Fédéchoses numéro 125 - 2004

La ratification de la Constitution européenne prise en otage par les politiques nationales. L’exemple (… exemplaire…) de la France.
La perspective de la ratification de la Constitution européenne, en 2005, soulève avec force des problèmes concernant la prise ou la conservation du pouvoir au sein des États membres de l’Union européenne beaucoup plus que son contenu.
Le cas de la France est révélateur et exemplaire. Depuis que le choix du référendum a été rendu public, à la demande de la majeure partie des forces politiques, le débat, qui aurait dû être politique, paraît de plus en plus politicien. Laurent Fabius porte à cet égard une lourde responsabilité.
La traditionnelle position eurosceptique du Parti communiste, des diverses chapelles du trotskisme organisé, de certains responsables de la « gauche » socialiste ou de divers milieux altermondialistes prônant un paradoxal « non de gauche », toutes ces attitudes sont respectables même si nous ne les partageons pas et devons les dénoncer.
Malgré les limites et les imperfections du texte nous ne pensons pas responsable un « non fédéraliste ».
Le non de droite, ou souverainiste, aux antipodes de notre combat, ne nous surprend pas et ne mérite pas que l’on s’y arrête.
À l’inverse, le « non de Fabius » :
– soit, traduit des visées personnelles et carriéristes (et vue l’importance de l’enjeu, cette attitude est méprisable),
– soit, traduit et exprime la crainte des tenants et des grands gérants de l’État-nation de perdre une partie de leurs pouvoirs et de leur raison d’être, et alors, ceux qui le personnifient rejoignent le camp de nos adversaires de toujours.
Mais il n’est pas surprenant que ce soit en France qu’une telle dérive de la « gauche » soit apparue avec tant d’éclat :
– La France reste de loin l’État-nation le plus centralisé et bureaucratique de la « Vieille Europe » ; il suffit de penser que Vladimir Poutine nous envie nos préfets ! Non, vraiment, la caste des grands serviteurs, de « droite » ou de « gauche » de notre État-nation ne le cède en rien aux apparatchiks de la « Jeune Europe », chère aux néo-conservateurs américains ;
– en France, enfin, dans le cadre institutionnel monarchique de la Ve République, l’élection présidentielle reste la « mère de toutes les batailles électorales ». C’est ce qui explique pourquoi Laurent Fabius a pu, dans la perspective de 2007, vouloir prendre la tête du « non de gauche » afin d’exister et d’engranger médiatiquement.
C’est pour éviter que le mauvais exemple français ne soit suivi dans d’autres pays de l’Union européenne, et pour donner enfin la parole au Peuple européen, que les fédéralistes demandent que la ratification, parlementaire ou référendaire, intervienne au même moment, autour du 9 mai 2005, soulignant ainsi l’enjeu continental et mondial du scrutin.
Parallèlement à leur campagne en faveur de la Constitution les fédéralistes doivent exiger une révision constitutionnelle pour supprimer le droit de veto, au plus tard en 2008.
Dès aujourd’hui, les fédéralistes et le Parlement européen doivent annoncer une initiative en ce sens dans le cadre du droit d’initiative populaire reconnu au Peuple européen par la Constitution.
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