Fédéchoses numéro 126 - 2004

Voter OUI à la Constitution européenne, pour contribuer à « construire un État international stable ».

L’année 2005 constituera une étape importante dans l’histoire de l’unification de l’Europe et du monde et donc dans celle de la démocratie internationale et de la paix. Le projet de Constitution européenne, pour limité et insuffisant qu’il soit, permettra s’il est adopté de poursuivre sur de meilleures bases la lutte pour la transformation de l’Union européenne en un État fédéral doté d’un gouvernement responsable devant le Parlement européen seul représentant légitime du Peuple européen.
Mais la bataille pour la ratification n’est pas gagnée d’avance ! Loin s’en faut ! L’adoption de la Constitution et ce nouveau combat dépendront, en très large partie, de la décision des Français.

La classe politique française reste largement divisée sur l’unité politique de l’Europe. Seule en Europe, seule surtout parmi les six États qui avaient initié à l’issue de la seconde guerre mondiale – pour juguler le nationalisme et éviter le retour aux horreurs du passé – le processus d’intégration européenne. Le clivage européen est aujourd’hui mis en exergue par le débat sur la Constitution et passe à l’intérieur des partis et des organisations de la société civile. À gauche, les résultats des référendums du Parti socialiste (42 % de « non » sur plus de 80 % de participants) et d’ATTAC (10 % de « oui », 5 % de vote blanc mais 57 % de non participation) l’expriment très fortement. À droite, la position de Jacques Chirac tempère cette réalité et tend dans l’instant à museler certains souverainistes. Cela est dû au fait que la classe politique française et, pour nous c’est plus grave, une large partie de la gauche hexagonale restent tout à la fois « jacobines » en matière interne et « nationalistes » en politique internationale. (Le cas le plus caricatural étant celui de Laurent Fabius et de ses proches qui se posent en bons gestionnaires de l’État-nation et s’avèrent incapables de toute évolution jusqu’à se retrouver dans un duo avec le Front national, sur la Turquie comme sur la Constitution !).
L’alliance objective et contre nature de forces politiques opposées – certains courants du PS, le PC, la majeure partie des altermondialistes, l’extrême gauche, les souverainistes de droite (ou de gauche !) et l’extrême droite – risque de provoquer un coup d’arrêt au processus de renforcement et de démocratisation de l’Union européenne. Face à ce danger les fédéralistes doivent se mobiliser avec toutes les forces politiques, syndicales et associatives qui y sont favorables, pour impulser l’adoption du projet de Constitution européenne qui, pour la première fois dans l’histoire humaine, montrera la capacité d’États nationaux, autrefois adversaires, à progresser dans la redéfinition de leurs rapports sur la seule base du droit.

Dès 1941, déporté avec d’autres antifascistes sur l’îlot de Ventotene, Altiero Spinelli avait défini dans le Manifeste de Ventotene « la ligne de démarcation entre les partis progressistes et les partis réactionnaires » comme celle séparant ceux qui voulaient « construire un État international stable » de ceux qui voulaient reconduire le système des États nationaux souverains. Dans cette perspective, le « degré plus ou moins élevé de démocratie ou de socialisme à instituer » devenait « secondaire » face à l’impératif de dépasser le cadre strictement national de la lutte politique et à la nécessité de bâtir la démocratie internationale.
Ce qui était vrai durant la Résistance au nazi-fascisme, engendré par la division de l’Europe, l’est encore plus aujourd’hui alors que la mondialisation libérale laisse sans défense les peuples et les travailleurs dans leurs pré-carrés nationaux.

Voter OUI à la Constitution européenne, pour contribuer à « construire un État international stable ». Tel est le message que doit porter inlassablement l’avant-garde fédéraliste du Peuple européen et du Peuple du monde.

Fédéchoses

Documents joints