À propos du 60e anniversaire de la Déclaration Schuman...

Il y a 60 ans, le 9 mai 1950, était publiée la Déclaration lancée par Robert Schuman, Ministre des Affaires étrangères, fortement inspirée par Jean Monnet et considérée comme l’acte fondateur de l’Union européenne (UE).

Dans ce texte l’on pouvait lire : « Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne »... Si la mise en place de la CECA, en 1951, a tracé la voie par la suite à celle du Marché commun puis de l’UE, il semble que l’objectif initial d’aller vers une Fédération européenne, que les pères fondateurs souhaitaient, à travers cette Déclaration, « graver dans le marbre » ait été depuis jeté aux oubliettes par les responsables politiques qui gouvernent aujourd’hui l’Union. Le « Billet » de Jean-Pierre Gouzy qui ouvre ce numéro est consacré à ce sujet inquiétant.

Fédéralisme…

… et intégrations régionales dans le monde

Notre dossier Focus est, ce trimestre, consacré au fait que, malgré les limites de l’UE et la dangereuse période de stagnation de son intégration politique, conséquence du refus du Traité constitutionnel européen en 2005, malgré l’adoption laborieuse de la rustine que constitue l’insuffisant Traité de Lisbonne (même si les fédéralistes s’en réjouissent, faute de mieux, et en prennent acte), pourtant, partout dans le monde, tous ceux qui oeuvrent à la mise en place d’espaces économiques, monétaires, voire politiques, communs (en Amérique latine, en Asie du Sud ou de l’est, en Afrique…) ont les yeux rivés sur l’évolution de l’UE qu’ils considèrent comme un modèle et dont ils comprennent mal le report perpétuel de l’unification politique indispensable à sa pérennité.

Fédéralisme, autonomies…

… organisation et réforme territoriale

Notre Fed’actualité, est, lui, consacré au thème « Fédéralisme, autonomies, organisation et réforme territoriale ». Quand nous avons envisagé, en janvier, ces deux thèmes de dossier, nous n’avions pas une parfaite conscience de leur imbrication et de leur complémentarité !

Les récentes élections régionales ont connu en France, comme ce fut le cas pour les élections européennes, un taux record d’abstention, pour des raisons équivalentes : les électeurs n’y ont pas vu de véritable enjeu politique, tout se décidant encore aujourd’hui (… et encore plus demain ?) à Paris. Nous considérons pour notre part, comme le déclarait Aimé Césaire en 1958 que : « quand trop de choses sont décidées à Paris, cela revient à dire le plus souvent que trop de choses sont imposées par Paris. C’est-à-dire que le système comporte un risque de tyrannie ».

Les débats qui les ont accompagnées ont par ailleurs largement laissé dans l’ombre le projet de réforme territoriale, bientôt à l’ordre du jour du Parlement et qui risque, en renforçant encore la centralisation, en continuant d’ignorer les identités culturelles et linguistiques, de maintenir une exception française regrettable, coupable et coûteuse, au sein de l’UE. Que l’on nous permette, en guise de conclusion, une deuxième citation, extraite, elle, du programme de l’automne 1944 de la région de Lyon du Mouvement de libération nationale : demandant « l’abolition du centralisme administratif napoléonien, antithèse de toute démocratie » (point 2), et, « une large décentralisation avec autonomie administrative aux régions et localités administrées par des chambres régionales et des conseils locaux, élus au suffrage universel, seuls compétents pour juger sans aucune tutelle administrative les intérêts régionaux et locaux dans le cadre des lois nationales » (point 4).

La suppression de la tutelle préfectorale, départementale et régionale, nous semble aujourd’hui une nécessité impérative pour préparer, demain, une France fédérale, dans une Europe et un monde fédéral… Dans l’immédiat elle ne sera, en tout cas, pas de trop pour établir des contre-pouvoirs locaux et régionaux dont une France, largement en sark-overdoze , a plus besoin que jamais !

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