Fédéchoses numéro 127 - 2005

Un OUI critique, lucide et résolu
Nous l’écrivions dans notre dernier éditorial… « la bataille pour la ratification n’est pas gagnée d’avance ! Loin s’en faut ! L’adoption de la Constitution, et l’issue de ce nouveau combat, dépendront en très large partie de la décision des Français »…
Nous ne nous étions pas trompés non plus lorsque nous réclamions « un référendum européen de ratification » pour éviter, que le vote ne soit instrumentalisé et détourné pour des motifs de politique politicienne ou des enjeux de pouvoir nationaux.
Nous y sommes et les fédéralistes, dans les conditions actuelles du combat, sont donc contraints à se faire les thuriféraires d’un texte dont ils dénoncent par ailleurs les limites. Dans leur campagne pour un OUI « critique », « lucide » mais tout autant résolu, ils doivent rester eux-mêmes. Ils doivent se battre sur leurs valeurs (la Paix, la démocratie internationale) et rappeler que leur but n’est pas d’exercer le pouvoir en France ou en Europe, demain dans le monde, mais de « construire un État international stable » comme l’affirmait déjà Altiero Spinelli en 1941 depuis les geôles fascistes de Ventotene.
En 1954, les Six étaient à la veille de mettre en place une Communauté européenne de défense (CED), gérée par une Communauté politique européenne (CEP) qui, si elle avait vu le jour, serait à court terme devenue la fédération européenne. C’est la France qui fit échouer cette première tentative d’unification politique de l’Europe ; l’alliance des gaullistes et des communistes, de la droite réactionnaire et de la Raison d’État soviétique, du nationalisme de droite et de gauche, et la division des socialistes ont ainsi amené le réarmement national de l’Allemagne et… un demi-siècle de sujétion à l’impérialisme américain pour l’Europe occidentale.
C’est la France qui a ainsi fait reculer d’un demi-siècle toute nouvelle tentative de créer l’unité politique de l’Europe.
Nous en sommes revenus au même point, à quelques semaines du 29 mai. Comme il y a 50 ans, l’alliance objective de la droite la plus réactionnaire, voire néofasciste et d’une partie de la gauche risque de nous condamner, et le monde avec l’Europe, à un nouveau demi-siècle d’impuissance, de décadence et de sujétion à la politique américaine.
On ne nous fera pas croire que les boniments de foire sur une « constitution ultralibérale » et « antisociale » tiennent la route et puissent justifier un hypothétique « non de gauche ». La vérité c’est qu’il s’agit d’un cache-misère idéologique pour un courant nationaliste et jacobin qui, dans le mouvement socialiste international, constitue, pour notre malheur, une redoutable « exception française » et manipule aujourd’hui une large fraction du « peuple de gauche » à son corps défendant.
Les mouvements autonomistes démocratiques, ceux en particulier regroupés au sein de Régions et Peuples solidaires, soumis comme les autres fédéralistes à l’opprobre et à la glaciation de l’État français bureaucratique et centralisé (là encore une redoutable exception française en Europe !), ne s’y sont pas trompés non plus qui se sont en Occitanie, en Corse ou en Bretagne… placés aux premiers rangs des partisans du Traité constitutionnel tout en dénonçant, comme nous, ses limites.
À nos partenaires, à nos amis, à nos camarades de la gauche critique et aux altermondialistes, nous disons :
– attention à ne pas vous tirer une balle dans le pied,
– attention à ne pas faire le lit de Le Pen,
le 29 mai, si vous n’y prenez pas garde, contrairement au 21 avril 2002, il n’y aura pas de deuxième tour avant des années !
Au-delà même de l’Europe et de la France, les yeux de la communauté civile mondiale sont également posés sur nous. Attention, le Ministre de la culture de Lula, Gilberto Gil, et Nelson Mandela, par exemple, ne mêlent pas leur voix à celles des fascistes et de la droite souverainiste la plus réactionnaire ; eux revendiquent leur OUI !
Contre les effets dramatiques et pervers de la mondialisation libérale, les fédéralistes, avant-garde organisée du Peuple européen et du Peuple du monde, vous lancent un appel angoissé : mieux vaut une Constitution imparfaite et modifiable à l’initiative de 1 million de citoyens et du Parlement européen, qu’un coup d’arrêt à la construction de l’Europe politique première étape d’une gouvernance mondiale démocratique.
Fédéchoses
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