Appel à une politique européenne rénouvelée en faveur de la transition démocratique au Maghreb et des droits des migrants

Texte lancé par European Alternatives et le MFE italien - Egalement adopté par Presse fédéraliste et l’UEF France comme certaines de ses principales unions régionales

L’Europe a aujourd’hui une occasion unique de remédier aux blessures historiques qui la séparent des pays du Maghreb en accompagnant la transition démocratique en cours. Mais, en cette période cruciale, l’Union européenne, est absente en tant qu’entité politique et se montre divisée entre la « diplomatie de la bombe » de Nicolas Sarkozy, la paranoïa xénophobe du gouvernement italien et l’indifférence allemande.

La situation sur l’ile de Lampedusa, encore plus qu’une tragédie, représente l’incapacité des classes politiques nationales de comprendre et accompagner la volonté de changement dans les pays du Maghreb et de s’engager dans la redéfinition d’un rapport nord-sud qui aille au-delà de la logique cynique de l’urgence, vouée à l’échec, et annoncée uniquement à des fins électorales. Les politiques nationales censées répondre au phénomène migratoire se sont révélées non seulement inadéquates du point de vue de leur gestion (accueil, intégration), du point de vue du respect des droits des individus, civiques et sociaux, mais aussi en terme de coopération et d’aide au développement. Comme la récente querelle entre la France et l’Italie sur l’accueil des migrants tunisiens le démontre, l’absence d’une réelle politique européenne sur les migrations a donné place à une situation confuse, incertaine qui ne permet pas de garantir les droits civils, politiques, sociaux et économiques des migrants et des demandeurs d’asile.

Conscients que la manière la plus efficace d’aider les citoyens nord-africains n’est pas d’en accueillir le plus grand nombre sur le continent européen mais de faire en sorte que le développement démocratique social et économique rende le Maghreb un lieu duquel il n’y ait plus de raison de s’enfuir ;

convaincus que seule la relance du projet d’union politique européenne serait à même de mettre en place une politique extérieure de sécurité au service de la paix, la démocratie et la justice au niveau international ;

nous déclarons qu’il est une priorité de mettre en place une nouvelle stratégie européenne de proximité avec les pays du Maghreb et des politiques de co-développement et de croissance de l’ensemble de la région, en commençant par les points suivants :

  • 1. le lancement d’une Directive européenne qui encadre la mise en place d’un permis de séjour pour la recherche de travail, dont les critères seront à définir en accord avec les pays du Maghreb, et qui crée une voie d’accès simple, légale et unique pour les citoyens nord africains qui souhaitent venir travailler ou étudier sur le territoire de l’Union européenne, dans le respect du droit à la mobilité, et qui reconnaisse la contribution des migrants à la stabilité et durabilité des systèmes sociaux européens ;
  • 2. le développement de normes standard minimum et obligatoires pour tous les pays européens sur le traitement accordé aux demandeurs d’asile et aux migrants irrégulier, qui garantisse le respect de la dignité de tout être humain ;
  • 3. la ratification de la Convention de l’ONU sur les droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille, approuvée par l’Assemblée des Nations unies le 12 décembre 1990 et entrée en vigueur en 2003, qui n’a encore été ratifiée par aucun des pays de l’Union ;
  • 4. le dépassement de la Convention de Dublin, pour le développement d’une véritable politique européenne d’accueil des demandeurs d’asile, telle qu’elle a été souhaitée par les institutions européennes dans le Programme de Stockholm ;
  • 5. le dépassement du lien entre citoyenneté et nationalité -qui exclut les migrants des droits politiques- par la fondation de la citoyenneté européenne sur le lieu de résidence ;
  • 6. la relance d’une politique européenne d’aide au développement qui rationalise l’utilisation des ressources naturelles nationales, et ceci en mettant en place un plan pour l’Afrique du Nord dont l’objectif sera le développement agricole, une gestion commune de l’eau et le développement des sources d’énergie alternative, qui s’appuie sur l’intégration économique et politique de la région, pour donner une impulsion unique aux projets de relance de l’économie des pays du Maghreb et apporter un soutien à la transition démocratique en cours ;
  • 7. la création d’un instrument de financement direct pour les jeunes maghrébins qui souhaiteraient développer des nouvelles entreprises et des coopératives sur le territoire ;
  • 8. finalement, la convocation d’une Convention euro-méditerranéenne, ouverte à la société civile, avec le mandat d’élaborer un projet d’accord qui recueille le consensus de tous les partis.

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