Après le Conseil européen de Bruxelles des 16-17 décembre 2010 : s’opposer à « l’européicide » par le fédéralisme budgétaire pour l’Europe !

Action fédéraliste – « Socialisme et Liberté » (AFSL)
- www.sfsl.eu

Le Conseil européen de Bruxelles des 16-17 décembre 2010 a pris la décision, nécessaire, de pérenniser le Fonds européen de stabilité financière et le Mécanisme européen de stabilisation financière à travers un Mécanisme européen de stabilité. Ceci nécessite une modification de l’article 136 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, et les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont accordés sur une proposition de modification.

L’Action fédéraliste « Socialisme & Liberté » (AFSL) juge positives ces décisions, mais elle considère qu’elles sont insuffisantes pour répondre à la crise présente. La crise économique et financière mondiale exige une réponse européenne à la fois plus forte et plus coordonnée.

Plus forte, car la crise frappe d’abord et surtout les plus faibles : chômeurs, retraités et salariés. La reprise d’activités et le retour de la croissance économique en Europe sont essentiels pour sauver voire créer des emplois, mais aussi pour améliorer la situation budgétaire de chacun des Etats membres et celles des différents systèmes nationaux de protection sociale.

Comme nous l’avons déjà dit et écrit, reprenant l’analyse de Lionel Jospin et de Michel Aglietta ou du PSE et de Poul Nyrup Rasmussen, une autre politique économique est non seulement possible en Europe, mais souhaitable.

Comme le rappelait justement récemment le Premier Ministre grec George Papandreou devant le Conseil du PSE réuni à Varsovie le 2 décembre 2010, c’est Keynes qui a démontré la nécessité économique de dépenses publiques pour mettre fin à la stagnation économique consécutive à la crise de 1929.

Les choix arrêtés et les politiques d’austérité finalement mises en oeuvre par la majorité des actuels Chefs d’Etat et de gouvernement et par les principaux responsables des institutions européennes (Conseil et Commission) démontrent -hélas !- que la terrible leçon de la première moitié du XXè siècle européen n’a pas été comprise et retenue par celles et ceux qui prétendent nous gouverner.

Leurs choix et leurs politiques révèlent s’il en était besoin l’ignorance économique des uns, le suivisme de la plupart, le cynisme absolu de quelques autres.

Ainsi en est-il des fameuses « euro-obligations » ou « Eurobonds ». Il ne s’agit en soi que d’un outil commun que les Etats de la zone euro pourraient développer ensemble, sous le couvert d’une agence européenne de la dette, afin de permettre de relancer l’activité économique dans les différents Etats, en particulier dans ceux qui, parallèlement, font un travail difficile de remise en ordre de leurs finances publiques. C’est une proposition que le PSE et ses partis membres ont lancée il y a déjà quelques temps.

Le Premier Ministre luxembourgeois et Président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker l’a récemment reprise à son compte et l’a présentée, avec le Ministre italien des Finances Giulio Tremonti, à ses partenaires du Conseil.

La mise en oeuvre d’une telle proposition suppose une véritable « fédéralisation » des politiques budgétaires encore nationales comme de chacune des politiques économiques des Etats membres. Cela répond à notre revendication d’une démarche européenne plus coordonnée et structurée, et permet de dépasser par le haut les inévitables petites querelles et rivalités chauvines.

Mais Angela Merkel et, dans son sillage, Nicolas Sarkozy se sont opposés frontalement à cette proposition, au nom de la nécessaire « responsabilisation » des Etats.

La vérité est pourtant toute autre. Déjà, le 31 mai 2009, dénonçant la posture de Merkel et Sarkozy dans la dernière ligne droite de la campagne électorale au Parlement européen de juin 2009, l’AFSL mettait en évidence le populisme de leurs propositions et le caractère intergouvernemental de leur conception de l’Union : le projet européen de Mme. Merkel, de M. Sarkozy, aujourd’hui de M. Cameron, tourne le dos à celui des Pères fondateurs pour une UE réduite dans ses attributions et dirigée par un directoire où quelques prétendus « grands Etats » dictent leur loi aux autres Etats membres.

Tous les actes posés au cours des derniers sommets européens concourent à ce projet : renforcement du Conseil européen et affaiblissement de la Commission européenne en présentant à nouveau Barroso à la tête de la Commission, refus de proposer à Jean-Claude Juncker la présidence du Conseil européen, refus des Eurobonds, etc...

Le soutien de Merkel et Sarkozy à la proposition de Cameron de geler jusqu’en 2020 le budget de l’Union lors du Conseil européen des 16-17 décembre 2010 est un jalon supplémentaire dans le déploiement de ce projet « européicide ».

Limiter par avance et de façon arbitraire le budget de l’Union à l’heure où tous nos pays et tous nos peuples ont besoin d’investissements, d’emplois et de croissance est un cas patent de « non assistance à personnes et peuples en danger » et s’apparente ainsi à un vrai crime.

L’Action fédéraliste « Socialisme & Liberté » (AFSL) demande à tous les citoyens européens responsables de ne pas s’en tenir aux déclarations proeuropéennes, mais d’examiner attentivement les actes des uns et des autres.

Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et David Cameron développent désormais pour l’UE une politique contraire au projet fédéral des Pères fondateurs. Plutôt que de créer de nouvelles solidarités entre les peuples européens, ils instillent la méfiance et la peur de l’autre, ils affaiblissent les institutions communautaires au profit d’une démarche intergouvernementale, ils minent par la lenteur de leur prise de décision l’acquis historique que représente l’Euro.

Ensemble, dénonçons ce projet « européicide » et avançons vers le fédéralisme économique et budgétaire européen !

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