La fumée blanche flotte sur Bruxelles : habemus le Traité de Lisbonne !

Après huit longues années de réflexions et de débats, de Convention européenne en conférences intergouvernementales, de Traité constitutionnel en Traité « tout court », de « non » irlandais qui, la crise économique et financière aidant, se transforme finalement en « oui »…, le Traité de Lisbonne est entré en vigueur au 1° décembre 2009.

Sa première expression a déjà suscité de nombreuses polémiques sur les erreurs de casting concernant les nominations aux postes de Président du Conseil européen et de Haut Représentant à la politique extérieure. Mais ces innovations ne sont pas le plus important acquis de « Lisbonne ». En effet ces fonctions resteront soumises au diktat de l’immobilisme intergouvernemental et ne manqueront pas de se heurter à la présidence tournante du Conseil des ministres et au Président de la Commission… Bref, en ajoutant à la confusion ambiante, elles renforceront, tout au plus, la mal-gouvernance de l’Union mais ne préjugent en rien d’un futur gouvernement fédéral.

En revanche, le renforcement des pouvoirs du Parlement européen, seul représentant démocratiquement élu du Peuple (fédéral) européen en gestation, son rôle reconnu dans l’élection du Président de la Commission (même si la nouvelle assemblée s’est finalement couchée devant les Etats en acceptant le renouvellement de José Maria Barroso), et la possible émergence d’une « initiative citoyenne européenne », que les fédéralistes et la société civile européenne devront exploiter dans la lutte pour fonder une Fédération européenne, sur tout ou partie du territoire de l’UE, permettent de conserver l’espoir et de continuer le combat fédéraliste en Europe.

À Copenhague aussi l’échec sur le climat…
…montre que l’avenir de la planète est une question trop sérieuse…
…pour être laissée aux seuls gouvernements !

Le Sommet de Copenhague de l’ONU sur la crise climatique a montré, là encore, les limites des conférences intergouvernementales. Elles sont incapables de faire émerger les décisions politiques indispensables face à l’urgence du problème du réchauffement climatique mis en évidence par les experts, comme par la société civile. (Accessoirement, nous ne serons pas cruels et ne nous étendrons pas sur le rôle de dindon de la farce de l’UE dans ce forum mondial, malgré la qualité de ses propositions masquées par la cacophonie des interventions de gouvernements cherchant, la France sarkozienne au premier rang, à se pousser du coude et à rouler les mécaniques. Spectacle pitoyable !).

La nécessité de mettre en place une gouvernance mondiale démocratique minimale, qui pourrait naître à partir de la création d’une Assemblée parlementaire des Nations unies (UNPA) s’en trouve heureusement confortée. Les colonnes de ce numéro s’en font largement l’écho (« Fed-Actualité ») et nous insistons tout particulièrement sur le soutien croissant des milieux parlementaires du monde entier à l’initiative lancée par notre ami fédéraliste canadien Dieter Heinrich en 1992 et que Fédéchoses s’honore d’avoir toujours soutenu. Rappelons que Presse fédéraliste a publié dès 1993 la traduction française de ce texte, Un projet et une proposition d’action pour la démocratisation des Nations unies, que nous republierons prochainement sur notre site.

Et pendant ce temps là, la France…
…risque de perdre son âme dans le débat sur l’identité nationale…
…et prépare une réforme territoriale recentralisatrice… !

Alors que le débat, voulu par le Président de la République, sur l’identité nationale dérape et laisse apparaître un déballage franchouillard, raciste et chauvin… les fédéralistes ne peuvent se contenter d’espérer que, selon le principe de « l’arroseur arrosé », cette grosse ficelle électorale ne le condamne à une sévère défaite électorale lors des prochaines élections régionales. Au moment où Sarkozy s’efforce d’embrigader dans son opération les grandes figures des Résistants Marc Bloch et Albert Camus, tous deux proche (Bloch) ou membre (Camus) du Comité français pour la Fédération européenne fondé à Lyon en juin 1944, nous ne pouvions pas, par contre, ne pas protester !

De même dans ce numéro notre « Focus » sur « Proudhon et le fédéralisme », à la veille d’une réforme territoriale recentralisatrice (que nous analyserons dans nos prochains numéros) qui va encore renforcer dans l’UE l’exception d’une France bureaucratique et centralisée, montre à quel point la pensée de l’auteur du Principe fédératif est aujourd’hui plus que jamais au coeur de l’actualité.

Actualité encore, toujours présente, lorsque Proudhon écrivait en 1867, dans le recueil publié à titre posthume France et Rhin, que « La nation française actuelle se compose d’au moins vingt nations distinctes… Le Français est un être de convention, il n’existe pas ».