Fédéchoses numéro 119 - 2003

L’Europe divisée ne peut empêcher la guerre !

80 % des citoyens européens étaient, avant le déclenchement des hostilités opposés à une guerre préventive contre l’Irak. Le Parlement européen avait pris position dans le même sens. Malgré cela 8 gouvernements européens ont soutenu la politique interventionniste des États-Unis. L’Allemagne et la France s’y sont opposés, fidèle en cela à la volonté majoritaire de la population européenne Mais cette juste position de principe était destinée à faire faillite car, seuls, ces deux pays sont dans l’incapacité de mettre en place une politique extérieure alternative à celle des États-Unis, au Moyen-orient où ailleurs dans le monde.
Sans un plan pour la paix, la guerre en Irak se transformera en une aventure néo-coloniale provoquant révoltes, rancoeurs, et ressentiments contre les agresseurs. Durant des décennies, les Européens, tout comme les Américains risquent de payer le prix de cette « erreur ». C’est en fin de compte l’absence d’un gouvernement européen, responsable tout autant de la politique extérieure, de défense et de sécurité, qui est la vraie raison de fond du vide mondial de pouvoir qui a contraint et incité les gouvernants américains à enclencher une guerre préventive. Un gouvernement européen aurait eu la capacité de proposer (et mettre en place) un Plan Marshall pour la paix, le désarmement, la démocratisation et le développement du Moyen-orient tout entier. Au contraire, la stratégie américaine, à courte vue, se propose de rebâtir le Moyen-orient, sur du sable : un illusoire équilibre, injuste et obtenu par la seule violence militaire.
Si les Européens désirent réellement, au delà des rodomontades, reprendre le contrôle de leur avenir, ils doivent confier à un gouvernement européen le pouvoir de décider en matière de politique extérieure. La prétention de vouloir conserver aux divers gouvernements nationaux une politique nationale aujourd’hui totalement illusoire n’est que poussière. Elle conduit les Européens à la division, à la subordination et au déclin. Les citoyens européens ne peuvent plus dorénavant se reconnaître dans leurs gouvernements, être fiers de leur action ni se reconnaître dans leurs choix de politique internationale. Ce n’est que dans le cadre d’un gouvernement fédéral et démocratique que les États et citoyens européens retrouveront leur dignité et leur rôle historique.
Les fédéralistes doivent en prendre conscience et demander :
 à la Convention européenne de soutenir un projet d’essence fédéraliste, faisant de la Commission un véritable gouvernement fédéral, auquel soit confié, sous le contrôle du Parlement européen, le plein pouvoir exécutif, y compris en matière de politique de défense et de sécurité ; un projet dans lequel le Conseil devienne la seconde chambre législative de l’Union, aux côtés du Parlement européen directement élu par le peuple ;
 à la Convention que la paix, fondement du cours fédéraliste de l’histoire à l’heure de la mondialisation, soit pleinement reconnue et revendiquée comme objectif fondamental de l’union politique de l’Europe en tête de la Constitution européenne ;
 que l’Union européenne s’engage constitutionnellement à des transferts de souveraineté, sous réserve de réciprocité des autres États, afin de permettre le renforcement et la démocratisation progressive des Nations unies et des autres institutions de la gouvernance mondiale.

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