In Memoriam

Disparition de Michel Theys : Fédéchoses perd un ami, et les fédéralistes un compagnon de route

, par Bruno Boissière

« Michel Theys, journaliste professionnel spécialisé dans les affaires européennes et auteur, vit en Belgique. Il est actuellement éditorialiste à l’Agence Europe et depuis longtemps le responsable de la Bibliothèque européenne, un supplément à ses Bulletins quotidiens. La participation de Michel à Fédéchoses est volontaire et amicale de même que strictement personnelle. » Annoncée par ces quelques mots, les « Regards européens » de Michel ont été publiés dans tous les numéros de notre revue, du n° 172 de juin 2016 au n° 178 d’août 2018 ; en décembre de l’année dernière il nous avait annoncé que, malade, il ne pouvait pas nous adresser sa contribution.

Grande figure du journalisme européen et ami des militants européistes et fédéralistes de toutes obédiences, Michel Theys, nous a quittés dans sa soixante-huitième année, le 30 avril dernier à Bruxelles.

Michel dirigeait la société Euromedia Services qu’il avait fondée. Auparavant journaliste à La Libre Belgique depuis 1974, il en devient le « Correspondant européen » de 1978 à 1989, avant qu’il ne rejoigne l’Agence Europe où il sera Rédacteur en chef adjoint jusqu’en 2000, sous la direction du charismatique et fédéraliste Emmanuele Gazzo, puis du respecté Ferdinando Riccardi. Il assuma aussi plus tard la responsabilité du supplément hebdomadaire « Bibliothèque européenne » du Bulletin quotidien Europe. Les lecteurs de Fédéchoses sont reconnaissants à Michel d’avoir systématiquement rédigé une note de lecture sur chaque numéro de notre publication, comme il l’a aussi fait pour tous les livres et revues fédéralistes ainsi que sur les ouvrages consacrés à l’histoire, aux grands personnages et mouvements de la construction européenne.

En parallèle, Michel collabora à différentes publications comme le mensuel institutionnel EURINFO. De 1999 à 2006, Michel a coproduit et présenté l’émission européenne dominicale de la chaîne locale Télé-Bruxelles, à laquelle j’ai eu l’honneur d’être invité à plusieurs reprises, seul, pour commenter l’actualité européenne, ou en débattre avec des personnalités comme Fernand Herman. Au début des années 2000, avec beaucoup d’ambition et d’acharnement, il a aussi tenté de faire vivre diverses initiatives de presse européenne en français, plus ou moins durables, compte-tenu de la concurrence et difficulté d’attirer un lectorat intéressé par les affaires européennes.

L’expertise de Michel dans le métier de journaliste européen l’a qualifié pour enseigner dans des établissements universitaires bruxellois de communication. Pendant une dizaine d’années, il présida la section belge de l’Association des journalistes européens (AJE).

Il fera son retour à l’Agence Europe, en 2016, pour y assumer les éditoriaux (ses « Repères ») du Bulletin quotidien Europe. C’est à ce titre qu’il accepta d’être l’invité d’un « Midi du CIFE », le 7 décembre 2016 (la photo illustrant le présent hommage a été faite à cette occasion). Pour ce débat, organisé par le bureau bruxellois du Centre international de formation européenne, il choisit lui-même le titre et le sous-titre suivants « Europe, ou la crise et la lutte finale ! - Démantèlement de la construction européenne ou avancée de l’intégration ? ». Le ton était donné… Pour publication sur le site internet et les réseaux sociaux du CIFE, je rédigeais alors les quelques lignes de résumé qui suivent :

« Pour Michel Theys, le rêve européen est en train de mourir, s’il n’est pas déjà mort… Cette analyse très pessimiste s’explique par la colonisation des forces ‘démocratiques’ par les discours populistes et nationalistes. In fine, on ne pourra guérir la démocratie européenne que si on prend la ‘Bastille’ qu’est aujourd’hui devenu le Conseil européen. Et le journaliste européen d’appeler à un ‘changement de logiciel’ en misant sur la société civile. Concrètement, il faudrait encourager la convocation d’une ‘Convention’ démocratique de jeunes de moins de 35 ou 40 ans dont le mandat serait de définir et de soumettre aux peuples les orientations et fondements de l’Europe de demain où il ferait bon vivre et travailler. »

Vu le caractère délicat voire subversif de ses propos relatés, je décidai de soumettre à leur auteur mon résumé pour approbation. Je reçus du tac au tac la réponse suivante de Michel : « Je n’ai pas un mot, pas même une virgule à changer ! ». Ouf, ce n’était donc pas mon interprétation personnelle de son intervention à la tribune du CIFE !

C’est deux mois plus tard, en février 2017, que sera publiée une des œuvres dédiées à la cause européenne dont Michel aura été, à juste titre, le plus fier : Jacques-René Rabier, Fonctionnaire-militant au service d’une certaine idée de l’Europe (Éditions P.I.E. Peter Lang, Bruxelles), biographie d’un acteur de la construction européenne dès ses débuts, proche de Jean Monnet, qui vit encore à Bruxelles et devrait célébrer ses 100 ans à la mi-septembre 2019 ! Avec cette biographie, Michel lance un appel : pourquoi ne pas en revenir aux idéaux originels ?

Nous nous souviendrons de cet appel, Michel, comme je garderai en mémoire nos complicités médiatiques et militantes sur la scène bruxelloise et le souvenir de nos franches rigolades autour d’une bonne table, à l’occasion de visites de Jean-Francis Billion à Bruxelles.

Et puisque tu t’es choisi l’île de Tinos comme deuxième village et dernière destination, καλό ταξίδι, bon voyage, Michel

Bruno Boissière Directeur du bureau du CIFE (Centre international de formation européenne) à Bruxelles

P.-S.

Photo Chris Weiner

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