« Si les paroles sont suivies d’actes, nous sommes à la veille d’un grand moment européen »

, par Christian Moos

Le contrat de coalition publié mercredi 24 novembre par le SPD, l’Alliance 90/ Die Grünen et le FDP contient nos exigences et principales idées. La déclaration centrale est la suivante : « La conférence [sur l’avenir de l’Europe] devrait déboucher sur une convention constituante et conduire à l’évolution vers un État fédéral européen, organisé de manière décentralisée, également selon les principes de subsidiarité et de proportionnalité, et ayant pour base la Charte des droits fondamentaux ». Les partenaires de coalition qui veulent former un nouveau gouvernement fédéral s’engagent en faveur d’un État fédéral européen tel que nous le réclamons depuis 1946. Si le nouveau gouvernement fédéral défend sérieusement cette position vis-à-vis de ses partenaires européens, s’il s’engage résolument en faveur de ses objectifs de politique européenne, cela peut devenir un moment important dans l’histoire de l’intégration européenne.

Il est réjouissant de constater que l’accord de coalition laisse également entrevoir un droit de vote européen avec des Spitzenkandidaten (têtes de liste) forts et des listes transnationales. Le Parlement européen doit obtenir un droit d’initiative, le Conseil doit devenir plus transparent, la méthode communautaire doit supplanter la méthode intergouvernementale. L’unanimité au Conseil doit être remplacée par des décisions prises à la majorité, du moins en matière de politique étrangère et de sécurité, et un/e véritable ministre européen/ne des Affaires étrangères, doit remplacer le Haut Plénipotentiaire. Toutes ces exigences sont au cœur des revendications de l’Europa-Union Deutschland, une organisation non partisane. Ce qui semble remarquable et prometteur, c’est que tous ces projets ne sont pas liés à la condition que tous les États membres veuillent suivre cette voie. Le fait qu’une avant-garde doit aller de l’avant si l’on veut que l’Europe continue d’avancer est souligné à plusieurs reprises.

Une attention particulière est également accordée à la démocratie et à l’État de droit, qui doivent être consolidés sur le plan intérieur, ainsi qu’à la perspective d’une alliance des démocraties avec, au centre, des relations transatlantiques renouvelées et renforcées. La souveraineté européenne est l’objectif de cette nouvelle alliance gouvernementale, le terme d’autonomie, que beaucoup ont actuellement à la bouche à Bruxelles, est évité à tout prix. Cela aussi est porteur d’espoir. Car l’Europe doit être souveraine, capable d’agir et efficace. Elle ne doit pas être autonome si elle prend au sérieux l’idée fédérale qui la caractérise et si elle veut défendre un ordre mondial libre. L’Europe ne doit pas s’isoler. Les objectifs mentionnés dans l’accord de coalition peuvent conférer un nouveau rayonnement à l’Union européenne et à l’idée qui la sous-tend et, par là même, constituer un bouclier efficace contre la tentation autoritaire et liberticide.

Il est également positif que l’accord de coalition mise sur une société civile active, démocratiquement constituée et organisée, et annonce qu’il la soutiendra davantage. Il s’agit maintenant pour la nouvelle coalition de prendre au sérieux les engagements. L’heure est à la responsabilité, à la modernisation non seulement de l’Allemagne, mais aussi de l’Europe. Il est grand temps que l’Allemagne mette son poids dans la balance européenne. La France et de nombreux autres pays de l’UE attendent cela depuis des années. Au plus tard après les élections présidentielles françaises du printemps prochain, le moment sera venu de lancer une nouvelle grande initiative européenne. Ceux qui cherchent à diviser l’Europe et les démocraties du monde peuvent ainsi encore être repoussés. Mais cette tentative ne doit pas échouer. Chaque nouveau gouvernement mérite sa chance. L’alliance « Ampel » (tricolore) sera jugée à l’aune de ce que l’accord de coalition promet pour l’Europe.

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