui vit la création des Nations unies sur les ruines de la Société des nations (SDN).

Mais pour parler du siècle dernier, c’est dès la fin de la Première Guerre mondiale, que des mouvements fédéralistes, européens ou mondiaux, vont faire leur apparition. Dès leur fondation, qu’ils privilégient l’aspect européen ou mondial, ces mouvements fédéralistes ont une même constance : ils refusent la souveraineté absolue des Etats, cause première des guerres, et dénoncent le caractère confédéral et l’impuissance des ligues d’Etat qui, comme la future SDN, vont faire la preuve de leur impuissance à réguler et encore plus à juguler l’anarchie internationale.

Ces mouvements vont se développer progressivement et se renforcer à la veille de la Seconde Guerre mondiale. C’est en effet en 1938, à Londres, que Derek Ramsley, Charles Kimber et Patrick Ransome, vont créer la Federal Union britannique (qui aura des contacts et des émanations dans divers pays, par exemple en Afrique du sud, en Nouvelle Zélande, voire jusqu’en Argentine, et des contacts avec de petits noyaux fédéralistes en France à la veille de l’éclatement du conflit). A cette époque les trois britanniques ne connaissent pas encore l’existence du livre que Clarence Streit, journaliste américain et ancien correspondant du New York Times auprès des la SDN à Genève, vient de publier à new York, Union Now. Ce livre, traduit en de nombreuses langues, va toutefois donner une grande impulsion à leur mouvement de même qu’au mouvement fédéraliste américain fondé par Streit, la Federal Union Inc. Durant la guerre, sur l’îlot de Ventotene, où ils ont été confinés par le régime fasciste de Mussolini après des années de prison, Altiero Spinelli, Ernesto Rossi et Eugenio Colorni vont rédiger le Manifeste de Ventotene, pour une Europe libre et démocratique qui sera pour la première fois publié clandestinement à Rome en 1941, et reste aujourd’hui encore un texte fondamental et fondateur du fédéralisme militant. Federal Union pourra dans le même temps, en 1942, mettre sur pied à Londres un European Committee de Federal Union avec des représentants de 14 pays. Dès après la fondation clandestine du Movimento Federalista Europeo à Milan en août 1943, Altiero Spinelli et Ernesto Rossi, se réfugient en Suisse au retour des Allemands et vont entrer en contact avec d’autres antifascistes italiens ou d’autres nationalités et les fédéralistes suisses de l’Europa Union, de Berne, et du Mouvement populaire suisse pour une fédération des peuples, de Genève. C’est là qu’ils pourront élaborer avec des fédéralistes d’autres pays, dont Jean-Marie Soutou alors membre de la Délégation de la résistance française en Suisse, une « Déclaration fédéraliste de la Résistance européenne » qui, de même que les Thèses du MFE approuvées à Milan, seront rapidement diffusées dans la Résistance européenne, en particulier à Lyon, Toulouse et à Paris. Au cours du premier semestre 1944 s’était parallèlement créé à Lyon un Comité français pour la fédération européenne dont les principaux fondateurs étaient André Ferrat (de Franc-Tireur), Albert Camus (de Combat) et Gilbert Zacsas (de Libérer et Fédérer), etc., héritier d’un Comité clandestin pour la fédération européenne apparu progressivement à partir de la fin de 1942.

Toute cette effervescence fédéraliste au sein des milieux de la Résistance, en Grande-Bretagne et en Suisse, vont aboutir, de 1845 à 1947, à une série de réunions à Paris, à Hertenstein (Suisse), à Luxembourg et enfin à Montreux à la fondation en parallèle de l’Union européenne des fédéralistes et du Mouvement universel pour une confédération mondiale (MUCM, en anglais World Movement for World Federal Government - WMWFG), deux mouvements qui existent encore sous les noms de UEF et de World Federalist Movement..

Dès les premières réunions de l’après-guerre va apparaître une division du mouvement fédéraliste international en trois fractions, concurrentes et parfois opposées. Ceux qui, principalement aux Etats-Unis et sous la houlette de Clarence Streit, veulent créer une fédération internationale limitée aux seules démocraties « occidentales » et principalement situées géographiquement autour de l’Atlantique nord, d’où le nom donné à cette tendance de « fédéralisme atlantique » ; ceux qui entendent fonder dès l’abord une fédération mondiale jugée comme immédiatement réalisable et seule susceptible de protéger l’humanité de la destruction nucléaire, les fédéralistes mondiaux, et ceux, enfin, qui souhaitent par réalisme procéder par étape avec la création de fédérations « continentales », sans remettre toutefois en cause la perspective mondiale en dernière instance, et qui se regrouperont en Europe dans l’UEF. La Conférence de Luxembourg de 1946, convoquée sur l’initiative de Federal Union, puis celle de Montreux, en août 1947, qui verra le premier Congrès du WMWFG, suivi de celui de l’UEF, seront ainsi phagocytées par l’opposition entre les perspectives européenne « régionale ») et mondiale. Une « Déclaration de Luxembourg », adoptée à l’unanimité, statuera en fin de compte que « Nous, fédéralistes des diverses parties du monde, …, décidons de créer une association internationale groupant toutes les organisations qui travaillent à la création d’un gouvernement fédéral mondial » et concédera que « plusieurs d’entre nous proposent, comme une étape vers ce but, la formation d’unions fédérales régionales, et, en particulier, des Etats-Unis d’Europe ». Le Congrès de Montreux du WMWFG réaffirme cette ligne mais en l’assortissant de certaines limitations. Dorénavant les deux organisations si elles ne sont plus en position de « rivalité » vont toutefois de plus en plus s’ignorer. Les fédéralistes européens ne se souciant plus, hors des rhétoriques de Congrès, du fédéralisme mondial, et, les fédéralistes mondiaux se refuseront à faire leur le fédéralisme « régional » (en Europe ou ailleurs, comme l’on peut en trouver des témoignages dans Nuevo Mundo, publication du Movimento pro Federacion Américana - MPFA, section latino-américaine du WMWFG, publié à Bogota puis à Buenos Aires de 1948 au milieu des années 1970) et n’apporteront qu’un soutien très ambigu au processus d’intégration de l’Europe occidentale.

Pour en revenir aux fédéralisme mondial, il convient de citer qu’en 1948, le WMWFG va regrouper jusqu’à 250.000 membres de 28 nationalités et organisés en 39 associations membres et 11 mouvements affiliés. Il restera longtemps principalement concentré en Amérique du nord et en Europe occidentale (souvent dans des pays extérieurs au Marché commun puis à la Communauté économique européenne à partir de la fin des années 50), malgré une section importante au Japon, dotée d’un important groupe parlementaire (qui existe encore à ce jour), dans le sous-continent indien, et des contacts en Australasie, en Amérique latine et en Afrique.

Lors de son 2° Congrès le WMWFG réaffirmera la validité de l’approche « régionale » mais proposera également une approche mondiale « fonctionnaliste », visant à créer au dessus des Etats des organismes dans le système des Nations unies, mais limités à tel ou tel domaine spécifique d’intervention. Cette nouvelle perspective (que l’on pourrait rapprocher au niveau européen du fonctionnalisme de Jean Monnet) sera en particulier défendue par Lord Boyd Orr, Président de la Food and Agricultural Organisation des Nations unies et du WMWFG, et par l’Abbé Pierre qui aura durant des années des responsabilités de premier plan au sein du mouvement mondialiste (comme en attestent ses très riches archives en la matière déposées par Emmaüs international au Centre d’histoire du monde du travail de Roubaix). Le Congrès de Paris en 1949 va également mettre en place un Comité pour l’Assemblée constituante des peuples, rappeler son attachement à une réforme de l’ONU et adopter une approche « parlementaire » visant à suppléer aux limites de la méthode constituante, le Plan Usborne, du nom d’un parlementaire britannique, qui cherchera à s’appuyer sur les groupes parlementaires mondialistes (Grande-Bretagne, France, Hollande, Italie, Luxembourg) pour organiser une Convention mondiale de parlementaires chargée de rédiger une Constitution universelle.

C’est dans les mêmes années de l’immédiat après-guerre que Garry Davis, membre des United World Federalists américains, mais agissant en marge du WMWFG, va pendant deux ans, à partir de 1949, soulever l’enthousiasme des foules et des intellectuels à Paris, et populariser les idées de fédéralisme mondial et de citoyenneté universelle ; que les savants atomistes américains, groupés autour d’Albert Einstein (qui avait déjà eu un fort engagement fédéraliste en Allemagne dans le groupe Neues Vaterland à la fin de la Première Guerre mondiale, et jouera un rôle important chez les fédéralistes mondiaux), et que le Committee of Chicago, aux tendances « maximalistes » (visant à créer un gouvernement mondial omnipotent, chargé non seulement de contrôler le feu atomique, mais encore de réaliser la « paix » et la « justice (et justice sociale » au niveau mondial, ces différentes notions étant jugées irrémédiablement imbriquées et liées) animé à l’Université de cette ville par l’italien Giuseppe R. Borgese et son épouse Elisabeth Mann Borgese (fille cadette de l’écrivain Thomas Mann dont l’engagement fédéraliste durant la Seconde Guerre mondiale est connu) publie une revue de haute tenue intellectuelle, Common Cause, et rédige son Prelimimanry Draft for a World Constitution.

Le Plan Usborne prévoyait des élections populaires non officielles pour élire les représentants à l’Assemblée constituante des peuples du monde (là, comme c’est également le cas pour les Elections au Congrès des peuples qui sont toujours menées aujourd’hui par le Registre international des Citoyens du monde, nous pourrions faire un parallèle avec les élections au Congrès du peuple européen, créé et animé à la suite de l’échec de la Communauté européenne de défense par Altiero Spinelli ; tout en soulignant que ces diverses tentatives de démocratie internationale -ou supranationale- non violentes se basaient sur l’exemple du Congrès indien du Mahatma Gandhi dont les liens éventuels avec les fédéralistes resteraient pour une bonne part à explorer). De fait, une seule réunion se tiendra à Genève à l’automne 1950, en présence de 3 élus du Tennessee (dont l’élection sera par la suite invalidée par la suite) et d’un délégué nigérian.

Le 3° Congrès du WMWFG, tenu à Rome en avril 1951, va marquer un tournant dans la vie de l’organisation. Son existence va en effet être un temps remise en cause par les fédéralistes américains de l’UWF qui ne pourront accepter l’invitation adressée par les organisateurs européens du congrès aux Partisans de la paix, groupe d’obédience communiste. Le WMWFG sortira du Congrès de Rome affaibli, en situation de crise et dominé par sa tendance la plus « minimaliste ». Il va dorénavant se contenter de réclamer l’établissement d’une World Security Authority (Autorité de sécurité mondiale), par le truchement des gouvernements et des Nations unies tout en se gardant bien de ne pas heurter les sentiments nationalistes renaissants, en particulier aux Etats-Unis à l’époque du Maccarthisme. Différentes publications mondialistes importantes vont également disparaître au début des années 50 (Peuple du monde, Humanity, Common Cause, et World Government News…). Les fédéralistes mondiaux vont également s’appuyer sur l’article 109, alinéa 3, de la Charte de San Francisco, qui prévoyait, dès sa signature, que sa révision devrait en 1955 être soumise à la 10e Assemblée générale de l’ONU. Dans ce cadre, c’est à l’initiative du WMWFG et du Parliamentary Group for World Government britannique que vont se réunir à Londres deux Parliamentary Conference on World Government, qui donneront naissance en 1952 à la World Parlementarians Association for World Federal Government (devenue par la suite les Parlementarians for Global Action, qui n’ont plus de liens statutaires avec les fédéralistes mondiaux mais qui continuent toutefois à coopérer avec le WFM sur une base programmatique, en particulier pour le Tribunal pénal international ou, plus récemment, pour la création d’une Assemblée parlementaire des Nations unies).

A partir de 1952, le WMWFG a relégué au second plan l’approche « constituante », et ne mentionnera que plus que pour mémoire les approches « régionale », « fonctionnaliste » et « parlementaire ». Alors que la Guerre froide va provoquer trois décennies de glaciation ou de refroidissement dans les relations américano-soviétiques les tentatives de provoquer une réforme démocratique des Nations unies, privées de tout soutien populaire, vont devenir de plus en plus sporadiques. Malgré un vote de la X° Assemblée générale des Nations unies et la nomination en 1957 d’une Commission chargée de présenter un rapport sur la Réforme de la Charte, celle-ci sera une première fois repoussée de 10 ans avant d’être ajournée sine die. Les fédéralistes mondiaux ont pour un temps perdu leur crédibilité et la possibilité d’exiger une réforme radicale de la gouvernance internationale ; ils vont s’épuiser en tentatives inutiles et en déconvenues. Souvent considérés, comme pro-américains ou pro-occidentaux ils vont s’efforcer de corriger cette image, caricaturale, et de renouer le dialogue avec les pays du bloc socialiste ou le Mouvement des pays non alignés, grâce en particulier à leur attitude vis-à-vis de la décolonisation à l’occasion, en particulier, de la Conférence de Bandoeng. C’est ce qui explique l’engagement auprès des fédéralistes mondiaux de divers hommes d’Etat ou personnalités africaines comme Léopold S. Senghor ou le ministre ghanéen Komla Agbeli Gbedemah (proche de Kwame Nkrumah) qui sera élu à deux reprises président du WMWFG en 1957 et 1959. Les congrès de 1957 puis de 1961 seront des étapes dans cette évolution amenant à des contacts à Londres avec le Mouvement de la paix, inféodé à la raison d’Etat soviétique, et les pacifistes occidentaux et du tiers-monde. Le XXII° Congrès fédéraliste mondial de San Francisco en 1965 sera lui, tout en célébrant le 20° anniversaire de la création des Nations unies, l’occasion d’affirmer l’opposition des fédéralistes mondiaux à la Guerre du Vietnam et à la politique extérieure des Etats-Unis. Malgré la Guerre froide les fédéralistes mondiaux auront ainsi réussi à sauver la flamme de leur idéal et à sauvegarder l’existence du WMWFG puis de ses successeurs (la WAWF, tout d’abord World Association for World Federation, puis World Association of World Federalists) en attente d’une évolution de la situation politique internationale. Ils ont également tout au long de ces années su conserver avec les fédéralistes européens, et en particulier avec le Centre international de formation européenne (CIFE), dirigé par le fédéraliste « intégral » Alexandre Marc et par Ferdinand Kinsky, et avec sa revue L’Europe en formation, des liens a minima.

A partir des années 1970, l’établissement de relations plus confiantes avec les Citoyens du monde (souvent représentés par la suite dans le WMWFG par Guy Marchand et son épouse Renée, animateurs infatigables du Registre international des CDM), les congrès successifs d’Elsonore et d’Ottawa, un regain timide d’intérêt pour le processus d’intégration européen et les efforts de démocratisation des institutions de la CEE avec la première élection au suffrage universel direct du Parlement européen, suite à une longue campagne de la JEF et de l’UEF, en 1979, sont de nouvelles étapes de cette évolution. Dans les années 1980, l’intérêt des fédéralistes mondiaux pour le champ européen se confirmera avec le Projet Spinelli de traité instituant l’Union européenne adopté en 1984 par le Parlement européen. C’est ce qui permettra en 1987, au Congrès de Philadelphie de la WAWF et aux manifestations organisées pour le bicentenaire de la Convention de Philadelphie, pour la première fois depuis des décennies la participation officielle d’un délégué du MFE italien, Lucio Levi. Le MFE italien, puis l’UEF Rhône-Alpes, ont dans un premier temps adhéré à la WAWF comme organisations associées alors que des liens se nouaient également entre les fédéralistes mondiaux et la JEF Europe. Un Mouvement fédéraliste mondial Rhône-Alpes, très étroitement associé à l’UEF régionale (ayant même plusieurs années avec celle-ci un système de cotisations couplées à tarif réduit) sera également actif jusqu’à la réunification officielle des deux organisations au plan international ; dans Fédéchoses-pour le fédéralisme, trimestriel publié à Paris puis à Lyon depuis 1974, ses animateurs, fondateurs de la JEF France réunifiée au début des années 1970, n’avaient jamais cessé d’affirmer la complémentarité des deux combats fédéralistes européen et mondial.

C’est réellement dans les années 1980 que la WAWF, puis le World Federalist Movement (WFM) ont pu réellement retrouver, et exploiter avec des succès et une visibilité grandissante, un espace politique. Après la mémoire des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, et la peur de la destruction de l’humanité par la guerre nucléaire, ce sont cette fois de nouveaux facteurs qui sont venus remettre à l’ordre du jour le fédéralisme mondial en tant que vecteur politique porteur des seules solutions viables à terme aux problèmes de la planète. Cette ouverture historique est venue au moment ou la Perestroika de Michael Gorbatchev, puis l’écroulement de l’Union soviétique et de son « empire » rendaient à nouveau possible et tangible le rêve d’une gouvernance mondiale organisée dans un monde qui voit la mondialisation croissante des questions économiques, de défense et de sécurité, la protection de l’environnement et la nécessité d’un développement durable et compatible avec le milieu naturel et donc en dernière instance la survie de l’espèce humaine. Alors que les fédéralistes mondiaux prenaient progressivement conscience de cette nouvelle donne, les fédéralistes européens (les plus engagés dans un processus de fédération régionale, même si d’autres fédéralistes, en Amérique latine, centrale, Afrique ou Asie du Sud-est, par exemple, rêvaient de suivre leur exemple) étaient eux amenés à se reposer, pour la première fois de manière concrète depuis la Résistance et la fin des années 40, la question de la validité, de la complémentarité avec le leur et du caractère incontournable, du projet fédéraliste mondial. Mario Albertini, Président du MFE italien puis de l’U.E.F.-Europe réunifiée dans les années 1970 et qui dirigeait à Pavie la revue Il Federalista sera le premier à définir ce nouvel impératif mondialiste du fédéralisme européen et à prendre en conséquence des initiatives fortes pour permettre de « fédérer » à terme l’ensemble des fédéralistes. L’histoire du fédéralisme mondial va donc progressivement dorénavant se confondre avec celle du fédéralisme européen et avec celle de l’unification des deux courants de pensée (auxquels viendront se joindre par ailleurs les fédéralistes atlantistes de l’Assocaition to Unite the Democracies -AUD, héritiers de Clarence Streit). Les trois tendances conservant toutefois leurs spécificités et priorités propres. C’est la décennie des années 90 qui va voir les premières étapes concrètes dans ce processus.

Au début de la dernière décennie du XX° siècle, le Congrès mondial de Noordwijkerhout, en hollande, en juillet 1991, amènera les fédéralistes mondiaux à accepter de procéder à un renforcement graduel de la démocratisation des Nations unies, de leurs agences et des autres organisations intergouvernementales. C’est alors que sera lancé par le fédéraliste canadien Dieter Heinrich le projet, sur la base de l’exemple du Parlement européen, d’une Assemblée parlementaire des Nations unies (UNPA), pour lequel le soutien ne cesse aujourd’hui de croître dans les milieux parlementaires et de la société civile mondiale. En 1997, à Montreux, pour la première fois depuis leur fondation les fédéralistes du WFM et de l’UEF se retrouvaient et décidaient d’aller progressivement vers la réunification de leurs deux mouvements. Tout au long des années 90, le WFM par ailleurs renforcera, à l’occasion de la Conférence de Rio sur l’environnement puis à l’occasion des célébrations du cinquantenaire des Nations unies de forger sa nouvelle stature politique et de définir sa stratégie politique.

Alors que nous venons de vivre il y a quelques mois le XXV° Congrès du WFM à Genève, sur lequel l’UEF France, a publié de nombreux documents et donné de très larges informations, tant dans ses Notes de l’UEF France que dans son bulletin, L’Europe fédérale, ou sur son site internet, mon opinion personnelle, pour conclure cette brève histoire du fédéralisme mondial, est que le WFM est actuellement à un tournant de son histoire. Longtemps replié sur lui-même, et préoccupé de sa survie dans une conjoncture politique hostile, il a su, en particulier grâce à William Pace, son actuel Directeur exécutif à New York et en charge de son Secrétariat international, et ses collaborateurs : prendre et conserver depuis plus de 10 ans un rôle central dans le combat pour la justice internationale, créer et animer une Coalition de plus de 2.500 ONG dans le monde, se montrer capable de travailler tout à la fois avec les services ou agences des Nations unies, avec un nombre croissant “d’Etats partenaires” et avec les ONG pour imposer aux Etats récalcitrants, et plus particulièrement aux Etats-Unis, la création du Tribunal pénal international.

Un schéma identique doit pouvoir être progressivement développé dans d’autres domaines. De mon point de vue, les « projets » (ou « programmes ») les plus susceptibles d’accorder rapidement au WFM un rôle central et un leadership des organisations de la société civile, semblent être, le domaine du risque climatique (et du développement durable), de la création d’une Assemblée parlementaire auprès des Nations unies (UNPA) et de la réforme du système monétaire international, comme proposé dans l’une des principales motions adoptées par le congrès de Genève.

P.-S.

Jean-Francis BILLION
Bureau UEF-France - Comité fédéral UEF-Europe - Conseil World Federalist Movement

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