Note sur le World Federalist Movement

, par Lucio Levi

Pendant les longues années de la guerre froide, les Nations unies ont été paralysées par les vétos croisés des superpuissances. Pendant que l’ordre mondial bipolaire, né de la seconde guerre mondiale, encourageait l’unification de l’Europe dans le bloc occidental, il empêchait tout progrès réel en direction de l’unification mondiale. Les divisions du monde en blocs antagonistes, ne laissaient pas d’espace pour les actions des fédéralistes mondiaux.

Aujourd’hui, après la chute de la grande barrière idéologique, qui, pendant des décennies, avait suscité la méfiance et l’hostilité entre les deux blocs -chacun investissant dans de terrifiants moyens de destruction de masse- le monde entre maintenant dans une période de transition caractérisée par des tendances contradictoires. D’une part, nous asssitons à la dislocation de la cohésion à l’intérieur des Etats et des organisations internationales, une tendance particulièrement forte dans l’ancienne sphère d’influence communiste, mais visible également partout dans le monde. D’autre part, en coexistence avec cette première tendance nous avons la globalisation, qui suscite la formation d’organisations régionales d’Etats -et l’Union européenne est un leader mondial sur ce plan- qui ouvrent la voie vers un nouvel ordre mondial, basé sur la loi et la réforme des Nations unies.

La fin de la guerre froide et l’accession des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) au sommet de la hiérarchie de la puissance mondiale, ont révélé l’obsolescence des institutions de l’ONU, fondées il y a 60 ans. Au même moment la globalisation a érodé la souveraineté des Etats et posé la question urgente du renforcement et de la démocratisation des Nations unies. Déjà, à la fin du 20e siècle, une nouvelle génération d’organisations inetrnationales était apparue : l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fondée pour gouverner le marché global et le Tribunal pénal international établi pour vaincre la culture de l’impunité et ouvrir le chemin du droit au niveau international. Cette nouvelle phase de l’histoire a ouvert la voie à la décision de l’UEF (après la JEF Europe, Ndt.) de devenir membre du WFM en 2004.

Le Tribunal pénal international

Le Tribunal pénal international représente la réussite la plus éclatante du WFM depuis sa fondation en 1947. Le WFM a joué un rôle de premier plan dans le développement transnational des organisations non gouvernemenetales (ONG), un mouvement qui n’est pas limité par les frontières des Etats. Il s’agit d’une innovation politique et institutionnelle importante. La création la Coalition internationale des ONG pour le Tribunal pénal international (la CICC, en anglais, lors de la Conférence de Rome de 1998 était composée de 250 ONG ; elle en compte dorénavant plus de 2500 !) a introduit un nouveau réseau d’action extrèmement efficace, ce qui a permis à la CICC d’exercer une réelle influence sur le cours de la Conférence diplomatique de Rome qui a rédigé le statut du tribunal pénal international. Bill Pace, Directeur exécutif à New York du WFM était le porte-parole de la CICC à Rome. Je pense que nous pouvons dire que l’alliance de la CICC et des Etats qui lui étaient acquis ont produit la masse critique nécessaire pour la fondation du Tribunal pénal international. Désormais la Coalition fait campagne pour la ratification du Statut du Tribunal pénal international. 113 Etats l’ont déjà ratifié. Comme l’a affrimé Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU, « La Coalition a démontré en termes très concrets tout ce qui peut être accompli lorsque la société civile, les gouvernements et les organisations internationales s’entendent et se réunissent pour s’attaquer aux problèmes globaux. La Coalition a démontré qu’elle était un vrai partenaire global pour la justice ! ».

Cette année, des Etats signataires du Traité de Rome, ont décidé d’inclure le crime d’agression dans le mandat du tribunal. C’est un progrès en direction de la mise hors-la-loi de la guerre.

La Campagne pour l’UNPA

La campagne pour une Assemblée parlementaire des Nations unies représente la réponse fédéraliste au déficit démocratique croissant de l’ONU et des autres institutions internationales. La globalisation érode la souveraineté nationale des Etats et les citoyens ont le sentiment que leur pouvoir de décision est en train de dériver vers des acteurs globaux qui ne dépendent plus de l’Etat et échappent à leur contrôle. De nos jours tout a été globalisé, sauf la démocratie qui s’arrête aux frontières étatiques. Si la démocratie n’est pas mondialisée, alors, la globalisation tuera la démocratie. Le monde a beaucoup à apprendre de l’expérience de l’Union européenne, du fait que le Parlement européen -le premier parlement supranational dans l’histoire de l’humanité- est devenu le laboratoire de la démocratie internationale.

Le Conseil du WFM, réuni à Buenos Aires début octobre, s’est tenu en même temps qu’une Conférence du Parlement latino-américain, le Parlatino, présidée par sa Secrétaire générale, la Sénatrice argentine Sonia Escudero (dont nous publions ci-après un article, Ndlr). Le Parlatino soutient la proposition de l’UNPA et, en 2008, il a même adopté une résolution en ce sens. La coîncidence avec la conférence du Parlatino et leur Conseil a offert aux fédéralistes mondiaux l’opportunité de réunir plusieurs nouvelles adhésions à la Campagne pour l’UNPA. Depuis 2007, ce sont plus de 1000 parlementaires de plus de 90 pays qui ont apporté leur soutien à l’UNPA, représentant plus de 100 millions de citoyens dans leurs circonscriptions.

P.-S.

Lucio LEVI
Université de Turin - Président du MFE italien - Membre du Bureau exécutif du WFM et du Comité fédéral de l’UEF

Traduit par Joseph MONTCHAMP - Lyon

Photo : Fernando A. IGLESIAS (sous le portrait de Spinelli) au Sénat argentin - siège des réunions

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