Un projet de développement pour la Martinique, pour le peuple et par le peuple

, par Christian LAPOUSSINIERE

Dans l’histoire de son évolution institutionnelle et statutaire, la Martinique connut trois périodes successives. De 1635 à 1945 : la période de la colonisation. La deuxième, de 1946 à 1982, dite de la départementalisation ou de l’assimilation. La troisième enfin, de 1983 à aujourd’hui : celle de la régionalisation et de la décentralisation.

Comme son nom l’indique, à l’époque de la colonisation, la Martinique est une colonie française. De la condition d’esclave, le Martiniquais est devenu sujet. Et, comme le montra très justement Aimé Césaire, chaque étape de son évolution institutionnelle et statutaire étant un moment des aspirations du peuple martiniquais, de ce qu’il a obtenu après l’avoir désiré, demandé par la bouche de ses représentants, c’est aussi celle « du mythe de l’émancipation ».

La deuxième période est celle « du mythe de la citoyenneté » à part entière, de la justice ou de l’égalité, où le Martiniquais cesse d’être sujet pour devenir citoyen.

La troisième, est celle « du mythe du pouvoir martiniquais », véhicule de l’aspiration nationalitaire martiniquaise pour parler comme Aimé Césaire et qui probablement le conduira un jour ou l’autre, certainement encore lointain, à ce qu’il convient d’appeler, « le mythe de l’indépendance ».

Nous ne rentrerons pas dans les détails en ce qui concerne la spécificité culturelle et économique de chacune de ces périodes, nous voudrions simplement dire ceci.

De 1635 à 1945, alors colonie française, la Martinique est dirigée par un Gouverneur et un Conseil colonial. Son économie est celle de Plantations. L’agriculture est florissante, mais non diversifiée. La canne et l’ananas, cultures traditionnelles, donnent lieu à la naissance d’une industrie de transformation, qu’il s’agisse du sucre, du rhum, de l’ananas en conserve ou sous forme de jus. La banane, culture d’exportation par excellence, reste une agriculture de cueillette. Les produits vivriers très sains, entièrement biologiques, abondent sur les différents marchés de l’île.

L’industrie sucrière est certes très développée. Le chômage est pratiquement inexistant. A l’instar des Seigneurs féodaux d’avant la Révolution française de 1789, les grands propriétaires terriens et les usiniers ont tous les privilèges. Ils ont tout à la fois, l’avoir, le pouvoir, le savoir et sont en quelque sorte, les Maîtres de la Colonie. Les Plantations ou Habitations, toute proportion gardée, transposées à la Martinique, correspondent à bien des égards, aux Domaines, premières divisions administratives de la France. Dans ce système social, ou féodal pour ainsi dire, les masses populaires et laborieuses, correspondent aux Tiers-Etat. Certes, sa situation sociale est lamentable, son niveau de vie notoirement bas, le peuple dans sa grande majorité souffre et est dans une misère effroyable. Certes, la Martinique est archaïque, mais c’est une Martinique au travail, qui a beaucoup de potentialités et qui s’apprécie en termes de production, non seulement dans le domaine de l’agriculture, mais encore dans celui de la culture où le ladgia, le bèlè, la flûte des mornes, le quadrille, la biguine, occupent une place de choix, même si pendant longtemps à l’école, on nous fit assimiler, sans que nulle voix discordante ne s’éleva, cette contre-vérité douloureuse et inacceptable : « Nos ancêtres les Gaulois. »

De 1946 à 1982, en vertu de la loi de la départementalisation dont Aimé Césaire fut soulignons-le au passage, l’inventeur du terme, et le Rapporteur à l’Assemblée nationale, conformément à la volonté du peuple qui aux élections législatives de 1945 lui avait donné un mandat impératif pour sortir l’île de la misère et lui permettre d’accéder à l’égalité des droits, la Martinique du coup devint Département d’Outre-mer (DOM), le Gouverneur se trouva remplacé par le Préfet, le Conseil colonial par le Conseil général. Comme aimait à le dire de manière très imagée feu Camille Darsières, à cette époque, cette Assemblée est une « Assemblée décalcomanie », les décisions en ce qui concerne la gestion des affaires de notre pays et son développement, sont prises à 8000 kms. de nous, à Paris.

Avec la départementalisation, la culture authentique ou locale fut reléguée à l’arrière plan, l’industrie sucrière s’affaiblit, les usines à sucre et les distilleries disparurent, les békés ces Maîtres de l’île, par le système mis en place, favorisèrent le développement économique en leur faveur et au détriment des travailleurs ; les terres destinées à l’agriculture furent vendues à des promoteurs pour construire des logements mal pensés, donc inadaptés ; des supermarchés furent implantés aux quatre coins de l’île.

La culture de la banane ou celle de l’ananas, nos productions, diminuèrent de manière significative, et du même coup, nos exportations. Le tourisme et l’artisanat secteurs clés de notre économie au même titre que l’agriculture furent étouffés. Le chômage naquit et vite s’accentua. Pour la jeunesse, la seule perspective d’avenir possible : le BUMIDOM. Or, cette seule issue, piètre imagination du Gouvernement alors en place, fut d’expédier en masse les jeunes en France métropolitaine, dans des conditions déplorables. De dépeupler l’île ou de la couper de ses forces vives, et en revanche, de les remplacer tout aussi en nombre croissant, par des gardes mobiles ou gendarmes, signes forts de la présence coloniale, gardiens des valeurs sacrées de la République et mainteneurs par excellence de l’ordre public. A l’instar des Africains, à la période esclavagiste, il s’agissait d’arracher, de couper ou de déraciner ces jeunes de leur terroir, de leur culture et de les transplanter ailleurs.

La Martinique devint dès lors, une terre de consommation et d’assistanat. Son économie demeura sous perfusion au point même qu’elle eut pour ainsi dire, une vie végétative.

De 1983 à aujourd’hui, la Martinique est à l’heure et à l’ère de la régionalisation et de la décentralisation.

Cette époque marque un tournant dans l’histoire de son évolution institutionnelle. En effet, grâce à François Mitterrand, Président de la République d’alors, et Gaston Defferre, son Ministre chargé justement de la régionalisation et de la décentralisation, pour la première fois de son histoire, avec Aimé Césaire, le premier Président du Conseil régional de la Martinique, puis, Camille Darsières, le second, le peuple martiniquais accédait à des responsabilités politiques, il pouvait ainsi, gérer les affaires de la Martinique.

Certes la loi de la décentralisation lui avait conféré des pouvoirs relativement importants. Certes il y avait eu un transfert du pouvoir du centre vers la périphérie, mais malheureusement, les moyens n’avaient pas suivi, autrement dit, avaient fait cruellement défaut.

Malgré la volonté farouche des élus locaux de l’Union de la gauche d’alors, de donner une nouvelle impulsion au pays, de le sortir de son état de déconfiture, du dispositif mis en place à cet effet, des grandes orientations politiques qu’avait donné Aimé Césaire à l’action régionale, de la tâche martiale, salvatrice et prometteuse qu’il avait entreprise et poursuivie par Camille Darsières et son équipe, malheureusement, celui-ci n’eut pas le temps de mettre à exécution totalement son Plan de développement régional, et l’on peut regretter que jusque-là, le décollage économique de la Martinique ne se soit point fait, qu’il eut le temps à peine d’achever les Fondations, des Fondations nul doute, sûres et solides.

Placée déjà pourtant sur les rails ou l’orbite du développement, après 1992, la Martinique ne connut malheureusement pas, un vrai décollage économique. La politique régionale mise en œuvre en particulier ces dernières années ne fut guère efficace. Sil n’en était pas ainsi, elle n’aurait sans doute pas généré la situation aussi lamentable qu’elle connaît aujourd’hui. Le peuple ne se serait pas soulevé et n’aurait pas déclenché la grève du 5 février 2009 dont on connaît l’ampleur, et ne se serait pas rebellé contre toutes les formes d’inégalités et d’injustice, de discrimination, d’exploitation, somme toute, de « Profitation » selon le terme consacré.

A vrai dire si, jusque-là, la Martinique ne connaît pas un vrai décollage économique, ce n’est pas seulement par manque de transferts sociaux, de moyens financiers, mais aussi et surtout, parce que les élus n’ont pas su élaborer jusqu’ici, un Projet de développement pour notre pays. C’est parce que la politique mise en œuvre aujourd’hui traite les problèmes de manière ponctuelle ou au coup par coup, mais ne s’inspire pas d’un Plan d’action globale. C’est parce que certains élus n’ont pas encore compris que la bonne gestion des deniers publics, ce n’est pas se contenter d’épargner à outrance, se garder résolument d’investir, de lutter contre la violence, l’insécurité, la drogue, la délinquance et singulièrement juvénile qui nous assaillent de toutes parts, le chômage mal endémique, de relancer la commande publique, de dynamiser les collectivités locales dont ils sont à. la tête, d’impulser les secteurs clés de notre économie, les secteurs culturel et touristique, de se garder de favoriser l’insertion sociale, d’adapter au mieux les formations aux besoins de notre économie. De surcroît, c’est parce que depuis 1983, la Martinique est une Région monodépartementale et de fait, deux assemblées : le Département et la Région sur un même territoire de 1.000,80 km2., 80 km. de long sur 30 de large, qui plus qu’un moyen d’agir efficacement, est au contraire, pour elle un sérieux handicap, d’autant plus qu’elles se concurrencent, leurs compétences s’enchevêtrent, se chevauchent, leurs personnels sont en doublons, le nombre de leurs élus respectifs est élevé et de fait, ne permettent pas de rationaliser au mieux la gestion de ses affaires, de lui donner une véritable impulsion, à tous les points de vue, sur tous les plans, et dans tous les domaines.

Qu’on le veuille ou non, l’économie martiniquaise est dans le marasme : 25.000 chômeurs ; un manque chronique de logements ; une absence flagrante de politique culturelle ; un manque d’infrastructures et d’équipements structurants ; un parc hôtelier notoirement insuffisant ; une carence considérable en matière de transport intérieur et du fait du nombre de véhicules automobiles ; -investissements improductifs, de capitaux morts- ; un réseau routier dans un état lamentable ; un déséquilibre notoire en matière de développement entre le Nord, le Centre et le Sud ; une jeunesse abandonnée, désoeuvrée, laissée pour compte ; un échec scolaire galopant ; une absence totale de volonté politique pour sortir la Martinique de l’ornière ; l’absence chronique d’une politique préventive en matière de risques naturels majeurs ; une montée accrue de la violence, de la délinquance et de l’insécurité sans précédent. Bref, loin d’être désencaillée, la Martinique est sérieusement enlisée, embourbée, empêtrée même dans la boue, tel les Antilles, bateau métaphorique, « échoué dans la boue de cette baie » pour paraphraser Aimé Césaire.

Face à cette situation, que faire ? Comme il le dit aussi dans son Cahier d’un retour au pays natal, il faut se garder « de rester les bras croisés en l’attitude du spectateur. » Il faut résolument agir. Il faut se battre farouchement contre le mal-développement, exploiter ou mettre en valeur toutes les potentialités du pays, et surtout et par-dessus tout, faire de l’homme martiniquais, un homme maître de son destin ou de son devenir. Il faut fixer des objectifs majeurs et tenter de les atteindre tous sans réserves, à savoir :

1) préserver notre culture, c’est-à-dire ce que nous avons de plus succulent et de plus précieux, ce qui constitue la sève nourricière de notre peuple, sans quoi, nous sommes sans histoire, sans mémoire, sans boussole, nous ne sommes pas en réalité un peuple. En faire une véritable industrie au même titre que l’agriculture, l’artisanat et le tourisme ;

2) faire de la Martinique un pays qui produise et satisfasse ses besoins intérieurs, car depuis la départementalisation, qu’est-ce que la Martinique, sinon une fois de plus, une terre de consommation, non seulement de produits manufacturés, mais aussi de produits culturels venant de l’extérieur et dont le but est de nous acculturer et déculturer, voire nous aliéner, qui lutte farouchement contre le chômage, par la création d’entreprises, de services ;

3) fortifier et encourager le développement des secteurs clés de notre économie : l’agriculture et la pêche, l’artisanat, le tourisme.

  • L’agriculture en diversifiant les cultures, toutefois en accordant une place particulière à la banane produit d’exportation pour résister à la banane dollar, en encourageant le développement des agro-industries, et à la canne de laquelle on peut tirer non seulement du sucre et du rhum, mais aussi d’autres produits dérivés comme par exemple, de l’essence de canne ou une autre forme d’énergie.
  • La pêche, en aidant les marins pêcheurs à pratiquer une pêche moins artisanale, plus industrielle, non seulement côtière, mais aussi à Miquelon, à s’équiper de bateaux plus robustes, plus performants, leur permettant de rester quinze jours à un mois en mer et de pouvoir ramener un plus grand tonnage de poissons, à conserver mieux les produits de leur pêche, à pouvoir les transformer, en mettant en place tous les équipements nécessaires pour vendre leurs poissons dans les meilleures conditions d’hygiène.
  • L’artisanat par la création des conditions objectives d’emplois, c’est-à-dire des zones d’activités artisanales et économiques de dimension régionale, dans le Nord, le Centre et le Sud, pour établir un équilibre du point de vue du développement entre ces trois régions géographiques, destinées non seulement à l’artisanat, mais aussi aux services.
  • Le tourisme, en le limitant non seulement à la mer au soleil, mais en créant et diversifiant aussi les produits touristiques, en créant en l’occurrence, le tourisme vert ou écologique, en formant les Martiniquais à l’accueil du touriste, en menant une politique visant à créer des nouveaux hôtels qui soient de qualité, en augmentant le parc d’hôtels et de restaurants et que ce soit aussi de qualité, en mariant tourisme, artisanat et culture (c’est-à-dire, aménager les hôtels de mobiliers faits par les artisans locaux ; faire appel aux artistes locaux, musiciens et peintres pour animer les soirées dans les hôtels et les restaurants y organiser des expositions ; amener nos agriculteurs et nos pêcheurs à approvisionner les restaurants en produits locaux, l’objectif étant de créer des emplois directs et indirects).

4) Rendre notre économie compétitive en améliorant sans cesse la qualité de nos produits fabriqués sur place de telle manière qu’ils rivalisent avec ceux qui viennent de l’extérieur ;

5) adapter les formations aux besoins de notre économie et aider à cet effet de manière conséquente, particulièrement l’Université des Antilles et de la Guyane, en fonctionnement comme en investissement, quoiqu’elle relève avant tout de l’Etat ;

6) conjuguer ou mutualiser les efforts, les moyens, en travaillant en synergie avec les Communautés d’agglomération, en harmonisant les politiques publiques, les plans d’action ;

7) réviser le Schéma d’aménagement régional et faire en sorte que l’aménagement du territoire soit un outil le plus rationnel et le plus efficace possible, en mettant en place les infrastructures et les équipements nécessaires et structurants, tout en préservant l’équilibre entre le Nord, le Centre, le Sud, tout en respectant au mieux, la nature et l’environnement, la biodiversité, et ainsi, tout en favorisant en quelque sorte, un développement harmonieux et durable ;

8) faire de la sécurité et des risques majeurs en particulier, des tremblements de terre, une priorité, et mettre en place à cet effet, une politique résolument préventive et efficace ;

9) mettre en place les conditions objectives visant à lutter contre l’échec scolaire en adaptant au mieux l’éducation et la formation aux besoins de notre économie ;

10) lutter résolument contre la délinquance, et la violence en travaillant de concert avec l’éducation nationale, en mettant en place une vraie politique d’insertion sociale visant à améliorer la condition des jeunes.

11) Enfin, oeuvrer pour favoriser la coopération interrégionale, intra-caraïbe et internationale.

Inspiré du Projet de développement, en aucune manière dans ce Plan on ne saurait oublier, une politique en faveur de la recherche, de la santé, de l’énergie, et en particulier des energies renouvelables, et du sport. Mais, quels que soient les objectifs fixés dont il est fait, il convient de mettre en place une stratégie ou une méthode efficace pour les atteindre. Une stratégie ou méthode qui au nom de la démocratie donne la parole au peuple, qui encourage et favorise le développement de la démocratie participative ; qui situe l’action non seulement dans une perspective à court terme, mais aussi à moyen et long termes, car gouverner ou gérer, c’est prévoir. Une action qui place l’homme au cœur du développement, non pas un développement ponctuel, au coup par coup, mais durable ; non pas exogène, mais endogène. Bref, un développement qui permette d’établir de nouveaux rapports entre l’homme et l’homme, l’homme et la nature, l’homme et son environnement, l’homme et la société, c’est-à-dire une nouvelle fois, harmonieux.

Depuis la mise en place de la décentralisation, l’Assemblée régionale est élue à la proportionnelle intégrale. De ce mode de scrutin, que faut-il penser ? Pour le PPM, depuis plusieurs années déjà, celui-ci est certainement loin d’être le meilleur. L’on se demandera sans doute, pourquoi ? Tout simplement, parce qu’avec un tel mode de scrutin, toutes les populations de tous les coins et recoins de la Martinique comme par exemple, le Macouba, Grand Rivière, Prêcheur ou Morne Vert, ne sont pas représentées, sont en manque chronique d’interlocuteurs alors qu’elles ont voté pour une tête de liste, qui une fois parvenue à la Présidence du Conseil régional, se trouve manifestement éloignée d’elles, qui leur est même inaccessible, tant il est vrai qu’elles sont délaissées ou abandonnées.

Par souci d’une meilleure représentativité de la population dans son intégralité et totalité, au PPM, nous avons choisi un mode d’élection mitigé c’est-à-dire à la confluence de la proportionnelle intégrale et de l’uninominale. Cela dit, l’on comprend dès lors, que nous nous insurgeons fermement contre tout mode d’élection régionale visant à faire de la seule tête de liste le seul ou la seule à avoir des comptes à rendre à la population, le seul ou la seule à avoir à ses yeux de la considération ou de l’importance, tous les autres de la liste étant totalement éclipsés par lui ou par elle.

En 1983, quand la Martinique est passée du statut de Département à celui de Région, elle fut le banc d’essai de la régionalisation et de la décentralisation au même titre que les autres DOM. Le principe de l’Assemblée unique étant depuis peu de temps acquis, en cette matière, le moment venu, avec la Guyane, il est certain qu’elle en sera une nouvelle fois le banc d’essai.

Sans vouloir tirer à soi le drap, entre autres formations politiques, les résultats des deux dernières consultations du 10 et du 24 janvier dernier, montrent que l’électorat a entendu clairement le PPM et surtout l’a suivi.

Mais, de droite, de gauche ou du centre, quel que soit l’apport réel de chaque formation politique à la victoire de ceux qui ont appelé à voter NON contre l’article 74 et OUI pour l’Assemblée unique dans le cadre de celui de 73, dans les deux cas à une écrasante majorité, pour le PPM, contrairement à ce que disent ou pensent certains, l’Article 73 n’est pas un point d’arrivée, mais de départ.

Le PPM n’a jamais mis son drapeau dans sa poche. Seulement, l’autonomie qu’il n’a jamais eu de cesse de revendiquer, n’est pas une autonomie à la carte ou de gestion partagée, qui à vrai dire n’en est pas une vraie, mais une autonomie de décision à l’instar de celle des Régions ultra périphériques du Portugal et de l’Espagne : Madère, les Açores, les Iles Canaries. Certes ces régions comme d’autres, en Italie, en Allemagne, en Grande Bretagne, l’Ecosse et le Pays de Galles), ont un pouvoir normatif, mieux de vrais pouvoirs dévolus ; peuvent mener une politique d’action globale ; peuvent hormis ceux régaliens strictement réservés à l’Etat tels que l’Armée, la Police, la Justice, la Diplomatie, etc., intervenir dans tous les domaines de l’activité et du développement économiques, mais pour autant, elles ne perdent pas, l’égalité des droits et le droit à la différence ; continuent à bénéficier de .la solidarité nationale et de la continuité territoriale.

Dès lors, en ce qui concerne notre pays, comment accéder à l’autonomie que nous appelons de nos vœux ? Disons d’emblée, que l’Assemblée unique est pour nous une étape transitoire vers cette collectivité autonome, dotée d’un réel pouvoir.

Mais, une fois cette étape transitoire franchie, que faire pour accéder au type d’autonomie qui nous intéresse ?

Il convient, en tout état de cause dès à présent, de s’atteler résolument à la tâche, de prendre toutes les dispositions nécessaires qui s’imposent. Ainsi, il s’agit de sensibiliser le peuple de la nécessité d’élaborer ce Projet de développement, de travailler pour le peuple et avec le peuple, effectivement à l’élaboration de ce Projet.

En 2005, conformément à la pensée d’Aimé Césaire, le PPM a organisé le XVIIe Congrès du parti. A cette occasion, il en fut élaboré un pour la Martinique.

Par souci de le faire connaître par le plus grand nombre de Martiniquais, militants ou non du parti, il convient certainement de le faire circuler par l’intermédiaire d’internet, de faire à son propos, par le même moyen, un forum où chacun ou chacune dira ce qu’il en pense ; donnera son appréciation ; apportera ou non des amendements, en tout cas, des éléments nouveaux pour l’enrichir, l’améliorer et le rendre plus efficace ; en fera des remarques ou observations ou tout simplement, pour dire si, il ou elle y adhère.

En dehors de cette sensibilisation et de l’élaboration de ce Projet, il convient aussi, une fois que l’Assemblée unique sera mise en place, fort de ce Projet, de négocier avec le Gouvernement français à deux niveaux, d’une part pour lui dire quel est le type d’autonomie que nous voulons, et que de part et d’autre, une fois que nous nous serons mis d’accord, que l’Article 74 soit transformé ou qu’un nouveau soit rédigé à cet effet, et surtout que, prise en compte, notre volonté soit clairement exprimée, mieux inscrite, dans le marbre de la Constitution ; d’autre part, pour déterminer avec lui, en toute connaissance de cause, le contenu de la loi organique en vertu de laquelle, demain devenue autonome, les nouveaux rapports entre le pays Martinique et l’Etat soient d’avance prévus sinon organisés, et qu’ainsi, qu’on ne parle plus de « chate an sac », selon l’expression créole consacrée, lancée par Camille Darsières qui nul doute, était doté d’une clairvoyance politique exceptionnelle.

L’autonomie que nous voulons est une Autonomie qui doit venir de nous, faite par nous et pour nous et qui ne nous soit pas imposée comme c’est le cas avec l’Article 74 tel qu’il est aujourd’hui rédigé. Une autonomie qui soit notre invention propre, car selon les mots de Césaire, « entre l’intégration et la désintégration, il y a place pour l’invention. » Une autonomie qui établisse l’équilibre entre l’égalité des droits et la responsabilisation ou le droit à la différence, car comme aimait à le dire Césaire, « ce qui est acquis restera acquis. Mais ce qui manque sera ajouté. » Bref, une autonomie qui nous permette de nous émanciper tout en restant dans le cadre de la France et de l’Europe, sans pour autant nous départir de notre identité culturelle de Caribéens.

Au PPM, fidèles à nous-mêmes, en tout cas, en attendant, que nous mettions en place l’Assemblée unique attendue ! Que nous accédions, étape par étape, à la collectivité autonome voulue ! Qu’il (notre Projet de développement) s’inspire de la pensée du Nègre Fondamental et du Leader Fondamental ! Qu’il soit pour nous une boussole, un guide ! Qu’il se fonde au premier chef sur notre culture, sève nourricière même de notre peuple, notre manière de sentir, de penser, d’agir !

Dans son fameux discours, « Culture et colonisation », prononcé au Premier Congrès des écrivains et artistes noirs à Paris en 1956, dans celui de « L’homme de Culture et ses responsabilités », prononcé au Deuxième congrès des écrivains et artistes noirs, à Rome, en 1959, Césaire montrait l’indissociabilité entre Culture et Politique. Dans « Discours sur l’Art africain », à l’occasion du Premier festival mondial des Arts nègres, à Dakar en 1966, à l’adresse des artistes et politiques africains, c’est ce qu’il réaffirmait quand il disait à juste titre : « Aussi bien est-ce en nos mains à tous et non seulement entre les mains des hommes de culture, car la séparation est absolument artificielle, c’est entre nos mains à tous que se trouve l’avenir de l’art africain. C’est pourquoi aux hommes d’Etats africains qui nous disent : ‘Messieurs les artistes, travaillez à sauver l’art africain’, nous répondons : ‘Hommes d’Afrique et vous d’abord, politiques africains, parce que qui êtes les plus responsables, faites-nous de la bonne politique africaine, faites-nous une bonne Afrique, faites-nous une Afrique où il y a encore des raisons d’espérer, des moyens de s’accomplir, des raisons d’être fiers, refaites à l’Afrique une dignité et une santé, et l’art africain sera sauvé’. »

Bien évidemment, ce qui vaut pour l’Afrique, vaut aussi pour la Martinique ou tout autre pays. Ainsi, dans ce Projet, que culture et politique, mais aussi économie et développement soient des éléments indissociables, inextricablement liés ! Aux prochaines élections régionales, demain, dans l’hypothèse que le PPM et ses alliés accèdent aux responsabilités au Conseil régional, après demain à l’Assemblée unique et plus tard, à la tête de la Collectivité Martinique autonome, au nom du peuple, pour le peuple et avec le peuple, que ce soit pour lui et ses alliés, l’occasion de mettre à exécution de la façon la plus rationnelle et la plus efficace, ce Projet, sinon le Plan qui en découle !

P.-S.

Christian LAPOUSSINIERE Ancien Conseiller régional de Sainte-Marie et de la Martinique, élu en 1986, sur la liste « Ensemble construisons la Martinique », conduite par Aimé Césaire - Ducros (Martinique)

Mots-clés