Environnement : Le développement d’une citoyenneté mondiale

, par Chloé Fabre

Mardi 23 juillet 2019, Greta Thunberg intervient devant les députés de l’Assemblée nationale française. Elle est devenue une icône du mouvement écologiste et a participé à la mondialisation de la mobilisation en faveur de la protection de l’environnement.

Le réflexe transnational

Les mobilisations transnationales ne sont pas nouvelles, déjà au XIX° siècle, le mouvement ouvrier a essayé de se structurer à travers les Internationales et a pu obtenir que le 1er mai devienne un jour de mobilisation dans les sociétés industrielles. Le mouvement altermondialiste, le mouvement Occupy et d’autres ont également porté, plus récemment, une mobilisation transnationale. Déjà les fédéralistes soulignaient la nécessité de mettre en place des institutions pour assurer la solidarité. Dans l’Internatinoalisme ne suffit pas , Lucio Levi montre bien comment le prima nationaliste a historiquement pris le dessus sur les volontés de solidarité internationales.

Les luttes environnementales se développent dans un monde globalisé, où la communication est facilitée par internet et les réseaux sociaux. La démocratisation des voyages et des échanges étudiants favorise, pour les générations plus jeunes, le développement d’un réflexe transnational.

Une cause commune mondiale

Par son caractère global, le dérèglement climatique affecte l’ensemble des habitants de la planète et crée une cause commune mondiale. Où qu’ils se trouvent, les citoyen-ne-s trouvent une raison de se mobiliser qu’elle soit locale et proche (La Montagne d’or en Guyane) ou plus lointaine (la lutte contre les émissions globales de gaz à effet de serre). La nature globale du dérèglement climatique qui impacte l’économie, le social, les modes de vie et l’ensemble des aspects des sociétés permet également à chacun d’y retrouver « sa » cause. D’un éparpillement de mouvements (pour la préservation de la faune ou de la flore, la qualité de l’air, la qualité de l’eau, la lutte contre les famines, la lutte contre l’expropriation des paysans, protection des peuples autochtones), le mouvement écologiste créé l’opportunité d’un rassemblement autour d’une même idée celle de la lutte contre le dérèglement climatique et ses causes multiples. La protection de l’environnement apporte ainsi une cause permettant de faire converger un certain nombre d’autres. Les ONG qui participent fortement à la structuration du mouvement cherchent, elles aussi, la convergence. Ainsi, en France, plus d’une cinquantaine d’associations ont organisé conjointement les marches pour le climat, parmi elles beaucoup sont du domaine de la protection de l’environnement, mais aussi du domaine de la solidarité internationale ou du syndicalisme.

Une mobilisation en tâche d’huile

Les ONG disposent de réseau dans différents pays (notamment des associations transnationales comme Greenpeace) et ont montré leur capacité à mobiliser dans différentes villes du monde. Le mouvement de « grève scolaire », Friday for Future, lancé par Greta Thunberg, lui aussi se répand dans le monde. Le 15 mars, 1,6 millions d’élèves défilaient dans 133 pays ; le 24 mai, ils manifestaient dans 1 664 villes de 125 pays . L’incarnation de cette mobilisation dans la figure de la jeune femme permet également d’obtenir une médiatisation forte, notamment lorsque celle-ci intervient dans les hauts-lieux et peut faire entendre la mobilisation des élèves et des étudiants comme, par exemple, au Sommet de Davos, au Parlement européen ou lors d’une rencontre avec le secrétaire général de l’ONU. Greta Thunberg concentre ainsi l’attention des médias nationaux et les fait parler, chacun dans sa langue, du même sujet et du même phénomène, les réseaux sociaux et associatifs relaient également le message.

Une prise de conscience pour construire une société mondiale

La mobilisation et sa médiatisation accentuent une prise de conscience globale déjà permise par les différents rapports publiés par le GIEC. L’engagement des jeunes générations qui ont grandi dans le monde interconnecté rend palpable l’aspect mondial de la dégradation de l’environnement et donc l’intérêt d’une mobilisation mondiale. Et en se mobilisant de cette manière, les militants créent un lieu partagé au-delà des frontières, construisent une histoire commune, des revendications et des victoires communes. Leur engagement participe de la création d’un espace public transnational avec un sentiment de responsabilité et de capacité d’action partagés, piliers de la citoyenneté.

Cet embryon de citoyenneté doit pouvoir s’appuyer sur des institutions démocratiques afin que ses revendications puissent se traduire par des politiques publiques. Notre rôle, en tant que fédéralistes, est de travailler avec ces mouvements pour leur/nous permettre de disposer des moyens de mettre en œuvre des politiques en faveur de l’environnement à tous les niveaux. L’écologie et le fédéralisme peuvent s’allier pour construire un futur durable.

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