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« 1973 : année de l’Europe » Publié dans Fédéchoses… N° 5 - 1° 1974

37 années ont passé et l’on pourrait aujourd’hui paraphraser ce texte en évoquant ironiquement : « 2010, année de l’Europe » en tirant la même conclusion : « l’Europe n’existe pas et l’Europe officiellement ne doit pas exister... Aujourd’hui, plus qu’il y a un an, l’Europe de Sarkozy, de Merkel, de Van Rompuy, c’est l’Europe de la division... » … Bis repetita...

A ceux qui avaient encore des illusions sur les voies empruntées aujourd’hui dans la construction de l’Europe, l’année 1973 aura-t-elle ouvert les yeux ? Certains, en effet, avaient eu le sentiment qu’il se passait quelque chose d’important, que le « Sommet » de Paris était le début d’une ère nouvelle et préparait un avenir politique pour les Européens.

Année 1973, année de l’Europe. Ainsi l’avaient baptisée les Etats-Unis… mais en donnant à cette phrase un sens bien particulier. Il était difficile de faire meilleure prévision : en effet, l’Europe n’a cessé de montrer et démontrer qu’elle n’existait pas ou qu’elle n’existait plus, enfin que ses dirigeants relégués dans la catégorie des impuissants n’avaient pas les moyens de la faire exister.

Ainsi, par exemple, dans quelle mesure l’Europe a-t-elle pu faire respecter la démocratie dans un pays, le Chili, où elle était sauvagement et sanguinairement assassinée avec la complicité active des Etats-Unis (eux-mêmes défenseurs de l’Europe et à la demande des Européens. Défenseurs de quoi ?), mais aussi avec la complicité non dissimulée de nos hommes d’affaires (dont les armes, les capitaux, ne sont pas moins efficaces que les vraies).

Encore, dans les évènements du Proche Orient, l’Europe n’a pu qu’observer sur ses écrans de télévision, une guerre horrible, une guerre qui se déroulait devant sa porte, une guerre qui servait de test aux nouveaux joujoux des superpuissances...

Puis l’Europe a dû s’entendre dire -et avec justesse- qu’elle n’existait pas, puisqu’on pouvait très aisément la diviser en pays amis, pays neutres et pays ennemis, sur un problème aussi grave de politique étrangère. Différenciation de peu d’importance, puisque de toute façon les compagnies pétrolières ont fait la loi à tout le monde, Européens et Arabes, en répartissant à leur gré la pénurie. Enfin, l’opération n’était visiblement destinée qu’à faire monter les prix, et là encore, les superpuissances paraissent avoir considéré l’opération de sabotage des économies européennes et japonaise d’un oeil fort complaisant.

En disant que 1973 devait être l’année de l’Europe, M. Kissinger avait certainement quelques idées derrière la tête, mais que les évènements lui aient facilité la tâche à ce point est difficilement concevable : ainsi, au début de l’année, l’Europe et le Japon menaçaient la puissance économique des Etats-Unis et les plus brillantes têtes pensantes de l’hexagone souriaient déjà de la décadence américaine. Le dollar ne cessait de baisser. Les chefs d’Etat européens, réunis au « Sommet » de Paris, rêvaient tout haut d’union politique.

Un rêve qui a pris fin avec la crise internationale : les nations se sont montrées incapables de dépasser leurs égoïsmes, dès lors qu’elles éprouvent des difficultés, dès lors que leur petit ordre social individuel est menacé par ces mêmes difficultés. Mais n’entre-t-on pas dans un cercle vicieux, puisque ces maux sont en grande partie dus à l’absence de politique européenne. La voie de la régression européenne est ainsi ouverte.

Pompidou l’a prouvé récemment en repoussant officiellement aux calendes grecques le projet d’union politique de l’Europe (donc en retrait sur ses positions de l’an dernier), et en ne se fixant pour objectif encore lointain qu’une confédération, tandis que toute vocation politique est déniée aux institutions de la CEE (Messieurs les Espagnols, nous vous attendons). Autrement dit, l’Europe n’existe pas et l’Europe, officiellement, ne doit pas exister. Aujourd’hui plus qu’il y a un an, l’Europe de Pompidou c’est l’Europe de la division, c’est l’Europe de Moscou et de Washington.

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