Fédéchoses numéro 107 - 2000

L’hypocrisie n’arrête pas Haider, mais la constitution européenne peut le faire

La formation d’un gouvernement autrichien soutenu par le national-populiste Haider représente une menace réelle pour l’Union. La montée de Haider est liée à l’insécurité générée par le processus de l’élargissement de l’Union aux pays de l’Est et à la Turquie. La décision des 14 pays d’isoler l’Autriche est dictée par la peur que d’autres Haider se cachent en Europe orientale, comme en Europe occidentale.

Cependant les indignations et les condamnations ne suffisent pas. Il ne suffit pas de demander à Haider de souscrire une « déclaration sur les valeurs de la démocratie européenne ». L’Union n’a aucune légitimité démocratique et personne n’a le pouvoir de demander à Haider de respecter la démocratie européenne. Seule une constitution européenne, approuvée par les citoyens de l’Union, donnerait aux organes politiques et juridiques de l’Union le pouvoir, non seulement de défendre la démocratie européenne mais aussi de gérer démocratiquement, dans le respect des droits des citoyens et de leur identité culturelle, le processus de l’élargissement.

Au contraire :

a/ les chefs d’États et de gouvernements ont décidé à Helsinki d’élargir l’Union en n’introduisant que des modifications marginales aux Traités et sans reconnaître la moindre valeur à la Charte des droits des citoyens européens que le Parlement européen est en train d’élaborer avec les Parlements nationaux ;
b/ la Commission Prodi, chargée de faire des propositions pour la réforme de l’Union s’est alignée sur l’hypothèse minimaliste des gouvernements et a écarté l’hypothèse d’une Constitution européenne ;
c/ le Parlement européen qui, en tant que légitime représentant des citoyens européens, aurait le pouvoir de proposer aux gouvernements une Constitution européenne, n’assume pas ses responsabilités.

Ceux qui, au sein des gouvernements européens, de la Commission et du Parlement européen veulent se dissocier du chœur des hypocrites réclament une Constitution fédérale européenne. L’unité de l’Europe est en danger parce que le nationalisme n’a pas encore été vaincu. Et dans les situations d’urgence, il ne suffit pas de dénoncer. Il faut assumer ses responsabilités.

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