Edito (FR)

, par Chloé Fabre

Le 20 décembre 2023, à quelques heures de la nuit la plus longue, l’Assemblée nationale vote en faveur de la loi Asile et migration. Après des périples législatifs, une mobilisation des associations dans la presse avec différentes tribunes, une motion de rejet votée par les oppositions au gouvernement (le premier vote regroupant les oppositions de la gauche à l’extrême‐droite), une commission mixte paritaire repartant du texte du Sénat. Une série à rebondissements qui a plus fait parler d’elle que le contenu de cette loi scélérate.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : une loi consacrant des idées et des propositions de l’extrême‐droite. La loi entérine le principe de la préférence nationale, qui court depuis quelques années déjà (les employeurs doivent déjà justifier auprès de la préfecture qu’ils ne trouvent pas un salarié européen avant d’embaucher une personne à qui l’emploi permet d’obtenir un permis de travail).

L’extrême‐droite mène une bataille culturelle, en France, en Europe et dans le monde. La préférence nationale est un des fers de lance de cette bataille qu’il s’agisse de salariés ou de légumes (le manger‐français). Le nationalisme irrigue cette pensée. La pensée des droits de l’Homme, celle qui considère que chaque être humain naît et demeure égal en droit et en dignité n’effleure même pas leur idéologie profondément dominatrice et raciste.

Nous tenons à rappeler et souligner que le fédéralisme politique que nous portons dans cette revue est l’héritier de l’action et de la pensée de militants antifascistes. De Résistants et de Résistantes qui ont fait de leur combat contre le fascisme le ferment de la construction d’un monde de paix, d’un monde où le respect des droits fondamentaux est l’un des points d’appui de l’État de droit. Notre combat contre le national‐populisme, de droite, et même, hélas, de gauche, recouvre toutes ces dimensions.

D’autres prises de positions expliciteront sûrement comment l’hypercentralisme français a conduit à l’adoption de cette proposition de loi, finalement rédigée par un petit consortium de 14 personnes. Le fait que plusieurs présidents de Département indiquent qu’ils continueront à attribuer l’aide personnalisée à l’autonomie (APA) sans appliquer la loi votée, montre comment cet embrouillamini est inapplicable politiquement et techniquement pour les collectivités locales.

Nous devons prendre conscience et faire prendre conscience que l’hypercentralisme de notre République nous rend absolument vulnérables face à la montée des discours de haine et de rejet de l’autre. Contrairement aux États‐Unis ou au Brésil, nous n’avons aucune barrière, aucun contre‐pouvoir pour résister face à la bataille, qui n’est pas que culturelle, que l’extrême‐droite est en train de gagner, en France, en Europe et dans le Monde
Ce numéro, le dernier de notre cinquantième anniversaire, montre une fois de plus un autre chemin, pour s’armer, les unes et les autres. Nous le répétons ici, la diversité est une richesse. Le fédéralisme ce qui peut, encore, assurer notre sécurité européenne et mondiale.